Gauthier Guillaume
La grâce pour destination
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Des Caraïbes au Moyen-Orient, Gauthier Guillaume transforme l’expérience en cœur battant du design d’intérieur. Son studio GG&Grace International redessine ainsi le paysage de l’hôtellerie de prestige, entraînant l’hospitalité vers des territoires d’émotion et d’excellence.
GG&Grace International a déjà signé la conception de plus de trente hôtels, répartis sur quatre continents. Avez-vous toujours pensé votre métier comme indissociable de l’ailleurs ? Même si durant mes études je m’intéressais avant tout au design, le besoin de voir plus loin, de découvrir d’autres décors rapidement m’a rattrapé. J’ai toujours aimé voyager. Mon premier stage s’est d’ailleurs déroulé à Montréal, au sein d’une agence qui réalisait des projets hôteliers. Une fois achevé mon cursus, j’ai alors intégré un bureau londonien consacré au résidentiel. Je pense que c’est cette expérience qui m’a véritablement amené à rêver grand, à comprendre qu’il était possible d’imaginer au-delà des frontières, de la Belgique, voire même de l’Europe.
Aviez-vous le sentiment que vos ambitions ne pouvaient trouver leur voie que sous d’autres latitudes ? D’une certaine façon, oui. Un hôtel n’est pour moi jamais uniquement un bâtiment, mais avant tout un lieu d’expérience, de rencontre, de transition, intrinsèquement lié à une destination. Et c’est ce narratif, cette histoire, pensée à partir du territoire, de ses coutumes, de son atmosphère, de son âme, qui se veut la signature de l’agence, celle par laquelle on reconnaît notre travail.
Comment est d’ailleurs né ce projet multidisciplinaire qu’est GG&Grace International, mêlant design, architecture, aménagement d’intérieur et même curation d’art ? Ce n’est pas quelque chose que l’on peut véritablement planifier. J’avais toujours espéré le concrétiser un jour. Son nom et son logo étaient d’ailleurs dans mes tiroirs depuis quelques années, lorsqu’en 2010, une opportunité s’est présentée. À l’époque, je travaillais au Moyen-Orient lorsque j’ai eu l’occasion de signer avec le groupe Marriott pour la création intérieure du Méridien du Caire, en face des pyramides. C’est ainsi qu’est né GG&Grace. Un projet hôtelier est immense, bien trop vaste et complexe pour être porté seul. Cela demande une approche d’équipe, une structure, une discipline de groupe, une synergie de talents. Et plus que tout, je souhaitais y intégrer une forme de grâce. Objets, mobilier, humains, tout a un poids, excepté elle. La grâce ne s’explique pas, ne se quantifie pas, elle émerge d’une forme d’alignement, il faut que le lieu l’invite à s’installer.
Est-ce cette notion de grâce qui distingue votre approche ? J’espère bien sûr qu’elle soit présente, mais d’autres éléments impactent aussi notre vision. On ne dessine pas un hôtel de la même manière en République Dominicaine qu’au Monténégro, ou au Bénin. Nous intégrons très clairement ces différences non seulement dans le concept même mais aussi dans la sélection des éléments, des matériaux, des couleurs, des patterns. Et puis il y a l’identité de la marque avec laquelle on collabore, qui de fait s’affirme. De Kempinski à Marriott ou Sofitel, nous travaillons avec de prestigieux groupes hôteliers, chacun porteur de son univers. Notre rôle va également bien au-delà d’un aménagement intérieur. Je nous considère comme des « experience designers », puisque nous intervenons sur tout ce qui impacte le vécu sur place, y compris des notions très architecturales. C’est pourquoi connaître l’historique et le contexte du bâtiment est également essentiel.
Vos premiers bureaux étaient, de fait, installés au Caire. Pourquoi avoir choisi de développer aussi votre activité à Dubaï et à Paris ? Dubaï offre un accès stratégique et rapide aussi bien vers l’Asie que l’Europe et l’Afrique. Et c’est un lieu multiculturel, ambitieux, vibrant d’énergie et très inspirant professionnellement. C’est ce qui m’a poussé à m’y installer en famille, il y a trois ans. Mais en parallèle, même si je n’ai jusqu’ici jamais conduit de projet en Belgique, je reste profondément attaché à mon pays. Et j’aimerais à l’avenir me rapprocher de l’Europe pour y œuvrer au sein d’hôtels plus intimistes et inves-tir davantage dans notre bureau de Paris. C’est une perspective qui m’attire énormément.
Sur quel continent la prochaine réalisation de GG&Grace ouvrira-t-elle d’ailleurs ses portes ? Nous travaillons actuellement sur une dizaine de lieux. Notamment trois Club Med, au Maroc, à Oman et au Bénin. Nous collaborons avec eux depuis longtemps, notamment dans le cadre de la montée en gamme de leurs établissements, leur objectif phare de ces vingt dernières années. Nous œuvrons notamment sur un Mövenpick au Sénégal, un Pullman au Cap, un Novotel et un InterContinental en Arabie saoudite, ainsi qu’un Curio by Hilton et des Marriott Residences au Caire, en plus d’un Radisson aux Émirats. En seize ans, le studio n’a eu de cesse de se développer. Il compte aujourd’hui une équipe de plus de trente personnes et a remporté de nombreux prix et distinctions à l’international. C’est une magnifique reconnaissance de cette œuvre commune. Pour autant, je continue de prendre part à chaque projet et passe une grande part de ma vie dans les avions. On en revient au voyage, toujours.

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