Crab Club
Une cuisine sans filet
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Eaiting.be
Installé à Ixelles après une décennie passée à la Porte de Hal, le Crab Club change d’adresse sans renier son instinct. Dans un cadre plus intime, le chef Yoth Ondara offre une cuisine terre-mer libre, mouvante, où le produit dicte le tempo autant que l’envie du moment.
Dans l’ancien Bistrot Marie, situé derrière la place Flagey, le lieu a gagné en densité. Banquettes serrées, miroirs omniprésents et lumière brute renforcent l’idée de convivialité. L’impression d’un espace resserré mais vivant, où le dîner devient une expérience collective plus qu’un enchaînement d’assiettes. Le Crab Club y déploie une cuisine de l’instant, écrite à l’ardoise et réécrite au fil des arrivages. On nous prévient dès le début : les stocks sont écoulés avant tout nouveau réassort. Un poisson peut disparaître en quelques minutes et laisser place à un autre sans transition. Une démarche écologique salutaire.
Les entrées donnent le ton. Un cocktail à l’huître, franc et iodé, ouvre le palais d’une salinité presque déroutante. Plus loin, un tartare de bœuf glissé dans un nouveau mollusque surprend autant qu’il convainc, entre fraîcheur et tension. Particulièrement régressif, l’œuf cocotte au tourteau arrive ensuite comme une vraie signature de la maison.
Entre la cuisine ouverte et la salle, le chef Yoth Ondara orchestre cette liberté contrôlée avec une grande authenticité. Né en Thaïlande, passé par la France, il assemble les produits de la mer avec des accents venus d’ailleurs, sans surligner les influences. Le poulpe laqué associé à la poitrine de cochon frappe par sa gourmandise directe, quand le saint-pierre, plus délicat, rappelle que la finesse n’est jamais exclue du geste.
Les assiettes suivent les saisons. Tellines, couteaux ou encore moules au saké garnissent les entrées. Paella au homard, au chorizo et à la seiche, spaghetti à l’araignée de mer et même le tendre wagyu rendent le choix du plat cornélien. D’autant plus que rien n’est figé, tout peut basculer au moment de commander. Cette logique du flux donne au repas une tension légère, presque ludique, comme si chaque choix engageait une version différente du dîner.
Dans la salle, l’intimité du lieu renforce cette impression de proximité avec la cuisine. On observe les va-et-vient de l’équipe, principalement familiale, avec les produits frais que l’on s’apprête à déguster. Le Crab Club ne cherche pas l’effet spectaculaire mais une forme de justesse brute, où l’instinct prend le pas sur la démonstration.

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