Thomas de Dorlodot
« Je n’ai jamais aussi bien volé »
Mots : Laura Swysen
Photos : DR
Des pyramides de Gizeh aux grands espaces de Namibie, Thomas de Dorlodot continue d’explorer le monde vu du ciel. À 40 ans, le parapentiste belge multiplie les projets entre expéditions, navigation et transmission.
Vous venez de fêter vos 40 ans, un cap souvent associé à une grande soif de sensations fortes. Comment un aventurier comme vous vit-il cette transition ? De manière extrêmement positive. Pour un pilote de parapente, 40 ans, c’est en réalité la fleur de l’âge. Le parapente est un sport paradoxal, il est bien plus mental que physique. Il demande une accumulation d’expérience plutôt que la folie des jeunes années. Aujourd’hui, je me rends compte que je n’ai jamais aussi bien volé. Ma vision du risque a évolué ; là où j’étais parfois irréfléchi par le passé, j’agis désormais avec plus de sagesse et de recul. Cette décennie est aussi une magnifique phase de partage. Je donne des conférences dans des écoles et des entreprises, et je m’investis pour faire monter la nouvelle génération, les Rising Stars du parapente belge. Mes enfants grandissent aussi, je peux partager ma passion avec eux.
Vos enfants vous accompagnent-ils lors de vos expéditions ? Nos enfants ont été embarqués très tôt dans l’aventure. Notre fils Jack est monté sur notre voilier à l’âge de deux semaines ; il a traversé l’Atlantique à onze mois. On le surnomme « Jack le Pirate » parce qu’il a littéralement appris à marcher sur un bateau. Après avoir vécu trois ans à trois sur l’eau avec mon épouse Sofia, nous avons ressenti le besoin de nous poser. Nous avons construit une maison aux Açores. Notre quotidien y est extraordinaire. Nous naviguons au milieu des baleines bleues et nous nageons régulièrement avec les dauphins. De plus, un site de parapente se trouve à proximité de la maison. À l’avenir, nous prévoyons de faire du homeschooling avec les enfants pour réaliser un tour du monde à bord du voilier.
Vous pratiquez le parapente depuis un quart de siècle. N’avez-vous jamais ressenti de lassitude ? C’est un peu comme une histoire d’amour, il y a inévitablement des hauts et des bas, des moments de grande passion et d’autres où l’on prend un peu de distance. Mais le parapente reste toute ma vie. J’ai la chance de travailler pour une marque afin de développer son matériel et je guide des clients en haute montagne pour des vols exceptionnels. Ce qui évite la lassitude, c’est l’infinie diversité des terrains de jeu et l’évolution des pratiques. Un jour, vous volez au-dessus d’un volcan en Tanzanie, le mois suivant vous êtes dans le Karakoram au Pakistan. Chaque spot est une redécouverte totale du sport.
Récemment, vous avez réalisé un rêve d’enfant en survolant les pyramides de Gizeh, juste après votre convalescence. Racontez-nous ce vol si particulier. Quand j’étais petit, je voulais devenir cascadeur ou archéologue. Avec cette aventure, j’ai combiné mes deux rêves. J’ai survolé le Machu Picchu au Pérou ou Tikal au Guatemala, mais les pyramides d’Égypte restaient un objectif ultime. Il nous a fallu dix ans de combats administratifs pour enfin obtenir les autorisations. Pouvoir voler au-dessus de ce site mythique pendant trois jours, l’admirer sous tous les angles, même de nuit, c’était magique. Ce vol avait une saveur d’autant plus forte que je sortais d’un très long tunnel médical. Je m’étais fracturé le tibia lors d’un accident de snowkite en me préparant pour le Groenland. Une fracture simple qui aurait dû prendre cinq semaines, mais j’ai contracté un staphylocoque doré à l’hôpital. J’ai subi onze opérations en moins de deux ans, passé huit mois avec des broches dans la jambe.
Les médecins ont même évoqué l’éventualité d’une amputation. Comment l’avez-vous vécu ? La première qualité d’un explorateur, c’est la résilience. Mes expéditions passées m’avaient préparé mentalement à faire face à l’imprévu et à la difficulté. Pendant ma convalescence, une psychologue est venue me voir pour me dire qu’il fallait se préparer mentalement à l’amputation. C’était un coup dur, mais très vite, je me suis projeté dans une vie avec une jambe en carbone. Je me disais que je me réinventerais, que je ferais mes expéditions différemment. Je suis très inspiré par des athlètes amputés qui courent des marathons ou grimpent l’Everest. Je n’ai pas pensé une seule seconde à m’arrêter. Heureusement, grâce à une équipe médicale extraordinaire, au soutien de mes partenaires et de ma famille, j’ai vu la lumière au bout du tunnel. Aujourd’hui, je marche normalement et je commence à trottiner.
Quels sont vos prochains défis ? À très court terme, nous finalisons la préparation de Wings, un voilier en aluminium autonome en énergie conçu pour naviguer dans les zones les plus reculées de la planète, comme l’Antarctique. Nous embarquerons cet été, nous partirons des Açores pour rallier la France, l’Irlande et enfin l’Écosse. En parallèle, je prépare des traversées en vol bivouac (à pied et en parapente) à travers les Alpes cet été, suivies d’une expédition en Géorgie en septembre. À plus long terme, d’ici un an et demi, nous préparons un projet de fond extrêmement ambitieux qui capitalise sur mes quinze dernières années d’expérience, mais je ne peux pas encore en dire plus…
Instagram : tomdedorlodot

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