Vincent Callebaut
« C’est par l’humanisme que doit se construire le monde de demain »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Il conçoit des architectures en dialogue avec le vivant, bâtissant des villes qui, tels des écosystèmes, respirent au diapason de la planète. Depuis Paris, où il a installé son studio, Vincent Callebaut repense non seulement l’habitat mais aussi notre futur collectif, à l’aune de la durabilité.
Quel chemin vous a mené, d’une enfance dans le Hainaut au statut de figure de proue de l’architecture éco-responsable, reconnue internationalement ? Petit, je me passionnais pour l’horticulture et rêvais de travailler le végétal. Et puis, à l’adolescence, je me suis finalement orienté vers une architecture globale plutôt que paysagère afin de pouvoir créer non seulement des jardins mais aussi des bâtiments. J’appartiens à cette génération d’architectes diplômés dans les années 2000, marquée par les discours de Yann Arthus-Bertrand et de Nicolas Hulot. Et par la prise de conscience de l’impact environnemental majeur du secteur du bâtiment et des villes, responsables à eux seuls de près de 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Très tôt, j’ai compris que l’architecture pouvait être un profond levier de changement. C’est cette perspective qui m’a poussé à développer une approche axée sur le biomimétisme, avec l’ambition de transformer les métropoles en écosystèmes, les quartiers en forêts et les immeubles en arbres habités.
Malgré la diversité de contextes géographiques et météorologiques, les principes du biomimétisme sont-ils universels ? Par essence, oui, puisqu’il s’agit de s’adapter au plus près à l’environnement dans lequel on construit, qu’il soit urbain ou rural, tout en travaillant avec des matériaux locaux, disponibles à moins de 200 kilomètres des chantiers. L’architecture bioclimatique implique aussi d’analyser la course du soleil et les vents dominants pour concevoir des bâtiments produisant leur électricité et leur eau chaude de façon autonome et demeurant confortables sans climatisation, même sous 42 degrés. Les solutions varient forcément en fonction de l’emplacement, mais l’intention reste identique : écouter, comprendre et s’inspirer du vivant.
En imaginant des villages flottants qui ne craindraient pas les inondations, des tours qui résisteraient aux séismes, ou encore des forêts verticales, vous êtes-vous parfois heurté au scepticisme et à l’incompréhension ? Bien sûr, mais j’avais soif de répondre aux questions majeures de notre époque : comment abriter les 1,2 milliard de réfugiés climatiques qui vont apparaître d’ici 2100 ? Ou comment reconstruire des villes touchées par une catastrophe naturelle ? Je proposais spontanément des projets en ce sens, défendus lors de conférences au Parlement européen, à l’ONU ou à l’UNESCO, mais les investisseurs et promoteurs restaient frileux. L’année 2010 a finalement marqué un tournant, avec mon premier chantier, la Tour Tao Zhu Yin Yuan à Taïwan. Elle m’a permis de démontrer qu’il est possible de créer des lieux qui soient très performants aussi bien sur le plan écologique qu’économique. Sa construction a duré près de dix ans, mais en cours de route, d’autres clients ont fait appel au studio, nous permettant d’innover davantage et d’ancrer cette vision.
À ce projet en ont succédé d’autres en Chine, au Caire ou à Dubaï. Pourquoi avoir dès lors choisi d’installer vos bureaux à Paris ? Mes premières réalisations ont pris place dans des villes en pleine expansion, des territoires proches d’une page blanche. Créer à Paris me donnait au contraire l’occasion de prouver que le biomimétisme s’adapte aux contraintes du patrimoine historique et peut l’accompagner harmonieusement. C’est une ville où j’ai toujours voulu vivre et dont l’architecture me fascine. J’ai la certitude que c’est l’élégance d’un bâtiment qui le rend digne d’être protégé plutôt que remplacé par une construction standardisée. Les immeubles haussmanniens en sont la preuve. La beauté est pour moi le fondement même de la durabilité.
Comment bâtir et habiter le monde de demain ? Notamment en osant une architecture basée sur la démocratie participative. Il est essentiel d’ouvrir cette démarche consciente à tous. Lorsqu’il s’agit de créer un quartier, nous allons à la rencontre des organisations et des citoyens pour les interroger sur leurs problèmes, leurs souhaits, leurs idées. Notre studio vient aussi d’achever Jardins Secrets à Montpellier, un bâtiment végétalisé, comprenant 117 appartements dont 30 % de logements abordables. Nous concevons actuellement des tours baptisées The Greenhouses à Lausanne, un écoquartier entre le lac Léman et le Piémont. Nous travaillons aussi sur des projets pour l’Exposition Universelle de 2030 à Riyad, et sur le développement de Manta, un hôtel à Singapour qui prendra la forme d’une raie manta. L’utopie et l’idéalisme restent les matières premières de cette vision. Il faut réenchanter nos vies, mais aussi nos espaces. Un récit optimiste, plaçant l’écologie comme valeur première de notre société, est plus que jamais essentiel.

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