Condore - l’envolée cathartique
Condore
L’envolée cathartique
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : DR
À deux pas de Bruxelles, face au Royal Country Riding Club et aux lisières de la forêt de Soignes, une adresse mythique retrouve son éclat. Porté par Delphine Roberti de Winghe et sublimé par l’univers imaginé par Gerald Watelet, Le Barbizon se réinvente en une élégante brasserie belge où l’on aime aussi bien déjeuner, dîner, partager quelques tapas autour d’un verre au bar ou profiter de la terrasse ouverte sur la nature.
Votre musique est définie comme cinématographique. Comment l’expliquez-vous ? J’ai toujours eu du mal à mettre des mots dessus. Les gens ont, en effet, l’impression d’avoir des images devant les yeux, dans la tête, quand ils écoutent ma musique. Pour moi, c’est quelque chose de très ambiant, très mélodique. Par contre, c’est très difficile de mettre le projet dans une case.
Le piano occupe une place centrale avec les harmonies vocales. Quelles émotions insoupçonnées est-il capable de transmettre ? Le piano est capable de transmettre toutes les émotions. Du moindre sentiment le plus petit possible à la plus grosse colère. C’est génial. C’est un instrument très complet.
Vous oscillez entre ombre et lumière avec des thématiques très fortes comme l’anorexie ou le suicide. J’allie souvent des mélodies qui sont très joyeuses, très spatiales et très légères à des textes qui sont beaucoup plus lourds et plus sombres. J’ai l’envie de faire passer de l’émotion pure, que ce soit de la joie ou de la colère, par quelque chose qui est plus fragile, moins agressif, et de faire des choses agréables à entendre.
La musique est-elle une sorte d’exutoire pour vous ? Oui, complètement. La grande majorité de mes morceaux, je les ai écrits à chaud au moment où je sentais que je devais le faire. C’est quelque chose de cathartique. D’une certaine manière, je pourrais même dire un peu égoïste, j’ai créé de la musique que j’aurais peut-être imaginé vouloir entendre quand je n’allais pas bien.
Aujourd’hui, vous ajoutez à votre univers de nouveaux instruments comme la harpe et la flûte traversière. Ça permet de faire encore plus voyager votre public ? Oui, il y a de ça. Il y a aussi le fait qu’on a souvent tendance à se répéter quand on compose. Le fait de passer sur un autre instrument, ça met d’autres contraintes.
Le visuel est également très important avec, par exemple, un clip d’animation qui accompagne le titre « Flowers ». Quelle est la volonté derrière ? Je me vois mal sortir une chanson sans l’illustrer. Je crois que ma personnalité est comme ça. C’est quelque chose d’entier.
Instagram : condoremusic
GALA DRAGOT
GALA DRAGOT
LA SOIF EXPÉRIMENTALE
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Robert Dragot
Björk, Tyler the Creator ou encore Miles Davis. Le nouveau phénomène de la musique belge Gala Dragot puise ses inspirations dans de nombreux registres. La Bruxelloise de 20 ans, dont les débuts s’inscrivent dans l’art pop, prouve aussi à travers son EP « Twerking Music » son envie irrépressible d’expérimentation.
Vous semblez ressentir la musique et l’art de manière générale au plus profond de votre âme. Comment l’expliquez-vous ? Je prends la musique et les mélodies qui sortent de moi. C’est vraiment un miroir de mon âme, oui. C’est quelque chose de très honnête, de très vrai.
Quand on voit vos inspirations, pensez-vous que la musique était mieux avant ? Si je m’attarde uniquement sur la pop, je dirais que oui. Il y avait plus de place pour l’expérimentation. Il y avait plus de gens qui étaient formés à en faire. Aujourd’hui, il te suffit d’un ordinateur pour te lancer. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bonnes musiques mais nous sommes souvent dans le même type de sons.
Du jazz au néo-classique en passant par l’électro minimaliste, vous ne fermez aucune porte. Tous les genres de musique m’inspirent et je ne me mets pas de limite. Chacun d’entre eux a sa propre émotion. Mais il y a un côté imprévisible dans ce qui me touche. Je vois vraiment la musique comme un jeu.
Vous avez quitté une école d’art parce que vous ne preniez pas de plaisir. Votre vie semble également être un jeu dans lequel la folie occupe une place prépondérante. Je ne suis pas encore au niveau de folie que je veux atteindre. Je ne sais pas expliquer d’où ça me vient mais c’est très naturel. J’aime le fait de ne pas trop calculer.
L’humour et la liberté sont au fondement de votre personnalité. Pourtant, vous abordez des thématiques fortes comme la solitude, le rapport à l’argent et l’effet toxique des réseaux sociaux sur votre EP. Pour l’instant, dans ma musique, c’est mon côté sombre qui ressort. Mais j’ai encore du temps dans ma carrière pour explorer mon côté fou. Je suis quelqu’un de très sensible donc, c’est normal que je ressente les choses très profondément. Le fait de vivre mes émotions me permet de me sentir vivante.
Vous avez récemment assuré la bande-son du défilé automne/hiver de la maison belge Dries Van Noten à la Fashion Week de Paris. L’esthétique est également très importante pour vous. Toutes les formes d’expression le sont. Mais c’est vrai que je trouve ça très important d’avoir son propre style. Cela te permet de t’embellir et d’accentuer qui tu es.
Instagram : galadragot
MÉLANIE AKKARI
MÉLANIE AKKARI
NATURELLEMENT DRÔLE
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Romain Garcin
Chroniqueuse sur La Première, Mélanie Akkari sillonne actuellement la Belgique avec son premier spectacle « Perséphone ». La nouvelle voix de l’humour noir-jaune-rouge se présente sur scène sans artifice mais avec une sincérité désarmante et un ton drôlement impertinent.
De la data à l’armée de l’air en passant désormais par le métier d’humoriste, vous avez déjà connu plusieurs vies. Qu’est-ce qui vous a attiré dans le stand-up ? C’est un des fondateurs du What The Fun qui m’a repéré pendant que j’étais à l’Université. J’écrivais des textes marrants pour le folklore estudiantin et il était un peu dedans. Il m’a proposé de monter sur scène. J’étais un peu réticente à la base mais j’ai finalement accepté et c’est comme ça que je suis rentrée dedans.
Le mot « naturel » est certainement celui qui vous définit le mieux. Je n’essaie pas de faire autre chose que d’être moi-même. Je viens avec mes fardeaux, mes vulnérabilités et tous mes défauts. Je ne prétends pas être meilleure ou avoir plus de morale que quiconque. Quand les gens m’écoutent, j’ai envie qu’ils se disent qu’ils ne sont pas seuls. Si une personne peut ressentir ça, c’est cool pour moi.
Dans votre premier spectacle, vous abordez des sujets personnels avec des thématiques à la fois légères et sensibles. Un mélange de divertissement et de réflexion. C’est pareil sur La Première. Quand je fais des chroniques un peu plus légères, j’ai trop l’impression d’avoir parlé pour ne rien dire. L’occasion m’est donnée de porter un message et je me verrai mal ne pas utiliser ma voix pour le faire.
La chance est-elle la même pour tous de réussir ? Les femmes n’ont pas toujours été logées à la même enseigne. Ça a évolué mais il y a encore du travail. J’ai eu des scènes où j’étais l’atout charme de la soirée. Je remercie quand même mes prédécesseuses. Quand je suis arrivée, des portes étaient ouvertes. Et c’est à moi d’en ouvrir d’autres pour les suivantes.
À côté de la scène et de la radio, vous avez également mis les pieds dans le monde du cinéma avec l’écriture de deux courts métrages mais aussi des apparitions prochaines dans une série aux côtés de Kody et dans un téléfilm intitulé « Le Sein de Jupiter », centré sur le rapport au cancer du sein chez les hommes. C’est un vrai métier. Je n’ai pas envie d’être la meuf qui fait de l’humour et qui se retrouve d’un coup au cinéma. C’est la raison pour laquelle, même si j’en ai déjà fait, je suis en train de chercher des stages d’acting.
Ghinzu - « La Belgique comprend la poésie d’une certaine médiocrité »
Ghinzu
« La Belgique comprend la poésie d’une certaine médiocrité »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Bob Jeusette
Dix-sept ans après leur dernier disque, le quintet bruxellois Ghinzu revient avec un quatrième album intitulé « W.O.W.A » (When Other Worlds Await). La formation d’indie rock, toujours emmenée par John Stargasm, affiche désormais une plus grande maturité et un lâcher-prise assumé.
Après « Electronic Jacuzzi », l’album fondateur « Blow » et « Mirror Mirror », peut-on dire que votre nouvel album est le plus parfaitement imparfait ? C’est un album un peu différent de ce qu’on a déjà fait. Il a quelque chose d’assez beau dans le sens où, effectivement, c’est vraiment une errance artistique et créative.
Si vous avez pris votre temps, vous n’avez pas chômé en route puisque vous avez écrit pas moins de 90 « idées » pour en retenir finalement 13. La liberté était donc totale. Il y a une grande satisfaction à se dire que notre entourage est très respectueux. Nous n’avions pas envie de sortir des trucs pour sortir des trucs. Ce qui nous a toujours permis d’être libres aussi, c’est notre réputation sur scène. Cela nous donne une forme d’autorité.
De Queen à Nirvana en passant par les peintres Gerhard Richter et Francis Bacon, vos influences ont été nombreuses. À quel point avez-vous voulu explorer de nouveaux horizons tout en conservant vos fondements pour ne pas brusquer votre public ? Nous ne pensons pas à ça. On est avant tout conduit par ce côté émotionnel, cette fameuse chair de poule. Ça doit nous faire quelque chose. En premier lieu, on prend notre temps, on explore un peu et on voyage. Dans un second temps, quand on a les frissons, on sert ça aux fans et à qui le veut. C’est comme ça que l’on est en paix avec notre conscience.
L’amour occupe une place centrale dans cet album et démontre une envie de générer avant tout des thématiques universelles. Il y a des sujets qui touchent pas mal de personnes. Que ce soit les sujets périphériques de l’amour ou qui font partie de la passion. Les séparations, l’euphorie, la compassion, le pardon… L’amour est un peu la clé de tout ça. C’est un peu ça, cet album. Quand quelque chose te touche, tu as l’impression que tu es le seul au monde à le vivre alors qu’en réalité tout le monde a déjà eu un chagrin ou tout le monde va probablement en avoir un. C’est une espèce de transmission. Nous sommes passés par là et il y a aussi une dimension nostalgique. Après, comme d’habitude avec Ghinzu, il y a plusieurs niveaux de lecture dans les morceaux.
Un titre comme « Death Race » prouve que vous ne vous êtes pas totalement assagis. C’est un titre qui, musicalement, est une forme d’escalier. Le jeu était de créer des paliers et que la personne qui l’écoute se dise qu’on est le plus haut possible et qu’on ne peut pas rajouter quelque chose. C’est pour ça qu’à un moment donné, il y a quelque chose qui se transforme dans un riff à deux accords. Et puis, tout d’un coup, il y a l’orchestre qui arrive. Et au-dessus de l’orchestre, il y a une guitare… Il y a quelque chose en plus, de violent.
Vos sons ont été enregistrés entre l’Europe et les États-Unis. Pourquoi était-ce important de multiplier les studios ? Il faut le dire : on se prend un peu pour des producteurs. Quand on rencontre un producteur ou un mixeur, on a une idée très claire de là où on veut aller. Ça ne fait pas de nous des producteurs mais on chipote quand même. On touche, on crée des sons et tu as des setups qui te permettent d’avoir des studios mobiles. Il y a des nouveaux plugins qui existent en digitaux. Cela permet de commencer à t’enregistrer où tu veux, quand tu veux et tu accumules des téras et des téras de disques durs. Après, on va aller en studio pour retrouver une espèce de cadre. Mais il y a à la base cette idée d’exploration. Tout ne doit pas être terminé. Par exemple, sur cet album, il y a des morceaux qui ont été joués il y a dix ans. Et ce ne sont pas du tout les mêmes. Ce ne sont pas du tout les mêmes paroles, ce ne sont pas du tout les mêmes mélodies de couplets… En fait, l’arrangement des guitares est complètement différent. Dans dix ans, si on laisse les choses se faire, il sera peut-être encore différent.
Le mixage s’est fait, lui, à Los Angeles au studio Hillside Manor où des groupes comme Oasis et les Rolling Stones ont enregistré. Qu’est-ce que ça change concrètement ? Il y a un petit truc en plus. La Belgique arrive alors que nous ne sommes pas réputés pour être le marché de la pop rock. Notre pays crée des produits un peu spéciaux. On chante en anglais mais notre langue maternelle est le français. Nous sommes évidemment influencés. On ne cultive pas comme d’autres pays une espèce de culture de l’excellence. On a de l’autodérision. Notre excellence à nous, c’est le 19e siècle. C’est le charbon, l’industrie du métal… On s’assied dans un endroit où il y a les Rolling Stones et on rigole. C’est notre force : comprendre la poésie d’une certaine médiocrité. Mais ça n’enlève pas que nous avons une notion du chic et qu’on a quelque chose d’assez bon vivant.
Jérémie Renier - Un deuil glacial
Jérémie Renier
Un deuil glacial
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Christophe Brachet
De « La Promesse » à « L’Enfant » en passant par « Cloclo » et « Saint-Laurent », Jérémie Renier représente le cinéma belge depuis pas moins de trente ans. Dans son dernier projet, le Bruxellois de 45 ans troque ses personnages pour une intimité plus brute à travers le documentaire « D’un monde à l’autre ».
Le décès de l’acteur français Gaspard Ulliel a secoué le monde du septième art en 2022. Son meilleur ami, Jérémie Renier, avait alors dû faire face à la douloureuse épreuve du deuil. Après une pause de carrière et un long parcours introspectif, sa rencontre avec l’explorateur Loury Lag a changé sa manière de voir sa vie sur Terre. Elle lui a permis de survivre au sortir d’une expédition aussi dangereuse que libératrice de 3 400 kilomètres en Arctique qu’il raconte dans un film poignant et porté par la résilience.
Pourquoi avoir décidé de faire de votre odyssée, qui visait avant tout à vous sauver, un documentaire ? J’avais envie au départ de raconter l’histoire de Loury et de poser mon regard sur lui. Ce n’est que par la suite que l’idée a germé d’être plus intime. J’ai pris avec moi une caméra et un caméraman qui est un ami d’enfance, le Belge Fabien Ruyssen. C’était un vrai pari parce que je ne savais pas si j’allais pouvoir raconter une histoire et si j’allais pouvoir avoir des images. Techniquement, c’était très compliqué. On l’a fait à l’instinct.
Comment avez-vous convaincu votre famille, vous qui avez trois enfants, que c’était une bonne idée alors que vous risquiez votre vie ? Personne ne se rendait compte du danger réel. Ils étaient conscients aussi de là où j’en étais dans ma vie à ce moment-là. Je souffrais et cette proposition était salvatrice. On en a parlé mais, en même temps, c’est comme si je n’avais pas non plus laissé le choix. Ils comprenaient que c’était nécessaire pour moi. Loury était tout de même conscient de là où il m’emmenait et il a souhaité faire un déjeuner avec nos familles respectives pour demander à ma famille si ça leur allait. Car il y avait une possibilité que je ne revienne pas.
Vous avez également dû vous convaincre vous-même de vous livrer intimement sur vos émotions. Ça a été un long processus pour devenir moins pudique, pour me dévoiler. J’ai une amie actrice qui m’a accompagné un peu sur le film, qui m’a donné son regard et ses retours. À un moment, sur l’une des versions, elle m’a dit : « Mais tu es où Jérémie ? ». Je ne comprenais pas et j’étais surtout un peu choqué car j’avais l’impression que j’étais déjà trop présent. Elle affirmait que l’on voyait de belles images mais elle m’expliquait que ce que les gens voulaient savoir était ce qui se passait en moi. Elle m’a dit : « Utilise ce procédé pour pouvoir passer le message que tu as envie de passer, nous dire qui tu es et donne-nous ton regard ». Ça a été un vrai déclencheur. Je me rends compte aujourd’hui que c’est la seule possibilité que j’ai eue de pouvoir raconter un peu plus qui je suis. C’est un vrai objet qui parle de quelque chose qui m’anime par rapport au regard que j’ai sur l’humain, sur le vivant, sur l’invisible.
Le film propose un voyage exceptionnel à travers le deuil et l’amitié. En quoi votre rencontre avec un personnage comme Loury vous a donné cette énergie pour tenter de « survivre » et de vous « sentir vivant »? Il a perçu quelque chose en moi que je n’avais peut-être pas perçu. Sa proposition partait déjà de là. Je pense qu’il sentait que si je partais avec lui, il allait se passer quelque chose en moi. Après, c’est un long chemin. Le fait d’être dans un endroit qui est un des plus dangereux au monde, où la mort est à peu près partout, réveille sans doute une part de vie en nous. Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas conscientisées. Je l’ai perçu comme étant un guide qui m’accompagnait, qui me poussait, qui m’a déstabilisé, qui m’a fait mal, pour arriver à peut-être reprendre vie.
N’avez-vous pas peur que, désormais, le shot d’adrénaline et de danger soit votre seule manière d’affronter les épreuves de la vie ? Non, il y a plein de manières de traverser un deuil. Ici, elle était symbolique aussi. C’est pour ça que j’ai vu un film, une fable, un conte initiatique.
C’est votre toute première réalisation en solo. Cela vous a donné envie d’explorer davantage ce métier ? J’ai toujours voulu réaliser depuis que je suis gamin. Même avant de jouer. J’étais beaucoup plus attiré par le fait de raconter des histoires que de participer à une histoire. Le métier d’acteur est venu combler cette envie et j’ai découvert un autre médium, une autre façon de pouvoir accompagner ça. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus nourrissant pour moi d’être à la genèse d’un projet. J’en ai d’autres en tête. Ce qui m’a surtout plu aussi grâce à ce documentaire et la façon dont il s’est construit, c’est la liberté qu’il m’a permis d’avoir.
Le fait de vous retrouver devant la caméra sans jouer vous a aussi redonné l’envie d’être acteur. Ça a réanimé quelque chose en moi qui s’était un petit peu épuisé, oui. Ça fait trente ans que je fais ce métier, il y a des moments où on se pose la question de savoir si ça nous remplit toujours.
Salomé Dewaels - « Si je sais que je vais pouvoir m’amuser, j’y vais tête baissée »
Salomé Dewaels
« Si je sais que je vais pouvoir m’amuser, j’y vais tête baissée »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : sarah salazar
Tête d’affiche du nouveau film de Micha Wald « L’île de la demoiselle », un drame d’époque inspiré de l’histoire d’une jeune femme issue de la noblesse nommée Marguerite de la Rocque débarquée sur une île en attendant son procès après avoir été violée et mise enceinte au XVIe siècle, Salomé Dewaels, tout récemment sacrée « Meilleure actrice dans un second rôle » aux René pour « Nino » de Pauline Loquès, poursuit son parcours au cinéma avec une envie toujours aussi dévorante.
Si le récit est tiré de faits réels, il y a évidemment une approche moderne et engagée dans votre dernier film. C’est ce qui vous a attiré à la lecture du scénario ? C’est pour ça que j’adore les films d’époque ! On parle du passé pour parler du présent et du futur. Micha a une force d’écriture incroyable. J’avais l’impression de lire une grande nouvelle voire un roman. Si chez d’autres c’est plus codifié dans un scénario pur et dur, il a réussi à me plonger dans l’histoire. Il y avait aussi le côté challenge où je me demandais comment on allait tourner tout ça. Et aussi cet aspect très ludique que je retrouve tout le temps dans mon travail. Si je sais que je vais pouvoir m’amuser, j’y vais tête baissée.
Quel était le plus gros challenge de ce film ? Il y en avait plein. De prime abord, les conditions de tournage. Le film s’est tourné, non pas au Canada, mais à Ouessant (en Bretagne, NDA). C’est une île qui n’est pas facilement praticable. Avec toute l’équipe technique, on ne pouvait pas faire venir de grands camions. On était aussi tributaire de la météo. On avait beau avoir les horaires des marées, c’est imprévisible. C’est comme tourner avec des animaux ou parfois même avec des enfants. Les conditions étaient un gros challenge mais celui que je n’ai pas vu venir c’était en termes de jeu. Mon personnage traverse énormément de choses. Beaucoup de violences physiques, verbales… Même si je l’avais lu au scénario, je n’avais pas réalisé que ça allait m’impacter autant.
Comment vous êtes-vous préparée physiquement pour ce rôle principal ? J’ai fait beaucoup de sport. Les costumes sont assez lourds et le sont encore plus dans l’eau. Il y avait beaucoup de scènes dans l’eau. Micha m’avait demandé aussi de m’habituer à l’eau froide. Moi qui suis très frileuse dans la vie de tous les jours… J’étais obligée de prendre des douches froides. Par contre, le 11 décembre on a fini de tourner et le 12 j’étais de retour aux douches chaudes (rires).
Depuis votre enfance, vous êtes passionnée par ce métier. Cependant, récemment, vous avez regretté ne pas être en mesure de vivre le moment présent. C’est vrai. Je me demande toujours ce que me réserve la suite et j’en veux toujours plus. J’arrive cependant un peu plus maintenant à me poser et à me dire que la Salomé d’il y a cinq ans serait super fière de ce qu’elle a accompli. Ça apporte tellement de joie. Ça ne veut pas dire qu’on est imbu de soi-même. C’est la raison pour laquelle j’accorde désormais plus d’importance à ma vie en dehors des plateaux. Dans mon métier, j’ai envie que mes projets soient conduits par l’amour de manière générale. Par l’amitié, l’amour du projet, la cohésion de l’équipe du film… Ça me rend très malheureuse de ne pas me retrouver humainement dans quelque chose.
Pouvez-vous vous permettre le luxe de choisir vos projets ? Pour le moment, j’ai le luxe de choisir ce que je ne veux pas faire. Pas encore de choisir exactement ce que je veux faire. Je ne vais pas aller sur un projet s’il n’y a pas quelque chose qui m’attire de manière tout à fait sincère. On a la chance en Belgique encore maintenant d’avoir le statut d’artiste. C’est ce statut qui me permet d’avoir une liberté. Je peux aller sur un projet si ça clique avec le réalisateur ou si je vois un challenge. Je dis toujours que je ne pourrais pas travailler avec des gens avec qui je ne pourrai pas aller manger au resto.
Devenir réalisatrice vous permettrait d’avoir un certain contrôle. On m’a demandé il n’y a pas longtemps ce que je ferai si j’étais très riche. J’ai répondu que j’ouvrirai ma boîte de production, de distribution et que je réaliserai. C’est dire le niveau de contrôle freak que j’ai. J’ai envie de pouvoir réaliser. C’est quelque chose qui va arriver car je me suis mise à écrire et j’adore ça. Quand je lis un livre ou que j’écris, j’y associe des images. J’ai vraiment envie de raconter des histoires en images. Mais j’ai envie de pouvoir sortir le film avec une affiche qui me ressemble… Je n’ai pas envie de répondre à des diktats de business. C’est pourtant la réalité de notre métier. Ça reste une industrie et il y a des choses qui m’échappent. J’adorerais ne pas être tenue par l’argent. C’est la raison pour laquelle j’adore le court métrage.
Quel serait votre film idéal à réaliser ? Je ne sais pas si c’est ce que je ferai mais j’aime beaucoup « Sick of Myself » de Kristoffer Borgli. Je me retrouve beaucoup dans le cinéma nordique. J’aime beaucoup quand on joue avec l’étrange, quand on arrive à mettre le spectateur un petit peu mal à l’aise… J’aime le cinéma un peu sensoriel. J’aime aussi l’esthétique mais il faut que l’histoire soit béton. C’est de tout ça que je rêve.
Instagram : salomedewaels
Blu Samu - un voyage à travers les genres
Blu Samu
Un voyage à travers les genres
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Eliot Leblanc-Hartmann
Bien loin de se contenter de l’étiquette de rappeuse, qui lui a longtemps collé à la peau, la chanteuse Salomé Dos Santos, plus connue sous le nom de Blu Samu, ne se fixe aucune limite en explorant les genres sur son tout premier album (k)not.
Du punk à la soul en passant évidemment par le rap, votre premier album ressemble à une vraie carte d’identité. Le titre « Yearning » marque lui un tournant puisque vous affirmez que vous n’êtes pas une rappeuse, alors que beaucoup de personnes vous identifiaient comme telle, mais plutôt une poète. Je comprends pourquoi on a besoin d’étiquettes pour identifier les gens. C’est quelque chose d’humain. Mais même ceux qui ne font que de la pop ne sont pas que ça dans leur essence. Être juste une rappeuse, c’est un peu limitant. Bien sûr, il y a un côté de moi qui aime rapper. Et je pense que je rapperai toujours parce que j’aime beaucoup la poésie et le rythme. Mais j’ai surtout envie que les gens, quand ils entendent le nom Blu Samu, ne sachent pas à quoi s’attendre et qu’ils se disent que c’est avant tout un voyage. Aujourd’hui, c’est du punk. Demain, c’est de la drum’n’bass. Et peut-être qu’un jour, je sortirai une guitare pour faire un guitare-voix. J’ai surtout envie d’être libre et de m’exprimer.
Votre rapport au rap est tout de même important puisque vous avez été accueillie par le groupe Le 77, emmené notamment par Peet, à Bruxelles quand vous étiez au plus bas en étant plus jeune. Ils ont cru en moi. Je suis passée de quelqu’un qui devait chercher des producteurs à quelqu’un qui habitait avec deux producteurs incroyablement doués qui me ramenaient partout avec eux. Je pense, par exemple, que ma présence en France serait inexistante aujourd’hui si Le 77 n’avait pas existé. Je leur dois beaucoup.
Vos origines portugaises sont également présentes sur l’album avec, notamment, le titre « Move ». C’est important pour vous de rendre hommage à vos racines ? Si c’était si important, il y aurait du créole capverdien dedans aussi. Malheureusement, je n’ai pas encore la même aisance au niveau de la grammaire que j’en ai avec le portugais. Je suis connue pour apprendre une langue en trois mois si j’en ai envie donc on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve ! Par ailleurs, je n’arrive pas à dire que c’est important parce que tout est tellement intuitif dans ma musique avec des chansons qui sont liées à mon parcours. Je représente surtout mes origines en étant moi-même.
Instagram : blusamu
Pierre Gervais - « Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction »
Pierre Gervais
« Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Imogen Waterhouse
En tournage pour sa prochaine série intitulée « Hunters », dans laquelle on s’immergera au sein des unités spéciales entre les attentats de Paris et ceux de Bruxelles, l’acteur bruxellois Pierre Gervais revient sur son début de carrière à la jonction de la scène, du petit et du grand écran.
Vous avez terminé votre formation à l’INSAS il y a dix ans. Quels souvenirs en gardez-vous alors que vous envisagiez au départ une carrière d’anthropologue ? L’école m’a déjà ramené à l’essentiel. On a approfondi des techniques de respiration, par exemple, qui sont très importantes aussi dans l’apprentissage de soi. J’avais peur au départ qu’on me dise comment jouer, quelle posture adopter… Mais ce n’était pas du tout le cas. Tu as ton univers là-bas et on construit quelque chose autour en te laissant une certaine liberté. Après, on a un peu touché à tout, comme à la mise en scène qui m’a donné envie de faire du théâtre. Je retiens également le fait que j’ai appris à ne pas avoir peur du ridicule. Ça m’a beaucoup servi car je n’hésite jamais à proposer mes idées en tournage ou dans des créations de spectacles.
Vous avez tout de suite brillé au théâtre en recevant notamment le Prix de la critique Maeterlinck 2019 dans la catégorie « Meilleur espoir masculin ». Même si vous avez exploré le monde des séries et des films par la suite, cet univers doit avoir une place privilégiée dans votre cœur. Le théâtre, c’est une forme de liberté. Dans ce que ça touche au jeu, c’est incomparable. Il y a une vraie beauté de s’enfermer pendant trois mois dans une salle, d’essayer de créer et puis de le donner. Ce sentiment que j’ai sur scène, il est inégalable. Même s’il y a de la magie au cinéma aussi qui est extrêmement forte et qui est vraiment géniale. Mais c’est tout autre chose. Il faut accepter que ça n’a quasi rien à voir. L’endroit de jeu, la technicité…
Vous n’imaginez tout de même pas privilégier l’un ou l’autre monde. Même si c’est compliqué, car ce n’est pas le même agenda, j’aimerais garder les deux. Le théâtre, c’est ce que j’aime faire. Mais tourner au cinéma ou dans des séries, c’est quand même incroyable. Dans le sens où tu voyages. Tu as des projets qui te permettent de bosser dans des châteaux en Irlande, de faire des trucs d’action, d’avoir des bootcamps comme je fais en ce moment pour apprendre ce qu’on ressent quand on est dans les forces spéciales… Ça te permet de faire des choses que tu ne peux pas faire dans d’autres métiers. Ça alimente ton émerveillement. Et puis, c’est confortable aussi de faire du cinéma. C’est un autre monde financièrement.
En huit ans, en plus de deux films, vous en êtes à votre huitième série. Vous vous êtes fait connaître dans « 1985 », la série sur les tueurs du Brabant, avant de jouer dans des séries Netflix comme « Into the Night » et « Knokke Off » et puis d’endosser le rôle principal de René Magritte dans la série internationale « Ceci n’est pas un crime ». De quoi êtes-vous le plus fier ? On me parle souvent de « Into the Night » mais j’ai une réplique où je demande un passeport. C’est la même chose avec « Knokke Off ». J’ai été assimilé à ces séries-là mais, pour moi, je n’y ai pas vraiment participé. Par contre, un film comme « Julie se tait » a tout changé pour moi. Ça a été tellement un beau projet qui m’a emmené à Cannes. C’était fou. Après ça, on m’a appelé pour des rôles beaucoup plus intéressants. Avec Magritte, c’est là que j’ai vraiment appris le métier. Entre mon rôle principal et soixante jours de tournage dans quatre pays différents à parler en anglais, j’ai vu ce que c’était de porter un projet. Il y a eu un avant et un après.
Au-delà de l’aspect financier, même s’il est évidemment important, vous semblez choisir vos projets avec l’envie de vous amuser et d’y trouver un sens artistique. Pour l’instant, je ne les choisis pas. Refuser un projet car tu as lu le scénario et que ça ne te plaît, c’est une position de luxe que très peu de personnes peuvent avoir en Belgique. Je souffre aussi de l’image de l’industrie où certains pensent que, parce que j’ai joué Magritte dans une série internationale, je vis à Los Angeles et je vais refuser tel ou tel projet. Mais j’ai trop envie de faire des petits projets. La seule chose que je me suis toujours jurée, c’est de faire des projets sains avec des gens sains.
Vous êtes né d’une mère flamande et d’un père wallon. C’est évidemment une force dans le paysage culturel belge. Le théâtre, je l’ai toujours fait en français. Mais j’ai toujours trouvé qu’en Flandre ils font des films et des séries exceptionnels. C’est ma force de pouvoir jouer là. Tu as l’impression aussi de jouer dans deux pays différents. C’est la richesse de la Belgique. Pour « 1985 », c’était magique de voir des Flamands et des francophones sur le même plateau. Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction. On a moins peur de montrer cette richesse culturelle. Dans la série « Hunters », je parle en français, on me répond en flamand. Je trouve ça génial.
Instagram : gervaispierre_
Valérie Cohen - L’audace de changer de vie
Valérie Cohen
L’audace de changer de vie
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Eric Matheron-Balay
Peut-on vraiment changer de vie ? Dans « Le printemps des audacieux », Valérie Cohen imagine un lieu où des inconnus viennent suspendre leur existence pour tenter de la réinventer.
Ancienne juriste, Valérie Cohen s’est tournée il y a plus de trente ans vers le développement personnel. Au fil de ses romans, elle s’est imposée comme une écrivaine attentive aux émotions et aux trajectoires humaines. On lui doit notamment « Qu’importe la couleur du ciel », notre coup de cœur de 2022, « Depuis, mon cœur a un battement de retard », « Monsieur a la migraine » ou encore « Le hasard a un goût de cake au chocolat ». Avec « Le printemps des audacieux », la romancière poursuit son exploration des moments charnières où les existences vacillent et doivent se réinventer.
Au cœur du roman se trouve un lieu singulier : l’Atelier des Transitions. Dans cette maison nichée à la campagne, on vient faire une pause pour réfléchir à sa vie. Pendant quelques semaines, plusieurs résidents y cohabitent. Antoine, entrepreneur quinquagénaire qui vient de vendre son entreprise. Pauline, jeune femme en quête de sens. Jonas, jeune adulte cherchant sa voie. Et Marion, la doyenne du groupe. Tous arrivent avec leurs bagages personnels. Blessures familiales, décisions qui interrogent, colères anciennes et doutes sur l’avenir.
La maison est dirigée par Yolande Feber, coach de vie et fondatrice de l’atelier. Elle accueille ces inconnus venus faire le point et leur offre un cadre où chacun peut réfléchir, parler ou simplement se confronter à lui-même.
Très vite, la vie en communauté agit comme un révélateur. Les discussions, les tensions et les confidences rapprochent ou bousculent les résidents, et chacun se retrouve peu à peu face aux questions qu’il était venu éviter.
Valérie Cohen compose ainsi un roman choral où les trajectoires se croisent et se répondent. Les transformations n’y sont pas spectaculaires. Elles naissent de gestes discrets, de prises de conscience silencieuses.
À travers ces personnages en quête d’équilibre, l’autrice pose une question très contemporaine. Que faire lorsque la vie que l’on a construite ne correspond plus à celle que l’on souhaite vivre ?
Le printemps des audacieux, Valérie Cohen, L’Archipel
Stéphanie Blanchoud - « La scène musicale me manquait »
Stéphanie Blanchoud
« La scène musicale me manquait »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Johannes Vande Voorde
En parallèle de la pièce « Peu importe » de l’illustre Marius von Mayenburg, mise en scène par Michael Delaunoy et dans laquelle elle joue aux côtés d’Itsik Elbaz jusqu’à début mai au Théâtre Le Public, la comédienne Stéphanie Blanchoud, connue entre autres pour avoir incarné l’inspectrice Chloé Muller dans la série « Ennemi Public », enfile sa casquette de musicienne pour présenter son tout dernier album : « Au détour ».
Cinq ans après votre dernier projet « Ritournelle », vous revenez à la musique avec un nouvel opus aussi introspectif qu’universel. Pourquoi maintenant ? J’aurais pu revenir plus tôt. Mais, au-delà du fait d’attendre d’avoir suffisamment de morceaux, j’ai été assez occupée par le cinéma. J’avais envie d’avoir vraiment du temps pour ça. La scène musicale me manquait et c’est à peu près à chaque fois le temps que je mets entre chaque album.
« Au détour » aborde, en particulier, le temps qui passe et votre rapport à l’amour. Sur cet album, j’ai travaillé un peu différemment que sur le précédent. Cette fois-ci, je n’ai composé que deux musiques. Pieter Van Dessel, qui a réalisé l’album, m’en a proposé beaucoup. J’ai mis des textes dessus après. « L’Impasse » et « Par habitude », les deux premiers morceaux, ont donné la tonalité du reste de l’album. Mais, en règle générale, je ne me pose pas tellement de questions sur les thèmes quand j’écris. Par contre, c’est la vieille école mais j’essaye d’emmener l’auditrice ou l’auditeur dans un voyage. L’ordre des morceaux est donc important. C’est la même chose quand j’écris pour le théâtre ou le cinéma. Les choses se construisent petit à petit. On a essayé ici de rester cohérents par rapport à cette envie d’aller vers quelque chose de très minimal. Et en même temps, c’est Lionel Capouillez, connu pour son travail avec Stromae, qui s’est chargé du mix. Je voulais quelque chose non pas d’offensif mais d’assez assumé avec une voix et un piano qui prennent de la place et des cordes pas trop en retrait. Une vraie influence anglo-saxonne dans la manière d’arranger, de mixer et de produire.
Vous semblez marquée par le temps. Êtes-vous quelqu’un de rongé par laes regrets ou préconisez-vous davantage le fait que l’heure du bilan, dont vous parlez dans « À découvert », sera pour plus tard ? Je ne suis pas du tout rongée par les regrets mais je suis mélancolique. Après, je ne suis pas dénuée de joie non plus. C’est juste que je vais rarement m’installer à mon bureau et prendre une guitare quand j’ai la patate. C’est plus compliqué d’aller dans la musique à ce moment-là. C’est plus un truc d’atmosphère. J’ai avant tout une volonté d’espace. Dans mon album, on est entre de la chanson réaliste et en même temps quelque chose d’assez atmosphérique.
Vous reprenez un titre célèbre de Jean-Jacques Goldman avec « Pas toi ». Quelle est la volonté derrière ? Ma mère a écouté Jean-Jacques Goldman toute sa vie. J’ai été bercée par lui depuis que je suis née. C’est le premier concert que j’ai vu à Forest National. Ce qui est amusant, c’est que l’on peut paraître un peu « ringard » de dire que l’on adore Jean-Jacques Goldman du côté belge francophone. Alors que du côté flamand, il est vraiment ultra adoré. Comme je travaille avec beaucoup de musiciens flamands, ça s’explique aussi par là. C’est comme un clin d’œil de reprendre ce morceau.
La chanson « Ferdinand » est adressée à votre fils. Vous écrivez que vous lui ferez voir la beauté de sa différence, de son insouciance… Expliquez-nous. La différence ici est très claire puisque mon fils, en fait, a deux mamans. Mais il y a effectivement aussi ce double sens de la différence entre nous-mêmes et l’être que l’on a mis au monde et qu’on élève. C’est un vrai défi en tant que parent d’être en accord avec le fait que nous ne sommes pas les mêmes. C’est quelque chose qui se fait dans les deux sens et c’est très riche.
Vous partagez un duo avec Pieter Van Dessel sur « Quinze ans plus tard ». Ça nous permet d’aborder l’équipe qui vous entoure. Comment expliquer à ceux qui ne vous auraient pas encore découverte en live ce qu’ils peuvent voir et entendre sur scène ? Nous sommes trois sur scène avec Pieter et Jean-François Assy. C’est assez intimiste. J’adorerais avoir une formule avec cinq musiciens mais, ici, j’ai la guitare sur quelques titres, Pieter est au clavier et à la programmation et Jeff est au violoncelle.
Comme vous l’avez déjà affirmé depuis le début de votre carrière, vous restez avant tout une comédienne. Vous développez d’ailleurs en parallèle un nouveau long métrage. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? On développe, en effet, quelque chose avec Delphine Tomson qui est la productrice des Films du Fleuve. Je ne peux pas en dire plus parce que nous ne sommes pas encore en pré-production. Nous sommes pour l’instant en pleine écriture. Dans le monde du cinéma, ça prend du temps avec les calendriers. J’espère qu’on tournera à l’automne 2027.



















