Et pour cause : l’Abbaye d’Aywiers a bel et bien abrité une brasserie gérée par des moniales cisterciennes pendant près de 600 ans. Même Sainte Lutgarde, fervente mystique de la chrétienté, s’autorisait une bonne mousse. En 2017, Augustin et Victor, cinquième génération de la famille Limauge désormais propriétaire des bâtiments du site abbatial, décident de créer la Lutgarde, la très florale bière de l’abbaye d’Aywiers, ressuscitant dans la foulée tout un pan d’histoire…

MOTS : SERVANE CALMANT
PHOTOS : LUTGARDE BEER

 

Ne cherchez pas l’Abbaye d’Aywiers à Couture-Saint-Germain, elle n’existe plus ! Fondée en 1215, elle fut partiellement démolie aux lendemains de la Révolution française. Le site, désormais propriété privée de la famille Limauge, reste cependant extraordinaire, particulièrement pour la maison du confesseur (ce qu’on appelle aujourd’hui le château) le mur d’enceinte, le pavillon d’entrée, la ferme, et bien évidemment les jardins, rendus publics le temps de la Fête des Plantes et du Jardin d’Aywiers (1er week-end d’octobre et de mai). C’est dans ce cadre volontiers idyllique que les fils Limauge, Augustin (26 ans) et Victor (28 ans), deux passionnés de bière, ont installé leur bureau et démarré en 2017 leur petite entreprise…

Un juste retour aux sources ?

Victor : « C’est vrai que nous sommes dans un lieu chargé d’histoire ! Les sœurs cisterciennes de l’Abbaye d’Aywiers ont brassé de la bière dans ces lieux pour leur propre consommation et pour leur auberge, la Franche Taverne, où elles vendaient jadis leur excédent. A l’époque, on buvait de la bière, relativement peu alcoolisée certes mais de la bière quand même car le processus de brassage la rendait tout simplement plus saine que l’eau qui n’était pas potable ! »

La blonde ou la blanche ?

La blonde pour son côté fruité et sa rondeur en bouche ; la blanche pour des pointes de gingembre légèrement citronné. A déguster en apéro ou à table ! Voire même en cuisine,« A Lasne, L’Atelier 28 déglace le coucou de Malines avec notre blanche ! » (Victor)

Lutgarde-Beer
© Michel Timacheff

Sainte Lugarde ?

Augustin : « C’était une sainte mystique qui a vécu à l’Abbaye d’Aywiers au 13e siècle, et qui y était très influente. Sainte Lugarde avait refusé la fonction d’abbesse à l’abbaye de Tongres, elle ne parlait pas le français et l’Abbaye d’Aywiers était francophone, donc le plus souvent elle priait et gardait le silence, ce qui ne l’empêchait nullement de boire une bière ! Notre étiquette Lutgarde, c’est évidemment un clin d’œil à cette sainte : le silence cistercien de Lutgarde symbolisé par le doigt sur la bouche d’une religieuse. Un logo moderne, dynamique, pour dépoussièrer l’image des produits monastiques. »

Ma petite entreprise ?

Victor : « Après des études d’entrepreneuriat à Oxford, Augustin souhaitait créer un projet en lien avec l’Abbaye. Etant deux passionnés de bière, nous avons tout de suite pensé à lancer notre marque. » ; Augustin : « On voulait de surcroit créer un produit en lien avec l’Abbaye d’Aywiers dont le site appartient à notre famille. On a donc rencontré beaucoup de gens, un brasseur, un stratège en marketing. L’idée était de bien comprendre le fonctionnement du marché avant de créer une micro-brasserie. Notre but aujourd’hui, c’est de développer un certain volume de production et nos ventes afin de brasser d’ici 2 ans la Lutgarde au sein même de l’Abbaye d’Aywiers. »

Lutgarde-Beer

Une jeune entreprise rencontre combien d’obstacles ?

Augustin : « Trouver le bon positionnement prix, c’était franchement pas évident, se positionner par rapport à la concurrence… La gestion sociale en Belgique reste un vrai casse-tête, c’est beaucoup trop compliqué ! » ; Victor : « Mais on s’en sort plutôt bien : on a lancé le projet il y a deux ans en mai 2017, et aujourd’hui on est cinq. Deux business developers nous ont rejoint pour attaquer le marché wallon et Bruxelles, et développer le produit dans l’Horeca, la grande distribution et les événements. Notre objectif: faire connaître la bière dans notre région dans un premier temps, dans toute la Wallonie et Bruxelles ensuite, ce qui ne nous empêche nullement d’exporter plusieurs palettes à Lyon pour la toute première fois en ce mois de mai 2019 ! »

Pourquoi la Lutgarde est si bonne ?

Victor (ravi) : « ah ça, c’est son côté floral. C’est dû au Dry Hopping, une technique de houblonnage à cru qui consiste à ajouter du houblon juste avant l’embouteillage, d’où cet arôme fruité et frais, ce boost de saveurs florales. »

Isabelle-arpin