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Ado Chale Le poète devenu designer

A 93 ans, ce créateur iconoclaste reste un précurseur dans son inspiration naturaliste, sa liberté d’expression… ses techniques innovantes, sa fille Ilona évoque son travail, son évolution et son parcours singulier…


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De la glisse 100% belge !

En Belgique, on n’a pas de montagnes, mais on a des idées. Pierre Gérondal, Bruxellois installé à Malmedy, a lancé une marque de skis sur mesure, aussi performants qu’élégants. Ce véritable artisan est animé par des valeurs de technicité évidemment, mais aussi d’éthique, de durabilité et de production en circuit court. De quoi aiguiser notre curiosité.

On rencontre Pierre Gérondal à Bruxelles, à « 100% Snow », un workshop qui présente les dernières tendances dans les stations de sports d’hiver. Pierre est venu exposer ses skis, Justine, sa compagne, ses projets d’architecture. A deux, ils ont créé le label Yellow Yeti pour valoriser le travail du bois et du circuit court. Sur base de ces quelques informations, on imagine Pierre Gérondal en bûcheron ou en arboriste-élagueur. Que nenni ! L’homme a un parcours plutôt atypique… « Je suis Bruxellois et j’ai été directeur artistique dans la pub ». On va donc parler reconversion professionnelle… « Oui, en quelque sorte. Dans la pub, j’avais des compétences artistiques mais je n’étais pas du tout un artisan. La gestion des projets avait même fini par occulter l’aspect artistique… Or j’ai toujours eu l’intime conviction que je trouverais mon bonheur en travaillant de mes mains. »

Pierre Gérondal suit alors une formation en matériaux composites en Belgique puis en France. Mais c’est sa rencontre avec l’architecte-designer belge Pierre Lallemand qui va le sensibiliser au design. Pierre Gérondal travaillera sur le chantier Ionic Yacht de Lallemand et dessinera de nombreux prototypes en matériaux composites. Dans sa tête, trotte déjà son projet ski… « J’ai pris une année sabbatique pour me consacrer à ma passion, avec la ferme intention de faire un beau produit ! »

 

Du bois de chez nous

En 2018, Pierre Gérondal lance les skis Gérondal (pourquoi faire compliqué ?), la seule marque belge qui propose du fait maison, du sur-mesure, à partir de bois belge. « Mon atelier est situé à Malmedy et le bois grandit à 200km à la ronde, donc on déborde un peu sur les pays frontaliers, mais la production est bel et bien artisanale, belge et écologique ». Pour la sélection et la découpe du bois, Gérondal fait confiance à son ami Guy Close de la scierie du Parc de l’Eau Rouge à Stavelot. « Je privilégie le bois pour remplacer tous les matériaux plastiques non nécessaires à la performance du ski. La fibre de verre est certes présente mais de manière raisonnable. J’ai conçu des skis qui vivent et qui se patinent. Si le placage est usé, on le change, dans un esprit anti-consumériste ! Nos skis ont d’ailleurs une durée de vie de 8 ans et sont livrés avec un kit d’entretien, notamment une huile que nous fabriquons nous-mêmes. Les skis en fin de vie, on les recycle au sein de notre atelier : un ski usé devient alors l’assise d’un banc, un exemple parmi d’autres… » Rien ne se perd quand on a des idées !

 

La différence, c’est surtout le sur-mesure

Les ateliers Gérondal dessinent et montent quelque 200 skis par an, dont beaucoup ont été précommandés… « Notre clientèle se compose de véritables passionnés de la glisse qui s’offrent une belle paire de skis en cadeau et de sportifs de haut niveau ». Ce qui plait aux fans de la glisse ? « Le fait que nous sommes les seuls au monde à faire tester le ski avant de mettre la marqueterie, l’esthétique. Dans un atelier de tailleur, on procède à un ajustement et à des retouches après l’essayage. L’atelier Gérondal travaille de la même manière pour offrir du véritable sur-mesure ! »

Il y a peu, Pierre Gérondal a développé quatre gammes de skis artisanaux prêts à glisser (race, all mountain, rando avec un ski plus léger et freeride, y compris la planche de snowboard), qui sont disponibles à la vente dans les showrooms de Bruxelles et Malmedy. « On a même produit récemment des skis de fond à la demande d’un client… », précise Pierre qui sait pertinemment ce qu’il veut : rester un artisan qui a le contrôle de tout, du choix du bois à la fabrication, autant d’éléments clés pour offrir un produit haut de gamme, qui a déjà séduit plus d’un skieur professionnel. Et de citer notamment notre compatriote Seppe Smits, champion du monde de snowboard freestyle, pour lequel Pierre Gérondal vient de dessiner une planche sur mesure …


www.gerondal.com


Alexandre-Lowie

Alexandre Lowie Un créateur singulier

Passionné par les techniques d’ébénisterie anciennes, il donne un nouvel élan au mobilier contemporain. Avec une nouvelle éthique, Alexandre Lowie prône l’artisanat jusqu’à l’excellence et la perfection.

Quelles sont les particularités de votre statut ?

« Sur la base d’un enseignement destiné à la copie de meubles anciens et suivi à l’école Saint-Luc de Tournai, je me suis ensuite dirigé vers des formes épurées et fonctionnelles. Après une expérience dans l’atelier parisien d’Aisthésis au Viaduc des Arts, qui m’a permis de maîtriser d’autres techniques, j’ai décidé de voler de mes propres ailes. Pendant quelques années, j’ai dû conserver un travail alimentaire. Et depuis 6 ans, je dessine et fabrique les meubles que je conçois, réponds à des commandes d’architectes et développe une clientèle privée avec des pièces uniques réalisées sur-mesure. J’utilise des bois rares et précieux, des matières nobles. Je crois qu’en Flandre je suis le seul à posséder ce niveau d’exigence. Je ne me définis pas comme designer mais plutôt comme ensemblier et décorateur, à la façon des années 1930. Mes modèles français sont Jules Leleu, Jean-Michel Frank ou Jacques-Emile Ruhlmann ».

Comment abordez-vous vos projets ?

« Mes créations intègrent toujours 3 à 5 matériaux dont je ne maîtrise pas parfaitement les techniques. Par conséquent, je fais appel à d’autres artisans et spécialistes. Ce matin, je suis allé voir une architecte pour un projet de bibliothèque, commandé il y a déjà 3 mois. Après la présentation de mes dessins, je vais planifier mon travail et contacter mes collaborateurs qui maîtrisent les techniques en relation avec les matières utilisées (cuir, métal…) mais je démarrerais la fabrication, seulement dans un an. Je laisse du temps à mes projets pour qu’ils mûrissent, évoluent afin d’aboutir à un résultat optimal. Je n’hésite pas à rencontrer plusieurs fois mes clients pour mieux comprendre leurs désirs et créer un objet durable et solide, pendant 50 ou 100 ans, transmis aux générations suivantes. Autre exemple, une cliente architecte m’a commandé un meuble de rangement et aujourd’hui ce projet s’est transformé en tête de lit : la rénovation de l’appartement où il devait prendre place ayant changé. Finalement, cette tête de lit en loupe de noyer, laque, aluminium et cuir, conçue comme un paravent, occupera une place centrale dans la chambre.

Comment arrivez-vous à évoluer ?

Il y a 2 ans et demi, avec 10 autres artisans de pointe  nous avons fondé le groupe Gabriel. Cette association m’a permis d’échanger des contacts pour trouver des matériaux. Nous mettons en commun nos carnets d’adresses, avec des rencontres virtuelles et mensuelles sur zoom et des réunions en présentiel, tous les 2 à 3 mois : un networking très spécifique et efficace. D’autre part, je loue un petit espace aux Ateliers Zaventem, une pépinière de créatifs sous l’égide du designer Lionel Jadot. J’y travaille un jour par semaine. Sur les 8 à 9 heures passées sur ce site, 5 sont consacrées au travail et le reste du temps, à des échanges très stimulants. J’ai collaboré avec l’atelier Niyona de haute maroquinerie qui a réalisé le gainage en cuir de ma tête de lit en cours. L’Atelier 185, qui maîtrise la fabrication des couteaux avec lames en acier damassé, a travaillé sur les piètements de tables pour un restaurant ».

Quelles créations en préparation ?

« Je termine la fabrication d’un meuble à chaussures inspiré par le style Art déco. Recouvert d’un placage en loupe d’amboine, il fait penser à un bloc de marbre taillé. Ce rangement bas, qui sert aussi de banquette, est caractérisé par la présence de hublots avec un éclairage intégré. Autre idée en gestation, avec des chutes de placage bois, j’essaie de réaliser des objets plus esthétiques que fonctionnels. Et mon rêve ultime, c’est de fabriquer une pièce de maîtrise avec tous les acteurs du groupe Gabriel, qui va bientôt s’étoffer,  pour montrer ce que l’on est capable de faire. La Michelangelo Foundation m’a référencé sur leur site et sélectionné pour une publication car mes créations présentent une combinaison de savoir-faire assez exceptionnelle ».


www.alexandrelowie.be

 

 


Kaspar-Hamacher

Corps à corps artistique

Le bois, Kaspar Hamacher le brûle, le fend, le taille, le cisèle, le creuse, le sculpte, pour faire naître des œuvres d’art et du mobilier artistique, autant de pièces uniques qui s’exportent un peu partout dans le monde et que l’on a pu apprécier récemment au CID Grand-Hornu. Élevé dans les Cantons de l’Est, l’artisan-sculpteur aujourd’hui quadra a trouvé son bonheur dans un corps à corps avec le bois. Un travail physique et artistique qui l’«équilibre».


MARIES-CORNER

Marie’s Corner et l’horeca, une love story

Marie’s Corner, le spécialiste belge du canapé « tailor-made » a signé de prestigieuses collaborations avec des hôtels et restaurants. Bon-Bon et l’Eau vive notamment, mais aussi ces deux adresses-ci où se marient la gastronomie et le design. On vous y emmène.

MARIES-CORNER

MARIES-CORNER

MARIES-CORNER

Nicolas-Schuybroek

La chaleur du minimalisme selon Nicolas Schuybroek

Depuis 10 ans, cet architecte bruxellois développe une démarche où l’émotion et le sentiment de quiétude occupent le centre de ses projets. Dans un esprit d’œuvre totale, ses réalisations révèlent une recherche de perfection dans le travail des matières et le sens du détail.

Quelle est votre vision de l’architecture ?

Il y a environ 20 ans, j’ai connu, dans mon parcours, un moment charnière, en découvrant Le Couvent de la Tourette, une œuvre en béton de style brutaliste, réalisée par Le Corbusier, qui y avait aussi introduit tout l’art des couleurs primaires. Grâce à ce bâtiment, j’ai changé de perspective et rencontré la dimension humaine qui manque souvent à l’architecture contemporaine, en vivant une véritable expérience sensorielle. Une émotion semblable m’a traversé en découvrant le travail de Hans van der Laan, architecte et moine bénédictin originaire des Pays-Bas. En visitant ses architectures, j’ai ressenti un sentiment de quiétude, lié à la vie religieuse, que j’ai alors souhaité retranscrire dans mes propres réalisations. Et j’ai compris que le traitement particulier des espaces, des volumes et de la lumière, rehaussé par une palette restreinte de matériaux, caractéristique dans ce type de construction, peut se décliner en tous lieux.

Quelles sont les particularités de votre démarche ?

Dans une idée d’œuvre totale, j’intègre le bâtiment dans un contexte, un paysage, un jardin. Je dirige mon attention du plus grand au plus petit, travaillant à différentes échelles, dans une démarche linéaire. Aux matériaux dominants de l’architecture, j’associe généralement une sélection limitée de matériaux intérieurs  (pierre, bois, enduits, métal) dont la richesse des textures et patines compense le nombre restreint. Avec ses matières, qui sont autant des matériaux de construction que d’architecture intérieure, je dessine un fil rouge, qui dès que l’on pousse la porte, installe un sentiment de calme et de sérénité. Les proportions sont essentielles dans cette démarche. La notion de proportion est très difficile à expliquer car elle ne se voit pas nécessairement mais participe à l’équilibre de l’ensemble d’un édifice.  Chacun de mes projets est le fruit d’une architecture sur-mesure, façonnée comme une robe haute couture, prenant en considération le lieu et le site qui forment le canvas de base. A la façon de Victor Horta, Adolf Loos ou Josef Hoffmann, et sur le modèle du Palais Stoclet, je reviens toujours à cette notion d’œuvre totale. Il ne s’agit pas de développer une approche totalitaire mais d’aboutir à un travail extrêmement personnalisé et très étudié jusque dans les moindres détails. 

Quelles sont vos influences et inspirations ?

Il n’y a pas que les architectes et l’architecture, mais aussi d’autres disciplines et mouvements artistiques comme le Constructivisme russe et notamment le peintre Malevitch, les artistes du Land Art

avec Hansjorg Vöth ou Michael Heizer, dans les années 1960, les artistes minimalistes tels Donald Judd. La danse contemporaine m’inspire aussi car elle offre souvent une puissance visuelle avec peu de moyens. Je pense notamment au chorégraphe Alexander Vantournhout qui développe la mécanique et la mathématique du corps, au travail de Peter Suter… Il y a également toutes les influences inconscientes qui agissent en vous et que l’on ne perçoit pas toujours.

Quelles matières aimez-vous travailler ?

La pierre, bien sûr, qui permet de créer un lien entre l’enveloppe du bâtiment, pour aller de l’extérieur à l’intérieur. Je recherche toujours des matières qui ont une profondeur, une âme, une patine, une qualité particulière pour capturer la lumière et qui font référence à l’architecture.

Entre design et architecture, quelle différence ?

Je ne fais justement pas de différence entre les projets. Pour moi, la démarche est identique, seule l’échelle change. Tout objet de design ou pièce de mobilier est une microarchitecture. La matière choisie induit la fonctionnalité.

Dans votre travail, quelles sont les étapes plus complexes ?

Aujourd’hui et depuis un an et demi, ce sont la gestion et la logistique des projets à l’étranger qui sont les plus difficiles à gérer. Les plans ne suffisent pas pour exprimer toute la délicatesse et la précision des détails, l’alignement des joints… Toute la philosophie de mon travail, que je dois transmettre au maître d’œuvre et aux entrepreneurs, réclame un dialogue que l’éloignement ne permet pas. Il n’est pas aisé de faire passer le degré élevé de la perfection, qui est proche de l’obsession, et que je souhaite atteindre dans mes projets.

La réalisation la plus importante de votre carrière ?

C’est toujours la dernière ou la prochaine… A l’agence, nous avons 16 voire 17 projets en route, dont un peu plus de la moitié sont localisés en Belgique. Immeuble atypique de logements à Anvers, maison linéaire de 60 m de long en Flandre, rénovation d’une maison des années 1950 à l’orée de la forêt de Soignes, maison musée pour abriter une collection d’art privé d’exception, nouvelle série d’objets pour la marque when objects work, un nouveau modèle cuisine pour la firme Obumex, des bureaux, une réalisation d’envergure dans un domaine de chasse, une maison privée dans les environs de Courtrai, une autre à Anvers. A l’étranger, la liste s’allonge ! L’ouvrage monographique, qui paraît fin octobre, représente aussi une étape importante. Avec un regard large, il montre mon approche globale où l’architecture, les intérieurs et l’ameublement sont conçus comme un tout, à travers une diversité de lieux, maisons, bureaux, hôtels, objets…


www.ns.architects.com


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Sophie Cauvin, entre terre et mère

Elle a choisi la terre pour transmettre un message universel, rendant hommage à la beauté de la nature, sa force et sa violence. Un message universel qui n’a pas d’âge et se défie des mouvements artistiques.


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Geraldine Dohogne, des hôtels qui promettent une expérience immersive

Geraldine Dohogne s’occupe de dessiner, d’aménager, de styler, de chiner le mobilier (et la tasse à thé aussi !) de chaque hôtel, chaque lodge, chaque pavillon, qui fait appel à ses talents d’architecte d’intérieur pour une véritable expérience immersive dans le pays de villégiature. Avec Beyond Design, son studio londonien, la globe-trotteuse gantoise s’apprête à poser ses valises au Sri Lanka, au Népal, au Luxembourg, avant de rentrer au pays, en Ardenne belge, pour l’aménagement de quatre-vingts cottages … Une vie bien remplie !


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Nathalie Deboel, à la recherche d’un monde en mode pause…

Architecte d’intérieur, Nathalie Deboel privilégie des habitats paisibles où il fait bon se ressourcer pour échapper à l’aliénation du quotidien. « Cette quête d’environnements sereins est encore plus vraie depuis que j’ai amorcé le virage de la cinquantaine », glisse-t-elle à notre oreille en souriant.  C’est encore ce même désir de retour à l’essentiel qui l’a guidée à créer, en plein confinement, une collection de meubles construite autour du concept du bâton rond en bois. La Nomad Collection, une autre façon de (conce)voir le meuble. Et le monde.


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Olivier Dwek, de l’architecture… à l’art

Alors que sa première monographie internationale et bilingue Olivier Dwek à la lumière de la modernité – Olivier Dwek in the light of modernity, publiée aux éditions Rizzoli, New York, vient de sortir, l’architecte bruxellois évoque son intérêt pour les lieux culturels, sa passion pour le mobilier design du cœur du XXe siècle, pour l’art contemporain…