Salomé Dewaels
« Si je sais que je vais pouvoir m’amuser, j’y vais tête baissée »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : sarah salazar
Tête d’affiche du nouveau film de Micha Wald « L’île de la demoiselle », un drame d’époque inspiré de l’histoire d’une jeune femme issue de la noblesse nommée Marguerite de la Rocque débarquée sur une île en attendant son procès après avoir été violée et mise enceinte au XVIe siècle, Salomé Dewaels, tout récemment sacrée « Meilleure actrice dans un second rôle » aux René pour « Nino » de Pauline Loquès, poursuit son parcours au cinéma avec une envie toujours aussi dévorante.
Si le récit est tiré de faits réels, il y a évidemment une approche moderne et engagée dans votre dernier film. C’est ce qui vous a attiré à la lecture du scénario ? C’est pour ça que j’adore les films d’époque ! On parle du passé pour parler du présent et du futur. Micha a une force d’écriture incroyable. J’avais l’impression de lire une grande nouvelle voire un roman. Si chez d’autres c’est plus codifié dans un scénario pur et dur, il a réussi à me plonger dans l’histoire. Il y avait aussi le côté challenge où je me demandais comment on allait tourner tout ça. Et aussi cet aspect très ludique que je retrouve tout le temps dans mon travail. Si je sais que je vais pouvoir m’amuser, j’y vais tête baissée.
Quel était le plus gros challenge de ce film ? Il y en avait plein. De prime abord, les conditions de tournage. Le film s’est tourné, non pas au Canada, mais à Ouessant (en Bretagne, NDA). C’est une île qui n’est pas facilement praticable. Avec toute l’équipe technique, on ne pouvait pas faire venir de grands camions. On était aussi tributaire de la météo. On avait beau avoir les horaires des marées, c’est imprévisible. C’est comme tourner avec des animaux ou parfois même avec des enfants. Les conditions étaient un gros challenge mais celui que je n’ai pas vu venir c’était en termes de jeu. Mon personnage traverse énormément de choses. Beaucoup de violences physiques, verbales… Même si je l’avais lu au scénario, je n’avais pas réalisé que ça allait m’impacter autant.
Comment vous êtes-vous préparée physiquement pour ce rôle principal ? J’ai fait beaucoup de sport. Les costumes sont assez lourds et le sont encore plus dans l’eau. Il y avait beaucoup de scènes dans l’eau. Micha m’avait demandé aussi de m’habituer à l’eau froide. Moi qui suis très frileuse dans la vie de tous les jours… J’étais obligée de prendre des douches froides. Par contre, le 11 décembre on a fini de tourner et le 12 j’étais de retour aux douches chaudes (rires).
Depuis votre enfance, vous êtes passionnée par ce métier. Cependant, récemment, vous avez regretté ne pas être en mesure de vivre le moment présent. C’est vrai. Je me demande toujours ce que me réserve la suite et j’en veux toujours plus. J’arrive cependant un peu plus maintenant à me poser et à me dire que la Salomé d’il y a cinq ans serait super fière de ce qu’elle a accompli. Ça apporte tellement de joie. Ça ne veut pas dire qu’on est imbu de soi-même. C’est la raison pour laquelle j’accorde désormais plus d’importance à ma vie en dehors des plateaux. Dans mon métier, j’ai envie que mes projets soient conduits par l’amour de manière générale. Par l’amitié, l’amour du projet, la cohésion de l’équipe du film… Ça me rend très malheureuse de ne pas me retrouver humainement dans quelque chose.
Pouvez-vous vous permettre le luxe de choisir vos projets ? Pour le moment, j’ai le luxe de choisir ce que je ne veux pas faire. Pas encore de choisir exactement ce que je veux faire. Je ne vais pas aller sur un projet s’il n’y a pas quelque chose qui m’attire de manière tout à fait sincère. On a la chance en Belgique encore maintenant d’avoir le statut d’artiste. C’est ce statut qui me permet d’avoir une liberté. Je peux aller sur un projet si ça clique avec le réalisateur ou si je vois un challenge. Je dis toujours que je ne pourrais pas travailler avec des gens avec qui je ne pourrai pas aller manger au resto.
Devenir réalisatrice vous permettrait d’avoir un certain contrôle. On m’a demandé il n’y a pas longtemps ce que je ferai si j’étais très riche. J’ai répondu que j’ouvrirai ma boîte de production, de distribution et que je réaliserai. C’est dire le niveau de contrôle freak que j’ai. J’ai envie de pouvoir réaliser. C’est quelque chose qui va arriver car je me suis mise à écrire et j’adore ça. Quand je lis un livre ou que j’écris, j’y associe des images. J’ai vraiment envie de raconter des histoires en images. Mais j’ai envie de pouvoir sortir le film avec une affiche qui me ressemble… Je n’ai pas envie de répondre à des diktats de business. C’est pourtant la réalité de notre métier. Ça reste une industrie et il y a des choses qui m’échappent. J’adorerais ne pas être tenue par l’argent. C’est la raison pour laquelle j’adore le court métrage.
Quel serait votre film idéal à réaliser ? Je ne sais pas si c’est ce que je ferai mais j’aime beaucoup « Sick of Myself » de Kristoffer Borgli. Je me retrouve beaucoup dans le cinéma nordique. J’aime beaucoup quand on joue avec l’étrange, quand on arrive à mettre le spectateur un petit peu mal à l’aise… J’aime le cinéma un peu sensoriel. J’aime aussi l’esthétique mais il faut que l’histoire soit béton. C’est de tout ça que je rêve.
Instagram : salomedewaels

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