Linde Freya Tangelder - Quand la déconstruction se fait art
Linde Freya Tangelder
Quand la déconstruction se fait art
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
S’affranchir des codes. Se réapproprier la matière. Réinventer le sens et la forme. Linde Freya Tangelder a bâti son studio Destroyers/Builders sur l’exploration du design sculptural et d’un langage inédit, à la fois tactile, brut et architectural.
Aux racines de Destroyers/Builders, il y a ce désir de se défaire des normes du design pour le reconstruire selon votre vision. Où puise-t-il sa raison d’être ? C’est un processus qui s’est imposé naturellement, comme une évidence. Le principe même de design est lié pour moi à une approche expérimentale. Rien n’y est figé et j’aime parcourir ce champ des possibles, qu’il s’agisse de fonction, de dimension ou d’échelle. Et y voir coexister les idées et les références architecturales, à la fois anciennes, intemporelles et contemporaines.
Vous affirmez également zoomer sur les éléments que les architectes tentent généralement de garder hors de vue. Est-ce par leur biais que vous avez découvert et nourri votre créativité ? Oui, ma passion me vient en effet de cette idée d’une traduction intime de l’architecture, à ma propre échelle. De ce souhait de remodeler les structures afin de proposer de nouvelles solutions visant à atteindre l’équilibre et l’essence d’une pièce. J’ai toujours créé et, plus encore ressenti la liberté de le faire hors format, notamment par l’influence de mes grands-parents collectionneurs, qui mêlaient des pièces de design scandinave, brésilien, européen, en un ensemble multiforme, nourri par les contrastes. Une vision qui m’inspire encore énormément aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les matériaux.
Vous travaillez ceux-ci dans toute leur authenticité, avec leur relief et leurs aspérités. S’agit-il de les respecter, sans chercher à les maîtriser ? Exactement. Je considère que les imperfections apportent une beauté unique aux objets. Mon approche est profondément manuelle. Je suis fascinée par les petites irrégularités et la façon dont les doigts peuvent modeler la matière. C’est notamment le cas pour des modèles en cire, ensuite coulés sous forme de métal, ou le passage du liquide au solide par l’utilisation du verre. C’est ce travail artisanal qui pour moi rend une création sculpturale, tout comme le fait de ne pas la façonner à l’extrême ni chercher à atteindre un aspect parfaitement lisse et fini. Cet équilibre entre espace et expérience, ouvrage et nature profonde, joue un rôle central au sein de mon studio, depuis son lancement en 2014.
Il y a d’une part les objets que vous créez, sièges, lampes, tables, fonctionnels et artistiques à la fois, de l’autre les lieux que vous aménagez. Deux domaines dissociables ou profondément connectés ? Concevoir des pièces de mes mains, en édition très limitée, est le noyau de mon approche. Là où s’impose son empreinte la plus expérimentale et artistique. Sans ces collections, ma démarche me semblerait creuse et vaine. Ce qui n’empêche pas les projets de conception intérieure de me passionner et me faire grandir. Pouvoir inscrire un objet au sein d’un environnement spatial est fascinant.
Vous êtes originaire des Pays-Bas mais avez choisi de créer et développer pleinement votre activité artistique en Belgique. En quoi reflète-t-elle votre univers ? Le design néerlandais a un caractère très spécifique, qui, à l’époque où j’ai entamé mon parcours, me semblait trop déterminé et face auquel je me sentais à l’étroit. J’ai également toujours été inspirée par l’art et l’architecture belges, la personnalité singulière du pays. Avoir mis en distance mes origines m’a aussi permis de vivre pleinement ce processus de destruction-reconstruction. Je ne regrette absolument pas mon choix.
Dans ce travail de redéfinition permanente, quelle est la place de l’humain ? Omniprésente. À commencer par le principe même d’objet et l’émotion qu’il suscite, son lien à la mémoire et au vécu de chacun, qui crée une connexion immédiate. Et puis, autant j’aime travailler seule, autant j’apprécie le dialogue artistique. C’est ce qui m’a amenée à co-fonder le collectif de designers belges BRUT et à développer des collaborations, notamment avec l’entreprise italienne d’ameublement Cassina, autour de structures en pierres ou avec AEQUO, une galerie de Mumbai, pour laquelle j’ai conçu des pièces inédites.
Au-delà du design et de la création, Destroyers/Builders, est-il finalement une façon de (re)penser le monde ? C’est une philosophie, un mode de vie. Il n’y a pas de véritable frontière entre mon studio et la personne que je suis. L’un découle de l’autre. Notre monde est empli de destructeurs et de créateurs, nous ne nous arrêtons jamais de rebâtir, de fabriquer, et le questionnement que cela implique m’amène à mêler intimement les notions de contemplation et de fonction. Il me pousse aussi aujourd’hui à me diriger vers des projets à plus grande échelle, qui seront des territoires toujours plus vastes d’expérience et de reconstruction.
KØGE Design - L’élégance responsable
KØGE Design
L’élégance responsable
Mots : Olivia Roks
Photos : DR
Fondée en 2023, KØGE Design puise son inspiration dans la pureté japonaise, le raffinement scandinave et le savoir-faire belge. Chaque meuble, en bois massif ou en acier inoxydable, incarne simplicité, qualité et durabilité. Rencontre avec le fondateur de la marque de design belge, Hadrien Bindels.
D’où vous vient ce rapport au design ? J’ai étudié l’architecture et à la fin de mes études, j’ai lancé KØGE Design. Durant mon cursus, avec mes professeurs, on s’est rendu compte que je détaillais fortement mes maquettes, que j’appréciais les détails, les objets… Lors de ma formation, on m’a d’ailleurs reproché l’aspect trop détaillé au détriment du côté social.
Comment est né KØGE Design ? J’ai commencé par fabriquer une première table dans le salon de ma mère ! Elle s’est vendue en 48 heures. Avec le bénéfice, j’en ai créé une seconde, puis les commandes ont suivi. Petit à petit, grâce au bouche-à-oreille, la marque a trouvé son public. Après six mois, la production ne se faisait plus chez ma mère, j’avais trouvé un atelier à Bruxelles. Nous avons débuté avec des tables en Mortex mais devenues rapidement trop tendance, j’ai souhaité évoluer avec d’autres matériaux. En parallèle, on en a aussi profité pour refaire l’identité de la marque. On est reparti de zéro et trois produits ont vu le jour : une table basse en chêne massif ainsi qu’une table et une lampe en acier inoxydable. Aujourd’hui, plusieurs usines produisent nos produits. Elles se situent toutes en Europe (Belgique, Portugal, Lettonie…), c’est très important pour nous.
Justement, sur votre site web, en grand, on peut lire : « mobilier de collection haut de gamme à impact durable ». Qu’entendre par cela ? Quelles sont les valeurs et l’identité de la marque ? C’est essentiel pour nous de travailler avec des matériaux nobles, d’apprécier une matière avec sa réelle épaisseur comme le chêne massif ou encore l’acier massif. L’acier inoxydable est le métal qui se recycle presque à l’infini, sans se détériorer. L’idée est vraiment que la matière prime. Nous ne souhaitons pas la transformer mais la travailler avec respect. Aussi, nos réalisations portent indéniablement une signature architecturale : nous aimons la simplicité, et chaque détail, lorsqu’il existe, a une raison d’être.
Quel genre de mobilier proposez-vous ? KØGE Design propose deux grandes collections, l’une est en chêne massif et se nomme W, l’autre est en acier inoxydable et s’intitule X. Dans la collection W, nous avons un duo de tables basses décliné en trois couleurs (espresso, honey et naturel) ainsi qu’une chaise, une de nos dernières nouveautés. Dans la collection X, nous avons aussi les tables basses, une side table, un porte-livre ainsi qu’une applique murale. Tout, sauf la chaise, est en mode « flat packing », c’est-à-dire que les pièces sont emballées à plat, ce qui réduit le volume, facilite le transport et diminue les coûts. Et enfin, une belle collaboration en inox avec le chef Paul Delrez fait également partie de nos réalisations.
Comment se déroule la conception et la fabrication de vos pièces ? Tout est dessiné par moi-même. Je réalise d’abord quelques croquis, puis je les laisse reposer. J’y reviens plus tard pour affiner l’idée jusqu’à ce qu’elle me convienne pleinement. Ensuite, nous passons à la modélisation en 3D. On s’assure que tout fonctionne bien, que tout est réaliste et réalisable. Vient enfin l’heure des prototypes qui peuvent se multiplier pour enfin arriver à un produit fini, prêt à être commercialisé. La commercialisation se fait en avant-première sur notre e-shop avec une offre de lancement. Enfin, on retrouve ensuite nos réalisations à prix fixe sur notre site mais aussi sur d’autres plateformes de design.
Des nouveautés à venir ? Comment imaginez-vous l’évolution de la marque ? Actuellement, nous travaillons avec Matthieu Doucet, un des fondateurs du cabinet Bim Bam Boom. Parallèlement à son métier d’architecte, il dessine du mobilier. J’avoue adorer son travail. Je l’ai approché pour voir s’il était possible de travailler ensemble. Sans tarder, nous avons imaginé une lampe de table en acier inoxydable, coiffée d’un abat-jour d’inspiration japonaise. Matthieu en a signé le design, et KØGE Design se chargera de l’éditer. Lancement, le 20 décembre ! On est également en train de travailler avec une designeuse portugaise sur des bougeoirs combinant nos deux matières de prédilection… Affaire à suivre car nous cherchons la bonne usine pour les produire. KØGE Design est en train d’explorer une nouvelle façon de développer et de produire des objets. Nous souhaitons proposer peu à peu davantage d’édition de mobilier. C’est très enrichissant car nous sommes ainsi plusieurs esprits à réfléchir sur un projet.
Cubex - La cuisine belge des années 30
Cubex
La cuisine belge des années 30
Mots : Olivia Roks
Photos : DR
Icône du modernisme belge depuis près d’un siècle, Cubex n’a rien perdu de sa force visionnaire. Rééditée par Xavier De Breucker et Nicolas Swinnen, la cuisine culte poursuit son évolution : une nouvelle cave à vin remarquable et l’ambition d’investir d’autres espaces de vie. Une légende du design qui continue d’écrire son histoire.
En quelques mots Cubex c’est… Xavier De Breucker : C’est une marque iconique belge imaginée dans les années 30 par l’architecte visionnaire Louis Herman De Koninck qui a littéralement révolutionné l’histoire de la cuisine. Il en fait la première cuisine modulaire, fonctionnelle, équipée et résolument intemporelle : un concept en avance de plusieurs décennies. Elle rencontrera un immense succès de 1930 à 1965. Aujourd’hui, Cubex perpétue cet héritage moderniste en proposant des cuisines haut de gamme, entièrement personnalisables. Un classique du modernisme réinterprété pour les intérieurs et les modes de vie d’aujourd’hui.
Qu’est-ce qui vous a poussé, vous et Nicolas Swinnen, à relancer Cubex en 2015 ? L’idée de relancer Cubex est née d’un double constat et d’un hasard presque architectural. De mon côté, j’habite une maison conçue par Louis Herman De Koninck lui-même. Lors de sa restauration, j’ai commis ce que je considère aujourd’hui comme une véritable erreur : ne pas y installer une cuisine Cubex. C’est en vivant dans cette maison, en observant la cohérence entre l’architecture et l’aménagement, que j’ai compris l’importance et la pertinence visionnaire du système Cubex. Au même moment, et sans que nous nous connaissions encore, Nicolas Swinnen ressentait la même fascination. En rencontrant Monique De Koninck, la fille et ancienne collaboratrice de l’architecte, il découvre l’ampleur de l’héritage Cubex et réalise que cette invention moderniste méritait d’être remise au monde. Nos deux trajectoires se sont croisées autour d’une évidence : Cubex n’était pas seulement un morceau d’histoire du design belge, c’était une idée brillante, en avance sur son temps, qui méritait une seconde vie.
Quels sont les fondamentaux du style Cubex ? Le style Cubex repose sur une combinaison unique de rigueur moderniste, de fonctionnalité absolue et d’une esthétique intemporelle héritée de Louis-Herman De Koninck. Et ce qui frappe, c’est à quel point ces fondamentaux restent incroyablement actuels. Un design rationnel et épuré : tout est pensé au millimètre. Les lignes sont sobres, droites, sans aucun effet gratuit : une simplicité presque architecturale qui confère à nos cuisines une élégance naturelle, capable de traverser les décennies sans perdre de leur force. Il y a bien sûr aussi le module cube de 60 cm : un principe fondateur devenu norme mondiale. Le style Cubex s’exprime également à travers des matières choisies pour leur durabilité et leur vérité. Cette robustesse se ressent dans la masse des portes, dans leur tenue, et jusque dans le son caractéristique de leur ouverture et fermeture. La poignée iconique fait aussi partie de l’histoire de la maison. Chaque porte et tiroir est équipé d’une poignée en laiton chromé, une vraie signature ergonomique et moderniste. Et aujourd’hui, Cubex préserve l’esprit vintage et patrimonial des modèles originaux tout en intégrant les exigences actuelles : électroménagers intégrés, solutions de tri, éclairage LED, finitions techniques ou minérales…
Comment concilier tradition et innovation dans vos projets ? Pour nous, tradition et innovation ne s’opposent pas : elles dialoguent. Cubex n’est pas une marque nostalgique, mais une marque patrimoniale qui se réinvente en respectant le génie de son système originel. D’un côté, nous restons absolument fidèles aux fondamentaux et de l’autre, nous intégrons des innovations techniques et fonctionnelles contemporaines.
Comment décririez-vous la cuisine actuelle ? Après deux décennies dominées par des cuisines ultra-minimalistes : façades lisses, appareils dissimulés, lignes presque « laboratoire », le haut de gamme ne se définit plus par l’effacement. Le minimalisme extrême s’est banalisé. Aujourd’hui, on recherche des cuisines avec du caractère, où la matière, l’histoire et les objets racontent quelque chose. On mélange le neuf et le vintage, on réintroduit des poignées, des textures, des éléments patinés ou réédités. On assume la singularité et l’authenticité plutôt que la neutralité absolue.
Vous venez de dévoiler votre nouveauté : une cave à vin. Pouvez-vous nous parler de ce projet ? La cave suit la même logique que nos cuisines : un système modulaire capable de s’adapter à n’importe quel espace. Le projet présenté accueille plus de 4 000 bouteilles, mais chaque composition des plus grandes aux plus réduites pourrait être entièrement personnalisable et scénographiée avec la même exigence. Afzelia massif, laques profondes, courbes sculptées, poignées iconiques sont réinterprétés dans un univers où ils deviennent le cadre d’une collection vivante. Plateaux coulissants pour caisses, présentoirs rétroéclairés, rangements grands formats, îlot de dégustation : chaque élément est pensé pour offrir un véritable rituel autour des précieux flacons.
Est-ce le début d’une extension vers d’autres espaces de vie ? Oui, clairement. Le Cubex wine cellar marque le début d’un mouvement : celui d’un Cubex qui investit d’autres univers que la cuisine, toujours avec la même exigence, la même fidélité au modernisme et la même obsession du détail.
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Prado - l’élégance de l’absence
Prado
L’élégance de l’absence
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
La beauté selon Prado passe par la disparition. Ventilation, détecteurs et caméras deviennent, par son entremise, indétectables, se fondant à l’éclairage, afin de laisser parler pleinement l’espace et son architecture. Un concept voué à façonner l’invisible pour révéler l’essentiel, que dévoile Thibault Renson, son fondateur.
Vous présentez Prado comme une technologie domestique imperceptible, se faisant oublier pour créer un sentiment de sérénité. Quels sont les clés de cet équilibre entre fonctionnalité pointue et approche harmonieuse ? L’essence de Prado est de permettre une forme de retour à une paix intérieure au sein des espaces. Qu’il s’agisse d’habitations, de boutiques, de restaurants, lorsqu’on habille un lieu avec une magnifique table ou une œuvre d’art, ce n’est qu’en enlevant les éléments superflus qui l’entourent qu’on lui permet de briller pleinement. Nos créations sont belles, mais notre objectif n’est pas d’attirer le regard. C’est la lumière qui compte, pas le mécanisme qu’elle cache, tout comme l’air frais est primordial sans besoin de voir le système qui le diffuse. Nous cherchons les solutions optimales pour effacer les interférences et sublimer l’œuvre des architectes. Permettant ainsi aux dispositifs qu’ils souhaitent ajouter, de s’intégrer sous une forme sobre et minimaliste.
Comment votre parcours vous a-t-il conduit à imaginer le concept de Prado ? Le déclic s’est produit, il y a sept ans, alors que je visitais un Apple Store aux USA. J’avais toujours été passionné par le design et l’architecture, tout comme par la technologie et en pénétrant dans cette boutique, j’ai remarqué qu’elle possédait une aération via ses lampes sans qu’aucun système ne soit visible au plafond. Intrigué, j’ai contacté la marque, qui m’a dit avoir développée elle-même ce principe car il n’existait alors aucune solution. À l’époque, je ne possédais aucune connaissance technique dans ces domaines, mais j’y ai perçu une opportunité. J’ai donc rejoint, en tant que brand manager, la société de ventilation détenue par mon père, en parallèle au développement de Prado. J’étais poussé par la certitude de vouloir développer un produit novateur, tant par son aspect visuel que par sa technicité.
Prado mêle en effet esthétique et innovation et s’entoure de concepteurs hautement qualifiés. Cette dimension technologique demeure-t-elle indissociable d’une forme d’artisanat ? J’en suis convaincu. Pour obtenir des solutions exceptionnelles, il faut accorder une exigence toute particulière aux plus infimes détails. Le point primordial n’est pas le volume que nous arrivons à produire mais le résultat et si nous voulons atteindre une qualité à la mesure de nos aspirations, l’artisanat ne peut être abandonné au profit d’un processus robotisé ou d’une industrialisation massive.
Vos éclairages sont aujourd’hui adoptés par des architectes de renom tels que Vincent Van Duysen, Nicolas Schuybroek, ou encore Bjarke Ingels, ainsi que par des marques prestigieuses comme Saint Laurent, Chanel et Jacquemus, a quel élément en particulier doivent-ils selon vous leur succès ? A cette motivation, cet enthousiasme et ce perfectionnisme qui nous animent. Pouvoir collaborer avec les grands noms de l’architecture de notre pays, mais aussi à l’international, est pour moi une énorme fierté. J’ai imaginé Prado alors que je suivais depuis longtemps leur travail. C’est aussi, je pense, une question de vision. Notre but n’a jamais été de créer un immense catalogue de produits, mais d’amener chacun de nos modèles à se suffire à lui-même. Nous préférons continuer d’améliorer sans cesse nos créations pour les rendre toujours plus performantes que d’en inventer d’autres. Toujours avec cette dynamique de simplicité et d’harmonie.
Créé en 2020, Prado a été rejoint 2 ans plus tard par ROND. Puis en 2025 par Vervloet et Atelier Luxus. Quelle vision commune a animé ce rapprochement ? Le souhait d’associer nos compétences et nos forces plutôt que de les superposer. Nous voulions casser cette séparation entre les domaines de l’éclairage, de la ferronnerie et des interrupteurs, pour pouvoir œuvrer ensemble. Nous avons le même souci du détail et des finitions, la même volonté d’excellence. Je suis profondément admiratif de leur design et de leur héritage. Il ne sera pas question de fusionner nos identités, mais de nous unir pour amener l’artisanat belge toujours plus haut et plus loin.
Quelles sont d’ailleurs vos ambitions pour le futur de Prado ? Nous sommes en plein développement aux Etats-Unis, notamment à Los Angeles, New York et Miami. C’est un premier pas fantastique, dont nous sommes ravis. Mais nous demeurons tout aussi heureux de nos projets belges, qu’il s’agisse de résidences, de cocktail bars comme Okën à Bruxelles ou de restaurants tels que The Jane à Anvers, tout récemment inauguré. Plus qu’un projet en particulier continuer d’innover reste le véritable objectif. L’ADN de Prado.
L’harmonie intérieure signée Maison Osaïn
L’harmonie intérieure signée Maison Osaïn
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Portés par une quête d’équilibre et de sens, Ann Butaye et Thomas Maria Verschuren ont imaginé Maison Osaïn, un concept holistique d’habitat, synergie d’architecture, de design, d’art et d’artisanat. Une vision que le duo belge fait désormais rayonner au-delà des frontières, avec House Montagna, leur premier projet à l’étranger, façonné au pied du Mont Blanc.
De couple et parents, vous êtes devenus en parallèle un tandem professionnel, avec la création de Maison Osaïn. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à entreprendre en duo ? Ann : C’était il y a cinq ans et je travaillais alors depuis une quinzaine d’années dans les domaines de la presse, du marketing et de l’approvisionnement pour des labels de mode haut de gamme. Thomas, lui, possédait son propre bureau d’architecture, majoritairement résidentiel. La pandémie a tout bouleversé, d’autant qu’elle a coïncidé pour moi avec de graves problèmes de santé. Cette confrontation à la maladie a marqué un véritable tournant dans nos existences, nous poussant à nous recentrer sur notre bien-être et nos valeurs. Sans cela, nous n’aurions sans doute jamais repensé nos vies.
Thomas Maria : Créer ensemble est alors devenu une évidence. Nous avons énormément lu, appris, et développé une nouvelle vision, qui s’accompagnait aussi d’un besoin de quitter l’effervescence de la ville. Nous avons donc mis en vente notre maison de l’époque, dont nous avions conçu l’architecture et la décoration intérieure et nombreux étaient les acheteurs qui nous demandaient s’ils pouvaient l’acquérir « telle quelle », avec ses rideaux, ses objets, son mobilier. De là est né le concept de Maison Osaïn.
Ann : C’est une belle synergie entre nos domaines. Thomas s’occupe de la conception architecturale, des structures et finitions techniques, tandis que je sélectionne les artistes avec lesquels nous collaborons et les éléments de design et je me charge de la création de nos fragrances, linges de maison et art de la table.
Concevoir des lieux de vie avec la personne qui partage la nôtre rend-il chaque projet d’autant plus personnel ? Ann : Notre approche est profondément intime et chaque maison est pensée comme si c’était la nôtre. C’est essentiel tant nous cherchons à créer des espaces porteurs de liens. C’est aussi un concept inédit. Il existait beaucoup de projets immobiliers, mais pas d’habitations conçues comme des écosystèmes vivants, des univers à part entière. Chaque projet est le cadre de collaborations avec des galeries et des créateurs, mais aussi avec des artisans et des entrepreneurs, qui partagent notre philosophie, mêlant humain et durabilité.
Vous décrivez en effet le « sincere living » comme le manifeste de Maison Osaïn. Qu’implique ce concept ? Thomas Maria : D’employer exclusivement des matériaux naturels, dans leur usage le plus pur et minimaliste, leur beauté se suffisant à elle-même. Nous refusons ainsi le faux marbre, et les imitations bois ou céramique, afin de permettre à l’authenticité et l’intemporalité de primer sur les tendances. C’est aussi ce qui nous pousse à rénover plutôt qu’à partir d’une page blanche. Notre travail incarne le respect du patrimoine et la volonté d’offrir un renouveau à des lieux porteurs d’une âme. Chaque étape témoigne de cette notion de sens qui nous habite.
Comment, après de multiples réalisations en Belgique, s’est présenté le projet House Montagna, ce sublime chalet de Courmayeur, situé au pied du Mont Blanc ? Thomas Maria : Le propriétaire, que nous connaissions, nous a confié ce chantier et c’était un défi à tout point de vue tant le bâtiment était en ruine. Étant uniquement accessible par une remontée mécanique, il a aussi fallu transporter la plupart des matériaux par hélicoptère. Un magnifique challenge.
Ann : House Montagna représente pleinement notre ADN, celui d’un foyer où se recentrer sur soi-même tout en se connectant à la nature. L’extérieur est partie intégrante de la maison. Le paysage est magique et nous souhaitions le magnifier sans ornement superflu, grâce à du bois issu de la région, venant compléter la structure en béton et des teintes naturelles, qui feraient rayonner le décor de montagnes s’étendant à perte de vue.
House Montagna sera-t-elle le point de départ de plus de projets internationaux ? Ann : Définitivement ! Nous nous sommes donné pour mission de réitérer cette expérience à l’étranger une fois par an, pourquoi pas en Toscane, à Paris ou encore aux USA, mais tout cela demeure à l’étude. Nous avons actuellement une dizaine de projets en cours en Belgique et nous entamons une colla-
boration avec de nouveaux artistes, tels que Maison Rhizomes, Galerie Suzan à Paris et Leonet et Hoang. Maison Osaïn ne cesse de se réinventer.
Quelle est d’ailleurs l’histoire qui se cache derrière ce nom étonnant ? Thomas Maria : Il s’inspire d’Osaïn, une divinité de la religion yoruba, originaire d’Afrique de l’Ouest, incarnant la nature et la sagesse des plantes. Un guérisseur qui protège l’équilibre du monde. Nous n’aurions pu trouver plus beau symbole pour notre philosophie de renouveau et d’authenticité.
Nicolas Schuybroek - Le sacre de la sérénité
Nicolas Schuybroek
Le sacre de la sérénité
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Porté par un minimalisme habité et une quête de justesse, Nicolas Schuybroek façonne des sanctuaires contemporains de Bruxelles à Taïwan et de Milan à New York. Une architecture où le calme se fait forme, matière et âme.
Les lieux que vous concevez sont multiples, hétéroclites, aussi bien par leur emplacement que par leur caractère et leur taille. Qu’est-ce qui motive le choix d’un projet ? Il s’agit d’une dimension très intuitive, mais aussi d’une profonde recherche de diversification. Il est essentiel pour moi de ne pas être labellisé, assimilé à une catégorie de bâtiment ou de client, mais au contraire d’œuvrer à de nombreuses échelles et typologies. Qu’il s’agisse de la boutique Aesop de Londres, du restaurant The Jane à Anvers, de la galerie d’art Carpenters, des constructions résidentielles ou des rénovations d’appartements à Paris et Amsterdam, les récentes réalisations de notre bureau racontent toutes cette volonté.
Chacune est-elle dès lors pour vous l’occasion d’une réinvention ? Qu’il s’agisse de technique ou de vision ? Je pense que c’est totalement nécessaire. Sans cela, on tombe dans un côté linéaire et dogmatique, en perdant une part fondamentale de créativité. Lorsque j’entame un projet, je m’interroge sur la manière de repenser les éléments, la structure ou le dessin et ainsi faire pleinement sens par rapport au lieu et aux besoins qui l’accompagnent. C’est en même temps paradoxal, car en tant qu’architecte on souhaite aussi la reconnaissance d’une certaine forme de signature. Cela demande d’atteindre l’équilibre entre renouveau et identité.
Votre empreinte est chaleureuse et pourtant profondément épurée. À la fois vivante et caractérisée par une puissante sobriété. Comment ces éléments se rencontrent-ils ? C’est un processus en constante évolution. En 2021, je publiais Selected Works. Volume 1, une monographie des réalisations de la décennie écoulée. Une démarche d’archivage et de mise en perspective qui m’a permis d’en reparcourir le fil et de réaliser leur transformation progressive. Mon approche reste contextuelle et globale, celle de lignes justes, d’un travail de lumière, de proportion, de symétrie. La métamorphose vient des éléments qui se greffent sur ce socle, notamment au niveau de la palette de matériaux, plus chaude, texturée, profonde, mais aussi de l’esthétique. J’ai toujours ressenti une grande admiration pour l’architecture romane du 10e et 11e siècle, mais s’y est aussi ajouté un langage plus contemporain et vernaculaire, inspiré par les créations de Luis Barragan ou de Studio Mumbai, avec la volonté de rendre un cadre très minimaliste, et géométrisé, plus humain, afin qu’il s’en dégage une pleine émotion.
Vous liez aussi votre vision à une forme de révérence, presque mystique. Elle est nourrie par un cadre de références, dont un certain nombre de structures religieuses, mais aussi par la musique et l’art plastique. C’est avant tout une question de cadence, de rythme, de plein et de vide, comme de silence, qui permet de créer une architecture qui fasse sens. C’est une notion très mystérieuse, portée par la certitude d’avoir trouvé le bon axe, le bon vecteur. Celui qui conférera un calme intérieur à l’endroit, le sentiment d’une communion avec celui-ci. C’était notamment le cas pour The Jane, où un changement s’opère chez ceux qui y pénètrent, comme emportés vers un ailleurs.
Vous venez en effet de signer le nouveau cadre de ce restaurant emblématique. Quelles en étaient les notes d’intention ? C’est un projet comprenant énormément de concepts, qu’il s’agisse d’expérience, de philosophie, ou de proportions, nourri par une palette de matières chaleureuses et très brutes à la fois. Nous avons poussé très loin son histoire, en faisant appel à des artisans en provenance de la région d’Anvers et des Pays-Bas qui ont dessiné des meubles, spécialement pour faire corps avec l’endroit, participer à ce narratif. Le lieu s’apparente à un temple, une notion qui m’est chère, celle d’un espace où l’on perd toute notion de temporalité et de géographie, de dimension extérieure. L’humain a toujours construit à travers les siècles pour s’abriter, se soigner, se mettre en lien, se protéger. Et aujourd’hui cette bulle, cette mise à distance du monde est devenue une notion primordiale.
Après ces 14 ans d’activité au sein de votre propre studio, reste-t-il des concepts inexplorés, des projets qui demeurent à l’état d’ambition ? J’aimerais créer pour des sphères plus publiques, très architecturées et de plus grande ampleur, autour d’un vignoble ou encore d’un musée. L’art et la culture jouent un rôle essentiel pour moi et ont toujours fait partie de mon cheminement personnel. Un second livre est également en réflexion. J’espère pouvoir le publier en 2026, afin qu’il marque une période de cinq ans. L’occasion d’un nouveau jalon créatif et de continuer cette exploration qui me porte toujours plus loin.
PETER IVENS : « Je préfère l’âme et le caractère à la perfection »
PETER IVENS
« Je préfère l’âme et le caractère à la perfection »
PETER IVENS
« Je préfère l’âme et le caractère à la perfection »Mots : BARBARA WESOLY
Photos : EEFJE DE CONINCK & SENNE VAN DER VEN
C’est la vie qui s’impose au cœur de la vision de Peter Ivens. Celle, expressive et vibrante, qui nourrit une architecture intérieure à l’élégance chaleureuse et au minimalisme habité. Une empreinte d’authenticité et d’exception, qu’il cultive seul, comme en duo, avec la décoratrice Bea Mombaers.
Vous l’affirmez, chaque lieu possède sa propre histoire personnelle. Quels sont ceux qui vous ont menés sur le chemin de l’architecture ? Étonnamment il s’agissait de boutiques de mode. Je viens d’une famille de maîtres tailleurs depuis cinq générations. Mes parents possédaient donc des magasins, et, espérant que je leur succède un jour, ils m’ont chargé d’en retravailler l’intérieur. Découvrant cette rénovation, certains de nos clients m’ont à leur tour sollicité pour des projets architecturaux, notamment résidentiels. Cela m’a passionné et j’ai décidé d’en faire mon métier. C’était finalement presque un hasard, gouverné par les rencontres. Et cela n’a pas changé. Tout demeure question de personnes et d’interaction. J’ai besoin de sentir une véritable connexion avec ceux pour qui j’imagine des lieux.
Hôtels, maisons de maître et même granges, vos réalisations sont aussi éclectiques que votre style est élégant et intemporel. Comment le perpétuez-vous au fil de projets si multiples ? Peu importe qu’il s’agisse d’un penthouse à la mer ou d’une maison en béton, le fil rouge reste une forme de poésie, qui passe par l’artisanat, le fait-main et le soin des détails. Et un lien intense avec la nature qui me pousse à travailler uniquement des matériaux organiques et chargés d’histoire comme des pierres douces, du bois et du métal patinés. J’aime aussi créer à partir d’obstacles et de contraintes. Je les trouve plus intéressants qu’une page blanche. On a trop tendance à rechercher la perfection. De mon côté, j’apprécie ce qui a du caractère, même si ce n’est pas lisse. Les fissures sur les murs, les matériaux qui évoluent. C’est de la vie que naît le charme, l’âme et la personnalité unique d’un endroit.
Après près de trente ans de création, 2024 a vu la publication de « Houses », votre première rétrospective. Qu’avez-vous souhaité que l’ouvrage raconte ? Le livre présente dix projets de maisons issus des cinq dernières années. Dix architectures d’intérieur variées, autant par leur style que leur conception. Mon but était de montrer différentes facettes de mon univers, tout en conservant une forme d’unité. C’est la signature photographique qui accomplit ce lien. Les clichés ont été réalisés en analogique, pour avoir un grain, une couleur, une lumière, qui reflètent tout ce que je désire transmettre, notamment cet équilibre entre sophistication et simplicité et cette harmonie issue d’une forme d’authenticité, à laquelle je suis très sensible. C’est une fenêtre sur mon travail, mais aussi de celui de Bea Mombaers qui a signé l’aménagement d’une majorité des lieux.
Bea Mombaers, votre complice de longue date. Qu’est- ce qui fait la force de votre tandem ? Entre Bea et moi, c’est un vrai coup de foudre amical, une histoire entamée il y a 25 ans, lorsque nous nous sommes rencontrés à la mer, en pratiquant la voile. Elle est comme une sœur pour moi. Nous voyageons même ensemble pour trouver des objets et des inspirations. Nous sommes complémentaires et possédons une passion commune pour le minimalisme chaleureux, le mélange d’influences et les lieux habités, éclectiques, vintage, mêlant mémoire et modernité. C’est ce qui nous permet de flouter les limites entre décoration et design pour atteindre une cohérence esthétique.
Vous acheviez d’ailleurs récemment ensemble la rénovation de l’hôtel Julien à Anvers. Quel était l’axe de cette transformation ? Nous connaissions bien les lieux, ayant réalisé une exposition sur place il y a onze ans. Les deux bâtiments datant du 18e siècle et devant être préservés en raison de leur richesse historique, il n’était pas question de toucher à la structure et à l’agencement intérieur, mais plutôt de travailler l’atmosphère, pour lui apporter de la chaleur, grâce aux matériaux, à la lumière et au mobilier. L’éclairage met l’accent sur les détails architecturaux, le bois massif et les lambris se marient aux moulures, les tons terracotta, écru et gris et les textures mélangées, créent une combinaison raffinée de luxe et de convivialité.
Quels sont vos projets en préparation, seul ou en duo ? Ils sont nombreux et nous les signerons presque tous à quatre mains. De petites maisons à Port Grimaud, sur le Golfe de Saint-Tropez, une résidence historique à Bruges, une immense finca du côté de Marbella, des rénovations ainsi que des espaces à construire. Petits ou grands chantiers, finalement à mes yeux cela importe peu. Ce qui me rend fier est de revenir des années plus tard sur les lieux que j’ai conçus pour découvrir que ceux qui les habitent continuent de faire vivre et évoluer l’âme que j’ai voulue y insuffler.
Bea Mombaers - L’élégance instinctive
Bea Mombaers
L’élégance instinctive
Mots : Olivia Roks
Photos : DR
En Belgique, le nom de Bea Mombaers est devenu synonyme de raffinement discret et d’esthétique intemporelle. Styliste d’intérieur et designer, elle a su imposer son univers singulier en suivant une voie atypique : celle de l’instinct, plutôt que de la formation académique.
Bea Mombaers, qui êtes-vous ? D’où vous vient cet amour pour la décoration ? Je suis une femme plus très jeune mais toujours passionnée, obnubilée par la décoration depuis mon plus jeune âge. J’aime assembler mobilier, accessoires, objets pour former un bel ensemble. Petite, je passais mon temps à réaménager ma chambre, à changer la disposition des meubles. Mes débuts se sont faits dans un magnifique magasin de mobilier. Puis, entre chine et organisation de ventes, j’ai affiné mon regard avant de ressentir le désir d’ouvrir ma propre adresse. Items a vu le jour il y a une vingtaine d’années à Knokke. La boutique a très vite plu. Bien sûr, en parallèle, de fil en aiguille, j’ai commencé à aménager de plus en plus d’intérieurs.
Aujourd’hui, la liste est longue. Des intérieurs harmonieux, une boutique, un livre, des collaborations avec Serax, des sacs en cuir… Vous aimez vous entourer de belles choses. Contez-nous l’histoire de ces aventures variées. La collaboration Serax a commencé par hasard. J’étais en charge de la décoration d’une maison à Knokke et je cherchais des canapés. Je souhaitais quelque chose de simple, sobre et intemporel qui pourrait se marier à tous les styles. Du coup, j’ai fait faire un canapé à mon image. Le patron de Serax, Axel, l’a vu et l’a adoré, il a alors souhaité le commercialiser. Et cette collaboration s’est poursuivie avec la création d’autres objets comme des tables basses, des lampes ou encore un seau en inox pour les bouteilles.
Outre du mobilier pour la marque belge Serax, vous avez aussi créé de superbes sacs en cuir ? Oui, d’ailleurs leur commercialisation est en pleine expansion. J’ai toujours désiré imaginer un sac. Dès leur création, main dans la main avec Liesbet Verstraeten (studio Cuoio), ils ont remporté un franc succès. Désormais, depuis un an, ces sacs ont conquis le monde entier prenant place dans de très belles boutiques en Europe, en Suisse mais aussi aux USA (notamment à New York), en Corée ou encore à Tokyo. Une très belle aventure… Ce sont des sacs à la fois élégants, intemporels et fonctionnels. Il y a plusieurs modèles déclinés dans des cuirs de différentes couleurs (noir, brun, blanc, vert…). Notre sac iconique reste notre premier modèle, le Shopper. Un sac unisexe, super pratique et qui peut se porter de diverses manières. Aujourd’hui il est décliné du S au XL ! Mais nous avons aussi d’autres modèles et de petits accessoires pour utiliser les chutes de cuir. Ils sont disponibles sur simple message Instagram ou, si vous préférez, directement dans ma boutique.
Justement, votre boutique Items est une institution à Knokke ! Elle ravit les passants depuis de nombreuses années… Depuis une vingtaine d’années… Pour ma boutique Items, je n’achète que ce qui me plaît. Mais vu que j’aime une panoplie d’objets, on y trouve aussi bien de l’art de la table que des coussins, des planches en bois, des œuvres d’art, des luminaires que des meubles. C’est une adresse qui rassemble mes coups de cœur, c’est important de s’entourer de choses qu’on aime. Mon style est minimaliste sans être austère : j’aime la sobriété, mais toujours teintée de chaleur. J’adore le bois, le métal, l’alpaga, principalement des matières naturelles. Travailler avec de nouveaux talents et artisans, tels que Céline Nassaux et Tim Dubus, est également important à mes yeux.
Vous imaginez depuis une quinzaine d’années des projets d’aménagement intérieur en duo avec Peter Ivens. Vous semblez inséparables. Qu’est-ce qui vous unit et vous différencie ? On s’est rencontré à Knokke. On a très vite été sur la même longueur d’ondes. Peter a étudié l’architecture d’intérieur, il a un bureau avec cinq personnes qui travaillent pour lui. Quand on travaille ensemble, on associe nos idées et tout coule de source. On décide vraiment tout, main dans la main. Ce qui nous unit, c’est sans nul doute de ne rien dire et de penser pareil, se comprendre sans parler. Quelle facilité ! Ce qui pourrait nous différencier est que Peter gère toute la technique, les plans… Dans les projets, lui se tourne volontiers vers le bois sombre, alors que j’ai un faible pour les teintes plus claires, que je trouve plus lumineuses. J’associe le bois foncé à une dimension plus masculine.
L’une de vos dernières réalisations en duo est l’hôtel Julien à Anvers. Quelle atmosphère vouliez-vous créer ? Un hôtel se doit d’offrir chaleur et confort, un lieu où l’on souhaite rester, s’éterniser. Sans toucher à la circulation ni à la structure du lieu, on l’a repensé dans une approche à la fois sobre et sophistiquée, discrète et raffinée. Du mobilier sur mesure a été conçu et créé pour la réception, le salon, le bar et de beaux objets viennent agrémenter le lieu dans des tonalités de beige et de brun… L’hôtel entre dans une nouvelle ère, tout en conservant son âme.
Quels sont vos projets futurs ? Mon appartement bruxellois qui me sert aussi de showroom et de galerie va déménager avenue Molière. Un gros projet qui, peu à peu, touche à sa fin, l’ouverture est pour cette fin d’année.
Tristan Montabord-Marc, entre sublime et sensibilité
Tristan Montabord-Marc, entre sublime et sensibilité
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Alexander Popelier, Caféine, Klas Verdru
Dans le paysage architectural belge, Tristan Montabord- Marc s’impose par une voix singulière, celle d’émotions qui révèlent et de lieux qui racontent. Alliance d’équilibre et de matières nobles, les lieux qu’il dessine se distinguent par leur singularité et leur sentiment d’appartenance intérieure.
Fondé il y a cinq ans à Lille, votre studio d’architecture intérieure, a déménagé récemment pour Bruxelles, au sein d’un nouvel espace que vous décrivez comme l’incarnation de votre approche. Quelle est-elle ? Elle est guidée par une sensibilité particulière à l’espace, au foyer, à la notion de chez soi. Enfant je vivais seul avec ma mère, nous déménagions beaucoup et je ressentais profondément le besoin d’avoir un point d’ancrage. Ce principe reste fondamental pour moi. Après avoir créé des projets pour un promoteur immobilier, j’avais le souhait d’exprimer cette philosophie de façon personnelle. Je me suis installé à Lille car j’y avais grandi mais Bruxelles est une ville dont j’aime l’énergie. Depuis près d’un an, j’ai donc investi cette maison de l’avenue Louise, dont j’ai refaçonné les espaces, afin qu’elle devienne une vitrine à part entière, racontant mon travail et ma vision bien plus que les mots ne pour- raient le faire. Un cadre libre qui traduise ma recherche d’authenticité et d’harmonie porteuse de sens, façonnée par la qualité des détails, même les plus minimes.
Il s’agissait aussi, en partie, d’un retour aux sources, puisque vous êtes belge par votre maman. Estimez-vous que cette identité ait influencé votre vision du design et de l’aménagement ? Dès le lancement du studio, je n’ai souhaité collaborer qu’avec des artisans belges, que j’estime être les meilleurs au monde. Un talent si précieux pour quelqu’un qui, comme moi, considère les finitions comme le reflet d’une forme d’exigence ultime. D’autant que je m’attache à employer des matériaux bruts et purs, qui doivent être travaillés avec énormément de savoir-faire et finesse. Je ressens un profond respect pour la nature. J’aime la sensation qu’elle suscite en nous, entre connexion profonde et intimidation, par sa dimension qui nous dépasse. Une notion de grandeur, que j’aspire à reproduire dans les endroits que je conçois, par les proportions, la hauteur, la matérialité.
Vous expliquez souhaiter que vos réalisations permettent de « vivre l’exceptionnel au quotidien, notamment par les rituels du quotidien et les gestes humains ». Une forme d’art d’habiter un lieu ? Il s’agit surtout d’écoute. C’est elle qui construit le projet et qui lui donne une véritable justesse. Je ne vise pas la performance mais la connexion. Pour imaginer un foyer, je dois m’ancrer dans la vie et les besoins et les rêves de ses futurs occupants. Un simple rendez-vous ne suffit pas. Avant d’accepter un projet, je leur pose des dizaines de questions et découvre leur habitation actuelle. J’ai besoin de savoir ce qu’ils désirent en conserver et emporter avec eux, objets comme émotions. Et je me rends sur le chantier futur, avec mon tabouret et de la musique. Je reste là plusieurs heures, à regarder simplement la lumière changer et ressentir l’atmosphère. Comprendre un endroit comme une personne demande un vrai partage, une forme d’intimité, qui ne se remplace pas.
C’est un principe qui ressemble aux débuts d’une histoire d’amour ? En effet. Mon souhait est qu’en entrant dans ce lieu, ceux pour qui je l’ai créé aient l’impression d’y avoir toujours vécu, comme on peut, lors d’un coup de foudre, avoir la sensation de connaître l’autre depuis très longtemps. Un sentiment d’évidence. Et, comme pour une histoire d’amour, j’aime aussi les lieux qui ne révèlent pas tout au premier regard. Cela se traduit par l’organisation des espaces, la hauteur des plafonds, le chemin de circulation. Le vrai luxe pour moi est de pouvoir y marcher. Cela me permet de me sentir libre.
Vous avez aussi créé une collection de mobilier, nommée Auguste. Les objets ont-ils un rôle essentiel à jouer dans la conception d’un intérieur ? Cette philosophie passée qui considérait le mobilier comme l’extension naturelle de l’architecture m’inspire beaucoup. Les réalisations les plus passionnantes sont celles que l’on peut faire naître dans leur globalité. C’est aussi important de laisser une place aux objets qui comptent pour leurs propriétaires. Il n’y a rien de plus beau que de pouvoir intégrer au projet une table ou un cadre ayant une valeur affective. Auguste était aussi l’occasion pour moi de créer une collection indépendante, qui puisse vivre par elle-même ou m’accompagner au fil de plusieurs réalisations.
Rejoint-elle une ambition plus vaste, pour l’avenir de votre studio ? Oui, parmi mes souhaits, il y a celui de travailler sur des lieux éphémères, comme des hôtels, en imaginant également les meubles intérieurs. Habiter un endroit seulement quelques heures ou jours est une démarche différente, une autre forme de lecture du chez soi. Et une relation à part.
FLAMANT : quand l’élégance devient art de vivre
FLAMANT
Quand l’élégance devient art de vivre
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Jon Verhoeft, Lieven Dirckx
Plus qu’un univers décoratif, FLAMANT raconte l’émotion du beau. Une enseigne d’âme, où le design fait écho à la douceur intemporelle autant qu’à la tradition revisitée.
Rencontre avec Michèle Beerlandt, CEO de la Maison, qui perpétue cet éloge du style.
Au fil de quarante-sept ans d’existence, FLAMANT s’est imposé comme référence du design d’intérieur. Quelles sont les valeurs qui ont inspiré et porté cette exceptionnelle success story ? FLAMANT s’est façonné autour de valeurs profondes d’authenticité, d’élégance et de chaleur humaine. D’un art de vivre qui honore l’excellence et le détail et aspire à l’harmonie. Chaque pièce, chaque espace que nous imaginons a pour vocation de raconter une histoire, et d’inviter au bien-être. Cet esprit fondateur a traversé les décennies avec justesse car il touche à l’essentiel, le désir universel de se sentir bien chez soi.
Comment la Maison parvient-elle à un équilibre entre identité et modernité, héritage et empreinte contemporaine ? Par une alliance d’intemporalité, de qualité artisanale et d’émotion. En ayant à cœur de préserver notre âme tout en restant profondément ancrés dans notre époque. De réinventer nos classiques et d’enrichir saison après saison notre signature, d’un regard neuf. Cela passe par le jeu subtil des matières, des finitions, des couleurs et des proportions, autour de collections pensées pour durer et se patiner avec le temps et les souvenirs heureux et de modèles prêts à devenir complices du quotidien.
En prenant les rênes de l’enseigne, à la fin de l’année 2023, souhaitiez-vous marquer un tournant ? Depuis 1978 et la transformation par Alex Flamant du magasin d’antiquités de son père en concept dédié à la décoration et au design, FLAMANT s’est construit autour d’un savoir-faire exigeant et d’une esthétique sobre, chaleureuse et empreinte d’authenticité. Une alchimie unique, qui lui a permis de commencer son parcours international mais aussi de devenir Fournisseur Breveté de la Cour de Belgique. Mon ambition n’a jamais été de bouleverser l’essence de la Maison, mais plutôt de l’animer d’une énergie nouvelle. En tant qu’architecte d’intérieur, j’ai appris à penser chaque lieu comme un cadre vivant, voué à comprendre les véritables besoins des gens, au-delà des styles, avec une attention particulière pour la cohérence des volumes, le dialogue entre les textures, l’équilibre permettant à l’espace de respirer. Il était essentiel pour moi de renforcer le lien entre design, architecture et émotion et d’ouvrir de nouvelles perspectives tout en restant fidèle à ce qui fait la magie de FLAMANT.
Ces quatre décennies ont vu se succéder de multiples gammes. Quelles sont pour vous les pièces emblématiques de la marque, celles qui ont gardé leur sublime malgré le passage du temps ? Certains modèles sont devenus au fil du temps de véritables icônes de la Maison, indissociables de son histoire et de sa définition de l’art de vivre. La bibliothèque Baltimore par exemple, qui mêle élégance classique et modularité et a trouvé sa place dans tant d’intérieurs. La collection Togo qui raconte une histoire de tradition, de qualité et de design éthique, intrinsèque à FLAMANT. Et puis il y a les créations Manhattan et leur esprit cosmopolite, sophistiqué et intemporel, propre à toutes nos gammes. Des pièces que nous voyons vivre et se transmettre, continuant année après année à exprimer l’âme de l’enseigne.
Chaque collection FLAMANT est déterminée par une atmosphère, une émotion particulière. Quel est le fil rouge de la gamme Automne-Hiver et ses nouveautés ? Nous avons travaillé des matières plus brutes, des textures chaleureuses, des touches de velours et de lin notamment, une palette inspirée par la nature et sa transformation automnale, avec des bruns profonds, des verts mousseux, des accents cuivrés. De nouvelles silhouettes plus fluides viennent aussi apporter de la légèreté et quelques pièces audacieuses dialoguent avec nos classiques. La douceur y est omniprésente, tout comme un raffinement empreint de convivialité.
Comment préparez-vous le rayonnement de l’enseigne pour les années à venir ? Je vois FLAMANT comme une Maison en mouvement, ancrée dans ses racines et en même temps tournée vers demain. Nous travaillons sur de nouveaux concepts de vente et renforçons toujours plus nos services sur-mesure, permettant de composer un espace personnalisé, à l’image de nos clients ainsi que notre collaboration cuisine et salle de bain entamée en 2024, avec MODULNOVA. Rencontrant un réel succès, elle ajoute une facette supplémentaire à notre métier de « curateur de l’intérieur ». Nous aspirons aussi à continuer de grandir. 400 boutiques internatio- nales distribuent déjà des produits de l’enseigne. Un écho de cette vision unique de l’art de vivre, qui dépasse nos frontières, mais qui se construit avec autant de passion que d’exigence. Il ne s’agit pas de chercher des points de vente, mais des ambassadeurs, qui transmettront l’élégance discrète et la sobriété douce qui habitent notre univers.

































































