Blu Samu - un voyage à travers les genres
Blu Samu
Un voyage à travers les genres
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Eliot Leblanc-Hartmann
Bien loin de se contenter de l’étiquette de rappeuse, qui lui a longtemps collé à la peau, la chanteuse Salomé Dos Santos, plus connue sous le nom de Blu Samu, ne se fixe aucune limite en explorant les genres sur son tout premier album (k)not.
Du punk à la soul en passant évidemment par le rap, votre premier album ressemble à une vraie carte d’identité. Le titre « Yearning » marque lui un tournant puisque vous affirmez que vous n’êtes pas une rappeuse, alors que beaucoup de personnes vous identifiaient comme telle, mais plutôt une poète. Je comprends pourquoi on a besoin d’étiquettes pour identifier les gens. C’est quelque chose d’humain. Mais même ceux qui ne font que de la pop ne sont pas que ça dans leur essence. Être juste une rappeuse, c’est un peu limitant. Bien sûr, il y a un côté de moi qui aime rapper. Et je pense que je rapperai toujours parce que j’aime beaucoup la poésie et le rythme. Mais j’ai surtout envie que les gens, quand ils entendent le nom Blu Samu, ne sachent pas à quoi s’attendre et qu’ils se disent que c’est avant tout un voyage. Aujourd’hui, c’est du punk. Demain, c’est de la drum’n’bass. Et peut-être qu’un jour, je sortirai une guitare pour faire un guitare-voix. J’ai surtout envie d’être libre et de m’exprimer.
Votre rapport au rap est tout de même important puisque vous avez été accueillie par le groupe Le 77, emmené notamment par Peet, à Bruxelles quand vous étiez au plus bas en étant plus jeune. Ils ont cru en moi. Je suis passée de quelqu’un qui devait chercher des producteurs à quelqu’un qui habitait avec deux producteurs incroyablement doués qui me ramenaient partout avec eux. Je pense, par exemple, que ma présence en France serait inexistante aujourd’hui si Le 77 n’avait pas existé. Je leur dois beaucoup.
Vos origines portugaises sont également présentes sur l’album avec, notamment, le titre « Move ». C’est important pour vous de rendre hommage à vos racines ? Si c’était si important, il y aurait du créole capverdien dedans aussi. Malheureusement, je n’ai pas encore la même aisance au niveau de la grammaire que j’en ai avec le portugais. Je suis connue pour apprendre une langue en trois mois si j’en ai envie donc on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve ! Par ailleurs, je n’arrive pas à dire que c’est important parce que tout est tellement intuitif dans ma musique avec des chansons qui sont liées à mon parcours. Je représente surtout mes origines en étant moi-même.
Instagram : blusamu
Pierre Gervais - « Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction »
Pierre Gervais
« Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Imogen Waterhouse
En tournage pour sa prochaine série intitulée « Hunters », dans laquelle on s’immergera au sein des unités spéciales entre les attentats de Paris et ceux de Bruxelles, l’acteur bruxellois Pierre Gervais revient sur son début de carrière à la jonction de la scène, du petit et du grand écran.
Vous avez terminé votre formation à l’INSAS il y a dix ans. Quels souvenirs en gardez-vous alors que vous envisagiez au départ une carrière d’anthropologue ? L’école m’a déjà ramené à l’essentiel. On a approfondi des techniques de respiration, par exemple, qui sont très importantes aussi dans l’apprentissage de soi. J’avais peur au départ qu’on me dise comment jouer, quelle posture adopter… Mais ce n’était pas du tout le cas. Tu as ton univers là-bas et on construit quelque chose autour en te laissant une certaine liberté. Après, on a un peu touché à tout, comme à la mise en scène qui m’a donné envie de faire du théâtre. Je retiens également le fait que j’ai appris à ne pas avoir peur du ridicule. Ça m’a beaucoup servi car je n’hésite jamais à proposer mes idées en tournage ou dans des créations de spectacles.
Vous avez tout de suite brillé au théâtre en recevant notamment le Prix de la critique Maeterlinck 2019 dans la catégorie « Meilleur espoir masculin ». Même si vous avez exploré le monde des séries et des films par la suite, cet univers doit avoir une place privilégiée dans votre cœur. Le théâtre, c’est une forme de liberté. Dans ce que ça touche au jeu, c’est incomparable. Il y a une vraie beauté de s’enfermer pendant trois mois dans une salle, d’essayer de créer et puis de le donner. Ce sentiment que j’ai sur scène, il est inégalable. Même s’il y a de la magie au cinéma aussi qui est extrêmement forte et qui est vraiment géniale. Mais c’est tout autre chose. Il faut accepter que ça n’a quasi rien à voir. L’endroit de jeu, la technicité…
Vous n’imaginez tout de même pas privilégier l’un ou l’autre monde. Même si c’est compliqué, car ce n’est pas le même agenda, j’aimerais garder les deux. Le théâtre, c’est ce que j’aime faire. Mais tourner au cinéma ou dans des séries, c’est quand même incroyable. Dans le sens où tu voyages. Tu as des projets qui te permettent de bosser dans des châteaux en Irlande, de faire des trucs d’action, d’avoir des bootcamps comme je fais en ce moment pour apprendre ce qu’on ressent quand on est dans les forces spéciales… Ça te permet de faire des choses que tu ne peux pas faire dans d’autres métiers. Ça alimente ton émerveillement. Et puis, c’est confortable aussi de faire du cinéma. C’est un autre monde financièrement.
En huit ans, en plus de deux films, vous en êtes à votre huitième série. Vous vous êtes fait connaître dans « 1985 », la série sur les tueurs du Brabant, avant de jouer dans des séries Netflix comme « Into the Night » et « Knokke Off » et puis d’endosser le rôle principal de René Magritte dans la série internationale « Ceci n’est pas un crime ». De quoi êtes-vous le plus fier ? On me parle souvent de « Into the Night » mais j’ai une réplique où je demande un passeport. C’est la même chose avec « Knokke Off ». J’ai été assimilé à ces séries-là mais, pour moi, je n’y ai pas vraiment participé. Par contre, un film comme « Julie se tait » a tout changé pour moi. Ça a été tellement un beau projet qui m’a emmené à Cannes. C’était fou. Après ça, on m’a appelé pour des rôles beaucoup plus intéressants. Avec Magritte, c’est là que j’ai vraiment appris le métier. Entre mon rôle principal et soixante jours de tournage dans quatre pays différents à parler en anglais, j’ai vu ce que c’était de porter un projet. Il y a eu un avant et un après.
Au-delà de l’aspect financier, même s’il est évidemment important, vous semblez choisir vos projets avec l’envie de vous amuser et d’y trouver un sens artistique. Pour l’instant, je ne les choisis pas. Refuser un projet car tu as lu le scénario et que ça ne te plaît, c’est une position de luxe que très peu de personnes peuvent avoir en Belgique. Je souffre aussi de l’image de l’industrie où certains pensent que, parce que j’ai joué Magritte dans une série internationale, je vis à Los Angeles et je vais refuser tel ou tel projet. Mais j’ai trop envie de faire des petits projets. La seule chose que je me suis toujours jurée, c’est de faire des projets sains avec des gens sains.
Vous êtes né d’une mère flamande et d’un père wallon. C’est évidemment une force dans le paysage culturel belge. Le théâtre, je l’ai toujours fait en français. Mais j’ai toujours trouvé qu’en Flandre ils font des films et des séries exceptionnels. C’est ma force de pouvoir jouer là. Tu as l’impression aussi de jouer dans deux pays différents. C’est la richesse de la Belgique. Pour « 1985 », c’était magique de voir des Flamands et des francophones sur le même plateau. Bruxelles est beaucoup plus sur la carte dans la fiction. On a moins peur de montrer cette richesse culturelle. Dans la série « Hunters », je parle en français, on me répond en flamand. Je trouve ça génial.
Instagram : gervaispierre_
Valérie Cohen - L’audace de changer de vie
Valérie Cohen
L’audace de changer de vie
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Eric Matheron-Balay
Peut-on vraiment changer de vie ? Dans « Le printemps des audacieux », Valérie Cohen imagine un lieu où des inconnus viennent suspendre leur existence pour tenter de la réinventer.
Ancienne juriste, Valérie Cohen s’est tournée il y a plus de trente ans vers le développement personnel. Au fil de ses romans, elle s’est imposée comme une écrivaine attentive aux émotions et aux trajectoires humaines. On lui doit notamment « Qu’importe la couleur du ciel », notre coup de cœur de 2022, « Depuis, mon cœur a un battement de retard », « Monsieur a la migraine » ou encore « Le hasard a un goût de cake au chocolat ». Avec « Le printemps des audacieux », la romancière poursuit son exploration des moments charnières où les existences vacillent et doivent se réinventer.
Au cœur du roman se trouve un lieu singulier : l’Atelier des Transitions. Dans cette maison nichée à la campagne, on vient faire une pause pour réfléchir à sa vie. Pendant quelques semaines, plusieurs résidents y cohabitent. Antoine, entrepreneur quinquagénaire qui vient de vendre son entreprise. Pauline, jeune femme en quête de sens. Jonas, jeune adulte cherchant sa voie. Et Marion, la doyenne du groupe. Tous arrivent avec leurs bagages personnels. Blessures familiales, décisions qui interrogent, colères anciennes et doutes sur l’avenir.
La maison est dirigée par Yolande Feber, coach de vie et fondatrice de l’atelier. Elle accueille ces inconnus venus faire le point et leur offre un cadre où chacun peut réfléchir, parler ou simplement se confronter à lui-même.
Très vite, la vie en communauté agit comme un révélateur. Les discussions, les tensions et les confidences rapprochent ou bousculent les résidents, et chacun se retrouve peu à peu face aux questions qu’il était venu éviter.
Valérie Cohen compose ainsi un roman choral où les trajectoires se croisent et se répondent. Les transformations n’y sont pas spectaculaires. Elles naissent de gestes discrets, de prises de conscience silencieuses.
À travers ces personnages en quête d’équilibre, l’autrice pose une question très contemporaine. Que faire lorsque la vie que l’on a construite ne correspond plus à celle que l’on souhaite vivre ?
Le printemps des audacieux, Valérie Cohen, L’Archipel
Stéphanie Blanchoud - « La scène musicale me manquait »
Stéphanie Blanchoud
« La scène musicale me manquait »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Johannes Vande Voorde
En parallèle de la pièce « Peu importe » de l’illustre Marius von Mayenburg, mise en scène par Michael Delaunoy et dans laquelle elle joue aux côtés d’Itsik Elbaz jusqu’à début mai au Théâtre Le Public, la comédienne Stéphanie Blanchoud, connue entre autres pour avoir incarné l’inspectrice Chloé Muller dans la série « Ennemi Public », enfile sa casquette de musicienne pour présenter son tout dernier album : « Au détour ».
Cinq ans après votre dernier projet « Ritournelle », vous revenez à la musique avec un nouvel opus aussi introspectif qu’universel. Pourquoi maintenant ? J’aurais pu revenir plus tôt. Mais, au-delà du fait d’attendre d’avoir suffisamment de morceaux, j’ai été assez occupée par le cinéma. J’avais envie d’avoir vraiment du temps pour ça. La scène musicale me manquait et c’est à peu près à chaque fois le temps que je mets entre chaque album.
« Au détour » aborde, en particulier, le temps qui passe et votre rapport à l’amour. Sur cet album, j’ai travaillé un peu différemment que sur le précédent. Cette fois-ci, je n’ai composé que deux musiques. Pieter Van Dessel, qui a réalisé l’album, m’en a proposé beaucoup. J’ai mis des textes dessus après. « L’Impasse » et « Par habitude », les deux premiers morceaux, ont donné la tonalité du reste de l’album. Mais, en règle générale, je ne me pose pas tellement de questions sur les thèmes quand j’écris. Par contre, c’est la vieille école mais j’essaye d’emmener l’auditrice ou l’auditeur dans un voyage. L’ordre des morceaux est donc important. C’est la même chose quand j’écris pour le théâtre ou le cinéma. Les choses se construisent petit à petit. On a essayé ici de rester cohérents par rapport à cette envie d’aller vers quelque chose de très minimal. Et en même temps, c’est Lionel Capouillez, connu pour son travail avec Stromae, qui s’est chargé du mix. Je voulais quelque chose non pas d’offensif mais d’assez assumé avec une voix et un piano qui prennent de la place et des cordes pas trop en retrait. Une vraie influence anglo-saxonne dans la manière d’arranger, de mixer et de produire.
Vous semblez marquée par le temps. Êtes-vous quelqu’un de rongé par laes regrets ou préconisez-vous davantage le fait que l’heure du bilan, dont vous parlez dans « À découvert », sera pour plus tard ? Je ne suis pas du tout rongée par les regrets mais je suis mélancolique. Après, je ne suis pas dénuée de joie non plus. C’est juste que je vais rarement m’installer à mon bureau et prendre une guitare quand j’ai la patate. C’est plus compliqué d’aller dans la musique à ce moment-là. C’est plus un truc d’atmosphère. J’ai avant tout une volonté d’espace. Dans mon album, on est entre de la chanson réaliste et en même temps quelque chose d’assez atmosphérique.
Vous reprenez un titre célèbre de Jean-Jacques Goldman avec « Pas toi ». Quelle est la volonté derrière ? Ma mère a écouté Jean-Jacques Goldman toute sa vie. J’ai été bercée par lui depuis que je suis née. C’est le premier concert que j’ai vu à Forest National. Ce qui est amusant, c’est que l’on peut paraître un peu « ringard » de dire que l’on adore Jean-Jacques Goldman du côté belge francophone. Alors que du côté flamand, il est vraiment ultra adoré. Comme je travaille avec beaucoup de musiciens flamands, ça s’explique aussi par là. C’est comme un clin d’œil de reprendre ce morceau.
La chanson « Ferdinand » est adressée à votre fils. Vous écrivez que vous lui ferez voir la beauté de sa différence, de son insouciance… Expliquez-nous. La différence ici est très claire puisque mon fils, en fait, a deux mamans. Mais il y a effectivement aussi ce double sens de la différence entre nous-mêmes et l’être que l’on a mis au monde et qu’on élève. C’est un vrai défi en tant que parent d’être en accord avec le fait que nous ne sommes pas les mêmes. C’est quelque chose qui se fait dans les deux sens et c’est très riche.
Vous partagez un duo avec Pieter Van Dessel sur « Quinze ans plus tard ». Ça nous permet d’aborder l’équipe qui vous entoure. Comment expliquer à ceux qui ne vous auraient pas encore découverte en live ce qu’ils peuvent voir et entendre sur scène ? Nous sommes trois sur scène avec Pieter et Jean-François Assy. C’est assez intimiste. J’adorerais avoir une formule avec cinq musiciens mais, ici, j’ai la guitare sur quelques titres, Pieter est au clavier et à la programmation et Jeff est au violoncelle.
Comme vous l’avez déjà affirmé depuis le début de votre carrière, vous restez avant tout une comédienne. Vous développez d’ailleurs en parallèle un nouveau long métrage. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? On développe, en effet, quelque chose avec Delphine Tomson qui est la productrice des Films du Fleuve. Je ne peux pas en dire plus parce que nous ne sommes pas encore en pré-production. Nous sommes pour l’instant en pleine écriture. Dans le monde du cinéma, ça prend du temps avec les calendriers. J’espère qu’on tournera à l’automne 2027.
Dina Ayada - « Beaucoup de gens pensent que je viens de New York à cause de mon accent »
Dina Ayada
« Beaucoup de gens pensent que je viens de New York à cause de mon accent »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Marine Ferain
Direction artistique : Julia Dubois Rosca
Stylisme : Kate Housh
Maquillage & coiffure : Sanne Schoofs
Nouvelle pépite de la scène hip-hop, la chanteuse belgo-marocaine Dina Ayada, âgée de 22 ans, réalise en ce moment son rêve américain après avoir quitté notre royaume pour percer dans la musique aux États-Unis. Plébiscitée par de grands noms du circuit, l’ancienne étudiante en droit férue de mode, qui a explosé dans un premier temps sur TikTok avec « Miles Away », se présente à travers son premier album « Identity ». Découverte d’un véritable phénomène.
Un premier album sert forcément de carte d’identité pour un artiste. Que voulez-vous transmettre à travers votre musique ? Mon message principal au monde est que tout est possible si vous croyez vraiment en vous et si vous vous battez pour vos rêves. Être une jeune femme venant de Belgique avec des racines marocaines, et être aujourd’hui signée aux États-Unis avec un public mondial, est la preuve que les choses dont vous rêvez peuvent réellement se produire. Avec cet album, je voulais aussi que les gens puissent se connecter à mes expérien-ces. Peu importe le genre, beaucoup de personnes peuvent s’identifier à ce dont je parle. Je parle de relations, d’amour, d’amitiés brisées, d’émotions et des pensées qui viennent lorsqu’on traverse la vie. C’est simplement moi qui suis honnête sur ce que je vis.
D’où est née votre passion pour le hip-hop ? Depuis que je suis très jeune, j’écoute du hip-hop et du R&B. J’ai grandi avec des artistes comme Aaliyah, Pharrell Williams et Tupac Shakur. Toute cette époque des années 90 et du début des années 2000 m’a vraiment façonnée.
À la base, vous avez explosé sur TikTok avec un freestyle capté en studio. Quel est votre rapport aux réseaux sociaux ? J’ai une relation amour-haine avec les réseaux sociaux. Je suis très consciente de leur importance pour un artiste aujourd’hui. Mais en même temps, il y a beaucoup de pression pour publier constamment et garder un contenu pertinent. On réfléchit toujours à la manière de capter l’attention des gens et, parfois, cela peut sembler forcé. J’essaie de rester aussi naturelle et authentique que possible en ligne, mais ce n’est pas toujours facile. Malgré tout, j’aime partager des moments avec mon public. Je les appelle mes « stars ». Les réseaux sociaux m’aident à me connecter avec eux. Mais honnêtement, je préfère rencontrer mes stars lors des concerts plutôt que derrière un écran.
Originaire d’Anvers avec des origines marocaines et de confession musulmane, vous avez décidé de tenter le rêve américain. C’est ce qui fait votre force là-bas ? Je ne sais pas si c’est précisément ce qui me rend forte ici. Ma personnalité, ma mentalité et la façon dont j’ai grandi sont assez différentes de ce à quoi les gens sont habitués aux États-Unis. Peut-être qu’ils trouvent ça rafraîchissant. C’est drôle parce que beaucoup de gens pensent que je viens de New York à cause de mon accent. Mais je suis simplement moi-même. Mon parcours fait partie de mon identité et a clairement façonné la personne que je suis en train de devenir. Le respect et l’attention que j’ai pour les gens viennent beaucoup de mes origines marocaines et musulmanes. Mon amour pour la mode vient, lui, à coup sûr du fait d’avoir grandi à Anvers.
L’image est évidemment très importante dans ce métier. Comment se combine votre passion pour la mode avec la musique ? La façon dont on s’habille est une manière de s’exprimer sans dire un mot. À travers les vêtements, on crée une histoire, une ambiance, une identité. Grandir à Anvers m’a clairement influencée. Beaucoup de designers incroyables viennent de là. En même temps, le style de la culture hip-hop, surtout celui des années 90 et 2000 à New York, m’a aussi énormément inspirée.
En quoi votre musique a-t-elle changé depuis votre arrivée aux États-Unis ? Je ne pense pas que déménager aux États-Unis soit la principale raison pour laquelle ma musique a changé. La vraie raison, c’est le fait d’avoir grandi. J’ai commencé à sortir de la musique à 18 ans et aujourd’hui, j’en ai 22. Beaucoup de choses se sont passées pendant ces années : des chagrins d’amour, des expériences de vie, des moments difficiles. Tout cela m’a donné plus de matière. Je n’aime pas non plus me mettre dans une seule catégorie ou dans un seul style. J’aime expérimenter et essayer différents sons. Bien sûr, j’ai rencontré des producteurs et des auteurs incroyables aux États-Unis et je suis très reconnaissante pour ces collaborations.
Des noms importants de la scène musicale sont désormais des proches. La rappeuse Saweetie est même devenue l’une de vos meilleures amies tandis que Gunna est le producteur exécutif de votre album. La sororité et la fraternité sont très importantes pour moi. En même temps, je suis quelqu’un de très sélective quant aux personnes que je laisse entrer dans mon cercle proche. Je ne m’entoure pas de trop de gens parce que parfois certaines personnes peuvent profiter de vous. Mais quand on rencontre des personnes sincères qui vous soutiennent vraiment et vous donnent des conseils pour naviguer dans l’industrie musicale, c’est vraiment spécial.
DAPHNÉ TAMAGE AMBITION ET CONTRADICTIONS
DAPHNÉ TAMAGE
AMBITION ET CONTRADICTIONS
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Dorian Prost
Avec « Le chant des contraires », Daphné Tamage signe un roman vif, ironique et acéré sur l’ambition littéraire, le désir de reconnaissance et les arrangements que l’on négocie avec ses propres contradictions.
Apolline veut être publiée dans Sycophante. Pas par vanité abstraite. Pour être lue. Pour être adoubée. Dans un monde culturel où la légitimité circule en cercle fermé, entrer dans la revue équivaut à exister. La soirée du Nouvel An pour- rait être l’occasion décisive. Mais elle se retrouve enfermée dans son microscopique studio, seule avec ses stratégies et ses contradictions.
Claquemurée, elle dissèque sa journée. La robe choisie pour séduire et s’introduire dans un milieu auquel elle aspire. Le déjeuner avec l’amant, traversé de rapports de pouvoir ambigus. La journaliste qui confond son roman avec un autre et qu’elle ne corrige pas, profitant du malentendu. Autour d’elle gravitent également un prêtre et une énergéticienne qui interprète ses troubles. À cette agitation intérieure répond un phénomène étrange : des mésanges charbonnières tombent du ciel, motif presque apocalyptique qui installe un climat d’inquiétante étrangeté et fait écho au désordre intime du personnage.
Ce qui ressort, c’est la lucidité du regard. Tamage ne transforme pas son héroïne en victime ni en figure exemplaire. Apolline accepte les cadeaux, goûte le confort offert par les hommes puissants tout en revendiquant son indépendance. Elle pense en féministe et agit parfois en stratège. Ou se contredit.
Sous l’ironie affleure pourtant un enjeu plus intime. Quitter une région pauvre de Belgique pour Paris, publier, réussir. Derrière la trajectoire sociale se dessine une attente plus secrète. La mère restée là-bas demeure la véri- table destinataire. Être reconnue, c’est peut- être d’abord être aimée.
Née à Bruxelles en 1992, Daphné Tamage est l’autrice de « À la recherche d’Alfred Hayes », « Le Retour de Saturne » et « Bruxelles ». Avec ce nouveau roman, elle poursuit une œuvre atten- tive aux rapports de pouvoir, aux illusions sociales et aux tensions intimes.

Le chant des contraires, Daphné Tamage, Stock
Éric-Emmanuel Schmitt - « Mon modèle d’écrivain est un musicien et c’est Mozart. »
Éric-Emmanuel Schmitt
« Mon modèle d’écrivain est un musicien et c’est Mozart »
Mots : Barbara Wesoly
Photo : Mathieu Zazzo
Dans son nouvel ouvrage, Éric-Emmanuel Schmitt raconte, avec la délicatesse et la subtilité qui lui sont coutumières, Wolfgang Amadeus Mozart par le regard de son père Leopold. « Juste après Dieu, il y a papa » donne corps à la fragilité derrière l’Histoire, à l’humain par-delà le génie et à l’amour dans ce qu’il peut avoir de fondateur mais aussi d’écrasant.
Plus encore qu’un hommage à la musique, « Juste après Dieu, il y a papa » explore la relation complexe entre Wolfgang Amadeus et Leopold Mozart. La filiation et son regard empreint de fierté ou au contraire de déception sont-ils des thèmes qui résonnent particulièrement en vous ? C’est doublement intime. J’ai d’abord été un fils, devenu récemment orphelin, et aujourd’hui je suis également un père. Je mûrissais ce livre depuis des années, mais je pense qu’il m’a fallu attendre pour l’écrire, de pouvoir habiter ces deux rôles et ainsi mesurer leur différence. Être parent est une vocation, un engagement, là où être fils amène plus d’attentes que de don de soi. Ces événements m’ont amené à prendre conscience que nos parents ne meurent jamais. Ils continuent à nous inspirer, à nous bouleverser et à nous offrir des révélations sur eux-mêmes. On change ainsi d’enfance toute sa vie, la revisitant à la lumière du présent en la percevant différemment à vingt, quarante ou soixante ans. Les êtres qui nous ont donné vie ne cessent finalement jamais de le faire.
Tout en ayant un ancrage historique, ce livre laisse une place essentielle à la fiction, puisqu’il évoque les blessures profondes des Mozart, père et fils. Ce choix vous a-t-il permis d’ouvrir le champ des possibles ? Quand on écrit, on est soit littéral en se racontant parfois sans vraie distance, soit littéraire et l’on décide alors de s’exprimer à travers des personnages, des récits, des métaphores. Je pense pouvoir dire beaucoup plus en me glissant dans les pas de Wolfgang et Leopold qu’en dressant un procès-verbal de ma relation à mon père. Leur lien généreux et oppressant à la fois me permettait d’explorer toute la complexité des êtres. Et notamment celle d’un homme prêt à tout sacrifier pour accompagner son fils sur le chemin de la réussite, quel qu’en soit le coût, quitte à risquer d’être méprisé et désavoué par lui un jour. Un amour absolu et destructeur à la fois.
Après « Ma vie avec Mozart », il s’agit de votre deuxième ouvrage dédié au compositeur. Avez-vous noué avec lui un lien intime ? Il est pour moi une question de vie et de mort. À quinze ans j’ai vécu une profonde dépression qui m’a conduit au bord du suicide et dont Mozart m’a sauvé. Un professeur nous avait emmenés aux répétitions des « Noces de Figaro », à l’Opéra de Lyon. Une cantatrice est entrée sur scène et s’est mise à chanter et j’ai eu soudain le sentiment que les chaînes qui me maintenaient au fond de l’eau venaient de lâcher. J’arrivais à la surface, à la lumière. Depuis, Mozart est plus que la musique, il est un guide spirituel. Il y avait chez lui la sagesse profonde d’accepter les dimensions douloureuses de l’existence et de les dépasser pour cultiver la joie, l’allégresse et le bonheur. C’est tellement à rebours de notre époque sinistre, qui s’affirme par le pessimisme et donc par la démission. Sa voix solaire continue d’être un phare pour moi. Tout comme son art, employant un minimum de notes pour le maximum d’effet. Vrai, profond, sans surjouer, sans affecter le sérieux. Mon modèle d’écrivain n’est pas un écrivain mais un musicien, et c’est Mozart. »
« Juste après Dieu, il y a papa » évoque aussi l’empreinte que l’on laisse derrière soi, à ses enfants comme au monde. Est-ce une question qui vous est essentielle ? Transmettre des valeurs, une culture, la vie également, c’est ce qui, à mes yeux, justifie un homme. Dans tout ce que j’accomplis, je cherche à être un passeur. Une chose m’a d’ailleurs bouleversé chez ma fille. Son premier mot a été Papa. Mais le deuxième était Beau. Elle regarde autour d’elle, écoute de la musique et le répète. Cela me rend heureux de lui avoir, presque sans m’en rendre compte, communiqué ce désir d’être au monde pour le savourer.
Ces trente-deux années d’écriture ont vu naître une multitude d’histoires. Quel territoire reste encore inexploré ? Il y en a tant ! La condition et l’histoire humaine sont un cosmos infini. Mon esprit regorge de récits, de nouvelles, de pièces de théâtre mais pour autant, je me refuse à les dire. Un livre dont on parle, on ne l’écrit pas. Il perd sa nécessité d’exister.
Vous avez consacré votre vie à ausculter l’âme humaine. Avez-vous le sentiment, aujourd’hui, de posséder certaines réponses à ce mystère ou de l’avoir au contraire approfondi ? J’ai en réalité juste l’impression de m’en être rapproché. Mais il n’y a finalement rien à résoudre. Percer un mystère comme on crèverait un ballon, c’est en supprimer le charme et la douce liberté d’imaginer qui est vitale pour un écrivain.
Juste après Dieu, il y a papa, Éric-Emmanuel Schmitt, Éditions Albin Michel.
Typh Barrow « J’ai fait la plus grande collab de ma vie »
Typh Barrow
« J’ai fait la plus grande collab de ma vie »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Romain Garcin
Après une pause bienvenue de deux ans, et même six ans après son dernier album « Aloha », Typh Barrow dévoile une nouvelle version d’elle-même avec un troisième opus baptisé « Dreama » en référence aux montagnes russes professionnelles et émotionnelles traversées, notamment, à la suite de la naissance de son premier enfant.
Vous avez décidé de tout révolutionner en ouvrant une nouvelle page de votre carrière artistique. Pourquoi avoir eu cette envie de quitter le piano-voix pour aller vers des productions plus riches ? Je ne sais pas si c’est une révolution mais il y a une forme de transformation. C’est certain. Tout en ne reniant pas ce que je suis et le passé. Cette nouvelle version de moi-même entraîne forcément des changements. Il y avait des choses à changer, à adapter et certaines qui ne fonctionnaient plus. C’était l’occasion de me renouveler, de m’entourer d’une nouvelle équipe. Partiellement en tout cas puisque mes musiciens sont toujours les mêmes. J’avais envie d’explorer d’autres horizons, d’emmener mon projet un peu plus loin. C’est important dans notre métier de prendre des risques et de sortir de cette fameuse zone de confort dont tout le monde parle.
À travers le titre « Close To Me », vous affichez notamment une sensualité jamais montrée auparavant. Comment fait-on pour assumer sa nouvelle personnalité tout en conservant l’identité qui a plu à vos premiers fans ? Je continue à faire de la musique comme j’ai toujours aimé l’écouter et la composer. Je garde quand même ce côté organique avec cette base soul-pop et la voix qui est au centre. Mais j’ai l’envie d’aller vers une production un peu plus riche, plus audacieuse, moderne… Je me suis dit que si j’avais envie d’injecter des voix lyriques dans mon album, j’irai faire de l’opéra. Si j’ai envie de gospel, je vais en faire. Et si j’ai envie de faire des interludes cinématographiques, à la Woodkid ou à la « Requiem for a Dream », et d’essayer
de proposer une expérience presque immersive, je devais y aller. Il faut d’abord que tu sois convaincu par ce que tu fais et espérer derrière que le public adhérera à cette nouvelle version de toi. Après, je ne suis pas non plus partie vers de l’électro. C’est un subtil équilibre à trouver mais je n’ai pas trop réfléchi.
L’album a été pensé comme un film. Si l’on met de côté les éléments gospel et les chœurs, le seul autre protagoniste de l’opus est votre enfant, dont la voix apparaît sur le titre “Miracle”. Il y a plein de protagonistes qui ont bossé sur l’album ! D’habitude, je travaille très en solo avec moi-même au piano qui compose et qui écrit. Ici, je suis sortie de cette bulle-là en collaborant notamment avec Benoît Leclercq qui a fait énormément sur l’album où on a co-composé ensemble. C’est un process qui a été beaucoup plus collectif que par le passé. Mais c’est vrai que le seul duo, c’est celui avec mon fils. J’ai fait finalement la plus grande collab de ma vie (rires). C’est magnifique pour moi de me dire que c’est sur cet album qu’elle se trouve. Le fait qu’elle soit isolée, ça lui donne une autre dimension. Ce qui est encore plus beau, c’est que j’ai écrit cette chanson quand j’étais enceinte de mon fils comme un message d’amour que je lui déposais. La chanson n’avait pas vocation à se trouver sur l’album.
Le thème de la parentalité est aussi abordé sur « After You ». Comment fait-on pour écrire un texte sur ce genre de thématique sans que cela ne soit trop « fleur bleue » ? On ne se pose pas de question. « After You », c’est ma chanson préférée de l’album. Par contre, il n’y a que deux chansons qui parlent de maternité. Je n’avais pas envie que tout tourne autour de ça parce que ce serait presque minimiser tout ce qu’il y a eu à côté. Il y a eu la naissance de mon enfant mais il y a eu aussi toute la renaissance et tout ce que ça a pu impliquer au niveau de la renaissance artistique, personnelle… J’avais aussi envie que les personnes qui ne sont pas nécessairement parents puissent se retrouver dans l’album et être touchés par certains sujets. J’ai essayé de traverser pas mal de thèmes personnels comme l’acceptation de soi, le décès, l’émancipation…
Vous avez lancé en parallèle une première ligne de merchandising. Quelle est la volonté derrière ? La mode a toujours été une passion pour moi. Ça a toujours été une envie de pouvoir faire du merch que je n’avais jamais concrétisé. Là, c’est venu assez naturellement dans les discussions avec Romain Garcin qui est celui qui a fait tout le visuel de l’album. Je lui ai parlé de mon envie de développer des t-shirts, des hoodies, des casquettes mais aussi des petits objets accessoires. Il fallait que ça fasse du sens, que je sois inspirée…Je suis super excitée de voir que notre métier peut nous permettre de dériver sur d’autres passions. Je suis aussi en train de développer une tenue pour la scène avec une créatrice belge qui s’appelle Valentine Avoh. C’est très chouette d’être en mode 360 sur ce nouvel opus.
JOSHUWA : LE MÉLANCOLOGUE
JOSHUWA
LE MÉLANCOLOGUE
JOSHUWA
LE MÉLANCOLOGUEMots : JASON VANHERREWEGGE
Photo : SHEVI SHENAJ
Leader habituel du groupe Colver, Thomas Ejzyn se lance dans une carrière solo avec son tout premier EP « Mélancologie ». Sous le pseudonyme Joshuwa, surnom affectif donné par un gérant de bar, l’artiste bruxellois apporte une fraîcheur certaine à la chanson française entre poésie, touches électroniques et restes d’indie-rock.
Au regard de votre opus, vous êtes incontestablement un mélancolique. Mais quelle est votre définition de la mélancolie ? Le titre de mon album « Mélancologie », c’est un peu l’étude de la mélancolie. Il y a aussi un côté presque médical. On ne sait pas si c’est une étude ou une maladie. À titre personnel, je considère que c’est un regard tourné avec pas mal de tendresse sur le passé. Mais, en même temps, on a aussi parfois la fâcheuse tendance à l’idéaliser plus que ça ne l’était. C’est là où je trouve que ça devient un peu un piège et quelque chose de presque maladif. Surtout si ça t’empêche de savourer le moment présent ou même de te projeter vers l’avenir car tu te dis que c’était tellement mieux avant.
L’amour est au centre de votre EP. Pour en parler, vous avez choisi de vous exprimer en français et de quitter l’anglais qui vous caractérisait avec le groupe Colver. Sur l’album avec Colver, j’avais chanté sur une seule chanson en français. On m’avait fait des feed- backs positifs et ça m’était resté en tête. Il y a peut-être aussi une envie de scinder mes deux projets. Mais, de prime abord, ce n’est pas naturel même si c’est très honnête.
Des influences électroniques sont présentes sur votre disque. Est-il possible de danser sur vos titres sur scène où, il est important de le noter, on retrouve vos amis musiciens du groupe Colver avec vous ? J’aurais tellement envie de répondre oui. La vérité est un peu plus nuancée. Il y a moyen de hocher la tête. Il y a un peu de groove dans le projet. En live, les touches électro font place à du jeu live comme on est cinq sur scène. Il y a un côté un peu plus live band.
Si l’album est principalement mélancolique, le titre « Jolies choses » offre une note d’espoir. C’est une chanson qui s’est écrite toute seule. C’est l’éloge des jolies choses et des choses essentielles. Je trouvais ça cool de clore un projet un peu plus introspectif et triste sur une note positive. Au final, j’adore les chansons beaucoup plus produites avec plusieurs couches où on sent que c’est un peu imbriqué. J’aime aussi le côté singer-songwriter avec juste une guitare, une jolie mélodie et un beau texte.

Instagram : joshuwaaaaa
Peet - « Je me suis demandé si j’avais encore envie d’être un rappeur à plein temps »
Peet
« Je me suis demandé si j’avais encore envie d’être un rappeur à plein temps »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Gabriel Mathieu
Dans un style plus acoustique et organique, le rappeur bruxellois Pierre Mignon, alias Peet, prouve à travers son sixième album « Joyboy » toute sa maturité en affirmant encore un peu plus une sensibilité déjà rencontrée auparavant et en posant un regard tendre sur ceux qui lui ont permis d’atteindre les sommets.
Vous avez déclaré au sortir de votre précédent album « À demain » que vous étiez prêt à débuter un nouveau cycle. En êtes-vous satisfait ? Je sens qu’il y a une page qui a été tournée, que j’ai trouvé un peu ma formule et que je suis allé à fond dans ce côté organique. Même au niveau de ma vie, il y a une page qui se tourne. Je ne veux pas faire l’ancien mais, à 33 ans, je n’ai plus les mêmes envies et je n’ai plus la même vision. Enfin, je ne dirais pas que je n’ai pas la même vision de la vie mais j’essaie d’évoluer en tant qu’adulte et de faire des choses qui sont bien pour moi. « Joyboy », finalement, on est encore dans cette transition parce que je ne suis pas encore en accord avec tout ce que je fais. Malgré tout, « Todo Bien » ou « Demain », il s’agissait d’albums où on pouvait passer d’un son trap, hip-hop à un morceau un peu plus chanté ou en piano-voix. Sur « Joyboy », je trouve que c’est plus cohérent dans l’ensemble.
Dans « Vogue Merry », vous expliquez que vous ne savez plus si vous voulez rapper ou grimper. Votre volonté est avant tout de faire des mélodies. Ça rejoint cet état de pensée. Les morceaux reflètent une époque ou une période de ta vie. C’est un moment de ma vie, ou peut-être une journée dans ma vie, où je me suis demandé si j’avais encore envie de mettre toute cette énergie ou d’être un rappeur à plein temps. En fait, le truc dans la musique, c’est comme si tu n’avais pas le temps de célébrer tes victoires. Tu as fait la Maroquinerie ? C’est super bien ! Maintenant, mets ça de côté, il faut que tu fasses la Cigale. Tu as rempli la Cigale ? C’est génial ! Tu vas faire l’Olympia maintenant puis le Zénith… On vit dans un monde ou une époque où les gens attendent beaucoup. Ou peut-être que personnellement j’attends beaucoup de moi. Nous sommes dans une époque où il faut réussir absolument. Il faut faire des choses, il faut aller vite… Alors que moi, ce n’est pas du tout la vie que je veux réellement. Je dis ça mais après j’écoute le nouveau track de Makala et j’ai de nouveau trop envie de rapper. Ce sont des périodes.
Vous ne cachez pas vos émotions dans cet album. Sur « Entre nous », chanson très personnelle dans laquelle vous évoquez le décès de votre papy et de votre mère, vous évoquez le problème de communication des hommes qui ne parlent pas quand ça touche les émotions. C’est quand même une problématique qui avance dans le rap, non ? Le rap avance en général. C’est une musique qui est écoutée par tout le monde aujourd’hui. Du coup, tu as plein d’ethnies, de groupes, de classes sociales qui en écoutent et qui en font. Et, du coup, c’est un mélange de tout. C’est moins ce truc dur où il ne faut pas montrer ses émotions. Après, on dit ça mais si tu creuses dans le rap ça fait longtemps que des gens parlent de leurs émotions. À titre personnel, je l’ai toujours un peu fait. Sur mon album « Mignon », je parle de choses quand même assez profondes. C’est important d’extérioriser pour ne pas que ça te bouffe.
Votre équipage, autrement dit les musiciens qui vous accompagnent depuis de nombreuses années maintenant, est là pour vous épauler. Vous affirmez d’ailleurs que c’est le meilleur avec qui partager la guerre et la fête. Est-ce votre album le plus collectif ? Clairement ! C’est celui que j’ai travaillé le plus en équipe. En fait, dans toute ma carrière, je crois que « Joyboy » et « Mignon », ce sont les albums qui ont été les plus travaillés en équipe. Et entre les deux, il y a eu un peu cette transition où j’ai fait du son de mon côté dans mon studio. Ici, on a vraiment pris dix jours à Bordeaux en studio où on s’est mis tous ensemble. Parfois on s’entendait bien, parfois on s’embrouillait… J’aime bien être dans ma bulle généralement mais si tu ne fais confiance qu’à toi-même, tu ne sais pas pousser le délire un peu plus loin.
Vous continuez à rêver comme vous l’affirmez dans les titres « De l’autre côté » (à être père, à un septième album qui sera meilleur…) et « Mer Égée ». Au sortir de cet album, est-ce que vous assumez encore plus qui vous êtes ? Je suis un éternel rêveur. Ici, il y a l’Olympia qui arrive (en novembre, NDA). C’est une case que j’ai cochée. J’ai toujours rêvé d’avoir un disque d’or à mon nom aussi. Il y a également des noms dont je suis fan dans la musique. C’est le cas de Manu Chao par exemple. Si je peux faire un son un jour avec lui, ce serait incroyable. Dans l’ensemble, j’ai des idées. Je ne sais pas si ce sont des rêves mais ce sont des objectifs. Je viens de reprendre la guitare et j’ai trop envie de pouvoir la sortir sur scène.
Instagram : drpeet_


















