AFILO : designers d’émotions
AFILO
Designers d’émotions
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Jon Verhoeft,Gary EDW
Pour Samantha Jacot et Thomas Ersoch, plus qu’un bel espace, l’aménagement intérieur se veut une histoire à vivre et à ressentir, guidée par la maîtrise technique, le savoir-faire artisanal et le goût de l’élégance. À la mesure de la superbe villa nichée sur les hauteurs de Marbella, dont le duo a récemment conçu les espaces, avec l’exclusivité et l’expertise qui caractérisent Afílo.
Quels sont les fondements de l’univers d’Afílo ? Samantha : C’est un profond mélange d’universalité et de sur-mesure. Le premier s’affirme par l’excellence des matériaux mais aussi des technologies et des procédés de création, des principes fondateurs auxquels nous ne dérogeons jamais. Le second, par la personnalisation qui accompagne chacune de nos réalisations et l’attention du détail capable de magnifier l’expérience et d’amener l’ergonomie, le design et l’émotion, à leur pleine mesure.
Émotion, un mot qui revient fréquemment dans le vocabulaire d’Afílo. En a-t-elle inspiré la création il y a vingt-cinq ans ? Thomas : L’essence d’un endroit reste son émotion. Aussi bien pour nous, qui tombons amoureux de chaque projet que nous élaborons, que par le sentiment que nous cherchons à transmettre aux lieux. En italien, on le traduirait par la « goduria », la joie, le bonheur.
Samantha : Chaque réalisation représente en moyenne deux ans de travail, de passion et d’implication pour concevoir un intérieur où l’on a envie de partager et de savourer. Et nous adorons surprendre ceux qui font appel à nous par des éléments inattendus qui les amèneront à sortir de leur zone de confort tout en comblant leurs attentes.
Thomas : L’émotion est essentielle mais elle ne définit pas à elle seule notre bureau. L’expertise en est aussi un aspect majeur, notamment celle que j’ai acquise avant Afílo, en travaillant pour un producteur italien, spécialisé dans la création de cuisines. Cette connaissance des procédés de fabrication et de leurs contraintes techniques a représenté un immense atout, non seulement de répondre aux souhaits de nos clients mais aussi pour leur proposer une approche innovante. Et puis, il y a 10 ans, Samantha m’a rejoint, forte de sa profonde expérience dans le domaine de l’architecture d’intérieur, amenant une belle synergie créative entre nous.
Derrière ce nom aux accents chantants se cache un terme italien, signifiant « fil à plomb » et évoquant la technicité de vos projets ainsi que les racines transalpines de Thomas. Jusqu’où s’impose cet héritage ? Thomas : L’histoire d’Afílo est directement liée à celle des designers qui ont élevé le made in Italy en référence du mobilier contemporain. C’est une source d’inspiration, mais aussi de savoir-faire puisque nous ne travaillons qu’avec des marques et fabricants italiens, dont la maîtrise et la qualité demeurent inégalées. C’est cette excellence qui nous permet une vraie réinterprétation des produits. Ils sont également précurseurs, notamment en matière d’alternatives respectueuses
de l’environnement. Or c’est de la durabilité et de la qualité des matières premières que peut naître l’intemporalité d’un design.
Si Afílo met à l’honneur le made in Italy, c’est bien en Espagne que vous a conduit l’un de vos projets les plus ambitieux. Samantha : Nous avons en effet achevé l’aménagement intérieur d’une immense villa de 1000 m2 et 400 m2 de terrain, construite sur un rocher, au cœur d’une zone protégée près de Marbella. En être partie prenante dès le début de la construction nous a donné l’opportunité de gérer les espaces et les volumes intérieurs ainsi que le travail de lumière, magnifié par d’immenses baies vitrées qui dévoilent les montagnes environnantes. Nos clients souhaitaient un espace de vie contemporain et épuré, que nous avons travaillé par l’emploi prépondérant du bois et de la pierre, afin de créer une harmonie entre l’espace et la matière.
Aspirez-vous à toujours plus de projets mêlant ailleurs et nouvelles constructions ? Thomas : Nous avons eu la chance de concevoir de très belles résidences à Saint-Barthélemy, à Montréal ou encore en Suisse, mais nous aimons tout autant travailler à des rénovations, parcellaires ou complètes, comme celles que nous réalisons actuellement pour l’ancienne ambassade d’Autriche ou la transformation, tout juste entamée, d’un bâtiment en multiples appartements. Il est beau de voir un lieu se métamorphoser, s’imprégner d’une nouvelle atmosphère.
Vous avez récemment achevé votre déménagement, marque-t-il une nouvelle ère pour Afílo ? Samantha : Totalement. Nous ne quittons pas le bâtiment ixellois où nous étions installés, mais nous en avons investi un autre emplacement, afin de donner vie au Afílo Studio. Après de nombreuses années à proposer un espace de vente en parallèle à un bureau d’études, nous entamons aujourd’hui un nouveau chapitre, avec une structure consacrée uniquement à la conception et au sur-mesure. Un lieu de rencontre où nos clients pourront s’immerger dans notre univers. Un nouveau cadre d’émotion.
SIMON DE BURBURE : « Les défis alimentent ma créativité »
SIMON DE BURBURE
« Les défis alimentent ma créativité »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Caféine
Les challenges le guident vers l’excellence et les proportions rigoureuses nourrissent sa recherche de
douceur. Pour Simon de Burbure, l’architecture résidentielle se fait l’écho d’une aventure humaine, dont les lieux ouvrent la voie à une approche épurée et sensible.
Certains architectes trouvent leur vocation dans un héritage familial, d’autres dans l’admiration des bâtiments ou des paysages. Quel a été pour vous le socle de cette passion ? Dès douze ans, j’ai compris que le lycée sous sa forme classique ne me convenait pas. Il était impossible pour moi de rester aussi passif. J’avais besoin de laisser s’exprimer ma créativité, de la mettre en pratique. Aimant dessiner, j’ai intégré à seize ans une école d’art à Gand qui proposait des cours d’architecture, avant de continuer à me former à la KU Louvain. J’ai ensuite rejoint le bureau de Bernard De Clerck pour lequel j’ai travaillé durant cinq ans. En parallèle à son approche très classique, je réalisais des projets plus personnels sous mon propre nom. Cette activité a grandi, jusqu’à devenir centrale. Et depuis 2018, je m’y consacre entièrement.
Comment de cette immersion dans une architecture classique, en êtes- vous venu à une signature nettement plus contemporaine ? Cette première expérience m’a amené sur des chantiers en Italie et en France, ainsi qu’à restaurer des châteaux en Irlande. J’ai été fasciné par les proportions et la symétrie des bâtiments anciens, cette forme de rigueur guidée par des principes stricts. Et je m’attache en effet à réinterpréter ces lignes à l’aune d’une architecture plus contemporaine mais finalement assez hybride. Je n’aime pas la stérilité des designs trop modernes. Une maison doit demeurer chaleureuse. Cette alchimie naît de multiples éléments tels que l’emploi de teintes naturelles, une attention particulière accordée à la transparence et aux vues, ainsi qu’une certaine forme de douceur.
Pourquoi avoir fait le choix de vous concentrer exclusivement sur le résidentiel ? Pour l’infinité de ses possibilités, sa constante réinvention. Chaque projet développe un nouveau concept. Chaque lieu est imaginé sur-mesure. Lorsqu’un client fait appel à moi, je passe des heures à analyser sa façon de se mouvoir dans l’espace et de l’habiter, ses habitudes et les besoins qui en découlent. C’est une adaptation permanente de l’architecture à l’humain. Le résidentiel se détache de certaines contraintes et me permet d’employer pleinement ma créativité. Ces espaces, que je dessine durant deux ou trois mois, je les imagine comme un cadre où j’aimerais habiter. C’est une approche très personnelle, celle d’un refuge vivant, tactile. C’est ce qui m’amène à choisir des matériaux patinés, texturés, à aimer travailler notamment avec de l’argile. À côté de la beauté, la gestion de l’espace et des finitions est également essentielle. L’humidité, l’acoustique, font tout autant partie de l’expérience et du plaisir à vivre dans un lieu.
Quel projet raconte le plus intimement votre approche ? Il y en a tellement. Notamment une belle maison située à Courtrai et qui donne l’impression d’être perdue au milieu des bois. L’intégration de l’architecture à la nature est un élément prégnant pour moi. Elle se trouvait déjà sur une butte, mais je l’ai encore surélevée, faisant en sorte que la cuisine semble installée au milieu des arbres. Cela donne un résultat organique, presque sauvage. Il y a aussi la VC House, une résidence de 1200 m2 à proximité du golf de Knokke, dont les surfaces travaillées dans une palette de tons neutres s’ouvrent sur la végétation. Même si j’estime que créer un univers intérieur est la base de toute architecture, j’utilise l’équilibre et la symétrie pour obtenir un dialogue entre l’espace et le jardin. En alignant par exemple les arbres selon certains axes des lieux.
Vous n’acceptez que huit projets par an. Quels sont vos critères de choix pour ceux-ci ? Les rencontres. J’aime les gens qui me challengent par leur sensibilité. Ceux qui collectionnent les œuvres, sont fous de chevaux ou ont des désirs très spécifiques. Leur passion nourrit la mienne, me pousse dans mes retranchements. J’ai ainsi réalisé une maison pour un client possédant 300 pièces d’art et dont les murs, mais aussi la vue, devaient être pensés en fonction de celles-ci. Huit n’est pas un nombre gravé dans le marbre, mais je me limite afin de pouvoir m’immerger totalement dans chaque réalisation. Je viens d’achever la rénovation d’un petit château face à la plage, auquel est venu s’ajouter une annexe moderne de 700 m2. J’ai égale- ment retravaillé récemment une résidence pour lui donner une approche brutaliste. J’apprécie la diversité et plus encore les défis. Je rêve de construire une maison sur un rocher ou bordant la mer. Et de pouvoir créer chaque meuble au sein d’un endroit. Aller au plus loin, au plus profond d’un projet, vers tou jours plus de complexité.
L’HÔTEL JULIEN SE RÉINVENTE SANS PERDRE SON ÂME
L’HÔTEL JULIEN SE RÉINVENTE SANS PERDRE SON ÂME
Mots : NICOLAS DE BRUYN
Photos : YVES DRIEGHE
Vingt ans après son ouverture, l’Hôtel Julien, pionnier des boutique-hôtels à Anvers, a rouvert ses portes après une métamorphose ambitieuse. Sous l’impulsion du duo formé par Bea Mombaers, décoratrice d’intérieur, et Peter Ivens, architecte d’intérieur, l’adresse emblématique conjugue aujourd’hui patrimoine et raffinement contemporain, tout en préservant l’atmosphère intime qui a forgé sa réputation.
Au cœur historique d’Anvers, derrière les façades du XVIe siècle de la Korte Nieuwstraat, l’Hôtel Julien s’est imposé, dès 2004, comme un refuge élégant et discret. Avec ses 21 chambres, son bar, sa terrasse sur le toit et son espace wellness, l’établissement s’est rapidement taillé une place à part dans le paysage hôtelier anversois. Mais après deux décennies, l’heure était venue d’offrir une nouvelle dynamique à cette adresse emblématique.
La propriétaire, Mouche Van Hool, souhaitait offrir un nouveau souffle à l’hôtel sans en trahir l’esprit d’origine. Elle a donc choisi de confier la rénovation à deux complices de longue date : Bea Mombaers, décoratrice d’intérieur au style de luxe discret, et Peter Ivens, architecte d’intérieur reconnu pour sa capacité à révéler l’atmosphère des lieux. Un duo qu’elle connaît et admire, et en qui elle a trouvé la garantie d’une transformation fidèle à la philosophie de l’Hôtel Julien : un boutique-hôtel intime, chaleureux et raffiné, pensé comme une maison d’amis.
Leur intervention a consisté à réinventer sans bouleverser. Pas question de toucher à la circulation originelle, mais de renforcer l’atmosphère avec des matériaux massifs et patinés, du mobilier sur mesure et une mise en lumière pensée avec PS Lab. Dans le salon, le bar ou la salle du petit-déjeuner désormais servis à la carte, tout respire la sophistication sans ostentation.
Cette rénovation marque aussi une première : si Mombaers et Ivens signent depuis quinze ans des projets résidentiels remarqués en Belgique comme à l’étranger, l’Hôtel Julien est leur première incursion dans l’hôtellerie.
Cette métamorphose ne change pas l’essentiel : à l’Hôtel Julien, on oublie vite l’extérieur. On y vient pour dormir, mais on y reste pour l’atmosphère : un verre au bar feutré, un moment suspendu au spa, un petit-déjeuner hyper savoureux. Ici, le temps ralentit, les volumes apaisent, la lumière caresse la pierre. Une adresse qui se vit autant qu’elle se décrit.
Erased Studio - Créateur de tous les possibles
Erased Studio
Créateur de tous les possibles
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Mixte, multiple, hybride, la créativité selon Erased Studio ressemble à une perpétuelle redéfinition, où s’entremêlent au gré des projets, scénographie, architecture, design d’intérieur et direction artistique. Rencontre avec ses fondateurs, Elliott Housiaux et Paul-Emile De Smedt, qui ont fait de l’expérimentation une œuvre esthétique à part entière.
Erased, effacé en anglais. Un terme qui semble taillé pour votre studio créatif, dont les réalisations gomment les définitions classiques. L’avez-vous choisi justement pour raconter cette approche polymorphe qui peut vous amener à concevoir un jour l’aménagement du café-restaurant bruxellois BATCH et le lendemain à réaliser une structure scénique pour le Voodoo Village ? Elliott : C’est en fait notre premier évènement, le Erased Festival, qui nous l’a inspiré. Créé en 2019, et installé en pleine forêt, il mêlait durant douze heures de live, l’art, l’architecture et la musique électronique. Après le succès de celui-ci et au fil de ses trois éditions, les demandes pour d’autres créations ont afflué, nous amenant à donner un vrai cadre à notre projet. D’abord en parallèle à nos activités professionnelles, puis supplantant petit à petit celles-ci jusqu’à travailler pleinement pour le studio depuis 2023. Le nom du festival répondait au stage design sur le thème de l’art abstrait. Un courant qui présente une rupture avec la conception traditionnelle de l’art et dont le principe correspond en effet à la dynamique de notre studio et ses réalisations éclectiques.
Paul-Emile : Cette variété amène de nombreuses personnes à ne pas comprendre en quoi consiste exactement notre activité. Mais ce flou est très enrichissant, car il nous amène à être contactés pour des réalisations inédites et complexes.
Au lancement de l’Erased Festival, vos parcours respectifs d’architectes vous avaient conduits à travailler pour de prestigieux cabinets, comme ceux de Bernard Dubois, Charles Kaisin ou Nicolas Schuybroek. Vous rêviez en parallèle d’un projet « out of the box » ? Paul-Emile : Aimant tous deux le monde de la musique, c’était une évidence, mais qui venait aussi d’un souhait plus global. Déjà à l’époque de notre rencontre sur les bancs de l’UCLouvain Bruxelles, nous partagions la même volonté de créer des concepts qui dépasseraient le cadre de l’architecture classique, pour y mêler la scénographie et une dimension artistique. Pouvoir gérer chaque aspect d’un évènement ou du design d’un lieu, lui donne une cohérence globale bien plus forte et profonde. Et nous permet par une symbiose de ces éléments d’arriver à un résultat épuré et minimal qui soit en parallèle visuellement puissant. BATCH est un excellent exemple de notre process. De la création de meubles à l’identité graphique en passant par l’architecture intérieure, chaque élément créait une pertinence d’ensemble entre esthétique et concept.
Elliott : Mais, malgré l’alliance de ces multiples dimensions, nous restons avant tout des architectes et je pense que c’est ce qui fait toute la particularité de nos projets. Nous allons d’abord analyser le contexte de l’endroit d’origine et y intégrer ses particularités. Penser un plan avec des éléments structurels, comme des colonnes ou des cloisons, afin de subdiviser le lieu de manière architecturale. C’est cette approche et cette rigueur qui nous définissent.
Qu’il s’agisse de dessiner une tiny house comme CLBK Cabin ou du dîner de lancement de l’album de Lous and the Yakuza, s’agit-il toujours et avant tout de raconter une histoire ? Elliott : Nous n’allons jamais poser un geste artistique gratuit, mais toujours l’ancrer en effet dans un contexte et une réflexion. En parallèle, l’expérimentation reste une pleine part de l’identité du studio.
Paul-Emile : C’est cette exploration qui nous amène à des projets comme cette installation spatiale que nous avons conçue pour un mariage. Des voiles verticaux suspendus sous le plafond d’un gigantesque hangar transformaient l’atmosphère du lieu au passage du jour à la nuit. Il y avait derrière l’optique esthétique un système mécanique et constructif en amont. C’était l’aboutissement d’une réali-
sation monumentale et simple à la fois.
Où pourra-t-on découvrir vos prochaines créations ? Paul-Emile : Chez Ökēn notamment, dont nous avons réalisé récemment le design, transformant le parking en sous-sol du club TheMérode en bar à cocktails. Nous l’avons imaginé comme un speakeasy tout en restructurant l’espace avec différentes vues et perspectives afin de créer de multiples expériences et permettre de goûter à un verre intime au bar comme à un moment festif sur le dancefloor. Nous revenons aussi tout juste du festival Waking Life au Portugal, dont nous avons réalisé pour la seconde fois le stage design et travaillons aux scénographies de tournées d’artistes belges et internationaux. Nous n’aurions jamais imaginé l’ampleur que prendrait Erased Studio. Et nous avons encore tant à rêver et à explorer.
Bernard Dubois - L’élégance des évidences
Bernard Dubois
L’élégance des évidences
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Chaque lieu tel une histoire, chaque détail tel une promesse. Entre approche rigoureuse et raffinement feutré, héritage et réinterprétation, Bernard Dubois trace, aux quatre coins du monde, sa voie architecturale avec une subtilité singulière. Redéfinissant par un minimalisme habité, le luxe de l’espace.
Des boutiques couture de Courrèges et Lanvin à la galerie de l’artiste Xavier Hukens ou encore au restaurant PNY, mais aussi de Paris à New York, vos projets multiplient les domaines et les destinations. Sont-ils guidés par une recherche permanente de réinvention ? Fondamentalement, comme la plupart des créatifs, j’aspire à concevoir et bâtir le beau. Même si sa définition est bien sûr subjective et contextuelle, liée à l’époque ou au lieu. C’est une recherche permanente de ce qui va résonner, par son élégance, sa singularité, son optique contemporaine. On ne crée pas une galerie d’art comme un objet de design ou l’aménagement intérieur d’un hôtel, mais par ces nombreux contextes et ces différents espaces, l’essentiel reste de tendre vers ce qui me captive. Le travail de la forme et le développement d’un langage architectural, d’une narration spatiale.
Vous évoquez souvent vos influences plurielles de courants et d’époques, qu’il s’agisse de design, d’architecture ou d’art. Brouiller les frontières est-il pour vous une forme de signature ? Je cherche à m’inscrire dans une continuité historique sans pour autant céder à la reproduction littérale. Certains architectes demeurent des références depuis l’époque de mon cursus à La Cambre, comme Mies van der Rohe qui a défini les règles de l’architecture moderne, ou Rem Koolhaas qui m’a beaucoup inspiré. Tout comme je puise dans une série de codes, qui sont principalement ceux du 20e siècle, mais en y attisant une forme d’ambiguïté et de remise en question. En choisissant d’enfreindre une part de ces notions, voire de s’en jouer, par le volume, la matière ou les proportions. C’était notamment le cas pour un projet comme l’hôtel The Standard, où se mélangent le modernisme assez classique des sixties et une évocation des années 30. Où le rez-de-chaussée rappelle le style fonctionnaliste d’André Jacqmin, tandis que le Lila29, restaurant à la terrasse panoramique du dernier étage s’inspire de Miami et de son atmosphère ensoleillée. J’aime déplacer les éléments hors de leur contexte d’origine pour leur donner une autre échelle et forme inédite de matérialité.
Après plusieurs années de travail, The Standard vient en effet d’ouvrir ses portes à Bruxelles. Si entre-temps, vous avez conçu le Cap d’Antibes Beach Hotel et l’Hôtel Bouchardon à Paris, cette première expérience garde-t-elle une saveur particulière ? Oui, même si je réalise une majorité de mes projets à l’international, la Belgique reste un lieu de retour aux sources. Par ailleurs, un projet d’une telle ampleur est plein d’enjeu, notamment celui d’être toujours actuel et contemporain plusieurs annéess après avoir entamé son processus créatif. Cela demande une réinvention constante afin de conserver une pleine cohérence à l’époque et au cadre. Il était également primordial pour moi de créer un lieu qui s’écarte de l’anonymat pour révéler une âme et une authenticité.
Vous définissez votre approche par sa rigueur analytique. Qu’implique ce processus lors d’un nouveau projet ? J’apprécie cette citation de Brassens qui dit que « sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie ». C’est ce qui m’a amené à mettre en place une forme de méthode systématique. Qu’il s’agisse de créer un espace, un siège ou un bâtiment, peu importe, je réalise des croquis, qui deviennent des modèles 3D. Vingt, trente, quarante versions différentes, destinées à expérimenter pratiquement tout le champ des possibles, jusqu’à trouver l’option qui fonctionne et que l’on développe en détail. Avec une nouvelle fois l’enjeu du beau, axé sur le ressenti, le coup de cœur. Cette philosophie s’inscrit aussi dans l’héritage du début du 20e siècle, où les architectes créaient d’office non seulement le lieu mais son mobilier. Cela permet de développer le plein vocabulaire de celui-ci et de lier vraiment le design au contexte. C’est un principe que j’applique énormément, non seulement pour les hôtels mais aussi pour nombre d’autres projets, comme récemment pour le showroom Thierry Mugler ou pour la Galerie Mitterrand, tout juste achevée.
Votre architecture cultive une simplicité maîtrisée, un langage minimaliste et subtil. Que disent-ils de votre univers ? J’aime parler d’évidence. Et qu’un projet fini résonne vraiment comme tel, comme l’évidence qu’il n’aurait pu en exister d’autre. C’est une notion qui me guide et passe aussi par un apaisement, une absence de bruit et de perturbation, y compris visuelle. Dans mon environnement quotidien, je suis souvent heurté par le fracas des interférences, de ce qui est déséquilibré. La vraie question n’est pas d’aspirer au luxe ou à la grandeur, mais à une réelle harmonie.
Jan Verlinden - « Chercher l’équilibre entre la nature et l’humain est ce qui fait sens dans ma vie »
Jan Verlinden
« Chercher l’équilibre entre la nature et l’humain est ce qui fait sens dans ma vie »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Quand il raconte les jardins, Jan Verlinden parle de familles végétales, d’amour et d’émotion, mais aussi de l’importance pour l’humain de s’y inscrire avec écoute et humilité. Une nature qu’il façonne autant par ses mains qu’avec âme, telle une sculpture dont émerge l’harmonie.
Vous vous définissez comme un « sculpteur de paysages ». Quel sens revêt ce terme pour vous ? L’expression d’une appartenance à la nature comme à l’humain. Et la quête d’une harmonie entre eux. C’est pour moi une forme de mission de vie. Comme un peintre œuvre à coups de pinceaux, je redessine les paysages, j’adoucis les frontières, je remodèle le terrain, avec un crayon, comme avec une pelleteuse. En cassant et en reconstruisant, mais surtout en écoutant. Le sol, les plantes, la lumière. La nature tient le rôle principal et c’est en son sein que nous devons explorer la présence humaine et sa mesure. Beaucoup de gens pensent qu’une végétation sauvage implique une forme de chaos, or la nature est histoire d’équilibre et de respiration. Il faut seulement apprendre à la magnifier, sans chercher à la dominer.
D’où vous vient cette recherche de symbiose entre le végétal et l’homme ? Mon père était fermier. Il m’a transmis sa relation instinctive au vivant et sa connexion profonde à la terre. Je me souviens qu’à six ans, j’arrachais les jolies fleurs que je croisais pour les replanter dans mon jardin, en espérant qu’elles y poussent, ce qui bien sûr ne fonctionnait pas. J’ai toujours recherché cette paix qui s’enracine dans la nature. Et puis à l’adolescence, j’ai rejoint une école professionnelle d’horticulture et découvert là-bas que créer des jardins pouvait devenir un métier. Vers seize ans, alors que je travaillais en alternance pour une entreprise, j’ai commencé à imaginer mes propres espaces et à réaliser de petits travaux d’entretien chez des particuliers le week-end. C’est ainsi qu’une cliente m’a un jour demandé si je pouvais créer un plan d’aménagement paysager pour son terrain. J’ignorais tout des aspects techniques, mais j’étais surexcité. J’ai dessiné toute la nuit sur un grand support bricolé avec deux feuilles de papier. Le lendemain, je me suis empressé d’aller lui montrer le résultat et elle m’a proposé de le réaliser. Ça a été mon premier projet, celui d’un jardin très sobre et simple. Mais il a marqué le point de départ du voyage. Et il figure dans « The Poetry of Landscaping », le livre qui présente mon histoire et ma vision à travers huit projets marquants, publié par Beta-Plus Publishing.
Vous affirmez que « les meilleurs projets tournent autour de l’émotion et de l’émerveillement. Ils expriment qui nous sommes et ce en quoi nous croyons ». Qu’est-ce qui, pour vous, fait d’un lieu une source d’émerveillement ? On sous-estime souvent la puissance du mystère. C’est fondamental pour moi qu’un jardin ne se dévoile pas entièrement dès les premiers pas, mais qu’il y ait un vrai parcours d’exploration. Parfois, au lancement d’un projet, j’arrive avec dix camions remplis d’arbres et de végétation et les clients m’observent abasourdis, en se demandant où je vais bien pouvoir placer tout ça. Mais ensuite ces plantes se fondent dans le décor, semblant avoir toujours été là. On ne plante pas vingt fois le même arbre, mais une famille, une mère, un père, des grands-parents. Ils ont tous leur caractère, et jouer avec les tailles et les formes de chacun permet d’obtenir un équilibre naturel en même temps qu’une expression artistique. C’est cette beauté de la disparition qui m’émerveille. Et je remarque que les enfants jouent énormément dans mes jardins. Ils se cachent, se perdent dans les recoins, s’approprient des endroits secrets. Façonner ainsi de nouveaux mondes est magique.
Quels sont les jardins qui deviennent à vos yeux une histoire singulière et unique ? Chaque lieu est unique. Mais plus qu’un jardin, qu’il soit grand ou petit, ce sont les gens qui rendent une expérience exceptionnelle. Il s’agit aussi d’instinct, de ressenti. Je partirai dans quelques mois pour un projet à Saint-Martin, dans les Caraïbes. Je ne connais pas la flore locale, mais je n’en ai pas besoin. En arrivant, je regarderai leur comportement, les arbres poussant droits vers le ciel, ceux qui rampent au sol, la façon dont ils se connec-tent. Cela me montrera comment les respecter. La dynamique est la même pour un étroit jardin belge évoquant la douceur sicilienne ou pour un vaste resort à Majorque, comme celui que je prépare actuellement. Un domaine de cent hectares dont la vue sublime plonge vers l’océan et le Cap de Formentor et qui accueillera un hôtel, des villas et des vignobles. Les murs en pierre sèche des ruines de l’ancienne ferme y rencontrent la nature brute et somptueuse et il s’agit une nouvelle fois de trouver l’équilibre, entre lâcher prise et intervention. En connectant l’humain au paysage, laissant ainsi le beau l’irriguer, comme un cœur qui bat.
Mas en Scène - L’échappée belle et confidentielle signée Bea Mombaers
Mas en Scène
L’échappée belle et confidentielle signée Bea Mombaers
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
C’est à l’ombre du Mont Ventoux, dans l’écrin de nature sauvage du Vaucluse, qu’est niché Mas en Scène et son domaine bordé par les champs d’oliviers et les forêts. De cette ancienne bâtisse de pierre, la décoratrice d’intérieur belge Bea Mombaers a fait naître une maison d’hôtes où le raffinement côtoie l’hospitalité, véritable refuge intime sur fond de douceur provençale.
« Créer une maison d’hôtes permet d’aménager l’espace autant que de bâtir des liens. Mon plus grand plaisir est de voir les gens revenir et devenir des habitués. Décorateur d’intérieur est un métier destiné à rendre heureux, à donner de la joie ». Joie, un mot qui semble émailler pleinement le parcours passionné de Bea Mombaers. Chercheuse de trésors stylistiques, elle chine l’exception et réinvente des lieux depuis plus de 30 ans, avec un enthousiasme intact. « J’aime les objets qui ont une histoire, les trouvailles uniques et cosmopolites. Le beau mais sans qu’il soit stérile et inamovible. La décoration est faite pour évoluer, être un terrain de jeu, tant qu’elle garde pour fondement l’identité de l’endroit, afin de lui donner une empreinte authentique. C’est pour cela que j’évite de définir mon style. Je préfère laisser les intérieurs parler pour moi » ajoute-t-elle dans un sourire.
Un mélange de créativité débordante et de réinvention permanente devenus les maîtres-mots d’une renommée internationale, mais dont l’ancrage premier reste la ville de Knokke. Celle-ci a en effet hébergé les deux premiers Bed & Breakfast de Bea Mombaers. L’un au sein de la villa du designer Lionel Jadot, un cottage typique qui abritait un loft aux influences rétro. L’autre, dans une maison du Zoute à l’élégance épurée. Knokke accueille d’ailleurs toujours, Items, la boutique de design de la créatrice, mêlant vintage et contemporain. Une passion pour la ville côtière restée longtemps inégalée, jusqu’à la rencontre de la Provence, par un hasard qui s’est mué en coup de cœur. « Mes amis entrepreneurs, Alberte Jackers et Geert Van Loock adoraient le Vaucluse et m’y ont invité pour un anniversaire. En découvrant la région, j’ai été fascinée par la nature préservée et la splendeur des paysages. J’y suis retournée, encore et encore et puis, il y a huit ans, Alberte et Geert ont racheté l’hôtel du Pont de l’Orme dans le village de Malaucène, au pied du Mont Ventoux, afin de le transformer en maison d’hôtes et m’ont demandé de repenser son aménagement intérieur. Cette expérience n’a fait que renforcer mon envie de poser mes bagages dans les environs. Alors, lorsqu’en 2021, ils m’ont proposé d’acquérir avec eux un ancien mas des environs, avec un domaine de cinq hectares, je n’ai pas hésité ».
L’harmonie des contrastes
De ce qui deviendra Mas en Scène, ne se distinguaient encore que les contours. Ceux d’une bâtisse caractéristique de l’architecture provençale, à la structure en U et aux murs massifs de pierre sèche, dont l’intérieur était vétuste et encombré. « C’était déjà un Bed & Breakfast mais qui ressemblait à un incroyable fourbi », raconte Bea Mombaers. « Tout était à refaire, et surtout, il fallait laisser entrer la lumière. Nous avons conservé les poutres apparentes et la cheminée du séjour, ajouté de nombreuses baies vitrées au rez-de-chaussée. A l’étage, qui était divisé en multiples petites pièces, nous avons démoli les cloisons pour aménager quatre suites et deux chambres privées ». Alors qu’elle travaille habituellement en duo avec l’architecte d’intérieur Peter Ivens pour des projets de cette envergure, la décoratrice était cette fois pleinement aux commandes pour y concevoir un refuge serein. Le lieu accueille désormais un mariage pluriel d’artisanat local, d’œuvres d’art, de souvenirs de voyage et de mobilier déniché dans les brocantes et chez les antiquaires régionaux, dont Bea Mombaers se rappelle chaque origine. « Les lustres en fer forgé, les armoires patinées et l’imposante table de la salle à manger lui donnent du cachet et offrent un joli contraste avec les chaises de l’architecte contemporain Vico Magistretti. Les céramiques ont été réalisées par une créatrice espagnole, les assiettes, peintes à la main par un artisan turc, les chandeliers et les pichets façonnés par une artiste portugaise. Un profond métissage dont naît une forme d’harmonie et qui en parallèle reste pleinement respectueux du style provençal. » Près de la piscine et dans le jardin bordé d’oliviers, on retrouve également les canapés et sièges minimalistes et luxueux, que la designer a conçus pour Serax. Tous façonnent un décor où l’art de vivre se mêle à la volupté, hommage parfait au chant des cigales et au ciel radieux de la région. Si Bea Mombaers fait toujours régulièrement escale à Mas en Scène, la créatrice continue aussi son périple sur les terres du Vaucluse. Après avoir habillé la prestigieuse retraite Câlin, à Valréas, c’est à Bonnieux qu’elle transforme désormais une maison privée. Dénicheuse de beauté, mais avant tout façonneuse d’âme.
Sistem - Mariage subtil du goût et de l’ergonomie
Sistem
Mariage subtil du goût et de l’ergonomie
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Entre esthétique intemporelle et fonctionnalité sans compromis, sistem redéfinit les standards des espaces culinaires. A l’occasion de son cinquième anniversaire, célébré par l’ouverture d’un nouveau showroom à Gand, Frederik Saey revient sur les fondements du label, lancé avec son frère Pieterjan et sur son approche novatrice du sur mesure et de la modularité.
Cette année marque les cinq ans d’existence de sistem. Qu’est-ce qui fait sa singularité et son succès ? Avec sistem, nous avons développé une synergie entre fonctionnalité, précision du design, esthétique et simplicité. Une cuisine est conçue pour durer près de deux décennies. Au-delà de l’esprit et des tendances de l’époque, avec ses matériaux et couleurs phares, nous préférons nous définir par la qualité et la sobriété. Choisir l’ergonomie à la complexité et proposer une multitude de configurations possibles, orientées vers le beau comme l’utile.
Au-delà du label, cette réussite est le fruit de vingt ans d’expertise. La vôtre, comme celle de votre frère Pieterjan, acquises dans les domaines du design intérieur et de l’ébénisterie. Qu’est-ce qui vous a un jour amené à les mettre en commun ? Tout a commencé par une conversation anodine, il y a une quinzaine d’années, durant laquelle nous avons parlé de créer un design en duo. Mais nous avions chacun nos vies, nos carrières et j’habitais alors à Rome avec ma compagne de l’époque. Un jour, je me suis finalement lancé et j’ai dessiné et conçu les plans d’une table, que Pieterjan a ensuite fabriquée. En discutant des détails et de la mise en œuvre, nous avons rapidement réalisé qu’une collaboration faisait vraiment sens. A mon retour en Belgique en 2012, nous n’avons alors pas hésité une seconde à lancer notre entreprise d’aménagement intérieur, Saai. Le soir, nous réalisions nos pièces dans le garage de notre grand-mère, travaillant sept jours sur sept à celles-ci. Au fil des années, le projet a pris de l’ampleur, nous permettant d’avoir notre équipe, mais progressivement nous est apparue l’exigence que représentait cette optique globale. Nous tenions à conserver notre propre atelier mais aussi un fonctionnement artisanal et durable. De là est né sistem, ce principe de modularité autour de matériaux, de détails et de fonctionnalités, permettant d’obtenir un résultat sur mesure.
Vous revendiquez également une production 100% belge. Cette approche définit-elle aujourd’hui sistem ? Oui, c’est un élément majeur de notre identité. Nous utilisons uniquement des matériaux naturels, évitant notamment la céramique ou le composite, qui vieillissent mal. J’aime qu’une cuisine devienne un peu comme un meuble vintage racontant une histoire, mais pour cela, il faut le charme d’une belle patine, que façonne le temps. Nous fabriquons la majorité des éléments dans notre propre atelier et commandons ceux que nous ne pouvons pas réaliser, notamment les petites poignées de métal, à des artisans situés dans un rayon de 50 kilomètres autour de nos locaux. Soutenir cette production de proximité est fondamental pour nous et permet de mettre en lumière toute l’excellence de structures à taille humaine.
En avril 2025, vous avez inauguré un second showroom, à Gand. Son caractère est-il différent de celui de votre espace à Aalter ? De par le design des lieux, leur style est en effet très différent. Industriel et épuré à Aalter, où nos créations sont présentées presque à la manière d’un musée, sans décoration superflue. Alors que du côté de Gand, nous sommes au contraire installés dans une maison de maître du 19e siècle, aux hauts plafonds et moulures, dont nous avons dédié chaque étage à une atmosphère distincte. Cela nous permet de présenter nos concepts les plus haut de gamme dans un showroom à leur mesure.
Est-ce la volonté de proposer un cadre supplémentaire à l’expérience sistem qui vous a également amené à aménager deux tiny houses à louer ? L’idée venait de mon frère. Il adore rénover des lieux durant son temps libre. Mais pour donner vie à Nest Cabin et Drogengoed, nous avons en effet fonctionné comme pour tout projet sistem. J’en ai conçu l’aménagement et choisi les détails des matériaux, et il s’est chargé de la réalisation. Elles possèdent deux styles presque aux antipodes : la première imaginée comme un chalet dans les bois et la seconde adoptant une esthétique sophistiquée et vintage dans une structure métallique. Deux facettes de notre travail. Elles sont désormais toutes les deux vendues et ne nous appartiennent plus, mais continueront à accueillir des résidents dans ce design que nous avons créé de toute part.
Qu’estimez-vous avoir été le plus bel accomplissement de ces cinq années ? On a souvent tendance à se concentrer sur ce qu’il reste à améliorer et sur la recherche constante d’innovation qu’impose ce métier. Mais je suis fier de cette philosophie et cette liberté créative que nous avons imaginées pour sistem. Une architecture réfléchie et une ligne directrice affirmée dont peut aujourd’hui émerger tout le potentiel.
Vesper - L’invitation à la sérénité
Vesper
L’invitation à la sérénité
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Tijs Vervecken
De refuges urbains en maisons en bord de mer, les architectures de Vesper s’inscrivent dans une harmonie guidée par l’équilibre. Entre sensibilité et matière, Michael Lenaerts et son agence se dédient avec élégance à la paix intérieure.
Quelles étaient vos attentes en créant ce studio de design d’intérieur ? C’était en réalité la continuité d’une longue histoire, entamée en famille. La construction et l’aménagement ont été une constante de mon existence. Depuis mon enfance, je suis les nombreux projets de rénovation de mes parents. J’ai par ailleurs commencé mon parcours professionnel dans le secteur de l’isolation, travaillant comme chef d’agence pour différents types de bâtiments, notamment industriels. Et puis, en 2011, avec mon père et ma sœur, nous avons fondé une entreprise commune, proposant la restauration et la transformation de petites maisons et d’appartements, avec pour la première fois une approche esthétique. J’ai toujours été passionné par l’architecture, notamment intérieure et c’est ce qui m’a amené en 2018 à fonder Vesper, afin de structurer et développer pleinement ma propre conception du design. Une vision qui s’est affirmée, mais aussi affinée avec les années, jusqu’à devenir une véritable identité intemporelle et épurée à la fois.
Un minimalisme qui définit aujourd’hui la touche Vesper ? Oui, même s’il est avant tout un vecteur de bien-être et de sérénité. Une forme de tremplin vers ce sentiment de quiétude que j’espère insuffler dans l’ADN même des lieux. Un calme intérieur qui passe notamment par la limitation du nombre de matériaux employés au sein d’un lieu, et par la certitude qu’ils sont purs et durables. Lorsque nous concevons une maison ou un appartement, nous privilégions une homogénéité de la matière dans un maximum de pièces, avec une préférence pour la pierre naturelle, le marbre et le bois. Les associer à des tons neutres, voire monochromes, intensifie encore l’harmonie globale. Un autre élément qui façonne les réalisations de Vesper est le travail d’alignement des éléments architecturaux : fenêtres, couloirs, ouvertures, tout est pensé pour incarner la cohérence et l’équilibre, gage d’une sensation de paix.
Vous expliquez être une agence résolument urbaine, puisant ses influences dans la nature. Comment s’exprime ce mélange des genres ? Je vis à Anvers et j’adore la ville, son énergie et son mouvement et cela s’accorde parfaitement avec le fait qu’une majorité de nos projets sont citadins. Mais en parallèle, les grandes métropoles imposent aussi leur bruit et une circulation constante, dont on a besoin de pouvoir se couper par moments. C’est là qu’intervient ce lien à la nature. Par ce souhait de laisser l’agitation à la porte et, une fois franchi le seuil d’un lieu, d’y permettre une véritable pause et un ressourcement. Le design est pour moi pleinement question d’émotions. Ce sont elles qui amènent à un résultat abouti et à un vrai plaisir de vie au sein d’un espace.
S’il devait ne rester qu’un projet à même de vous représenter ? Ce serait cette ancienne ferme de Turnhout dont nous avons géré la rénovation. Un chantier d’envergure qui a duré quatre ans. A l’époque, le studio n’avait que deux ans et cette mission représentait un immense défi, d’autant plus exceptionnel que le client nous a donné carte blanche. Nous y avons laissé librement cours à toutes nos idées, expérimenté l’emploi de textures murales très travaillées, combinées au choix d’un parquet haut de gamme. C’est sans aucun doute l’une de nos plus belles réalisations. Et puis notre propre bureau, rénové en 2024 et qui est d’une certaine façon notre aménagement le plus personnel. Il permet à nos clients de débuter cette expérience commune dès le premier rendez-vous et de s’imprégner de notre univers à chaque étape.
Vous avez également conçu de nombreux design d’intérieur en bord de mer, à Knokke, à Anvers, en Zélande ou à Rotterdam, mais aussi pour une résidence en Espagne. Rêvez-vous de lendemains sous un autre ciel que celui de la Belgique ? Oui, c’est notre objectif pour les cinq ans à venir. Concevoir l’intérieur d’un pied-à-terre maritime permet de jouer avec des teintes et matériaux différents, comme des sols coulés, de la chaux, des coloris sableux, qui rappelleront la plage et l’eau, la vue environnante. Mais les paysages belges sont très différents de ceux du sud de la France ou des décors ibériques. Nous venons de débuter un superbe projet de maison espagnole, que nous allons entièrement réaliser. Cela nous donnera l’opportunité de mixer les caractéristiques typiques des habitations locales avec notre style, mais nous n’en sommes encore qu’aux prémisses. Nous achevons par contre une résidence de ville en face du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers. Deux ambiances, au départ à l’antithèse l’une de l’autre, mais tout autant sources d’inspiration pour Vesper.
La dynamique des formes de Jeroen Broux
La dynamique des formes de Jeroen Broux
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Kobalt Gallery
Il a fait sienne une géométrie de l’équilibre. Une synergie entre construction et abstraction, dont émergent des compositions d’une harmonie sereine et magnétique. En s’appuyant sur la structure, Jeroen Broux s’évade des cadres et explore une vision vibrante de l’art et de la forme.
Après des années de création numérique en tant que graphiste, vous concevez aujourd’hui des œuvres picturales et sculpturales. Ressentiez-vous le besoin d’un retour à la matière ? Oui, profondément. C’est la raison principale qui m’a amené à la peinture. Je pouvais passer jusqu’à 12 ou 14 heures par jour devant un écran d’ordinateur et mon corps m’a finalement fait comprendre qu’il était temps de prendre de la distance avec le virtuel. J’ai ressenti un besoin viscéral de travailler de mes mains, de sentir les pinceaux, de me reconnecter au geste et à une approche physique. Pourtant, parallèlement, je ne le vois pas comme un changement créatif radical, plutôt comme une continuité. Après avoir été directeur artistique d’une agence de publicité pendant près d’une décennie, j’ai fondé il y a sept ans mon propre studio de design graphique. C’est durant cette période qu’est survenue une transition progressive vers la peinture d’abord, puis vers l’art dans sa globalité. Mais ce changement s’est déroulé de façon très fluide, presque organique. Et encore aujourd’hui, j’utilise une approche similaire à celle qui m’animait lorsque je concevais des logos, des publicités ou des brochures. Après des croquis au crayon, j’explore la disposition des structures sur logiciel. Mon langage visuel demeure le même. La véritable différence tient à la liberté que j’ai aujourd’hui, celle d’imaginer sans contrainte.
Vos réalisations s’imprègnent d’un profond travail de structure et de disposition, par des formes récurrentes se reconfigurant à l’infini. Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ? C’était à la fois intuitif et basé sur le choix conscient de me cantonner à des figures géométriques de base, comme le carré ou le cercle. Je pense en termes de grilles. C’est une façon de concevoir tout à la fois restrictive et libératrice. Cela peut sembler paradoxal, mais cette approche cadrée, rigoureuse, me permet de créer sans me mettre de limite. Grâce à mon bagage de graphiste, je joue instinctivement avec cette modularité. D’où, d’ailleurs mes titres de tableaux, baptisés « Shift », « Enter », « Ctrl », des raccourcis clavier qui font référence à ce parcours de départ tout en racontant la métamorphose de mon travail artistique vers le lâcher-prise. Lorsque l’on peint, on doit accepter la non-possibilité d’un retour en arrière. Renoncer à cette touche que l’on presse pour effacer et recommencer. Cela oblige à peser chaque geste et à accepter un placement naturel de la matière, dans la beauté de ses imperfections.
Vous vous jouez des formes comme de la matière, entre toiles, sculptures et même tapis. Comment naît une nouvelle œuvre ? De l’expérimentation avant tout. Je suis passionné de design d’intérieur et je m’imprègne de l’architecture pour découvrir de nouvelles combinaisons de teintes et de structures. La mode m’inspire également, notamment des créateurs comme Edouard Vermeulen, de la Maison Natan, qui, par l’emploi de formes épurées et élégantes ainsi que de couleurs vives, parvient à une harmonie entre sérénité et force. Ce mélange de calme et d’audace représente exactement ce que je désire évoquer par mon travail. Une tension graphique mêlée à un profond équilibre. C’est sans doute pourquoi je me considère au croisement de l’art et du design. Lorsque je crée, je visualise d’emblée le projet dans un espace plus vaste, une pièce, un mur, une esthétique qui vit avec son environnement.
En 2022, vous lanciez également votre propre espace, Kobalt Gallery. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Je suis tout sauf un artiste classique. Je n’ai suivi aucun cours de peinture, je ne m’inscris dans aucune case. Il était donc inimaginable pour moi de rester dans mon atelier à attendre de trouver une galerie prête à me représenter. Et puis j’aime ce contact avec le public. Ce regard que les spectateurs posent sur mes créations est très enrichissant. Les collaborations m’inspirent également, comme celle avec la marque de céramiques et textiles d’intérieur Kapsul autour de tableaux pensés comme des pièces de collection ou avec Ancré Rugs pour imaginer un tapis ressemblant à un tableau posé au sol.
Vous acheviez récemment une exposition pop-up à Knokke. Qu’annoncent pour vous les mois à venir ? Brussels Airport m’a invité en février 2025 à exposer durant un an, cinq de mes œuvres au sein du Skyhall, ancien hall des départs transformé en espace événementiel unique. Cela amènera 100 000 visiteurs à pouvoir découvrir mon travail. C’est une belle consécration, surtout pour un périple artistique entamé il y a seulement cinq ans. J’estime avoir encore beaucoup de chemin à parcourir. Un chemin guidé par la création.






















































