Stef Claes
« L’architecture n’a pas forcément besoin d’être spectaculaire ou révolutionnaire. L’essentiel est qu’elle soit porteuse d’une évidence et d’un profond bien-être »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Eric Petschek
C’est depuis Genève que Stef Claes fait dialoguer design d’intérieur, architecture et paysage, connectant avec âme la vie aux espaces. Une élégance habitée, qui préfère l’harmonie à l’ostentation et révèle un amour profond pour l’humain.
Vous avez voyagé et vécu à travers le monde. Cette trajectoire cosmopolite a-t-elle façonné votre approche de l’esthétique et des lieux ? Oui, c’est évident. Je suis très curieux par nature, avide, affamé de découvertes. En tant que designer, il faut presque avoir des yeux à rayons X : observer, scanner, écouter tout ce qui nous entoure. J’ai habité en Orient, en Occident et en Asie et même si je n’ai pas cherché délibérément à fusionner ces influences, une part de ce bagage se glisse forcément dans mon travail. Chaque réalisation s’enrichit de ce que j’ai absorbé au fil du temps, de même qu’elle nourrit mon apprentissage. C’est ce double mouvement qui fait toute la beauté du processus. Ce métier est un voyage et il est important de se laisser emporter par lui dans cette aventure.
Qu’est-ce qui vous a finalement conduit à poser vos valises en Suisse ? Je crois profondément en la vie, avec les éléments qu’elle met sur notre chemin. C’est pour accompagner mon partenaire que je me suis installé en Suisse. Qu’il s’agisse d’une profession ou d’une personne, il faut suivre ce ou ceux que l’on aime. Ce n’était pas planifié mais j’en suis très reconnaissant. Je travaille beaucoup en Belgique et à l’étranger et être basé à Genève me permet de prendre le recul qui m’est nécessaire. J’estime aussi que la nature est l’artiste la plus exceptionnelle qui soit. Je me nourris de la montagne et de l’eau, du Lac Léman ici, de l’océan lorsque je vivais à Los Angeles. Et puis, comme la Belgique, la Suisse possède un héritage culturel et architectural très riche, même si leurs approches diffèrent. La vision helvète est plus conservatrice et solide, tandis que celle de notre pays est très habitée, incarnée, presque immersive.
Comment concevez-vous l’interaction entre intérieur, extérieur et environnement ? Et jusqu’à quel point sont-ils indissociables ? Ces trois piliers sont toujours en dialogue, ils se complètent et fonctionnent en symbiose. Non seulement en relation directe, mais aussi grâce à tous les éléments qui gravitent autour d’eux. Le mobilier, la sélection d’œuvres d’art, la lumière naturelle et artificielle, la circulation de l’air, le jardin et son intégration. Tout est question
d’écoute de ces interactions et c’est magnifique de voir ces strates s’enrichir mutuellement. Fondamentalement, je suis un designer pour qui l’impact n’est pas essentiel. Je préfère la subtilité. Lorsqu’un client en franchissant les portes de sa maison pense « je suis rentré chez moi », c’est le plus beau compliment qu’il peut me faire. La preuve que le lieu remplit parfaitement son rôle : créer du confort, du bien-être, apporter l’essentiel. L’architecture n’a pas forcément besoin d’être spectaculaire ou révolutionnaire. Elle peut être familière, presque évidente. Que j’œuvre sur une maison de ville, une résidence à la campagne ou une beach house, il s’agit d’interpréter l’espace pour créer un contexte de vie. Comme la lecture, l’architecture possède le pouvoir de transmettre un langage, une émotion, à travers la manière dont l’espace est créé et perçu. Quelque chose qui dépasse la simple esthétique pour être véritablement habité.
Imaginez-vous un jour reprendre la route et laisser Genève derrière vous ? Pour l’instant je considère la Suisse comme mon foyer, ma maison mais tout dépendra de ce que me réservera l’avenir. J’ai des attaches très fortes en Belgique et j’y reviens toujours. Et puis il y a Lisbonne, où j’ai étudié durant un an et où j’ai également ouvert un studio. L’énergie y est différente, il y a une lumière particulière. Je travaille d’ailleurs actuellement sur plusieurs projets au Portugal, dont deux villas qui devraient être achevées en cours d’année. Et puis en décembre, une sollicitation est arrivée de New York, comme un cadeau de Noël. C’est très enthousiasmant. Tout cela compose mon paysage aujourd’hui.
Où vous projetez-vous, professionnellement, dans le futur ? Je pourrais dire que je rêve d’un immense projet mégalomane, mais non. Le bureau que j’ai bâti avec mes collaborateurs reste une petite structure, courageuse, énergique, agile. Nous cherchons l’équilibre entre des projets d’envergure, d’autres plus petits, et la curation d’œuvres et de mobilier, un domaine qui nous tient à cœur. J’espère que nous continuerons de grandir, dans cet équilibre. J’aimerais aussi pouvoir concevoir un hôtel ou un projet hospitalier, proposant une expérience à une communauté plus large. Et puis continuer de voyager, de découvrir le monde et d’amener à résonner la beauté de son architecture et de ses lieux remarquables.

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