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Les Belges d’ailleurs, Nathalie Jonniaux-Liesenhoff : Majorque, mon amour !

Installée à Palma depuis 20 ans, elle est une figure belge de la plus grande île des Baléares. Maman de quatre enfants, Nathalie a consacré sa carrière à l’organisation d’événements, de tournages publicitaires et autres activités de com’. Mais c’est son dernier-né dont elle est la plus fière : l’agence artistique The Art Signatures, créée pour promouvoir les artistes locaux aux quatre coins du monde. Tableau en 3 actes.

Acte 1 : lunes de miel

Entre Majorque et Nathalie, ce n’est pas l’histoire d’un seul, mais de plusieurs coups de cœur. Le premier remonte à son enfance, lorsqu’elle rendait visite à ses parents qui s’y étaient installés. Le deuxième l’a conduite, devenue adulte, à s’y rendre régulièrement en vacances « pour le charme et la beauté de la grande île des Baléares ». Le troisième fut décisif. Une rencontre improbable avec Tim, un jeune médecin allemand dans une gargote isolée du nord de l’île… vite sublimée en demande en mariage. Coup de foudre. Elle a dit oui !

Les premières pages du conte de fées, le jeune couple les écrit à Berlin avant de s’installer à Munich où naîtront deux filles, Morgan et Marine. Majorque reste l’écrin de leurs vacances familiales. Mais l’appel du large devient irrésistible pour ces amoureux de la mer : les Liesenhoff choisissent de s’installer à Palma, la capitale. Deux autres enfants naissent au soleil, Logan et Océane. La référence marine n’est jamais loin.

 

Acte 2 : des racines et des voiles

Pendant que son mari cultive l’art de la chirurgie esthétique jusqu’à ouvrir sa clinique privée, Nathalie gère ses relations publiques et sa clientèle VIP. Elle accueille régulièrement des stars comme le réalisateur britannique Guy Hamilton (plusieurs James Bond au compteur) ou la chanteuse d’un mythique groupe pop des années 70 & 80, devenue son amie mais qui tient à garder l’anonymat. On ne la nommera donc pas.

La famille s’ancre à Palma, prend racine. Tombe sous le charme d’une finca (ferme) du  19e qu’elle transforme en mas provençal au milieu des champs, sur les hauteurs de la ville, vue imprenable sur les oliviers et l’océan lointain. Chiens, chats, chevaux, couvées… La tribu s’agrandit, la ménagerie grossit, la déco s’enrichit. En chineuse avertie, Nathalie orchestre une rénovation du nid si originale qu’il s’impose comme décor pour de fréquents tournages publicitaires (Nestlé, Nutella, Rexona, L’Oréal, Coca-Cola…).

A Palma, la Marigan – de Mari(ne) et (Mor)gan – prend des allures de place to be pour de nombreux expats et son nom s’affiche bientôt en lettres d’or sur le fronton de deux autres musts du paysage local : un voilier de course et un palais privé du 19e.

En 2003, le couple acquiert en effet un fier coursier tout de bois et cordages dessiné en 1898 par le Britannique Charles Livingstone et entièrement remis à neuf. Taillé pour l’America’s Cup, il collectionne les trophées au large des Baléares et de la Côte d’Azur. Tim à la barre, Nathalie – parfois – et l’un ou l’autre enfant du couple – souvent – à la voile. Avis aux amateurs, ce sloop vintage est aujourd’hui en vente.

Acte 3 : toute la beauté du monde

Le palais, lui, fut achevé en 1803 sur ce qui deviendra la Rambla, la principale artère du centre de Palma. Dessiné par l’architecte Guillermo Torres, amateur de grands peintres et fondateur de l’Académie des Beaux-Arts locale. Devenu un hôtel de maître privé un brin décrépit, c’est dans ses murs rendus à leur lustre d’antan que les Liesenhoff installent leur clinique en 2010. « La chirurgie plastique est un art, d’accord, mais un tel lieu ne pouvait se limiter à accueillir des patients, même fortunés », sourit Nathalie. « L’idée s’est dès le début imposée de l’ouvrir au monde extérieur pour y organiser des événements en tous genres. »

Réceptions, défilés, tournages, expositions, lancements commerciaux… Le tout Palma défile à la clinique Marigan de jour comme de nuit, les uns pour se refaire une beauté, d’autres pour profiter de celle de cet endroit hors du temps. La maîtresse des lieux en profite pour enrichir son carnet d’adresses et devient l’une des figures belges de Majorque – impossible de l’accompagner en ville sans croiser quelqu’un qui la salue joyeusement dans l’une des 5 langues qu’elle pratique couramment.

Vient un jour la trouver le sculpteur majorquin renommé Joan Costa, qui lui demande d’organiser en ces murs une expo de ses œuvres. Encore un coup de foudre – « artistique s’entend », précise-t-elle. La proximité est telle que l’artiste veut faire d’elle son agent. « Un agent à l’ancienne, pas un galeriste qui se soucie surtout de la cote de son poulain »,souligne Nathalie. « Quelqu’un qui est à ses côtés dans les bons et les mauvais moments pour le soutenir, le conseiller, l’orienter, soigner son image et lui permettre d’exercer son art en ayant toujours une oreille attentive pour l’aider en cas de besoin. Même au milieu de la nuit. » Une meilleure amie, une confidente. « Et un pont entre lui et l’acheteur qui ne le connaît pas encore. »

 

Épilogue : au sommet de son art

Le maître en a attiré d’autres, le bagout de Nathalie a fait le reste. Ainsi a démarré sa dernière aventure. Créée voici 3 ans, son agence The Art Signatures défend aujourd’hui les intérêts de 26 artistes peintres, sculpteurs, photographes ou vidéastes originaires des Baléares, d’Espagne ou d’ailleurs. Baseline : ‘Avant-gardiste, humaniste, innovante, internationale’. Le concept est novateur puisqu’elle ne se contente pas d’organiser des expositions sur l’île et le continent – dernière en date dans la galerie du fondateur d’Art Basel Center en Suisse, en plein covid –, mais aussi des minitrips pour collectionneurs d’art.

Outre un programme axé sur la découverte des merveilles et de la gastronomie majorquine, ces visiteurs avertis bénéficient d’un accès exclusif aux ateliers d’ordinaire fermés au public. Nathalie pilotait encore récemment le mannequin et égérie de Chanel Candida Bond, qui a acheté deux œuvres à ses poulains dans l’intimité de leurs ateliers. La suite du roman reste à écrire, avec ce qu’il faut de dramatisation. Frappé par la crise sanitaire et la mise en rouge de l’Espagne et des Baléares, le monde de l’art est tétanisé et Nathalie traverse une période difficile. Mais elle garde la foi. « J’aime les artistes pour leur côté vrai, pur, souvent brut de décoffrage. Ce sont des passeurs de messages, des rêveurs qui font rêver », conclut-elle. Les siens, de rêves, restent intacts.


Ses trois adresses secrètes

  1. L’hôtel Bendinat

« Pour son délicieux restaurant et la vue extraordinaire, j’y vais depuis 25 ans quand je veux déstresser. »
www.hotelbendinat.es

  1. Gran Folies Beach Club

« Pour le cadre, l’ambiance, le resto et surtout la classe de yoga donnée par la yogi master Paula Cavalieri, petit déjeuner sain en prime. »
https://beachclubgranfolies.com/es/inicio

  1. Es Trenc

« La plus belle plage de Majorque, des kilomètres de sable blanc, avec le plus sympa des chiringuitos (buvettes) de l’île. Pour un cocktail de rêve au coucher du soleil. »
@chiringuitodelmedioestrenc


souvenirs-sucres-de-leurs-enfance

Souvenirs sucrés de leur enfance…

35 célébrités belges ont confié à Nicolas Gaspard le souvenir sucré de leur enfance. Pour les nostalgiques gourmands, le chef pâtissier Jean-Philippe Darcis les revisite tous en saveur. Résultat : « Souvenirs sucrés de leur enfance », un délicieux livre paru chez « Renaissance du livre ». On en a l’eau à la bouche !


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Roy Lichtenstein, visions multiples

Le Musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) accueille l’une des plus importantes figures de l’art du XXe siècle : Roy Lichtenstein, un des maîtres du Pop Art américain !  L’exposition intitulée « Visions Multiples » présente une centaine d’œuvres (estampes, sculptures, tapisseries, bannières…) parmi les plus emblématiques. On s’en réjouit !


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Clotilde Ancarani épate la galerie

Tantôt sculptrice, tantôt peintre, Clotilde Ancarani est avant tout une artiste bruxelloise dont le talent ne cesse de se décliner, en ce compris sur de magnifiques pièces de mobilier. Si vous ne la connaissez pas encore, l’occasion vous est offerte de la découvrir lors de l’exposition qui lui est consacrée chez Arthus Gallery, Place du Châtelain, dès ce 1er octobre. En attendant, elle nous ouvre les portes de son splendide atelier, à un jet de pierre de l’ULB.


Hangar

Hangar envoie du lourd !

Piloté avec enthousiasme par trois jeunes entrepreneurs Bruxellois, Thibaut Ickx, Marvin Weymeersch et Cameron Heal, Hangar réussit son pari de fait bouger la Capitale en orchestrant des soirées techno blindées. La clé du succès ? Combiner un line-up de DJs internationaux, des sites indus et un lightshow époustouflant. De quoi épater même les moins férus de techno.

Thibaut Ickx, Marvin Weymeersch et Cameron Heal et ont entre 25 et 30 ans, comme leur public. Aucun d’entre eux n’est né à Detroit dans les années 80. Pourtant, la techno, ils en connaissent un rayon. Où s’est produit le bug temporel ? Parlons plutôt d’un déclic : une soirée festive à Barcelone, la ville qui accueille depuis 26 ans le festival de musique électronique Sonar… De retour d’Espagne, Thibaut Ickx  transmet son envie de faire bouger Bruxelles à Marvin Weymeersch et Cameron Heal, les organisateurs des soirées Donuts.

Réunis dans un projet commun, les trois jeunes entrepreneurs vont peaufiner leur concept de soirées techno indoor et lancer leurs premières invitations en septembre 2018. 2000 raveurs se pressent à Key West, un ancien site industriel à Anderlecht. A ce premier coup d’envoi de Hangar, vont suivre six autres éditions dont la septième, en février 2020 qui a réuni 3800 fêtards et fait carton plein. 

Hangar sait y faire et convainc en combinant un line-up international (Apparat, Agents of Time, …), des warehouses qui pimentent l’invitation, un foodmarket de qualité et une ambiance underground « avec un max de confort quand même », précise Thibaut Ickx. Et si le concept déplace les foules, c’est aussi parce que chaque rendez-vous est visuellement époustouflant, dopé par des projections laser maîtrisées de main de maître par la société belge Laser System Europe qui gère l’infrastructure technique des soirées. Pour fêter leur première année d’existence, Hangar a offert à son public, en première mondiale, un show cymatique (où le son crée la forme) qui en a scotché plus d’un/e. On confirme : Hangar envoie du lourd !

Se réinventer

La 8e édition de Hangar devait se tenir le 31 avril 2020 ! Aïe. Le confinement ! « Hors de question de rester les bras croisés, au moment où Hangar devenait une référence pour les noctambules … », explique Thibaut Ickx. Aucun rassemblement de masse n’étant autorisé jusqu’à nouvel ordre, le trio a décidé de se réinventer en proposant des livestreams caritatifs en collaboration avec Charles Kaisin (dans le cadre du projet #origamiforlife, au Kanal-Centre Pompidou, lire p.) et Denis Meyers, pour un live painting dans l’église du Gesù à Bruxelles. Livestream impressionnant encore, avec l’artiste Colyn au cœur de  la Grand-Place de Bruxelles, afin de récolter des fonds pour les hôpitaux Iris …

En moins de deux ans, le trio gagnant a réussi à remettre la techno au goût du jour et à faire bouger Bruxelles. Et demain ? «On espère pouvoir programmer Maceo Plex ou Bicep, lors d’une prochaine soirée Hangar ! Et on va commencer à travailler d’arrache-pied à exporter le concept Hangar à l’étranger. », conclut Thibaut Ickx. To be continued …


www.thehangar.be


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Dans l’œil de Christian Laurent

La vision de Christian Laurent est empreinte d’une sensibilité exacerbée qui lui permet de capter un moment de grâce et de le transmettre à celui qui regarde ses photos. Portrait d’un homme passionné par les animaux pour lequel l’émotion passe avant tout et flash sur ses clichés, forcément subjectifs, qui ont fait vibrer la rédaction.

Votre parcours artistique et photographique…

Lorsque j’étais étudiant, j’ai acheté un appareil photo et bizarrement j’ai commencé à photographier des animaux. Plus tard, je me suis consacré au dessin et à la peinture animalière. En 2011, j’ai été sollicité pour participer au « Festival International Nature Namur » où j’ai présenté une dizaine de peintures de félins aux côtés de photographes animaliers belges et internationaux. L’angoisse passée de montrer mon travail, j’ai pris goût aux expos. Dès lors, côtoyant de nombreux photographes professionnels, je me suis dit « pourquoi pas moi ». Je suis donc parti au Kenya, puis en 2014, au Zimbabwe qui fut le point de départ des expos photos et de mon livre  « Wild Emotions ».

Le succès au rendez-vous…

J’ai réalisé jusqu’ici de nombreuses expositions non seulement en Belgique mais aussi à l’international, notamment New York, Paris, Genève et mon livre a déjà été vendu à plus de 450 exemplaires dans de nombreux pays. Je me consacre à la photo « artistique » mais je ne me cantonne pas à l’art animalier en ouvrant mes portes à la photo de paysages, à l’art plus abstrait et récemment à des photos d’animaux retravaillées en couleurs sur logiciel ; une manière de mêler la photo à la peinture. 

La particularité de vos photos…

Je fais de la photo sur l’émotion ! Je ne suis ni naturaliste ni scientifique et je ne cherche pas l’exploit technique. Lorsque je photographie, je reçois quelque chose que j’essaie de transmettre par mes images à la personne qui n’était pas sur le terrain.

Portraits rapprochés…

Je tente de capter le regard des animaux parce que comme chez les humains c’est par là que passent les émotions ; raison pour laquelle j’aime les portraits rapprochés. Photographier une girafe les yeux dans les yeux, c’est plus compliqué (rire). De fait, je recherche alors une ambiance, un mouvement. 

Vos lieux de prédilection…

Le Kenya, le Zimbabwe, le Sénégal, l’Afrique du Sud, la Camargue, le Spitzberg en Arctique, la Belgique également mais j’aimerais parcourir le monde pour photographier différentes espèces notamment celles en voie d’extinction. Mon objectif est de prendre mon pied dans la nature et d’aller à la rencontre des animaux. La découverte, c’est magique ! 

Capter le bon moment…

Des instantanés, des scènes qui ne durent qu’un instant comme un jeune lion qui m’a regardé fixement durant dix secondes avant de refermer ses yeux et de se rendormir. Je dois être prêt au bon moment et anticiper ! Parfois, j’attends camouflé pour rien comme en Slovénie où, durant huit heures, je suis resté dans une cabane sans faire un bruit en espérant voir un ours que je n’ai vu que le deuxième jour. Et là, l’adrénaline de l’instant m’a fait oublier l’attente car c’était magique !  C’est cette émotion que j’essaye de capter, chaque photo retrace une histoire !

Vos workshops pour photographes amateurs…

En août 2019, j’ai organisé un voyage sur un voilier au Spitzberg pour leur apprendre à photographier des ours, des baleines, des renards polaires, des oiseaux. Cette année, nous devions partir au Groenland mais le workshop fut annulé en raison du Covid. Pour le prochain, j’hésite encore sur la destination. 

Un message à faire passer…

J’aime partager le beau, le rêve et ces moments d’émotions à travers mes expositions mais je voudrais aussi utiliser mes photos pour témoigner de ce que j’observe au niveau climatique et de la disparation de la biodiversité. 


Exposition : Sablon d’Art

Du jeudi au dimanche de 11h à 19h jusqu’au 30 juillet 2020
Place du Grand Sablon, 2 – 1000 Bruxelles

www.christianlaur.be


thomas-gunzig

Thomas Gunzig, tell me…

Thomas Gunzig, écrivain, scénariste et chroniqueur sur La Première (RTBF), a horreur du confinement et nous le fait savoir ! Dans l’attente de son prochain film coécrit avec Adeline Dieudonné, on se délecte de son « Café serré » et on re-lit son dernier roman « Feel Good ». Un pur régal !  

MOTS : ARIANE DUFOURNY
PHOTO COVER : PIERRE-YVES JORTAY

Votre source d’inspiration est… le réel.

Votre force est… l’angoisse.

Votre défaut majeur est… l’angoisse.

Votre péché mignon est… le vin blanc.

Jamais sans mon… tire-bouchon. 

Votre définition de la perfection est… l’enfer.

Le bonheur serait… écrire le mot « fin ». 

Be Confined

La vie en confinement, c’est… horrible.

Ce qui vous manque le plus est… l’innocence.

Vous avez profité du confinement pour… rien !

Votre plat le plus réconfortant en cette période de crise est… des tartines au fromage de Hollande (avec un peu de beurre).

Le livre à lire absolument est… Le Comte de Monte-Cristo. 

La chanson qui fait du bien est… Highway to Hell de AC/DC. 

La première chose que vous ferez quand le confinement sera totalement levé sera…un resto !

La première personne que vous embrasserez à la fin du lockdown sera… la première personne que je croiserai dans la rue.


Lous-and-the-yakuza

Lous and the Yakuza, la scène, loin des problèmes…

« Si je pouvais je vivrais seule/ Loin des problèmes et des dilemmes/na na na na na/si je pouvais je vivrais seule /Loin de mes chaines et des gens que j’aime/na na na »…  Lous dégaine plus vite que son ombre des chansons dark entêtantes influencées par le hip-hop, la soul, les rythmiques trap et les saveurs africaines. « Dilemme » (qui a dépassé le million de vues sur Youtube), « Tout est gore » et « 4h du matin », impossible de passer à côté de la nouvelle tornade belge !

MOTS : SERVANE CALMANT
PHOTOS : LAURA-MARIE CIEPLIK

Quand Lous est triste, elle chante…

Marie-Pierra Kakoma n’est pas encore Lous (« and the Yakuza » sonne japonais, mais la môme est belge d’origine congolaise) quand elle découvre l’Afrique, la pauvreté, le génocide au Rwanda. A 15 ans, elle implore ses parents de quitter l’Europe pour la Belgique, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’y trouve pas la vie en rose qu’elle espérait. Certains vont à confesse pour se réconcilier avec eux-mêmes, Marie-Pierra préfère chanter pour parler de ses tourments : la rue pendant de longs mois (après un clash avec ses parents), des agressions, une maladie qui la ronge, des angoisses existentielles. « La vie est une chienne qu’il faut tenir en laisse / La vie me hante, tout ce qui m’entoure m’a rendu méchante / Si je rate je recommence, quand je suis triste je chante ». 

Et quand Lous chante, c’est vers la lumière…

A 23 ans, la Bruxelloise est une vraie winner. C’est cette détermination qui va séduire son producteur, dès la première écoute de la maquette. Depuis, la vie de Lous, sur terre, ressemble davantage à un conte de fées… « Dilemme », sorti en éclaireur, fait chavirer les ondes, caracole au sommet, et donne le la à un premier album, « Gore ».  Des années de travail acharné converties en un disque qui ne fait pas dans la demi-mesure : chansons françaises, R&B, hip-hop, saveurs trap, blessures au cœur et folie douce. Sans taire des clips à l’esthétisme bluffant où la belle, qui adore les bizarreries, déchire l’écran avec classe. On ne s’en lasse pas. Na na na na.

Elle l’affirme franco : « Je veux être l’exemple d’une femme noire qui a réussi toute seule, envers et contre tout ». 

LOUS AND THE YAKUZA

Album : Gore.

https://www.facebook.com/LousAndTheYakuza


Zoé-WIttock

Zoé Wittock, la réalité des autres

Des années à voyager auprès de son père diplomate n’ont pas éteint la flamme belge qui crépite en Zoé Wittock. Avec son premier long-métrage, Jumbo, la jeune réalisatrice met un pied dans le cinéma à l’onirisme décalé. Rencontre avec une femme dont la fragilité nourrit la puissance de sa poésie.

MOTS : VANESSA SCHMITZ-GRUCKER
PHOTOS : DR

Vous êtes née en Belgique mais avez grandi aux quatre coins du monde. Comment le cinéma a-t-il fait irruption dans cette vie ? 

Je suis fille d’un diplomate belge, j’ai donc beaucoup voyagé et j’étais, je crois, en Australie quand je me suis dit que j’irais bien vers le cinéma. C’est probablement une combinaison de plusieurs choses qui m’y ont poussée : j’avais un père très cinéphile, d’une part, et, d’autre part, j’étais très repliée sur moi-même à cause du harcèlement scolaire. J’ai donc eu besoin de m’exprimer à travers un art. Raconter avec des images, c’était un second souffle. 

Vous avez écrit et réalisé votre premier long-métrage. C’était important pour vous de ne pas mettre en scène une autre histoire que celle que vous auriez écrite ?

C’est peut-être lié à tous ces voyages, toutes ces rencontres mais c’est vrai que j’ai eu envie de raconter des histoires bien que, au début, je n’avais pas confiance en mes capacités d’écriture. C’est dans les différentes écoles de cinéma que j’ai appris le métier de scénariste et ses outils. Plus je suis devenue à l’aise avec l’écriture, plus c’était évident que je n’allais pas seulement réaliser des histoires mais aussi les écrire.

L’histoire de Jeanne et Jumbo est inspirée de l’histoire d’Erika Eiffel, éprise de la tour Eiffel. Mais d’autres histoires d’amour viennent se greffer à cette relation. C’est la notion d’amour et d’attachement que vous souhaitiez questionner ? 

Je voulais ouvrir un dialogue et une porte de tolérance envers ces personnes qui font des choses qui semblent bizarres ou pas acceptables. J’ai rencontré Erika et, j’ai souri bien sûr à son histoire, mais en même temps elle était étonnamment normale. Tous les clichés tombaient alors et grâce au pouvoir de la fiction, j’ai pu créer de l’empathie pour les autres, pour ceux qui sont dans une recherche d’identité et d’un moyen de s’affirmer dans notre société.

Jumbo, c’est une machine, mais c’est aussi l’un des personnages phares de ce film auquel il donne son titre…

Oui, je voulais en faire un personnage à part entière. On a fait un casting comme pour un véritable acteur, on a travaillé avec lui pour lui trouver une corporalité, un mouvement, un langage. Pour la figure principale, Jeanne, Jumbo est une personne : ils communiquent, elle lui parle, il y a un échange d’énergie, d’émotions, il fallait que ça transpire à l’écran. 

Il y a une touche évidente, empreinte de poésie et d’onirisme, qui vous rattache à l’esthétique surréaliste. L’histoire belge vous aurait-elle suivie dans vos voyages ?

Mon film de fin d’études s’appelait justement Ceci n’est pas un parapluie. C’est une référence directe. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que le surréalisme et la culture belge plus globalement étaient quand même présents en moi. Mes parents qui sont des amateurs d’art m’ont forcément transmis leur amour pour le surréalisme. 

Quand vous revenez en Belgique, quels sont les lieux auxquels vous êtes attachée ? 

J’adore les Ardennes. C’est de là que vient mon grand-père, j’y retourne tout le temps. J’aime bien aller y écrire. J’habite à Érezée dans la région de Marche-en-Famenne, j’adore cet endroit et j’y vais souvent.


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Astrid Whettnall, UNE DÉFINITION DE L’ÉLÉGANCE

Astrid Whettnall a tourné sous la direction de Vincent Lannoo, Costa Gavras, Sylvie Testud, Claude Lelouch, Jalil Lespert, Xavier Giannoli, Rachid Bouchareb… Une impressionnante carte de visite dont elle ne s’enorgueillit jamais, mais qui aujourd’hui lui vaut un grand rôle dans la série Baron Noir sur Canal + et à venir dans Into the night, la première série originale belge produite par Netflix. Rencontre avec une actrice terriblement enthousiasmante.

MOTS : FRÉDÉRIQUE MORIN
PHOTOS : FRANÇOIS BERTHIER

C’est un soir, en accompagnant une amie pour une dernière au Conservatoire de Levallois-Perret, qu’Astrid Whettnall allait voir le cours de sa vie changer. Sa rencontre avec le théâtre autant qu’avec elle-même, elle le doit au metteur en scène Max Naldini qui la fait monter sur les planches. La suite, c’est une succession de hasards heureux qui du théâtre la fera passer au cinéma.

Votre premier rôle au cinéma ?

Une scène dans Bunker Paradise de Stefan Liberski, qui a été coupée au montage ! Je devais jouer une horrible directrice de casting. J’étais pétrifiée, tétanisée par le trac alors que je n’avais que 3 phrases à dire ! Venant du théâtre, de ce travail de groupe, de troupe, tout à coup je me suis sentie assez seule face à cette caméra.

Et puis je connaissais Stefan… je crois que je ne voulais pas le décevoir, quand pour moi ce travail avec la caméra m’était inconnu.

On vous retrouve dans la 3e saison de la série Baron noir, cette série de Canal + qui rencontre un franc succès. Qu’est-ce que cette aventure au long cours vous a appris ?

Avant Baron noir, j’étais un peu désabusée, paresseuse. Je votais avec mes convictions humanistes, sans réelle conscience politique, et parce que dans un pays où le droit de vote existe, il est important d’exercer ce droit. Avec Baron noir – et en n’étant toujours pas une spé- cialiste, loin de là – j’ai réalisé à quel point le bulletin de vote d’un individu est un réel pouvoir. Et si de ce point de vue là les gens sont de plus en plus désabusés, moi, j’y crois plus que jamais. Je pense qu’ensemble on peut tout faire, bien qu’aujourd’hui, il est très difficile d’être ensemble…

Plus largement qu’est-ce que vous apporte votre métier de comédienne ?

À travers les personnages que l’on interprète, on a l’occasion de découvrir des tonnes de choses sur la nature humaine. En analysant au plus près, tout le temps un personnage, en ramenant tout à lui, on est presque plus dans la vie que dans notre propre vie.

Quand on a tellement assimilé comment le personnage pensait, réagissait et vivait les choses, il arrive que sur le plateau, pendant une scène, entouré des autres comédiens, quelque chose sorte de nous, tel un flash qui, pour une fraction de seconde, est la vie et plus le cinéma… c’est ce moment de grâce, si rare, que l’on recherche et que quelquefois j’ai vécu.

Le tapis rouge, les récompenses… que représentent-ils pour vous ?

Le tapis rouge (comme les interviews !), les récompenses, c’est une manière de défendre le film, et je défendrai toujours les films dans lesquels j’ai travaillé. Quand j’ai reçu le Magritte de la Meilleure actrice pour La Route d’Istanbul de Rachid Bouchareb, je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait, tant je ne m’y attendais pas. D’ailleurs quelqu’un a dû me pousser dans le dos pour que je me lève enfin de mon fauteuil pour aller le chercher.

Pour être honnête, ça fait plaisir, ça m’a touché… mais tout de suite j’ai pensé à le donner à Rachid qui m’avait choisi pour ce rôle alors qu’il aurait pu trouver quelqu’un de bien plus connu que moi. Le certificat des Magritte est d’ailleurs chez Rachid… c’est mon merci !

Une récompense, c’est joyeux, c’est un bon moment, mais le lendemain on recommence à travailler !