Hektor
Refuge d’art et de nature
Mots : Laura Swysen
Photos : Yves Drieghe
Bert Pieters et Yves Drieghe ont tout plaqué pour s’installer à Los Valles, un petit village rural de Lanzarote. Dans leur finca traditionnelle nichée entre collines et champs de lave noire, les deux anciens publicitaires de Gentbrugge mènent une vie aux antipodes de leur quotidien d’autrefois. Entre océan et volcans, ils partagent désormais leur temps entre maison d’hôtes, résidence d’artistes, vergers et animaux recueillis.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter votre agence de branding en Belgique pour vous installer à Los Valles ? La Covid nous a servi de déclic. Dès la première semaine de télétravail, nous avons réalisé que notre présence n’était plus indispensable. Notre idée initiale était de partir vivre à l’étranger pendant un an, mais nous avons vite changé d’avis. Quitte à déménager dans un autre pays, autant le faire à fond. Nous avons vendu notre agence. Il ne nous restait plus qu’à choisir l’endroit. Tout se jouait entre la Suède et Lanzarote, deux destinations que nous adorons. Mais le climat nous a aidés à trancher ! Nous avons eu un immense coup de cœur pour cette finca, même si nous appréhendions, dans un premier temps, son gigantesque terrain agricole de 2 hectares.
Ce changement radical a-t-il modifié votre perception de la vie ? Avant de déménager, nous étions constamment sous pression. Nous réalisons maintenant les dégâts que nous nous sommes infligés durant toutes ces années. A contrario, nous avons aussi appris qu’un mode de vie « à la slow » exigeait un travail acharné, tant sur le plan physique que mental. C’est très gratifiant de vivre près de la nature, entourés d’animaux, et d’œuvrer pour un projet qui incarne nos valeurs.
Le design et l’art jouent un rôle central dans votre établissement. Quelles ont été vos inspirations ? Nous collectionnons des œuvres design et créations d’art graphique depuis deux décennies. Ces collections nous ont bien évidemment suivis dans notre nouvelle demeure ! Quand nous avons aménagé Hektor, nous voulions que les gens se sentent comme chez eux. Nous ne sommes pas un hôtel classique. Nous disposons de vraies pièces de vie. Chaque suite est différente. La première, très traditionnelle, a été décorée à partir d’objets trouvés dans la ferme et de souvenirs de nos grands-parents. Une autre s’inspire de la flore de Lanzarote. L’agencement change sans cesse.
Parlez-nous de votre programme de résidence pour artistes ? L’art est une forme d’activisme, une manière d’exprimer sa vision d’un monde meilleur. Nous fermons la partie maison d’hôtes pendant quelque temps pour nous consacrer pleinement à ce programme. De mai à juillet, cinq artistes séjournent ici. Ils apprennent à se connaître et s’influencent mutuellement. Il n’y a aucune pression de notre part, mais ils nous laissent souvent des œuvres que nous exposons ensuite dans nos suites. Certains font de la céramique avec l’argile récoltée sur nos terres, d’autres utilisent des pigments naturels tirés des plantes de l’île. Nous encourageons les artistes à décrocher de leur quotidien pour se reconnecter à la nature. Et ça fonctionne. Ils sont très nombreux à revenir.
Vous hébergez de nombreux animaux sauvés. Racontez-nous comment ce refuge est né. Un peu par accident ! Nous faisions du bénévolat dans un centre et ils ont accueilli un nouveau pensionnaire, Silvestre, un âne solitaire qui n’avait jamais sociabilisé avec les humains. Étonnamment, il a créé un lien très fort avec nous et on nous a suggéré de l’adopter. D’autres pensionnaires l’ont rejoint. Nous avons désormais des moutons, un canard ou encore des cochons. Ils contribuent énormément à notre bien-être émotionnel et à celui de nos invités.
Cette proximité avec la nature se reflète aussi dans vos assiettes… Nous proposons une cuisine végane et locale, préparée à partir des produits de nos cultures. Dans notre maison, aucun mal n’est fait aux animaux. C’est moi qui suis derrière les fourneaux et cette aventure m’a fait réaliser que je ne me débrouillais pas trop mal. Ma mission ? Prouver à nos invités que la nourriture végane peut être savoureuse.
Vous disiez que vous appréhendiez de devenir propriétaire d’une aussi grande parcelle agricole. Quels sont vos projets pour celle-ci ? Légalement, nous sommes les propriétaires de ce domaine, mais nous ne nous considérons pas comme tels. Nous avons la responsabilité d’entretenir cette terre et de l’améliorer pour les générations futures. Nous avons déjà planté plus de 300 arbres et nous en ajouterons 150 cet automne. Végétaliser les terres prévient l’érosion, rafraîchit l’atmosphère et améliore la gestion de l’eau. Nous aspirons à créer une véritable oasis verte. Si vous regardez le domaine depuis le haut de la colline, vous verrez que la verdure recouvre déjà une grande partie du terrain. Depuis que nous avons emménagé, la biodiversité a explosé. C’est spectaculaire de voir à quel point la nature peut se régénérer avec un peu d’intervention humaine réfléchie.

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