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Tom Boon « Le titre de Champion de Belgique ? Je n’imagine pas terminer ma carrière sans le décrocher un jour… »

Enfant, Tom Boon rêvait de devenir ce qu’il est devenu : l’attaquant vedette du hockey belge. Redoutable buteur des Red Lions, du Racing et, depuis 2019, du Léopold, le trentenaire a trouvé sa place au sommet mondial à force de choix judicieux et de sacrifices consentis. En attendant de lier un jour son destin au Championnat de Belgique, il nous parle de ses médailles, de ses projets, des Tom Boon Hockey Camps, de ses échecs, de ses regrets aussi.

Vous êtes aujourd’hui trentenaire et vous faites rêver tous les jeunes hockeyeurs du pays. Enfant justement, à quoi rêvait Tom Boon ? « A devenir ce que je suis devenu. Je ne vais pas vous mentir : je préférais le hockey à l’école, et très vite j’ai rêvé de décrocher des titres, d’aller aux JO, de remporter une Coupe du monde. Sur un terrain de hockey avec mon stick, je me suis senti à ma place dès mon plus jeune âge … »

Votre mère Karin Coudron et deux de vos oncles ont été des stars du hockey, quant à votre père, il était footballeur. Chez les Boon, on parlait compétition à chaque repas ? « On parlait souvent hockey évidemment, mais pas forcément compétition, mes parents nous ont toujours octroyé beaucoup de liberté. Ni ma sœur (Jill Boon, l’aînée, joue chez les Red Panthers, nda) ni moi, n’avons été poussé à faire du hockey ni à devenir les meilleurs, mais nous avons été soutenus par la famille. A 12 ans, j’ai demandé à changer de club pour évoluer ailleurs, et je me souviens que ma mère m’a dit, ok mais débrouille-toi pour y aller en bus car c’est trop loin de la maison. On a donc été encouragés à faire du sport, jamais contraints … »

En 2019, après 10 années passées au Royal Racing Club, vous rejoignez le Royal Léopold Club, une carrière step by step ? « Oui, je pense avoir souvent fait les bons choix. Je suis arrivé au Racing dans une équipe jeune avec de nombreux joueurs ambitieux, j’ai ensuite signé à Bloemendaal aux Pays-Bas parce que j’avais besoin de nouveaux défis. C’est ce même goût du challenge à relever qui m’a conduit au Léo.  Si je regarde derrière moi, oui, je suis plutôt content de mes choix de carrière … »

Le meilleur moment de cette riche carrière ? « Davantage que la 2e place aux JO de Rio qui restent une compétition multisports, c’est la victoire des Red Lions au Championnat du monde que je citerais, car c’était la toute première fois de l’histoire du hockey belge que la Belgique remportait pareil titre. S’en est suivie une véritable reconnaissance du hockey. Et la Grand-Place de Bruxelles bondée de monde pour saluer notre victoire reste un moment tout bonnement inoubliable ! »

Le regret le plus cuisant ? « Des finales perdues à répétition qui m’ont empêché de remporter le titre de Champion de Belgique. J’en garde un goût amer, mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! »

Comment gérez-vous votre célébrité et les responsabilités qui vont avec ? « Porter le maillot national revêt évidemment une force symbolique. Mettre en avant les belles valeurs que notre sport véhicule reste une priorité … »

Le hockey est un sport d’équipe, vous avez l’étoffe d’un fédérateur ? « Sur le terrain oui, car sans l’équipe, un joueur de hockey n’est rien. Mais dans les vestiaires ou dans les meetings, je suis moins fédérateur. Je prends davantage la parole aujourd’hui qu’hier, mais je reste quelqu’un de plutôt réservé. D’autres sont meilleurs communicants que moi. A chacun sa place … »

Vos Tom Boon Hockey Camps ont le vent en poupe ! « Oui, j’ai créé des programmes d’entrainement pour des stages (avec initiation dès 4 ans – nda) en me posant une question toute simple : jeune, à quelle sorte de stages aurais-je aimé participer ? A des stages fun. J’ai donc imaginé des stages d’apprentissage ludiques, car je crois qu’apprendre en s’amusant c’est la bonne recette. Il ne faut pas que les stages s’apparentent à une obligation ou un devoir ; au contraire, il faut proposer aux plus jeunes un concept qui marie apprentissage et plaisir ! »

Avec la possibilité d’une formule internat … « Pour les jeunes de 10 à 15 ans en effet, l’internat permet de rester ensemble 7 jours sur 7,  de quoi construire un véritable esprit d’équipe ! La formule Expérience inclut même des stages en Espagne, qui favorisent les rencontres entre équipiers. L’idéal pour se faire de nouveaux copains ! »

La réputation de vos stages a dépassé nos frontières… « Nous avons en effet exporté notre savoir-faire en Allemagne et en France. »

Quel est aujourd’hui le principal objectif de Tom Boon ? « Réussir le grand chelem, Coupe du Monde, Coupe d’Europe, JO. Sans taire que je me vois mal terminer ma carrière de hockeyeur professionnel sans avoir remporté le titre de Champion de Belgique. En tête également de mes objectifs : continuer à prendre du plaisir sur le terrain, tout simplement. »

A 31 ans, l’après-carrière, on y pense parfois ? « Oui oui j’y pense. Les stages pour enfants vont notamment me permettre de continuer à rester dans le hockey et sur le terrain. L’idée de partager mon vécu et mon expérience avec les plus jeunes me tient particulièrement à coeur. J’ai investi également dans l’immobilier, une poire pour la soif. Je joue au golf aussi, mais pour le plaisir… »

Comment est votre motivation en cette période de Covid ? « Bizarrement, je n’ai pas à me plaindre car j’ai enfin eu du temps pour moi ! Depuis que j’ai 18 ans, toute ma vie tourne autour du hockey. En 2008, je suis rentrée en équipe nationale, depuis ce jour, mon quotidien et les dates de mes vacances par exemple, sont dictés par les entraînements, les voyages, les tournois. Avec le confinement et les JO postposés en 2021, je me suis retrouvé dans l’obligation de déconnecter – enfin ! Ces mois sans aucune pression sportive, ça m’a fait du bien. Et aujourd’hui, j’ai à nouveau faim d’exploits … »

Où aura-t-on la chance de croiser Tom Boon cet été en Belgique ? « Nulle part, je le crains, j’espère être à Tokyo jusqu’à la mi-août. Je passerai cependant dire bonjour aux petits de mes stages au retour des JO … »


www.tomboonhockey.be


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Thomas Detry, l’esprit US en Belgique

L’espoir belge du golf revient tout juste des USA où il a franchi une nouvelle étape dans sa carrière. De tournoi en tournoi et du haut de ses 28 ans, Thomas Detry s’impose comme l’étoile montante du golf. Un joueur à suivre au fort capital sympathie.

Vous revenez tout juste de Floride où vous avez performé sur le WGC Championship. C’est très frais, peut-on commencer par-là ?

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le golf, les WGC, World Golf Championship, font partie des 8 tournois dans le monde où performent les meilleurs joueurs du monde. Idéalement, pour y accéder, il faut être dans le top 50 mondial. Pour ma part, j’y ai accédé via mes bonnes prestations de l’année dernière et j’ai donc pu jouer avec des joueurs aussi grands que Rory McIlroy. J’ai réalisé une assez bonne performance, j’ai fini dans le Top 30, ce qui est correct. J’aurais pu mieux jouer mais au milieu de tous ces grands noms du golf, je me suis pas mal défendu. J’ai hâte d’en jouer d’autres et d’en jouer encore plein.

A quoi ont ressemblé vos premiers pas dans le golf ?

J’ai commencé à jouer au golf avec mon père. On a débuté ensemble, lui avait 35 ans, moi j’étais tout petit. Je devais avoir 4 ou 5 ans quand j’ai fait mes premiers pas sur un practice. Puis avec les années ça a pris de l’ampleur, j’étais dans les équipes régionales, puis les équipes nationales. Finalement, j’ai représenté la Belgique un peu partout dans le monde, au Championnat du monde, au Championnat d’Europe. Je me suis fait un nom parmi les joueurs amateurs et j’ai été recruté par une université américaine, près de Chicago où j’ai passé 4 ans à étudier. Pour les Belges qui n’ont jamais été aux USA, il faut savoir que le système américain est assez extraordinaire. Le sport y est très fortement poussé. Je faisais partie de l’équipe de golf de l’université, en combinant avec mes études. Il y a un très haut niveau interuniversitaire, aussi bien en golf, qu’en base-ball, qu’en football américain. C’est un niveau extrême, presque un niveau pro. Ça m’a très bien préparé à la vie professionnelle. C’est très exigeant, on fait les mêmes études que les autres mais ça prépare au passage au niveau pro. Après 4 ans d’études, en 2016, j’ai eu mon bac en business, management. Je suis revenu en Europe pour me lancer en tant que pro sur le circuit européen grâce à l’aide des Fédérations qui m’ont trouvé quelques invitations à des tournois. J’ai eu de bons résultats et j’ai eu ainsi accès au Tour européen où je joue actuellement.

Dans cet impressionnant parcours, quel fut le premier défi ?

Mon premier grand challenge, c’est quand je me suis qualifié pour la Ryder Cup Junior. C’est un énorme tournoi qui oppose, tous les 2 ans, l’Europe aux USA. J’ai été sélectionné pour représenter l’Europe quand j’avais 18 ans. J’ai pu ainsi rencontrer les meilleurs joueurs du monde. Ça m’a ouvert les yeux sur le golf professionnel, j’ai compris que c’était la vie que je voulais mener. Ce n’était pas vraiment un défi, mais ma première chouette expérience en tant que golfeur, là où j’ai compris que c’était toute ma vie.

Quelles sont les différences entre le golf belge et le golf US ?

Aux USA, il y a une approche complètement différente du golf. On y est plus poussé à la performance, mais c’est pareil dans tous les domaines de la vie là-bas. A tous les niveaux, ils sont tirés vers le haut. Je l’ai aussi été pendant 4 ans, j’ai appris à me battre, à performer, à jouer sur des parcours plus compliqués. C’est quelque chose d’impossible à apprendre en Belgique, il n’y a pas cet esprit-là, cette compétitivité. Sans les USA, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui.

Aujourd’hui, vous vous entrainez comment ?

J’ai mon coach de toujours, depuis que je suis tout petit, Michel Vanmeerbeek, qui donne des cours à Sterrebeek. Je travaille aussi avec Jérôme Theunis. Ce sont mes 2 coachs techniques au golf. J’ai aussi un coach physique. Je vais dans sa salle de CrossFit à Bruxelles. Enfin, j’ai un coach français qui vient avec moi en tournoi.

C’est pour le côté physique ! Côté mental, comment êtes-vous coaché ?

Le mental est extrêmement important à tout niveau, pour tous les pros, pas seulement dans le sport. Je considère mes coachs techniques comme des coachs mentaux. Ils sont plus âgés que moi, ils ont plus d’expérience. On peut échanger, partager. Plusieurs personnes m’aident sur l’aspect mental.

C’est dense comme encadrement !

Oui, c’est toute une équipe ! J’ai aussi un caddie attitré, qui voyage avec moi. Il fait un peu plus que porter mon sac. Il m’aide sur le parcours, c’est aussi une aide mentale justement, quand on est sous pression sur le dernier trou, il est là pour me conseiller.

Quels sont les Hommes qui vous font rêver ?

J’ai toujours aimé Tiger Woods, un personnage que tout le monde connait, j’imagine. Il vient d’avoir un terrible accident, on espère tous qu’il va se rétablir. Ce qu’il a fait pour le golf et son approche mentale en fait un des plus grands sportifs de tous les temps. Il a toujours su rebondir, il a toujours su revenir au top et j’admire ça.

Avez-vous été impacté par les restrictions Covid ?

Oui, comme tout le monde. Comme je suis sélectionné pour les JO, j’avais un statut qui me permettait de m’entrainer mais vu que j’étais bloqué au Royaume-Uni, tout était fermé. Je ne me suis pas entrainé pendant 3 mois. Mais c’était bien de rester 3 mois tranquillement à la maison, vu que j’ai une vie assez mouvementée. Je n’avais pas fait ça depuis longtemps. J’en ai profité, c’était plutôt positif.

Et justement, qu’aimez-vous faire de votre temps libre ?

J’ai toujours bien aimé le jardinage. C’est quelque chose que ma grand-mère m’a appris. À Uccle, j’ai un jardin assez sympa. Alors, quand je suis à la maison, j’aime y passer du temps. Mais je fais aussi beaucoup de sport, j’aime prendre l’air, faire du vélo, aller courir, aller à la gym, j’adore ça !

Quel est votre endroit préféré en Belgique ?

La côte belge, c’est quelque chose qui reste à part. C’est un dépaysement complet à 1h de Bruxelles. J’adore y passer du temps, j’aimerais m’y rendre plus souvent mais je suis toujours à l’étranger, hélas.

Avant de vous quitter, est-ce que vous avez des projets ?

Je suis très jeune dans ma carrière, je n’ai que 28 ans. Je vise le classement mondial à court terme, le top 50 mondial : je suis 80e pour l’instant. À long terme, je voudrais gagner des majeurs.


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Jos Verlooy, le cavalier de l’année

Du haut de ses 26 ans, le palmarès de Jos Verlooy a de quoi donner le vertige. Médaillé de bronze avec Igor à l’Euro de Rotterdam, il a également décroché l’or par équipe permettant à la Belgique de se qualifier pour les prochains JO de Tokyo.Champion de Belgique de saut d’obstacles durant ces deux années dernières années, il vient d’être élu cavalier belge de l’année 2021 !

Le cheval, vous êtes né dedans ! On imagine facilement que c’est votre père, Axel Verlooy, qui vous a littéralement mis le pied à l’étrier…

Mon père était tout le temps à cheval. Il a fait une brève carrière de cavalier puis est devenu marchand de chevaux. J’ai tout simplement grandi dans des écuries. Pour autant, je ne me suis pas directement intéressé au monde du cheval. J’étais davantage attiré par le football que je pratiquais assidûment avec les copains. Finalement, j’ai eu un premier poney, puis un deuxième d’un bien meilleur potentiel. C’est là que j’ai commencé à gagner des médailles. Et avec les victoires sont venues la motivation et l’envie de continuer. J’ai donc laissé le foot de côté pour me consacrer à l’équitation dès mes 8 ans.

Vous étiez alors bien jeune, c’est sûrement bien plus tard que vous avez compris que vous pourriez faire carrière ?

Dès mon deuxième poney et les premières médailles (même en sautant des obstacles très bas), j’ai compris que je voulais faire ça et rien d’autre.

Ce poney a donc beaucoup compté ! Quels sont les autres chevaux qui ont marqué votre carrière ?

Je suis encore très jeune (26 ans, ndlr) mais il y a déjà quelques chevaux qui ont beaucoup compté dans mon parcours. J’ai commencé en Juniors avec Domino et c’est ensemble que nous sommes allés jusqu’aux compétitions Seniors. Nous étions tous les deux très jeunes quand nous avons commencé et je pense que c’est ce cheval qui m’a emmené à ce haut niveau. Pour être plus exact, on s’est tous les deux tirés, l’un l’autre, à un plus haut niveau. On a évolué ensemble vers les sommets. Peu de temps après, j’ai eu Farfelu de la Pomme, une jument très compétitive. J’ai aussi beaucoup appris d’elle.

Et vos chevaux d’aujourd’hui, qui sont-ils ?

Igor (hongre alezan né en 2008, ndlr) est mon cheval de tête. C’est avec lui que j’ai remporté l’or par équipe et le bronze en individuel aux Championnats d’Europe Longines FEI 2019 à Rotterdam.

Ces deux dernières années, je suis également sorti en concours avec Varoune (hongre bai né en 2008, ndlr). Nous avons été, deux années consécutives, champions de Belgique de saut d’obstacles et nous venons de remporter le Grand Prix de Salzbourg.

Il y a aussi Fabregas (étalon bai né en 2010, ndlr) et bien sûr Caracas (étalon gris né en 2005, ndlr) qui est aussi un cheval de tête. Ceci dit, il a déjà 16 ans mais il garde une très bonne condition physique. Enfin, Luciano (étalon noir né en 2011, ndlr) est encore un jeune cheval. Il est peu expérimenté mais je pense qu’il va aller très loin. Je vais le prendre comme deuxième cheval pour les compétitions 5 étoiles de cette année.

Travaillez-vous avec votre père pour sélectionner vos chevaux ?

Oui, nous achetons et nous revendons. Euro-Horse est un nom bien connu dans le monde équestre. De fait, les chevaux vont et viennent. Ce n’est pas nous qui les cherchons mais eux qui nous trouvent. Il me suffit de les monter pour déceler un bon feeling, une base pour partir sur un niveau supérieur. Et alors, nous les gardons pour les travailler. Je dois avouer que nous n’avons jamais recherché un cheval en particulier.

Euro-Horses, une success-story familiale ?

Mon grand-père avait une petite installation à 30 minutes d’ici, à Grobbendonk. Il travaillait dans son entreprise la semaine et s’y rendait durant le week-end. C’était un hobby, rien de professionnel. Mon père a préféré ne pas reprendre l’entreprise paternelle mais plutôt installer ses écuries où nous sommes aujourd’hui. Au début, mon père y menait sa carrière de cavalier. Il a participé aux Jeux olympiques en 1984 à Los Angeles. Puis, il a de moins en moins monté ses chevaux et a développé Euro-Horses où je m’entraine aux côtés d’Harrie Smolders.

Et à quoi ressemble une journée type d’entrainement ?

Chaque jour est différent depuis la pandémie !  En temps normal, j’entraine les chevaux du lundi au mercredi et je sors en compétition du jeudi au dimanche. Mais maintenant, je monte tous les jours à Grobbendonk tandis que mon père continue ses activités.

Justement, à quel point cette pandémie vous a-t-elle affectée ?

C’est difficile de s’organiser, de se préparer sans jamais avoir de dates, d’objectifs. Lorsque j’ai compris que ça allait durer, j’ai accordé un très long repos à mes chevaux. Puis, je les ai retravaillés progressivement. Quand j’ai enfin eu des dates, j’ai revu l’entrainement à la baisse pour les garder frais.

En avez-vous profité pour faire autre chose ?

Pour tout vous dire, j’ai passé les confinements à l’écurie. Je n’ai rien fait de nouveau pour garder ma routine.

Avez-vous d’autres passions en dehors de vos chevaux ?

J’aime le VTT. Parfois, j’organise des sorties en vélo avec mes amis. Surtout le week-end quand j’ai le temps. J’aime aussi courir. En bref, j’aime faire du sport !

Qu’espérez-vous pour 2021 ?

J’espère que les compétitions vont être maintenues. Mon objectif a toujours été les Jeux olympiques. Or, c’est hélas remis en question. Je croise les doigts ! Mais le plus important est que tout le monde reste en bonne santé.


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Jochen Zeischka, de la hauteur dans le plat pays

Jochen Zeischka fait partie de ces athlètes discrets, évoluant loin des podiums et des projecteurs, quelque part loin au-dessus des cimes. Pourtant, le deltiste flamand, un temps 17ème mondial, aligne les exploits et vient juste d’inscrire un record du monde.

Comment vous est venue l’idée de vous mettre au deltaplane ?

C’est une amie qui a trouvé un stage d’initiation dans ma 29e année. Et dès les premiers essais sur la pente-école, dès que mes pieds ont commencé à quitter le sol, j’ai compris que c’était un sport pour moi. Comme enfant, c’est dans un livre d’aventures à travers le monde que j’ai vu des photos incroyables de ce sport et pendant ce stage d’initiation, j’ai découvert qu’il y avait des deltistes en Belgique. Plus jeune, j’avais déjà envisagé un temps le planeur, mais il faut un club, c’est une organisation plus élaborée, il faut partager le planeur, réserver le vol. Quand j’ai découvert le delta, j’ai compris que là je serais plus libre et que l’expérience serait aussi plus pure, plus physique, à l’air libre. Rien ne s’approche plus du vol des oiseaux que le deltaplane : quel rêve ! Alors, quand j’ai appris que ça existait aussi en Belgique, je me suis lancé. Quelque temps après le stage, j’ai rejoint une école belge, en 2 week-ends nous avions appris les bases sur la pente-école et nous sommes partis dans le sud de la France pour faire les premiers vols de montagne.

En effet, la Belgique n’est pas vraiment réputée pour son relief, ça n’a pas été un obstacle ?

Non, parce qu’on a d’autres méthodes pour décoller Il y a le treuil : un peu comme un enfant qui joue avec un cerf-volant, on est attaché à un câble et tracté dans les airs. Il y a un club en Belgique qui le pratique sur une piste d’avion militaire :  là, on peut tirer un deltaplane à 800m. C’est différent de la pente naturelle, mais c’est très pratique. Une autre méthode très utilisée consiste à faire un remorquage par ULM : comme avec un planeur, le deltaplane est tiré par un avion.

Et quel est le type de décollage le plus pratiqué en Belgique ?

Chez nous, le plus pratique c’est le remorquage avec un ULM. Plus on est bas, moins on a de chance de trouver des thermiques, des ascendances. Le remorquage, c’est pratique parce que si on atterrit rapidement la première fois, il suffit de faire un deuxième remorquage pour une nouvelle tentative. Et puis, on n’est pas trop dépendant de la direction du vent. Bien sûr, le plus beau, c’est la pente naturelle mais chez nous, c’est un peu la loterie, nos collinessont très basses, environ 80 mètres : on est au sol en 2 minutes si on ne trouve pas de thermiques. Mais il y a des possibilités : mon plus long vol, je l’ai fait au départ de Beauraing jusqu’au sud de Paris, entre Troyes et Orléans, un vol de 275km en ligne directe. Il n’y a pas de réglementation stricte pour passer les frontières : c’est impossible d’avoir les données pour faire une déclaration de vol officiel chez les autorités, il y a donc une certaine tolérance. Après, il s’agit aussi de suivre la bonne route entre les espaces aériens : là, il n’y a pas de tolérance !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile avec ce sport ?

La logistique, je dirais. Le transport de l’aile vers les compétitions internationales, ce n’est pas toujours facile.

Apprendre le delta, c’était assez intuitif. J’ai aussi eu le luxe d’être bien encadré par un instructeur très expérimenté qui savait vraiment bien expliquer les choses. Cet instructeur a vu le talent en moi et m’a poussé à l’exploiter. C’était une aide formidable pour progresser.

Ainsi, été 2020, vous avez battu un record mondial détenu par un Tchèque en réalisant un circuit à trois balises (triangle FAI) de 25 km en 23 minutes et 20 secondes, donc une moyenne de 65 km/ heure. Dites-nous en plus.

Pour moi, le deltaplane, c’était avant tout un sport contre moi même : je voulais savoir ce que je pouvais faire avec une aile. Les vols de distance, ce n’est pas si facile et je voulais savoir ce qu’il était possible de faire, jusqu’où je pouvais aller. Et une des manières de me positionner était de faire de la compétition. Il y a là les meilleures références d’Europe (en Europe, nous avons des pays leader en deltaplane, comme l’Italie, la République tchèque et l’Autriche). Le record du monde en distance est de 760km : en compétition, au contact des autres pilotes, on apprend beaucoup de ces records. J’avais conscience d’être bon en vitesse. Et puis, suite à une blessure aux ligaments croisés, je n’ai pas pu faire de vols longs l’été passé. Aussi, avec le manque de compétitions dû au Covid, j’ai sérieusement songé à m’attaquer aux records sur des distances courtes. Sur le triangle de 25 km, le record était à 50km/h, ça m’a semblé jouable en trouvant le bon endroit. Je suis allé en France pendant une semaine : c’était toute une organisation, car il fallait y aller avec un juge. J’ai fait mieux que ce que j’espérais puisque j’ai fait monter le record de 50km/h à 65km/h. J’ai donc battu haut la main le Tchèque Tomás Suchánek, un pilote légendaire du delta, dont le record avait 20 ans.

Aux Belges qui aimeraient marcher dans vos pas, ou plutôt voler dans vos traces, que diriez-vous ?

 C’est accessible à beaucoup de gens. Pour ceux qui aiment ce « feeling of motion », le ski par exemple, ou la vitesse en général, ce n’est pas compliqué. Les ailes-écoles sont très faciles à piloter et on peut vraiment apprendre le delta en sécurité. Il faut simplement trouver une école et faire un essai. Croyez-moi, c’est un sport incroyable. Il n’y a pas beaucoup de sensations qui peuvent être comparées à une thermique qui vous lève en haut vers les nuages à 5 m/s. Et si des amis, ou même des aigles voire des vautours vous rejoignent, ce sont des moments inoubliables !


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Kenny Belaey, quand le vélo devient art

Rien n’arrête un aventurier et encore moins un biker belge ! Kenny Belaey parcourt le monde, arpente les montagnes, saute de falaise en falaise et rafle les plus grandes médailles sur son VTT depuis bientôt 30 ans. Sportif et créatif, il a fait de la pratique du vélo un art dans tous les sens du terme. Compétiteur Trial habitué des podiums, Kenny Belaey laisse sa passion s’exprimer en format freestyle. Ce multiple champion n’est jamais à court d’inspiration quand il s’agit de nouvelles aventures et, avec l’aide de son frère, il en fait profiter le grand public grâce à des vidéos à l’esthétisme irréprochable.

Le trial est un sport très récent, né au Royaume-Uni au XXe siècle. A vélo, en moto ou même en voiture, l’image de ce sport demeure peut-être un peu floue dans l’esprit du grand public. Pourriez-vous définir cette discipline ? 

Ce que je pratique, le VTT Trial, consiste, du moins en format compétition, à passer des obstacles sans mettre le pied à terre et dans un temps très limité de 2 minutes par zone. Une zone peut contenir 15 à 20 obstacles de nature très différente, rochers, troncs, etc. Il faut donc aller très vite, c’est à la fois physique et technique. Je pratique plusieurs sports et le trial en compétition est le plus difficile d’entre eux, alliant une grande force physique et mentale. Il faut rester très concentré.

A côté de la compétition, il y a aussi le lifestyle et le freestyle. D’un côté, il faut être un compétiteur de très haut niveau et, de l’autre, le sport peut se révéler intéressant pour chercher ses limites. C’est une pratique à la fois sportive et artistique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans cette discipline ?

Je pratiquais le VTT trial et le foot. C’est comme ça que j’ai réalisé que je préférais les sports individuels. Il y a beaucoup trop d’excuses faciles en équipe. En VTT, quand je fais une erreur, je ne peux pas accuser mon vélo, il faut se remettre en question. C’est aussi un défi de faire mieux chaque jour. Encore maintenant, après 28 ans de pratique, je recommence chaque jour de zéro. Il y a toujours quelque chose à améliorer, tu veux toujours sauter plus haut, plus loin, plus propre, plus stylé. C’est sans fin et c’est ça qui me motive 28 ans près. C’est un sport très dur et le niveau défi est très haut.

Est-ce un sport extrême, voire dangereux ?

Pas du tout ! Je connais très peu de collègues qui ont eu des accidents graves. En VTT Trial, on est seul et on connaît ses limites. Ce sont des risques calculés et surtout on n’a pas de vitesse. Alors oui, c’est un sport extrême, mais un sprint en final de Tour de France est dix fois plus dangereux !

Vous venez d’évoquer 28 ans de carrière. Quels en sont les temps forts ?

Bien sûr, les titres les plus importants restent ceux de champion du monde et de champion d’Europe. Sur 23 participations au mondial, je suis monté 20 fois sur le podium, mais bizarrement les gens ne me connaissent pas pour ça. Ils m’associent plus au défi de la slackline. C’est aussi un grand temps fort. J’ai roulé sur une slackline longue de 18 mètres, au-dessus du vide, à environ 2700 mètres daltitude, mais à 120 mètres du sol, dans les Alpes. C’était en 2015 et c’est ce que beaucoup de gens ont retenu de ma carrière.

Ces projets démesurés, comment naissent-ils ? Ce sont vos idées originales ?

Oui, j’essaye toujours d’être créatif. Je cherche les opportunités pour mélanger, vélo, culture et sport. Quand j’ai une idée, je la propose à mes sponsors qui me disent très souvent oui. J’ai parcouru le monde grâce à eux. C’est en parlant, en échangeant avec les gens, mais aussi en lisant beaucoup de livres que je reste inspiré. Le projet Alaska, par exemple, est né après un petit-déjeuner à Amsterdam avec le parapentiste Paul Guschlbauer. Lorsqu’il m’a annoncé qu’il allait prendre l’avion pour faire du parapente en Alaska, je lui ai demandé si je pouvais venir avec mon vélo. Je l’ai proposé à mes sponsors, et nous sommes partis faire du VTT et du parapente en Alaska où nous avons filmé des vidéos fantastiques. C’est toujours comme ça que ça marche ! Pour la traversée de la slackline dans les Alpes, c’était pareil, j’avais rencontré un Allemand à Cape Town qui s’apprêtait à passer une slackline à pied dans la montagne de la Table. 5 ans après, j’ai proposé la même chose en VTT en France. Il faut être proactif, savoir expliquer ses idées et convaincre, mais j’ai la chance d’avoir mon frère qui produit des vidéos. C’est plus facile de convaincre, de faire bouger les choses avec un petit business de famille.

Quels sont vos projets à venir ?

Pour cette année, la saison est terminée. Pour l’an prochain, je vise, une dernière fois, les championnats du monde vers novembre et la coupe du monde, l’été. Mais je vais rester très actif, les compétitions s’arrêtent, pas les défis ! Je vais continuer les performances, participer aux grands évènements aux US et bien sûr les partager en vidéo ! Puis, je vais aussi me consacrer à mon dernier projet : le bike art. Je me suis lancé dans l’art, je fais des oeuvres avec mon vélo, en peignant les roues. Les peintures sont sur mon compte instagram. Jusqu’à présent, ça marche très bien et j’ai l’ambition de faire toujours plus choses dans les villes à l’avenir. De mettre en avant, plus qu’autrefois encore, le côté artistique de la discipline.


Lara-de-Liedekerke

Lara de Liedekerke, douce conquérante

Les écuries d’Arville sont, autant pour les hommes que pour les chevaux, un paradis bucolique : un lieu fort inspirant pour une cavalière fort inspirée ! Lara de Liedekerke avance avec une implacable détermination pour continuer son rêve et celui de sa famille. Elle nous livre le prestigieux chemin qu’elle a suivi pour arriver au sommet, avec la force et la douceur qui la caractérise. Anecdotes d’enfance attendrissantes, victoires et revers, la cavalière raconte son parcours avec une étonnante sincérité.

Vous avez débuté votre carrière très jeune : l’équitation, vous êtes tombée dedans toute petite ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours monté à cheval. Mon grand-père maternel a toujours eu des chevaux dans les Ardennes. Il a touché un peu à tout, au complet comme à l’attelage et, avec mes cousines, nous y passions des vacances très conviviales, des étés entiers à monter nos Shetlands. J’ai très vite accroché, ce n’est pas passé inaperçu.

 

Il y a donc beaucoup de cavaliers dans votre famille…

Ma maman monte presque tous les jours à cheval. Mes cousines n’ont pas toutes continué même si l’une d’entre elles participe à des Grands Prix en CSO. Je suis la seule à être allée si loin.

  

Mais vous avez fait au préalable des études de commerce, vous ne pensiez pas à une carrière dans le monde du cheval ?

En fait, j’ai toujours eu en tête la chute de Karin Donckers au JO de Sydney qui a failli la paralyser à vie. Il fallait avoir une autre corde à son arc. Mes parents aussi étaient prêts à financer ma carrière mais à la condition que je fasse des études supérieures, un accident ou autre peut arriver dans la vie, je n’étais pas assurée de pouvoir faire du cheval jusqu’au bout. J’ai obtenu un Master en sciences commerciales à l’ICHEC et je dois dire qu’au final que finalement, les cours de comptabilité et de management m’aident beaucoup dans la gestion de ma carrière et des écuries.

 

Et vous avez combiné sport de haut niveau et études supérieures ?

Oui, grâce à mon statut de sportive de haut niveau, j’ai pu profiter d’un étalement des crédits. Ces études, c’était aussi une leçon de vie, en ratant ma première année, j’ai pris ma première claque dans la vie, je n’avais pas connu de grands échecs ni à l’école ni à cheval ! J’ai eu de la chance d’aller à lICHEC, ils ont été très flexibles et arrangeants, notamment sur les horaires.

 

Est-ce aussi l’influence de votre grand-père qui vous a poussé à faire du cross ?

J’ai, en effet, des souvenirs de soirée avec mes cousines chez mon grand-père à sauter les coussins dans les couloirs : on faisait des cross à la maison ! Là-bas aussi, je m’amusais avec mon Shetland sur les arbres tombés dans la prairie. Mais un jour, nous sommes allés voir mon oncle en cross, et il a chuté dans l’eau, je me souviens que l’on ne les voyait plus, ni lui ni son cheval ! Ma mère m’a alors demandé si je me voyais quand même faire du cross un jour et j’ai répondu d’un ferme « non, jamais ! » (Rires). Plus tard, on m’a trouvé un cheval de concours complet, je suis devenue très proche de son ancienne propriétaire et j’ai ainsi fait mon premier complet. Mon grand-père suivait ça de près, même si c’était très différent de ce qu’il avait connu et qu’il ne comprenait pas bien l’évolution du concours complet, avec des obstacles plus étroits, plus directionnels, rien à voir avec les immenses fossés d’autrefois ! Mais il était fier de m’y accompagner. Puis, un jour, après quelques concours, j’ai entendu mon grand-père dire à ma mère qu’il ne pensait pas que ça vaille le coup d’investir dans une carrière de concours complet pour moi, que j’aimais galoper dans les prairies mais que je n’avais pas cette envie de gagner. J’avais 12 ou 13 ans et je me suis dit « mais qu’est-ce qu’il raconte ? C’est ça que je veux faire ! ». Et ça a été un déclic, probablement !

 

Et c’est aussi avec lui que vous avez eu le déclic pour Badminton ?

Oui ! On s’y est rendu avec mon grand-père et ce fut un peu la même chose qu’avec mon oncle tombé dans l’eau : un cavalier a chuté et son cheval a marché sur sa main qui s’est retrouvée en sang, trouée par les crampons. Mon grand-père m’a alors demandé si je me voyais faire Badminton un jour et j’ai répondu « Non, c’est bien trop grand pour moi » (rires). Si mon grand-père était encore là, il jubilerait de me voir à Badminton.

 

 Quels étaient vos points faibles et vos points forts ?

 Dans un premier temps, je dirais que mon premier point faible, c’était la vitesse. Au fond, j’étais la cavalière que mon grand-père décrivait, je profitais de l’instant, je me suis disais que ce n’était pas bien grave de ne pas être assez rapide, j’étais contente si mon cheval sautait bien, je n’avais pas une approche très compétitive. J’adorais mes chevaux, je sortais en concours et ça m’allait bien. Et puis, un jour, comme beaucoup de cavaliers, je pense, je me suis demandé pourquoi je sortais en concours, est-ce que je voulais être meilleur que les autres ? J’ai essayé de développer mon mental, avec l’aide d’un coach et un sophrologue. Du coup, mon mental, c’est devenu un point fort !

Pour revenir au manque de vitesse, le niveau est si précis, chaque détail compte, j’ai dû bosser énormément. Je n’ai pas le talent des autres, je travaille vraiment beaucoup et je pense que ça a fait de moi une cavalière complète.

 

Chaque année est organisé sur vos terres le concours complet international d’Arville ? Qui a eu cette idée ?

 On était au Championnat d’Europe junior à Saumur et mon père fait remarquer qu’il était dommage qu’il n’y ait plus de concours complet en Belgique. Il a ajouté que s’il y avait bien une famille qui pouvait le faire, c’était la nôtre (rires). Et qu’Arville était parfait pour ça. On a laissé cette idée de côté et, à la fin de l’année, nous avons reçu un appel de la Fédération qui demandait si l’hypothèse d’un concours à Arville était sérieuse. Ma mère a consulté son père et celui-ci pensait que l’idée était bonne. En 2006, nous avons donc tenu la première édition d’Arville. C’était très bucolique, je ne dirais pas amateur car le niveau d’exigence était élevé, mais c’est vrai que nous ne savions pas trop organiserun concours. Finalement, ma mère s’est prise au jeu et 14 ans après, le concours existe toujours, avec un niveau toujours plus exigeant !

 

 Nous n’avons pas évoqué vos chevaux. Pouvez-vous nous en parler ?

 Il y a 2 chevaux qui ont marqué ma carrière d’avant. Même s’ils coulent des jours heureux à la retraite à Arville aujourd’hui, on ne peut pas parler de ma carrière sans évoquer Nooney Blue et Ducati. Avec la première, j’ai fait mes trois premiers championnats d’Europe junior et les 2 premiers en jeune cavalier ainsi que mes premiers championnats du monde au Kentucky en 2010. Quant à Ducati, c’est un cheval que mon oncle avait acheté pour la chasse à courre et qui a atterri dans mes écuries. C’est avec lui que je suis allée à Badminton. J’ai aujourd’hui la chance d’avoir une dizaine de chevaux que j’adore, ils sont tous très complémentaires et me correspondent très bien. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai jamais vraiment cru en Alpaga d’Arville et pourtant il me permet de rester dans l’équipe nationale et de faire des concours 5 étoiles. Il marquera aussi ma carrière.

 

 Quels sont vos projets pour l’avenir ?

 De rester une femme épanouie, grâce à mes 2 enfants et mon mari qui font de moi une femme équilibrée. Je suis une maman avant d’être une cavalière. Mes motivations de cavalières, elles, se renouvellent chaque année. En ce moment, je dois dire que les JO de Paris m’inspirent pas mal !

 


Larissa-Paulius

Larissa Paulius

Depuis ses écuries de Braine-l’Alleud, Larissa Paulius continue de porter le rêve construit à deux, avec son mari parti trop tôt. Telle une étoile filante dans le ciel, notre championne poursuit sa trajectoire sans faillir, portée par son amour des chevaux, son Valentin, leur Valentin et les espoirs naissants de First-Step Horses. Déjà propulsée dans le Top 10 mondial avec Valentin, Larissa entame cette saison de dressage confiante et positive.

Peut-on revenir sur vos premiers pas en équitation ? Il semblerait que vos parents vous aient beaucoup soutenue et que votre mère fut également cavalière…

Ma maman a recommencé à monter à cheval quand elle avait 33/35 ans, en même temps que ma soeur et moi débutions. Ma mère était, en effet, passionnée. Si ma soeur a plus tard arrêté, moi j’ai continué. C’était vraiment pour le loisir, j’avais à peine 4 ans et demi, mais je me suis très vite trouvée fascinée par les chevaux. Petite fille, je voulais être vétérinaire. Mais finalement, après le bac, je me suis tournée vers les chevaux. J’avais 16 ans quand j’ai compris que je voulais en faire mon métier. Mes parents, médecin et dentiste, voulaient que j’aie un minimum de bagage, mais après le bac je ne savais pas quoi faire, alors ils m’ont autorisée à partir, en l’occurrence en Allemagne, à condition de faire une vraie et solide formation. C’est comme ça que je me suis retrouvée chez Norbert Van Laak (ndlr : entraîneur olympique). Avec mes parents derrière moi, vraiment.

Et pourquoi être partie en Allemagne ? Il n’y avait pas d’équivalent en Belgique ? 

Non, les meilleures formations se trouvent en Allemagne et en Hollande. Les formateurs étaient meilleurs, puis je devais prendre de l’expérience et de la maturité. Je devais prouver que, oui, je savais faire.

Quel a été le déclic pour que vous fondiez vos propres écuries ? 

Je suis rentrée d’Allemagne en 2001 et j’ai rencontré mon mari en 2007. On a très vite eu envie de chercher une terre pour construire, c’était notre rêve à nous deux. On a trouvé un terrain totalement nu et on a réussi le défi de tout construire pour atterrir dans nos propres installations en 2010.

Il fallait un esprit d’entreprise pour se lancer dans cette aventure…

Mon mari avait un sens de l’entrepreunariat incroyable, c’était quelqu’un qui avait une énergie de dingue, qui savait déplacer des montagnes pour ses idées et c’est ce qu’il a fait d’une main de maître avec ce projet qu’on a porté ensemble et que je porte toujours.

Vous étiez la cavalière sous les feux de la rampe, il était le businessman derrière le rideau, c’est ainsi que le binôme fonctionnait ?

Voilà ! On était ultra complémentaires. On était une équipe gagnante à tout point de vue. Je lui dois beaucoup et je continue à me battre pour lui. Jamais je ne l’oublierai.

La crise du Covid et les restrictions qu’elle a entrainées vous a-t-elle retenue loin de votre travail et de vos chevaux ?

J’ai continué à monter, je les ai bien entrainés parce que j’attendais impatiemment que les concours reprennent. Les entrainements se sont très bien passés et je continue sur ma lancée, je prépare deux chevaux pour le Grand Prix dans le mois ou les deux mois qui arrivent. Valentin est fin prêt pour le concours et je pense que j’ai un autre cheval aussi qui va bientôt être prêt.

Puisque vous évoquez Valentin, dites-nous en plus, c’est un peu votre cheval chouchou, n’est-ce pas ?

Oui, c’est mon chouchou ! Nous avons beaucoup de projets, j’espère qu’on va tourner sur un Grand Prix assez rapidement et faire de beaux concours d’ici 5-6 mois. Il est encore jeune, il n’a que 8 ans donc je ne peux pas y aller trop fort, je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose non plus ! On prend notre temps mais il est très bien parti pour sûr.

C’est un cheval que vous avez eu très jeune ?

On l’a acheté à 2 ans et demi, je débourre quasi tous mes chevaux.

 À quoi ressemble une journée de travail type dans vos écuries ?

 Je conduis ma fille aînée à l’école à 8h15. Quand je reviens, je suis à cheval vers 8h30-9h00 et je monte jusque 13 heures. Je passe mes journées à cheval et je donne quelques cours. Désormais, je dois aussi m’occuper des papiers et de la gestion de l’écurie.

Il est donc plus difficile de vivre du dressage que du jumping encore aujourd’hui ?

Il est certain que c’est beaucoup moins rentable au niveau de la compétition. Si vous faites les beaux-circuits en CSO et que vous remportez de belles épreuves, vous gagnez de l’argent, c’est sûr. Ce n’est pas du tout le cas en dressage. Donc, nous devons vivre sur le commerce. Évidemment, j’ai des saillies ici qui me rapportent un peu d’argent, ce qui me permet d’entretenir mes écuries et d’avancer.

La compétition semble reprendre tout doucement, quels sont vos projets ?

 La compétition reprend gentiment, j’ai deux chevaux à sortir en Grand Prix et un très chouette 5 ans ainsi qu’un très chouette 6 ans. A mon avis, début juillet je suis déjà en concours avec mes chevaux. On n’a pas perdu de temps pendant le confinement.

Quels sont ces chevaux que vous souhaiteriez mettre en valeur, à part Valentin ?

J’ai Flambeau qui est un très chouette cheval ! Il est un peu plus âgé que Valentin, il a 10 ans. Je l’ai acheté il y a un an et demi. C’est un cheval qui ne savait absolument rien faire. Rien. Il était très très anxieux, il l’est toujours mais beaucoup moins. Il me fait de plus en plus confiance donc j’espère que j’aurai de bonnes surprises en concours avec lui ! Je l’ai déjà sorti en international et il s’est pas mal débrouillé. Mais là, il a vraiment fait un bond en avant et j’espère qu’on va pouvoir continuer pour la suite.

Quelle est l’histoire de Flambeau ? 10 ans, ce n’est pas tout jeune pour débuter !

Je n’achète jamais de chevaux de cet âge-là, soit presque 9 ans quand il est arrivé chez nous. C’est mon mari qui trouvait ce cheval absolument génial. Pourtant, je doutais de pouvoir y arriver, c’était un cheval vraiment très paniqué. Mon mari a insisté pour que je tente l’aventure et Flambeau a appris tous les mouvements du Grand Prix en un an et demi. Je pense qu’il est exceptionnel dans la qualité mais il doit encore prendre confiance. C’est un cheval qui me touche car il donne beaucoup de lui quand je le monte et c’est de mieux en mieux. Je pense que je vais avoir une bonne surprise.

Comment aviez-vous décelé ce potentiel chez un cheval de presque 9 ans ?

J’ai vu qu’il avait un très bon galop, il avait une bonne propulsion à l’arrière même si tout était à faire. La base, la prise en main était juste catastrophique mais il avait tapé dans l’oeil dans mon mari alors je me suis dit « au boulot ! »

Quelles sont les plus grandes fiertés de votre parcours équestre à ce jour ?

C’est mes deux Top 10 au Championnat du monde avec mon Valentin. La concurrence est monstrueuse et c’est un cheval avec lequel on a fait tout le travail de zéro. C’était vraiment notre bébé et ça l’est toujours d’ailleurs. De voir qu’on ne s’est pas trompé, qu’on avance, qu’on fait des résultats, c’est motivant.

Et vos objectifs ?

Paris 2024 avec les deux chevaux.


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1920 : NOS Jeux Olympiques belges

En cette année olympique, nos athlètes belges auraient pu briller aux JO Japonais, mais, malmené par la pandémie, le Comité Olympique International a postposer l’organisation en 2021. L’occasion de se remémorer fièrement l’édition centenaire de 1920, qui a pris une place importante dans l’histoire olympique grâce à notre pays.

C’est le 5 avril 1919, lors de la 17e Session du CIO à Lausanne, qu’Anvers est désignée ville organisatrice. Les membres du Comité International Olympique ont voulu « rendre hommage aux souffrances infligées au peuple belge au cours de la guerre ». Anvers, détruite, se reconstruit en quelques mois pour accueillir les 2622 athlètes des 29 pays participants. L’histoire regorge d’anecdotes sur ces Olympiades de la paix, paix mise en valeur par l’affiche des Jeux qui présente une farandole de drapeaux entrelacés pour signifier la réunion des peuples après la dramatique période 1914-1918.

22 sports y sont programmés dont les saugrenus patinage artistique et, pour la première fois, le hockey sur glace. Pour éviter les grandes chaleurs de l’été, le Palais de Glace débute d’ailleurs la compétition en avril alors que la cérémonie d’ouverture des Jeux n’aura lieu qu’en août. Pas encore de JO d’hiver à l’époque…

 

« Daignez, Votre Majesté,… »

C’est le 14 août que le Roi Albert 1er ouvre les festivités. « Daignez, Votre Majesté, déclarer ouverts les Jeux Olympiques d’Anvers », lui lance le président du CIO, Henri de Baillet-Latour.

Les athlètes défilent. Le porte-drapeau belge est Victor Boin, un sportif pour le moins polyvalent. Il est médaillé en water-polo en 1908 et 1912, nageur de course et escrimeur, il prendra l’argent à l’épée par équipes dans ses Jeux de 1920. Il est aussi un héros de guerre, pilote de l’armée de l’air belge. Pour la première fois de l’histoire, un sportif est appelé à prononcer le serment des athlètes. Victor Boin sort du rang, monte sur le podium, lève la main et déclare : « Nous jurons de prendre part aux Jeux Olympiques en compétiteurs loyaux, d’observer scrupuleusement les règlements et de faire preuve d’un esprit chevaleresque pour la gloire de nos pays et pour la gloire du sport ». Les colombes parées des couleurs nationales s’envolent, les Jeux sont bien lancés par les 35 000 personnes présentes dans le stade.

Ce fameux stade olympique d’Anvers, construit spécialement pour les Jeux est toujours debout. Il est devenu le stade du football de l’équipe du Beerschot.

En 1920, autre première, le drapeau olympique gagne le stade. Les cinq anneaux entrelacés, bleu, jaune, vert, noir, vert rouge sur fond blanc, expriment l’activité du Mouvement olympique : ils représentent l’union des cinq continents et la rencontre des athlètes du monde entier aux Jeux Olympiques. Ce drapeau symbolique a été conçu dès 1913 par Pierre de Coubertin et c’est à Anvers qu’il flottera pour la première fois de l’histoire olympique.

Au palmarès final, la Belgique remporte 36 médailles ! 14 en or et 11 en argent et en bronze. Ce qui la place en cinquième position sur 29 délégations présentes. Quelle fierté.

 

Allez les Diables

Mais, si, la Belgique a été championne de football ! Championne olympique en 1920 devant son public, avant même que la Coupe de Monde de football ne soit inventée. En quart de finale, les Diables Rouges domine l’Espagne 3-1 et arrivent en demi pour battre les Pays-Bas, 3-0. En finale, la Tchécoslovaquie s’incline 2-0 et laisse la médaille d’or aux Belges.

A Anvers, le tir à l’arc est un des sports roi. Il n’y a pas moins de dix épreuves à l’affiche des jeux, cela va du tir à la perche grands oiseaux, au tir au berceau à 50 mètres, en passant par le tir à la perche petits oiseaux. Les initiés apprécieront. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’un Belge en est la grande vedette. Hubert Van Innis, alors âgé de 54 ans avait déjà gagné trois médailles aux Jeux de Paris vingt ans plus tôt. A Wilrijk, dans le parc Nachtegalen, il devient le maître incontesté de la discipline. Il monte sur le podium de toutes les épreuves au berceau (en longueur) : or en individuel à 33 m et à 28 m, or par équipes à 50 m et à 33 m, argent individuel à 50 m, argent par équipes à 28 m. Ca fait six médailles, pour un total de neuf podiums pendant sa carrière. 100 ans plus tard, il est toujours le Belge ayant décroché le plus de médailles olympiques.

A côté de ces exploits, on retiendra aussi quelques anecdotes amusantes : en rugby, un seul match a été joué, devant 20 000 spectateurs, le 5 septembre 1920, puisque seuls la France et les Etats-Unis participaient à cette compétition. Les nageurs olympiques devaient, quant à eux, se serrer les uns contre les autres pour se réchauffer après chaque course. L’eau du bassin étant décrite comme fraîche et sombre.

Le 12 septembre 1920, lors d’une cérémonie de clôture ponctuée par un discours de Pierre de Coubertin et par une cantate interprétée par 1 200 choristes et musiciens, le drapeau olympique est remis à Paris qui organisera les Jeux en 1924. L’identité visuelle olympique est née à ce moment-là, chez nous. Elle ne va que se renforcer au fil du temps.


Pour aller plus loin, le Sportimonium de Zemst, le musée du sport et de l’Olympisme, a mis en place l’exposition ludique « Breaking Boundaries » sur ces Jeux Olympiques d’Anvers de 1920.

www.sportimonium.be


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Je peux pas, j’ai kayak !

L’histoire retiendra sûrement du kayak le buzz cocasse du déconfinement en Belgique ! Mais heureusement, elle a aussi fait rentrer dans ses pages un grand nom de chez nous : Maxime Richard, un esprit compétitif teinté d’un certain sens du récréatif. Champion de Belgique, champion d’Europe, champion du monde, celui qui est tombé dedans quand il était petit n’a rien laissé au hasard pour vivre à fond son rêve d’aventure ! 

A quoi ressemblent les débuts d’un multi-champion en canoë-kayak ?  

J’ai commencé le kayak très jeune puisque je n’avais que 7 ans. Nous étions en vacances en France :  mon papa a toujours fait du kayak et quand on partait à l’étranger, le kayak nous suivait. J’ai donné mes premiers coups de pagaie sur le lac du Verdon en nonante-cinq, dès que j’ai eu la bonne taille ! Je combinais avec le foot que j’ai vite arrêté pour me consacrer au kayak. J’ai fait mes premières compétitions nationales et mes premières sélections internationales dans les juniors. À partir de là, l’entraînement est devenu très intensif mais j’ai eu la chance d’avoir un contrat professionnel dès ma deuxième année chez les seniors. C’est comme ça que j’ai fait du kayak à plein temps, ce qui n’était pas un objectif en soi au départ, mais c’était mon rêve gamin de faire partie des meilleurs et d’être champion du monde un jour. Je suis sur le circuit pro avec un contrat depuis mes 19 ans et je suis devenu champion du monde pour la première fois à 22 ans sur une rivière en Espagne que je connaissais vraiment bien. Depuis, il y a eu les Jeux olympiques et bien d’autres titres, beaucoup de voyages, beaucoup de rencontres, de partages, plein de moments très précieux, surtout avec mon père qui est mon entraîneur.

Où peut-on s’initier et s’entraîner en Belgique ? 

J’ai la chance d’habiter du côté de Dinant où on a à la fois la Lesse et la Meuse. Donc, on a un bassin d’eau calme et une rivière plus vive. Je me suis personnellement dirigé vers le club où j’ai trouvé du matériel adapté dès l’âge de 7 ans, c’est là que j’ai progressé et évolué sous la tutelle de mon père. 

A quel âge peut-on commencer le canoë-kayak ?

Il faut avoir la bonne taille pour tenir la pagaie et savoir nager, mais aussi ne pas paniquer sous l’eau en cas d’incident, c’est pourquoi 7/8 ans c’est le grand minimum. C’est, en fait, plus réaliste après 10 ans. 

Le kayak c’est dans votre ADN ou il y a quelque chose en particulier qui vous a attiré dans ce sport ?

Ce qui m’a attiré dans un premier temps, c’était le côté partage. J’étais petit, je passais du temps avec mon papa, avec mon frère, dans un sport d’extérieur qui est sur l’eau, ce qui est assez cool quand il fait beau ! J’aimais le côté fun et sympa de la discipline, pouvoir profiter de l’eau différemment, avec des gens que j’aime, ma famille. Puis le côté physique de la discipline s’est imposé. J’ai toujours été un compétiteur dans l’âme, j’ai toujours aimé les sports individuels. C’est l’association du côté nature et du sport individuel : on est maître de son destin dans un sport très physique. 

Comment vous entrainez-vous ? 

On tourne à 26/28 heures d’entrainement par semaine. Ça fait des grosses journées. On a une à deux sorties sur l’eau avec un entraînement qui est fonction de la période de l’année. On travaille aussi le cardio : course à pied, vélo ou natation en hiver. À cela, il faut ajouter pas mal de musculation parce que c’est un sport qui requiert de la puissance et de la force. Et enfin, suffisamment de stretching.

A 32 ans, comment voyez-vous le futur ? 

Pour ce qui est du futur proche, c’est compliqué. Théoriquement on aurait dû être au Championnat du monde aux États-Unis, mais ça a bien sûr été annulé. On attend encore l’évolution du calendrier mais c’est dur, la saison a bien été amputée et tous les gros événements ont été annulés, pas déplacés mais annulés.

C’est sûr aussi que pour les années de très haut niveau, il y en a plus derrière que devant moi mais j’ai toujours besoin et envie de montrer des choses, je reste un compétiteur. 

Quoiqu’il arrive, le jour où je ne ferai plus de compétition, je resterai quand même dans ce monde-là avec des projets un peu plus axés aventure / traversée : j’aime aussi ce côté-là de la discipline. 

Le kayak s’est retrouvé malgré lui au centre d’un buzz sur les réseaux sociaux. On a pu lire qu’il était possible de faire du kayak mais pas de voir sa grand-mère, entre autres. Est-ce que ce fut une surprise pour vous également ?

Pour moi, ce n’était pas une surprise parce que depuis le début du confinement on pouvait continuer à faire du vélo et à aller courir. Il y a certaines disciplines sportives qui étaient autorisées. Avec le canoë-kayak, on a une distanciation sociale qui se fait naturellement. On ne peut pas venir bien près les uns des autres de par la taille du matériel. L’annonce fut plutôt un soulagement parce que la fédération avait beaucoup travaillé dans ce sens-là. Mais c’est le côté marrant de la chose, on a beaucoup parlé du kayak ! Toutefois, les gens ont mal compris l’annonce je crois, c’est en fait l’activité qui était autorisée aux membres pratiquants, pas le tourisme, la location ni la découverte du sport. C’était pour les sportifs comme les coureurs et les cyclistes ! 


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Sébastien Berthe, au pied du Big Wall

En 1958, Warren Harding, Wayne Merry et George Whitmore mettaient 47 jours pour libérer le « Nose » et entrer dans l’Histoire. 61 ans plus tard, c’est au jeune Belge, Sébastien Berthe, de faire une entrée fracassante dans la cour des grands et des Bigs Walls : en novembre dernier il est devenu le septième grimpeur au monde à réaliser son ascension en libre. 900 mètres de dénivelé côté 8b+ remporté sur le fil à coup de persévérance et de solidarité inattendue sur la paroi. 

MOTS : VANESSA SCHMITZ-GRUCKER
PHOTOS : SIMON CASTAGNE

Comme beaucoup de grimpeurs de haut-niveau, tu es tombé dans l’escalade tout petit. À quoi ont ressemblé tes débuts ? 

Mon père était très actif en escalade et c’est quand il a ouvert sa salle, à Arlon, que je m’y suis moi-même mis à fond. Je lui dois beaucoup parce qu’il m’a aussi pas mal emmené en falaise à travers la Belgique et l’Europe. C’était mon entraîneur jusqu’à mes 17 ans. Aujourd’hui, je travaille avec Didier Mottard qui entraîne les grimpeurs de haut niveau en Belgique. 

Le virus a bien pris puisque tu as aussi fait des études en sport. C’était une vraie volonté de te professionnaliser ? 

J’ai fait un master en éducation physique mais le but était surtout de faire des études pour des études : je n’ai pas pensé carrière, je voulais simplement tout savoir sur le sport, sur l’entraînement. C’est un super bagage, on apprend une rigueur de recherche, beaucoup de théories physiologiques, une approche scientifique du sport. Ce n’est que plus tard que je me suis dit que deviendrais bien entraîneur et c’est ce que j’ai fait.

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Qu’est-ce qui pousse un jour à s’attaquer à une voie aussi réputée que crainte, gravie alors par seulement 6 personnes depuis 1958 ? 

Le « Nose » est une voie mythique, la plus connue des grandes parois, donc je l’avais en tête depuis tout petit et j’en rêvais sans que cela ne me paraisse réaliste. Et puis, je suis parti une première fois deux mois au Yosemite pour apprendre le style là-bas qui est assez particulier et différent de ce qu’on voit en Europe. C’était en 2017 et j’ai fait une belle performance sur la face d’El Capitan (où se trouve également The Nose, ndlr). Ça m’a ouvert les yeux sur mon potentiel dans ce type d’escalade qui est assez long, technique, engagé, celui qui me correspond le mieux en fait. J’y suis retourné en 2018, puis est venu ce séjour de trois semaines en novembre 2019. J’ai voulu faire quelque chose de fort et c’est le « Nose » qui s’est imposé. 

Comment se prépare-t-on depuis le plat pays à une telle ascension ? 

J’ai des facilités en endurance mais pas en force pure ni en puissance. J’ai donc surtout besoin de m’entrainer sur de petites voies, des bloc3s en falaise où faire de l’intensité, pour progresser ensuite sur des grandes parois. J’ai fait beaucoup d’efforts courts parce que les difficultés du « Nose » résident dans des petites sections dures pour les doigts et le gainage. Mais globalement, je suis endurant et résistant donc mes entraînements classiques suffisent à me préparer au Yosemite. 

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J’imagine que le souvenir de cet exploit est encore très frais dans ta mémoire. Peux-tu revenir sur les grands moments d’une ascension intense ?

On est parti avec six jours de vivres sur la paroi. Les autres descendent en rappel pour travailler, en amont, les longueurs dures et bien maîtriser les passages difficiles. Ce n’est pas mon approche : j’ai appris que l’escalade, c’est d’en bas vers le haut, question d’éthique. Quand on monte à pied et qu’on approche la paroi d’en haut pour faire connaissance, on perd aussi l’esprit d’aventure (ndlr : Sébastien est le septième à gravir le « Nose » en libre mais le premier à l’avoir gravi sans repérages). Les débuts se sont bien passés malgré la présence de nombreux autres grimpeurs sur la paroi qui nous ont quelque peu ralentis. Puis on est arrivé à la première difficulté, « The Great Roof », côté « seulement » 8b mais très exigeant pour les pieds et les doigts. Je l’ai enchainé plus vite que je ne l’aurais pensé, de sorte que le quatrième jour, j’étais au pied de la longueur dure, un angle tout lisse à remonter sur une dizaine de mètres. J’étais optimiste parce qu’il me restait trois jours pour l’enchaîner, sauf que c’était bien plus dur que prévu. Je me suis pris une claque, c’était très éprouvant mentalement. De là, on n’est plus qu’à trois heures du sommet mais comme je ne progressais pas, j’ai très vite eu envie d’abandonner. C’est au sixième jour et alors que je n’avais presque plus de vivres que les premiers progrès sur la longueur sont venus et que j’ai pour la première fois senti que je pouvais y arriver. Mes camarades ont partagé leurs vivres avec moi, ils se sont privés pour que je puisse rester un jour de plus. Le septième jour, j’approchais du but et il a fallu que Barbara Zangerl, une des meilleures grimpeuses dans ce style qui s’entraînait là, se serre la ceinture et partage ses vivres avec moi pour que je reste un huitième jour et atteigne le sommet.

Finalement, ce dont tu as surtout eu besoin, c’est de ressources mentales ? 

Physiquement, on est vite à bout : la peau souffre sur le granit plusieurs jours d’affilé et surtout il faut hisser derrière nous un sac de 80 à 100 kilos pour rester sur le mur plusieurs jours. Mais oui, le vrai défi est mental : il faut rester dedans, gérer la peur parce que tu as quand même 800 mètres de vide en dessous de toi, tu ne peux pas te relâcher une seule minute. Le vrai enjeu c’est de ne pas céder à cette tentation d’abandonner qui ne te quitte pas, ou presque ! Pour travailler le mental, tu peux utiliser l’imagerie mentale ou d’autres outils de psychologie du sport mais la clef c’est d’être motivé. C’est l’envie qui fait tout !