Bram Vanderbeke
L’art de la fonction, l’usage de la forme
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Créativité et design sont, pour Bram Vanderbeke, des disciplines en mouvement. C’est ainsi qu’il structure, empile, façonne des pièces aux multiples dimensions, des objets à la croisée de l’œuvre et du mobilier.
Vos réalisations mêlent le design monumental et l’architecture, affirmant leur ambiguïté entre nature artistique et solution utilitaire. Pourquoi avoir choisi cette fusion des genres ? J’aime que mes pièces associent une notion fonctionnelle à un aspect sculptural. Je ne pourrais me limiter à créer uniquement pour l’esthétique. Cela me priverait de l’interaction avec l’utilisateur ou le public, alors que c’est ce que je recherche avant tout. Pour autant, ma manière de travailler reste très intuitive. Je joue avec les matériaux et les formes, partant parfois d’un type de structure pour arriver à un autre, d’un tabouret à une sculpture, ou l’inverse. C’est extrêmement ludique.
Vos « Casted Objects » notamment, mettent en avant un travail de superposition. Que vous permet de raconter ce principe de couches multiples ? Ce geste m’apporte une forme de sérénité. La même que celle que je ressentais au lycée quand, voulant devenir maçon, j’apprenais le travail du bois et des volumes. D’une certaine façon, je continue ce cheminement dans mon atelier. J’utilise cette répétition par exemple dans les briques que j’emploie, obtenant des lignes particulières par empilement, ou sur mes étagères en aluminium, dont les strates répétées créent une grille. Ces actes amènent de l’harmonie dans mon travail. C’est ce qui permet également qu’au-delà de l’emploi du béton, du métal ou du bois, l’on perçoive une certaine unité dans mon processus, due à l’aboutissement de ce design spécifique. Je pense qu’il s’agit de la pièce maîtresse de ma signature. Celle qui fait le lien entre mes créations sur la durée. Ce n’est pas intentionnel, mais j’aime cette forme de coïncidence.
Comment votre univers a-t-il évolué depuis 2017 et vos premiers projets ? Il s’est toujours agi de construction. Même il y a six ans, alors que je sortais tout juste de la Design Academy d’Eindhoven. Je fabriquais alors un objet puis en proposais une variation qui me mettait au défi d’appliquer la même technique à un matériau différent ou de décliner autrement le procédé de départ. Depuis j’ai continué de naviguer sur cette base, mais en la poussant dans ses retranchements. Désormais, j’ai aussi l’occasion de collaborer de plus en plus avec des architectes afin d’intégrer mes œuvres dans l’espace public. J’en rêvais et cela nourrit énormément mes designs. J’aime m’inspirer du contexte d’un bâtiment ou d’un site particulier. Lorsque je me balade dans les villes, tous les détails m’attirent et je prends souvent des photos comme source d’inspiration, sur lesquelles je réalise des croquis en y ajoutant mes propres idées.
Votre empreinte est également indissociable d’une forme de rudesse, de densité, de texture. Qu’aimez-vous dans cet aspect brut ? Cette touche tactile donne de la vie à un objet, incite à le manipuler, à le ressentir. Toutes mes créations sont réalisées dans ce but. C’est pourquoi j’apprécie de les voir intégrer différents contextes, qui vont questionner leur sens et leur emploi. Que se passera-t-il si on les expose dehors ? Comment poussera la végétation ou la mousse à leur surface avec le temps ? Ce vieillissement, cette transformation rendent le résultat d’autant plus intéressant et font pleinement son charme.
Entre commandes et expositions, à Berlin, Shanghai ou Milan, votre parcours international est impressionnant. Vient-il aussi influencer votre approche ? Je trouve fascinant de voir mes œuvres parcourir le monde. Elles voyagent d’ailleurs plus que moi ! Les rencontres qu’offrent cette part de mon travail sont très enrichissantes, d’autant que chaque lieu a sa dynamique, son énergie. Londres, où j’ai réalisé un stage durant mon cursus, m’a ainsi beaucoup marqué par son architecture brutaliste. Ses détails me transportaient. Mais Gand, où je vis, m’inspire également par son équilibre entre l’effervescence artistique et un rythme quotidien paisible.
Comment imaginez-vous l’évolution de votre pratique dans les prochaines années ? Je débuterai prochainement l’aménagement de la boutique du Design Museum de Gand en collaboration avec la conceptrice Wendy Andreu. C’est un projet vraiment passionnant, qui sera basé sur une série de meubles de formes pyramidales que nous avions fabriqués en 2018. En parallèle, je réalise des projets pour d’autres clients, comme une poignée de porte ou une cage d’escalier ainsi que des œuvres architecturales, notamment au sein d’une cour intérieure. Cela illustre mon objectif de mixer différentes échelles. J’aimerais créer un pavillon, mais aussi une collection de bijoux, varier les tailles, les formes et les mélanger. Plus que tout, ce sont les connexions, la découverte et l’expérimentation qui m’enthousiasment et définissent mon travail.

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