Façon Jacmin
Le denim sous toutes ses coutures
Mots : Laura Swysen
Photos : DR
D’une boutique itinérante à des points de vente aux quatre coins du globe, Façon Jacmin s’est imposée comme une success story belge. À l’occasion des dix ans du label, nous avons rencontré Alexandra et Ségolène, les fondatrices.
On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses associés. Façon Jacmin, c’est la brillante union d’un génie créatif et d’un vif esprit d’entreprise. Alexandra s’occupe de l’esthétique, Ségolène du marketing et de l’administratif. Ensemble, les sœurs Jacmin maîtrisent l’art et la manière. Complémentaire, complice et consciencieux, le duo a le don de transformer une matière ordinaire en pièces extraordinaires. Inspirées par la résistance, la polyvalence et l’universalité du denim, elles en ont fait le fil rouge de leur collection. Entre streetwear, tailoring, mode androgyne et upcycling, la maison belge marque les esprits avec ses silhouettes de caractère.
Comment votre marque a-t-elle évolué en dix ans ? Nous sommes restées fidèles à notre ADN et à notre matière de prédilection, le denim. Par contre, nous avons enrichi notre garde-robe. L’introduction de matières complémentaires, comme le lainage ou des techniques innovantes de denim floqué, nous a permis de mettre davantage en valeur le jean. Une façon de ne pas tourner en rond, mais aussi de s’adapter aux désirs de nos clients qui évoluent selon les saisons. En été, par exemple, ils préfèrent souvent porter des tissus plus fluides. Le mot « Façon » fait d’ailleurs référence au côté « tailoring » de notre label. Nous aimons contraster l’aspect brut du denim avec des pièces plus habillées.
Avez-vous atteint les objectifs que vous vous étiez fixés ? Lorsqu’on lance une marque, on n’anticipe jamais totalement l’ampleur de sa résonance. Aujourd’hui, nous savourons le chemin parcouru. L’un de nos plus grands défis était de rayonner à l’international, et c’est chose faite. De l’Italie aux États-Unis, en passant par l’Asie, nos pièces séduisent des cultures radicalement différentes. Preuve que le denim est une matière universelle. C’est là que réside la force de Façon Jacmin.
Comment définiriez-vous la « femme Façon Jacmin » ? C’est une femme active qui cherche des pièces à forte personnalité, capables de lui conférer une dégaine unique et d’éveiller son feu intérieur. L’empowerment par la garde-robe ! Mais attention, il ne faut jamais sacrifier le confort en faveur du style. Le vêtement doit être un allié qui accompagne le mouvement tout au long de la journée, pas une contrainte.
Quelles pièces incarnent le plus votre ADN ? Il y en a tant ! Nous affectionnons particulièrement les pièces fortes qui imposent une attitude une fois portées. Des créations qui jouent avec les codes du vêtement comme les trompe-l’œil. Avec son col en denim intégré à l’encolure, le bomber Mathilde incarne totalement cet esprit. Tout comme la chemise Coco et son col doublé, la blouse bi-matière Tom ou encore le bustier Texas conçu à partir de t-shirts recyclés. Décliné en plusieurs tailles et matériaux, le sac Aya, upcyclé à partir d’une veste en jean, illustre aussi parfaitement l’univers de notre marque.
Le denim est souvent pointé du doigt pour son impact écologique. Comment concilier cette matière avec une philosophie durable ? L’upcycling est au cœur de notre démarche depuis nos débuts. Nous avons choisi le denim pour sa durabilité naturelle, sa résistance et son intemporalité. Mais nous voulions aller encore plus loin. Nous avons donc intégré la seconde main dans notre processus de production. Redonner vie à des pièces d’archives ou métamorphoser la matière existante s’impose comme une nécessité absolue.
On dit souvent que travailler en famille est un défi. Comment se passe votre collaboration en tant que jumelles ? Travailler entre sœurs exige un équilibre que nous avons mis du temps à trouver. Au départ, nos tâches étaient très scindées. L’une s’occupait de la direction artistique, l’autre de la gestion. Avec le temps, nous avons compris l’importance de la communication et des validations mutuelles. Certes, l’ambiance se révèle parfois électrique, car nous sommes très différentes, mais l’avantage d’être jumelles, c’est qu’une heure après une dispute, tout est déjà oublié.
Si c’était à refaire, changeriez-vous quelque chose à votre parcours ? Question difficile. Nous aurions peut-être dû prendre certaines décisions plus rapidement, comme l’exportation de notre marque à l’étranger. Mais, d’un autre côté, prendre son temps fait partie du processus d’apprentissage. Nous aimons comparer le développement d’une marque à l’éducation d’un enfant. Elle grandit et s’affirme de jour en jour. Nous ne pouvons pas prédire la direction qu’elle prendra dès le premier jour. Elle se construit à mesure des années, des expériences et de nos décisions. Au final, nous n’éprouvons pas vraiment de regret. Notre parcours est tel qu’il devait être.

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