Elementarchitecten
L’ode à l’essentiel
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Le tandem formé par Mattias Verschueren et Joris De Schepper est celui d’une vision, dont les volumes épurés, la lumière magnifiée et les matériaux nobles, se font la traduction. Ainsi s’incarne elementarchitecten, façonnant des espaces de respiration et d’équilibre.
Quelle approche partagée vous a donné l’impulsion de collaborer et de créer elementarchitecten ? Mattias : Tout est parti de la conviction de vouloir définir notre propre cadre, notre manière de concevoir et structurer les projets et de travailler avec les clients, en toute liberté créative. J’avais étudié avec le frère de Joris et à l’obtention de nos diplômes en 2011, nous avons fondé ensemble elementarchitecten. Joris nous a rejoints quelques années plus tard, après avoir achevé ses stages. Nous nous sommes découvert une profonde sensibilité commune pour la sobriété et la cohérence spatiale, qui nous a amenés à continuer finalement en duo.
Votre architecture est profondément méditative, calme, intemporelle. Est-ce une intention consciente ou un résultat naturel ? Joris : C’est une alliance des deux. Nous sommes attirés par une architecture de l’essentiel, où chaque ligne, chaque proportion, chaque matière a une raison d’être. La sérénité et l’équilibre se traduisent donc instinctivement, même si nous imaginons délibérément des environnements qui amènent à ralentir. Ce minimalisme que l’on perçoit dans nos projets n’est pas un objectif esthétique, mais le résultat d’un processus de réduction approfondi, qui émerge des proportions et de décisions réfléchies. Il ne s’agit pas de simplicité visuelle, mais de créer un focus et de laisser l’espace, la lumière et les matériaux s’exprimer sans distraction.
Un projet est-il dès lors guidé davantage par ses volumes ou par sa fonction ? Mattias : Notre ambition est qu’un bâtiment, quel que soit son usage, évoque un sentiment de calme et de paix. Il doit créer son propre univers, presque comme un cocon où l’on peut se retirer du bruit extérieur, ou depuis lequel on peut l’observer consciemment. Cette recherche ne commence jamais par une forme ou un style préconçu, mais par une analyse approfondie des paramètres existants : le site, le paysage, la composition, et les souhaits du client. Nous examinons minutieusement toutes ces conditions avant de définir des points de départ qui guideront l’ensemble.
Comment dès lors conciliez-vous pureté des lignes et environnement d’une vie quotidienne ? Mattias : Pour nous, ils ne s’opposent pas. Un espace structuré peut rendre le quotidien plus intuitif, confortable et doux. Les lignes essentielles forment un cadre, mais à l’intérieur de celui-ci, la chaleur apparaît à travers la matière et la lumière. Le but d’une maison est d’être habitée. L’architecture est là pour soutenir les rituels quotidiens discrètement, sans les écraser.
Joris : C’est pourquoi nous choisissons une palette de couleurs et de textures douces et des matériaux naturels, purs, tactiles, qui s’intègrent à leur environnement tout en laissant au bâtiment sa propre identité. Un équilibre entre discrétion et caractère, une architecture qui appartient à son contexte tout en affirmant sa présence.
Quel rôle joue la lumière dans votre approche ? Joris : C’est un élément fondamental. Dès nos études, nous avons pris conscience de l’importance de la lumière naturelle et comment elle façonne l’espace, définit l’atmosphère, en reliant le bâtiment à ce qui l’entoure. L’éclairage artificiel définit, lui, l’expérience en soirée ou lorsqu’il fait sombre, met en valeur les textures et crée des niveaux d’intimité ou d’ouverture. À nos yeux, la lumière n’est pas seulement fonctionnelle, elle est émotionnelle et narrative. Elle révèle l’architecture et devient, en même temps, architecture.
Si vous pouviez concevoir un lieu sans aucune contrainte, à quoi ressemblerait-il ? Mattias : C’est drôle, il s’agissait du tout premier exercice de notre cursus : concevoir un bâtiment sans fonction, sans restriction, sans site. À l’époque, cela paraissait abstrait et presque impossible, mais avec le recul, cela aura été incroyablement libérateur. Si nous pouvions choisir un projet de rêve aujourd’hui, ce serait probablement quelque chose de similaire, un lieu où l’architecture existe pour éveiller la conscience, de l’espace, du mouvement, du temps qui passe, avec aucune autre finalité qu’être habitée, observée et ressentie.
Au-delà de cette utopie de liberté totale, quel autre type de concept aimeriez-vous explorer davantage à l’avenir ? Joris : Nous nous concentrons toujours plus sur des projets complets permettant de concevoir non seulement l’architecture, mais aussi l’intérieur, la décoration et le paysage. Cette approche permet de créer une vision globale et cohérente, ce que nous apprécions énormément. Mais chaque réalisation porte un fragment de notre philosophie, et tous ensemble reflètent la clarté, la sérénité et le raffinement qui définissent elementarchitecten aujourd’hui.

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