Piet Blanckaert
La nature en majesté
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Jean-Pierre Gabriel
Les jardins de Piet Blanckaert évoquent des peintures classiques où la composition se fait reine. Subtil équilibre de lignes traditionnelles et de poésie contemporaine, doux accord de structure et de sensibilité. Des fresques d’élégance, nourries d’une profonde communion au monde végétal.
Qu’est-ce qui distingue les jardins de vos débuts, il y a plus de quarante ans, de ceux d’aujourd’hui ? J’ai toujours été fasciné par la beauté des jardins anglais et par la diversité de leurs styles, qu’il s’agisse de compositions spectaculaires, de topiaires ou encore d’espaces somptueusement fleuris. Mes premières réalisations ont naturellement dévolu une place importante à ces inspirations, notamment par des formes taillées, des massifs, un aspect romantique. Mais aujourd’hui j’accorde également une importance croissante à l’interprétation de la nature. L’une de mes créations les plus récentes en est une bonne illustration, celle d’un champ de maïs, au sol usé par la culture intensive, transformé en trois ans en une prairie sauvage et verdoyante, où prennent place un étang et des saules. Parallèlement, certains éléments ont été et demeurent des socles. J’aime profondément les formes géométriques et notamment les cercles, tout comme la possibilité de lire clairement la structure des arbustes et l’architecture de leur branchage.
Estimez-vous que l’on crée véritablement un jardin ou plutôt que l’on accompagne son éclosion ? Mes paysages naissent d’un principe fondamental consistant à repérer les lignes existantes, les souligner, les sublimer et les accompagner. Cette idée apparaît clairement lorsqu’on observe par exemple ce jardin conçu dans le sud de la Corse. J’y ai imaginé une transition entre la maison, son environnement immédiat et la végétation naturelle du littoral. La plupart des rochers qui émaillent sa pelouse provenaient à l’origine d’autres emplacements, mais ils donnent le sentiment d’avoir toujours été là. De véritables points d’ancrage sur lesquels vient se poser le regard.
Espagne, France, Grèce ou encore aux Pays-Bas, vos réalisations dépassent en effet de loin le cadre de la Belgique. Comment ces panoramas transforment-ils votre travail, notamment lorsque l’eau en est un élément fondamental ? Plus que l’eau, ce sont les températures, notamment la chaleur, qui modifient le processus et sa finalité. Je travaille ainsi actuellement à Marrakech, sur ce qui deviendra un espace dédié à la fraîcheur. Il s’agira d’une série de grands cercles délimités par des murs en terre et formant un léger dôme. La structure métallique sera complétée par une toile de ramification réalisée en branches de saule par des artisans catalans. Ici et là nous planterons des jasmins, pour l’ombre et le parfum de leurs fleurs, tandis qu’un système d’arrosage sous forme de « douche » complètera l’apport de fraîcheur.
Peut-on dans ce métier aspirer au contrôle ou doit-on au contraire accepter le chemin que prend le vivant ? Imaginer pouvoir concevoir un jardin totalement indompté est une illusion. Tailler un arbuste ou une glycine est déjà une forme de contrôle. La vocation première d’un tel lieu est de donner envie de s’y promener, d’en respirer les arômes et d’y surprendre les rais de lumière. D’être habité. Un jardin a toujours une destination. La relation avec le client qui l’occupera est donc primordiale, pour concevoir un lieu de paix, de ressourcement. Cela se construit.
En 2025, vous avez publié le livre Gardens, revisitant quatre décennies de création paysagère. Comment résumer un parcours aussi riche et florissant ? Je souhaitais avant tout montrer l’évolution d’une passion née lorsque j’avais douze ans. L’ouvrage s’ouvre donc sur deux clichés des jardins de mes parents. On y découvre également mes premières réalisations et l’évolution de mon travail vers une forme de maturité, notamment dans le choix des arbres et arbustes. Et bien sûr les lieux qui ont marqué mon parcours et ceux qui m’ont touché à titre personnel. Notamment le Flanders Fields Memorial Garden de Londres, tout petit mais hautement symbolique, car il est constitué de terre de Flandre, collectée dans 70 cimetières de la Première Guerre mondiale, où reposent des soldats anglais. C’était terriblement émouvant que de concevoir ce lieu de mémoire.
Vous préparez actuellement le jardin de sculptures du Rijksmuseum d’Amsterdam. Quelles sont les grandes lignes de ce projet ? C’est à nouveau un projet terriblement emblématique, m’offrant l’opportunité d’interpréter une vision contemporaine d’un espace paysager pensé comme une extension du musée. J’y place en relation le végétal et les œuvres majeures d’artistes du 20e siècle, comme Louise Bourgeois ou Henry Moore. Sa particularité est aussi son contexte, au cœur de la ville et le long d’un canal sur les berges duquel on plantera des cerisiers japonais. La flore indigène sera aussi représentée notamment sous la forme d’un grand robinier. C’est une mission fascinante.

Abonnez-vous dès aujourd’hui pour recevoir quatre numéros par an à votre porte
Vous aimerez peut-être
Linde Freya Tangelder – Quand la déconstruction se fait art
S’affranchissant des codes et réinventant matière, forme et sens, Linde Freya Tangelder fonde…
KØGE Design – L’élégance responsable
Fondée en 2023, KØGE Design crée des meubles en bois massif et en acier inoxydable, inspirés du…
Cubex – La cuisine belge des années 30
Icône du modernisme belge, Cubex évolue avec une nouvelle cave à vin et l’ambition d’investir…



