La Villa Baboucha L’art de ralentir
La Villa Baboucha
L’art de ralentir
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Plus qu’un lieu, la Villa Baboucha est une déclaration d’amour au Maroc et à Essaouira, signée par Emilie Galoux. La décoratrice d’intérieur, qui a fait de la perle de l’Atlantique sa terre d’accueil, a pensé cette propriété comme un havre, où parfum, lumière et matière respirent une authenticité solaire.
En 2017, alors que vous étiez en vacances en famille, le hasard vous mena à découvrir une petite demeure, aux abords d’Essaouira. Dans son sillage, un coup de foudre, point de départ de l’histoire de La Villa Baboucha. Que gardez-vous en mémoire de cette première rencontre avec les lieux ? Une profonde évidence. À l’époque, Essaouira demeurait encore une ville portuaire relativement confidentielle. De notre côté, Jérôme, mon époux, et moi entretenions un attachement très profond pour cette région, où nous nous sommes d’ailleurs mariés. Voilà déjà dix ans que nous étions sous son charme et y revenions très régulièrement, au point d’envisager d’y trouver une maison de vacances. Après plusieurs visites, nous sommes parvenus à cette propriété nichée au cœur des arganiers, dans la campagne berbère. Dès que nous avons franchi son portail, nous nous sommes regardés en sachant que nous allions acheter cet endroit magnifique et le rénover.
De cette première visite à sa métamorphose en une lumineuse résidence, quels auront été les travaux nécessaires ? La maison d’origine a été conçue par Jean Secondi et Aurelio Bonachera, également à l’origine du superbe Jardin des Douars. Voulant préserver leur univers, nous avons choisi de faire appel à l’entrepreneur qui les avait accompagnés dans sa construction. La transformation des lieux s’est ensuite déroulée en deux temps. Nous avons d’abord ajouté un étage à cette villa de plain-pied, créant une double circulation grâce à deux escaliers et portant sa surface habitable à 500 m2. Dans un second temps, elle est passée de trois à six chambres, chacune dotée de sa propre salle de bain et terrasse. Une seconde cuisine a également été ajoutée. En parallèle, nous avons repensé les plans afin d’ajouter de la hauteur et des ouvertures. En rénovant auparavant notre appartement bruxellois, nous avions découvert combien nous étions complémentaires dans ce processus. Jérôme apporte une vision globale de l’espace, des volumes et de la lumière, tandis que je me consacre à l’aménagement, au design et aux finitions.
Comment avez-vous dès lors imaginé la décoration intérieure de la Villa Baboucha ? Je tenais à en préserver l’authenticité, cette beauté chaleureuse façonnée par l’artisanat et les matériaux bruts. Le Maroc est pour moi une terre de créativité, ayant énormément influencé ma pratique de décoratrice. J’ai toujours été sensible à son esthétique sensorielle. J’ai donc privilégié des couleurs, des matières et des objets locaux et préservé cet esprit traditionnel, avec du crépi, de la paille, du bois sculpté, de la laine, des lattis de bois, du tadelakt. Et imaginé une palette ocre, beige et terre, vibrante et apaisée à la fois. Des zelliges verts profonds viennent ponctuer l’ensemble, en écho à la piscine extérieure, installée au cœur de cinq ares de nature.
Aviez-vous, dès le départ, imaginé un un endroit destiné à accueillir des voyageurs ? Cela n’a, en réalité, jamais été notre intention. Nous voulions un lieu où profiter en famille ou entre amis, simplement loué quelques semaines par an à des connaissances. Mais comme nous, ceux qui y séjournaient en sont tombés amoureux et en ont parlé autour d’eux. Avec une portée telle que, dix ans plus tard, la Villa Baboucha est devenue exclusivement dédiée à la location.
Ce projet s’est-il progressivement mué en une expérience de vie ? Totalement. Il nous a conduit à nous installer au Maroc, d’abord à Marrakech puis aujourd’hui à Essaouira. Ce pays est devenu notre foyer et celui de nos enfants, reléguant la Belgique à être un lieu de vacances où retrouver nos proches. Baboucha est aussi devenu le cœur d’un projet plus vaste, puisque nous avons acquis les terrains et la maison attenante, afin de créer un ensemble de deux villas, pensé de manière holistique, comme un espace de bien-être et de quiétude, où se ressourcer, faire du sport, réaliser des retraites de yoga. Nous avons aussi recueilli des animaux maltraités des environs et souhaitons pouvoir offrir un abri à d’autres. Je rêve également d’une boutique de décoration, dont les visiteurs pourraient repartir avec un fragment de l’esprit et de la beauté des lieux.
Qu’est-ce qui justement incarne l’âme de la Villa ? Cet amour que nous avons mis à la concevoir et à l’aménager, en la pensant d’abord pour nous, en chérissant chaque objet et chaque étape de sa création. Cela lui donne un caractère, une atmosphère singulière. Et puis, sans aucun doute, le dépaysement qu’elle procure. Nous voulions un véritable cocon, dans tous les sens du terme. Une gouvernante et un hôte d’accueil veillent au quotidien aux repas et à l’entretien, afin que nos visiteurs profitent pleinement du bonheur du lâcher-prise.
Villa Miraé La douceur de vivre
Villa Miraé La douceur de vivre
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : DR
Au cœur du Cap d’Antibes, la Villa Miraé réinvente l’art de vivre méditerranéen dans une atmosphère feutrée où nature, élégance et gastronomie dialoguent en permanence. Entre promenades au bord de l’eau, parenthèses bien-être et tables signées Mauro Colagreco, cette adresse confidentielle invite à savourer le luxe le plus précieux, celui du temps retrouvé.
Il règne au Cap d’Antibes une ambiance particulière. Ici, les journées commencent souvent par une promenade. Le sentier qui longe la côte déroule ses panoramas entre criques secrètes, villas historiques et Méditerranée scintillante. À chaque détour, la nature semble reprendre ses droits. Le parfum des pins accompagne les marcheurs tandis que la mer, omniprésente, impose son rythme apaisant. C’est dans ce décor préservé, à l’écart de l’effervescence de la Côte d’Azur, que la Villa Miraé, nouveau symbole de l’hospitalité Relais & Châteaux, trouve sa place.
Une fois les grilles franchies, l’atmosphère change encore. L’architecture et les jardins évoquent davantage une élégante hacienda méditerranéenne qu’un hôtel traditionnel. Les espaces s’articulent autour de terrasses baignées de soleil, de patios ombragés et de salons ouverts sur la végétation. Un tout nouveau belvédère dominant la mer invite à se détendre avec une carte sublimée par des mets délicats et des cocktails rafraîchissants. Juste à côté, la piscine apparaît comme une oasis entourée de verdure où le temps semble suspendu. Le sauna et les soins proposés à l’abri des regards permettent, eux, de s’abandonner à une véritable parenthèse de bien-être. Situé en front de mer, à quelques mètres de la résidence, le solarium prolonge cette sensation de douceur.
Les chambres imaginées par Oscar Lucien Ono participent pleinement à cette harmonie. Le designer a privilégié une approche sensible, inspirée des couleurs et des matières du littoral méditerranéen. Les tonalités sable, les bois clairs, les textiles naturels et les détails artisanaux composent des cocons lumineux où l’élégance s’exprime sans ostentation. Chaque élément semble dialoguer avec l’environnement extérieur avec, comme première ouverture, une terrasse imposante.
L’âme de la Villa Miraé se révèle également à table. Avec le chef triplement étoilé Mauro Colagreco à la direction gastronomique, mondialement connu pour son restaurant Le Mirazur à Menton, l’établissement s’offre une signature culinaire en parfaite résonance avec son environnement. Une cuisine profondément ancrée dans le végétal, attentive aux saisons et guidée par le respect du produit.
Cette philosophie s’exprime pleinement au restaurant Amarines. Avant même les premières assiettes, le ton est donné à travers une remarquable succession de mises en bouche. Créatives, précises et délicates, elles témoignent d’un véritable travail d’orfèvre. Lors de notre passage au printemps, la tarte aux asperges et lard de Colonnata illustre parfaitement cette recherche d’équilibre. Le sabayon marbré à l’ail des ours et au vin jaune apporte profondeur et complexité tandis que la morille vient souligner le caractère printanier de l’ensemble.
Le canard de Challans constitue un autre temps fort du repas. Présenté en deux façons, il révèle toute l’étendue du savoir-faire des équipes. D’un côté, une version laquée au miel et aux épices, accompagnée d’une blette farcie au citron Meyer et aux olives ainsi que d’une fregola sarde délicatement travaillée. De l’autre, une interprétation plus inattendue où le canard se retrouve niché dans de fins raviolis casoncelli servis avec un consommé aux blettes et olives taggiasches. Un plat d’une grande précision où puissance et finesse avancent main dans la main.
Comme souvent chez Mauro Colagreco, les légumes ne jouent jamais les seconds rôles. Ils occupent une place centrale dans le récit gastronomique, apportant relief, fraîcheur et complexité. Ce travail végétal, omniprésent tout au long du dîner, constitue l’une des signatures les plus séduisantes de l’expérience.
Le dessert consacré aux fraises de Provence conclut le repas avec beaucoup d’élégance. Les fraises et le fenouil confits dialoguent avec une gelée délicate et une crème glacée à la verveine dont les notes herbacées prolongent admirablement les saveurs du fruit.
L’un des grands souvenirs de cette soirée reste également l’accord mets-vins. Pensée avec précision, la sélection accompagne chaque assiette sans jamais la dominer. Les associations mettent en valeur les nuances des plats et participent pleinement à l’expérience globale.
Le lendemain matin, l’expérience se poursuit autour d’un petit-déjeuner généreux. Pour les plus matinaux, une séance de yoga est proposée un dimanche par mois pendant l’été dans la douceur du réveil méditerranéen. Parmi les autres rendez-vous pris, les soirées candle light, organisées chaque jeudi, créent une atmosphère intime propice à la rêverie. Parce que l’émerveillement est loin d’être un mirage.
Le Château de Valmer - Refuge d’un bonheur souverain
Le Château de Valmer
Refuge d’un bonheur souverain
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Aurélien Cubeddu
Sous le ciel méditerranéen, dans une nature qui se dévoile à perte de vue, le Château de Valmer prend des airs de paradis préservé. Ici, entre vignes et mer, à distance du tumulte, la Riviera se révèle sous son visage le plus solaire. Celui d’une sérénité devenue le luxe ultime.
C’est une destination confidentielle que l’on aimerait garder pour soi, comme un secret précieux. À quelques minutes de Saint-Tropez et de Ramatuelle, assez proche pour en sentir l’énergie sans en subir l’effervescence, Gigaro abrite le Château de Valmer. Dans le paysage vallonné de La Croix-Valmer, ses pins parasols et ses plages de sable blond, cette ancienne bastide du 19e siècle devenue hôtel prestigieux a tout d’une rencontre. Celle d’un paysage vivant et d’un art de vivre, du chant des oiseaux et des hortensias en fleurs à l’excellence d’une table. Un rendez-vous marqué par le parfum de l’eucalyptus et le vent dans les cyprès autant que par la beauté de la propriété qu’ils enveloppent. Un mariage de l’élégance et de l’authenticité.
La tradition du temps suspendu
Le Château de Valmer incarne l’excellence et le raffinement des établissements Relais & Châteaux. Mais c’est ailleurs que se joue véritablement l’exception, dans ce sentiment profond d’être accueilli, jusqu’à devenir peu à peu intime des lieux. Une philosophie qui a façonné la demeure autant que ses murs aux tons sable, enduits à la chaux, et son toit de tuiles canal. Acquise en 1946 par la famille Montloin Rocchietta, cette maison bourgeoise privée devint d’abord une pension de famille, avant d’évoluer au fil des décennies pour se transformer en 2013 en hôtel cinq étoiles. De ce passé demeure une hospitalité fondée sur le goût du partage et le plaisir de recevoir, transmis en héritage. Jusqu’à aujourd’hui, les générations se sont ainsi succédé à la tête du Château et continuent d’en perpétuer le charme avec fidélité.
Habiter le paysage
Au sein du domaine, les instants se vivent au rythme d’une nature préservée. Celle d’un vaste parc de cinq hectares dont la demeure et ses terrasses étagées forment le cœur battant. Le bâtiment principal, comptant vingt et une chambres, a été prolongé en 2007 par une aile de même capacité, accueillant également un spa. Deux cabanes perchées dans les arbres et une villa sont également venues compléter l’ensemble. Une métamorphose en douceur, conçue avec délicatesse dans le respect de l’esprit originel et d’un caractère provençal auquel se mêlent des touches méditerranéennes. Des tableaux champêtres habillent les murs tandis que les meubles en bois foncé accueillent céramiques, jarres et bouquets fraîchement composés. Les poutres apparentes et les teintes naturelles font écho à la lumière dorée du jardin, qui s’invite à travers les vastes ouvertures.
Dans les chambres, la décoration et l’aménagement déclinent cette même inspiration entre tomettes et lits à baldaquin, motifs fleuris et coloris apaisants. Toutes uniques, elles ont été pensées individuellement pour renforcer cette sensation rare d’un second chez soi. Une impression qui se prolonge au SPA By Clarins. Dès l’entrée, les fauteuils moelleux, la bibliothèque et les tables basses parées de bougies et de beaux ouvrages évoquent davantage un élégant salon qu’un espace wellness traditionnel. Soins et massages, hammam, sauna et vaste piscine intérieure ouverte sur l’extérieur, engagent chacun, petit ou grand, à composer son propre rythme, entre détente et moments partagés.
L’élégance à la carte
De fait, le Château de Valmer a à cœur de nourrir le bien-être sous toutes ses formes, qu’il prenne celle d’une séance de yoga, d’une partie de pétanque ou plus littéralement, du bonheur gastronomique. Après avoir œuvré aux côtés d’Hélène Darroze à la Villa La Coste, Thomas Pezeril est devenu, début 2026, le chef exécutif des différents restaurants du domaine. Des vignes du jardin, il tire un délicat rosé maison et du vaste potager, les légumes, fruits, fleurs et herbes qui s’affirment au cœur de sa subtile signature culinaire. À la Palmeraie, table étoilée au Guide Michelin, qui propose deux menus en six temps, l’un du terroir, l’autre travaillant superbement le végétal. Comme à la Bastide, où son approche généreuse et précise se décline sous forme de partition bistronomique provençale. Le plaisir se prolonge aussi, les pieds dans l’eau, à La Pinède Plage, qui nous entraîne hors des murs du château, sans totalement le quitter. Au bout de la majestueuse allée de palmiers Phoenix qui traverse le parc, un chemin mène ainsi à une plage privée et au second hôtel des propriétaires, posé face aux dunes de Gigaro. Et à une table où la Méditerranée est, cette fois, mise à l’honneur avec finesse et le même goût de l’accueil. Car le Château de Valmer incarne bien plus qu’un décor, une véritable philosophie. Celle qui transforme un coup de foudre en amour profond et crée des souvenirs appelant un retour. La promesse d’une émotion, comme seuls en laissent les lieux que l’on habite vraiment.
IBÙ l’appel à la nature et à l’émotion
IBÙ
L’appel à la nature et à l’émotion
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Nathan Joachim
À moins d’une heure de Bruxelles, IBÙ a ouvert ce printemps les portes d’une expérience immersive et authentique. Celle d’un séjour où l’on habite le paysage, savourant le plaisir de l’instant.
C’est par un discret panneau, à l’entrée du domaine viticole de Mehaignoul, en région namuroise, que débute la découverte. Trois lettres y figurent : IBÙ. Devant lui s’étendent des vignes et des bois à perte de vue, sans qu’aucune présence humaine ne trouble l’horizon. Un chemin serpente dans la nature, nous invitant à le suivre. Après quelques mètres, une silhouette de bois se dessine enfin, celle d’une petite maisonnette sur pilotis, dotée d’une terrasse et d’un bain nordique, presque irréelle dans le panorama environnant. Deux tiny houses sont ainsi disséminées dans ce décor suspendu, à distance confortable l’une de l’autre. Deux « cocons », comme les désigne leur nom, un terme qui n’aurait pu être mieux choisi pour les raconter. À l’intérieur, les matières organiques et les couleurs douces composent une atmosphère apaisante. Un coin cuisine, une table, une salle de bain privative et un vaste lit y prennent place. Un habitat miniature, qui semble pourtant s’étendre jusqu’à l’infini, grâce à une baie vitrée ouvrant tout un pan de mur sur le paysage.
Loin du monde pour mieux s’en rapprocher
C’est là que réside la vraie expérience IBÙ. Non dans un simple logement insolite, mais dans la sensation de respirer, manger, dormir au cœur des vignes, bercé par le soleil et le vent, sans aucune barrière. Créer des lieux qui reconnectent au moment présent est le leitmotiv de Mallen Jallow, fondatrice du projet. Une aventure qu’elle a dédiée à Ibrahim, son père disparu surnommé « Ibou », qui lui a transmis le goût de l’hospitalité, de l’humain et de la durabilité. IBÙ prolonge ainsi l’immersion dans la nature par un univers de créateurs et d’artisans belges. Les formules gourmandes proposées proviennent de la ferme de Warichet, à proximité, tandis qu’une bouteille de bulles du domaine attend les résidents à leur arrivée. Des soins issus de labels belges agrémentent la cabane. Les heures s’écoulent, les premières étoiles apparaissent et l’on perd peu à peu ses repères. Le sud de la France n’a jamais été si proche. Une impression qui n’a rien d’un hasard. Mallen Jallow entend décliner le concept à d’autres domaines et châteaux, dans et hors de nos frontières, comme autant de haltes qui font sens.
Hektor Refuge d’art et de nature
Hektor
Refuge d’art et de nature
Mots : Laura Swysen
Photos : Yves Drieghe
Bert Pieters et Yves Drieghe ont tout plaqué pour s’installer à Los Valles, un petit village rural de Lanzarote. Dans leur finca traditionnelle nichée entre collines et champs de lave noire, les deux anciens publicitaires de Gentbrugge mènent une vie aux antipodes de leur quotidien d’autrefois. Entre océan et volcans, ils partagent désormais leur temps entre maison d’hôtes, résidence d’artistes, vergers et animaux recueillis.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter votre agence de branding en Belgique pour vous installer à Los Valles ? La Covid nous a servi de déclic. Dès la première semaine de télétravail, nous avons réalisé que notre présence n’était plus indispensable. Notre idée initiale était de partir vivre à l’étranger pendant un an, mais nous avons vite changé d’avis. Quitte à déménager dans un autre pays, autant le faire à fond. Nous avons vendu notre agence. Il ne nous restait plus qu’à choisir l’endroit. Tout se jouait entre la Suède et Lanzarote, deux destinations que nous adorons. Mais le climat nous a aidés à trancher ! Nous avons eu un immense coup de cœur pour cette finca, même si nous appréhendions, dans un premier temps, son gigantesque terrain agricole de 2 hectares.
Ce changement radical a-t-il modifié votre perception de la vie ? Avant de déménager, nous étions constamment sous pression. Nous réalisons maintenant les dégâts que nous nous sommes infligés durant toutes ces années. A contrario, nous avons aussi appris qu’un mode de vie « à la slow » exigeait un travail acharné, tant sur le plan physique que mental. C’est très gratifiant de vivre près de la nature, entourés d’animaux, et d’œuvrer pour un projet qui incarne nos valeurs.
Le design et l’art jouent un rôle central dans votre établissement. Quelles ont été vos inspirations ? Nous collectionnons des œuvres design et créations d’art graphique depuis deux décennies. Ces collections nous ont bien évidemment suivis dans notre nouvelle demeure ! Quand nous avons aménagé Hektor, nous voulions que les gens se sentent comme chez eux. Nous ne sommes pas un hôtel classique. Nous disposons de vraies pièces de vie. Chaque suite est différente. La première, très traditionnelle, a été décorée à partir d’objets trouvés dans la ferme et de souvenirs de nos grands-parents. Une autre s’inspire de la flore de Lanzarote. L’agencement change sans cesse.
Parlez-nous de votre programme de résidence pour artistes ? L’art est une forme d’activisme, une manière d’exprimer sa vision d’un monde meilleur. Nous fermons la partie maison d’hôtes pendant quelque temps pour nous consacrer pleinement à ce programme. De mai à juillet, cinq artistes séjournent ici. Ils apprennent à se connaître et s’influencent mutuellement. Il n’y a aucune pression de notre part, mais ils nous laissent souvent des œuvres que nous exposons ensuite dans nos suites. Certains font de la céramique avec l’argile récoltée sur nos terres, d’autres utilisent des pigments naturels tirés des plantes de l’île. Nous encourageons les artistes à décrocher de leur quotidien pour se reconnecter à la nature. Et ça fonctionne. Ils sont très nombreux à revenir.
Vous hébergez de nombreux animaux sauvés. Racontez-nous comment ce refuge est né. Un peu par accident ! Nous faisions du bénévolat dans un centre et ils ont accueilli un nouveau pensionnaire, Silvestre, un âne solitaire qui n’avait jamais sociabilisé avec les humains. Étonnamment, il a créé un lien très fort avec nous et on nous a suggéré de l’adopter. D’autres pensionnaires l’ont rejoint. Nous avons désormais des moutons, un canard ou encore des cochons. Ils contribuent énormément à notre bien-être émotionnel et à celui de nos invités.
Cette proximité avec la nature se reflète aussi dans vos assiettes… Nous proposons une cuisine végane et locale, préparée à partir des produits de nos cultures. Dans notre maison, aucun mal n’est fait aux animaux. C’est moi qui suis derrière les fourneaux et cette aventure m’a fait réaliser que je ne me débrouillais pas trop mal. Ma mission ? Prouver à nos invités que la nourriture végane peut être savoureuse.
Vous disiez que vous appréhendiez de devenir propriétaire d’une aussi grande parcelle agricole. Quels sont vos projets pour celle-ci ? Légalement, nous sommes les propriétaires de ce domaine, mais nous ne nous considérons pas comme tels. Nous avons la responsabilité d’entretenir cette terre et de l’améliorer pour les générations futures. Nous avons déjà planté plus de 300 arbres et nous en ajouterons 150 cet automne. Végétaliser les terres prévient l’érosion, rafraîchit l’atmosphère et améliore la gestion de l’eau. Nous aspirons à créer une véritable oasis verte. Si vous regardez le domaine depuis le haut de la colline, vous verrez que la verdure recouvre déjà une grande partie du terrain. Depuis que nous avons emménagé, la biodiversité a explosé. C’est spectaculaire de voir à quel point la nature peut se régénérer avec un peu d’intervention humaine réfléchie.
Le Domaine de Verchant - Une terre de grâce
Le Domaine de Verchant
Une terre de grâce
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
À seulement quelques minutes du centre de Montpellier, l’agitation de la métropole laisse place à un parfum d’ailleurs et à un ciel qui n’a jamais semblé plus bleu. Au Domaine de Verchant, la beauté se fait récit et l’héritage esquisse de doux horizons.
Les lieux d’âme sont souvent indissociables de très belles histoires. Le Domaine de Verchant en est l’illustration. Au cœur des vignobles du Languedoc-Roussillon, il s’inscrit dans un récit entamé il y a plus de vingt siècles, dès l’époque gallo-romaine. L’architecture classique, les fontaines en pierre d’inspiration provençale, les jardins luxuriants et romantiques aux arbres centenaires racontent le passage du temps et la fierté d’un patrimoine non seulement préservé mais sublimé. Il faut remonter à 1582 pour comprendre pleinement la genèse des lieux. À cette date, l’évêque de Montpellier cède cette propriété de 100 hectares à Pierre Verchant, qui lui donne son nom. Pendant plus de 200 ans, la demeure seigneuriale et son merveilleux parc se transmettent alors au sein d’une même lignée. Se succèdent ensuite plusieurs acquéreurs, jusqu’à ce qu’ en 2002, Chantal et Pierre de Mestre en deviennent les nouveaux propriétaires et ce qui devait au départ être une résidence familiale se transforme quatre ans plus tard en un établissement haut de gamme. Ce n’est pourtant pas dans l’hôtellerie que le couple a fait ses armes, mais dans le prêt-à-porter pour enfants, via la création de l’enseigne Orchestra. Mais en acquérant le Domaine de Verchant, c’est une vision qui les guide. Celle d’un lieu de caractère et d’émotion, où coexisteraient harmonieusement les influences. Un endroit qui ne se contenterait pas d’une restauration mais entremêlerait les époques, comme si elles s’étaient toujours répondues.
L’art de vivre ancré dans le paysage
Après avoir rejoint en 2013 le célèbre label Relais & Châteaux, le couple redessine progressivement les lignes du domaine, jusqu’à acter, l’an dernier, un profond virage. C’est à l’architecte Pascal Mégias que l’on doit cette métamorphose magistrale, venue ajouter à la bastide d’origine une seconde aile composée de trois bâtiments. Parmi ceux-ci, un impressionnant cube de verre abrite désormais le lobby, tandis qu’aux 24 chambres et suites de la maison de maître, s’ajoutent également 25 nouveaux logements. Les lignes épurées du design contemporain s’inscrivent dans la continuité des pierres blondes et des toits de tuiles canal. L’élégant mobilier aux alliances de bois clair, de lin et de laine, répond aux mosaïques et menuiseries anciennes. Meubles sur mesure et créations de designers italiens aux teintes sable et beige forment un trait d’union entre les deux atmosphères, entre modernité lumineuse et esprit méditerranéen. Le goût et le caractère s’y déploient dans une même sensorialité. Plus qu’une extension, c’est un prolongement. Celui de la nature, qui pénètre les espaces et en devient un fil rouge, entre lumière et sérénité.
Une éternelle réinvention
La beauté du domaine se vit plus qu’elle ne se raconte, tant elle mêle les énergies. Celle d’une véritable retraite, qui, dès les premiers instants, modifie le rythme et le regard. Celle aussi d’un lieu audacieux, constamment en réinvention, autant par son cadre que par son expérience et sa gastronomie. Dans un décor organique, où les arbres s’invitent au centre de la salle et se dessinent sur les murs, Marcelle, le restaurant gastronomique, accueille depuis quelques mois un nouveau chef. Guillaume Cocault, formé au sein du triplement étoilé Hôtel du Castellet, y dévoile son amour des produits de la mer. Comme des tableaux, ses créations aux noms poétiques affirment le respect des matières premières et la délicatesse des saveurs. La Fleur Végétale marie l’artichaut à la capucine et au kumquat. La Pièce d’Or associe en finesse les asperges blanches au Saint-Pierre. La Reine Printanière mêle la fraise au concombre sur fond de crème aigre. La balade est élégante et se prolonge avec gourmandise à La Plage, seconde table de l’établissement. L’entrée sous une pergola ornée de glycine, les tables aux fauteuils crème installées en bord de piscine et, bien sûr, les assiettes gorgées de soleil respirent l’évasion.
Le spa participe pleinement à l’identité du lieu, lui conférant une dimension supplémentaire, incomparable et exclusive. 2 150 m² d’espaces de bien-être intérieurs et extérieurs, dont les jacuzzis, sauna, hammam, bains nordiques et à remous, séduiront les épicuriens. Tandis que ses offres de soins visage et corps, employant des technologies de pointe telles que radiofréquence, cryothérapie, infrarouges et pressothérapie, apportent une expérience holistique prestigieuse. Cet été marque également le lancement des programmes RESET. Des parenthèses de trois, six ou neuf jours dédiées au sommeil, à la beauté, à la détox, au renforcement corporel, ou pour les sportifs, au golf ou au tennis. Autant de nouvelles raisons de découvrir le Domaine de Verchant, ou d’y revenir, au rendez-vous de l’exception.
Maison Barrière Vendôme Où Paris raconte l’exception au féminin
Maison Barrière
Vendôme Où Paris raconte l’exception au féminin
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Patrick Messina
Raffinée, intemporelle, inspirante, la Maison Barrière Vendôme est l’incarnation du Paris que l’on aime. Dernier né du Groupe Barrière, l’hôtel ouvre les portes d’un aparté précieux et exclusif au sein de l’un des quartiers les plus emblématiques de la Ville Lumière, inspiré par des femmes qui ont marqué leur époque.
D’un côté se dévoile la Place Vendôme, ses boutiques et ses prestigieux rendez-vous. De l’autre le Jardin des Tuileries, dont les allées lumineuses, les sculptures et les étendues d’eau, mènent au Louvre et à la Place de la Concorde. C’est ici, au cœur du 1er arrondissement de Paris, que s’élève la Maison Barrière Vendôme. Un cadre au croisement de l’histoire et du luxe, idéal pour célébrer l’art de vivre à la française sous l’emblème Barrière.
De Cannes à New York, du Fouquet’s au Normandy, le groupe hôtelier a façonné au fil du temps son identité comme une véritable signature de raffinement et d’excellence. Un héritage que leur plus récente adresse parisienne, inaugurée en janvier 2025, prolonge avec justesse et élégance. L’occasion également de lancer un nouveau concept d’hospitalité, Maison, dont l’échelle rappelle celle d’un hôtel particulier. Seules 26 chambres et suites occupent ainsi les sept étages de l’établissement, garantissant une atmosphère profondément intimiste. Une expérience empreinte de caractère et de cachet, imaginée comme un hommage aux femmes à travers le temps.
Au fil des époques et des destinations
Car ce sont bien elles, poétesses, actrices, aventurières et écrivaines illustres, qui font rayonner la Maison Barrière Vendôme. Une présence d’abord discrète dans le hall, dont les murs vert d’eau et le marbre veiné accueillent de délicats éventails sous verre, donnant le ton du charme classique qui imprègne l’hôtel. Le vrai voyage commence ensuite, en empruntant l’arche et l’escalier que l’artiste Clémentine de Chabaneix a sculpté de feuillages et d’animaux. Premier arrêt, le Frida, speakeasy confidentiel célébrant l’iconique peintre mexicaine. Tel un éclat flamboyant, il bouscule l’atmosphère de l’hôtel, le parant d’audace et de sophistication. Vitraux colorés, lustres en verre de Murano et sonorités d’Amérique latine entourent des banquettes aux motifs bordeaux et bleu électrique. On se régale ainsi de l’ambiance chaleureuse du bar et surtout de ses cocktails signatures Serena, Angela ou encore Greta.
Un passage discret mène alors à la partie restaurant, un cube de verre niché dans une cour intérieure aux murs végétalisés. Paris semble soudain si loin. À l’intérieur, des tables éclairées à la bougie renforcent l’atmosphère de refuge urbain. De grands rideaux ocres peuvent se déployer pour masquer l’extérieur et créer un effet glamour, ou rester ouverts sur le patio pour profiter des jours ensoleillés. Côté carte, bouchées légères à partager et assiettes généreuses mêlent les recettes françaises et les saveurs du monde. La gourmandise voyage à travers les fuseaux horaires avec des Gyozas de crevettes, mangue, tom yum, un Cheeseburger au bœuf wagyu ou encore du Chou-fleur confit, suivis d’une sélection de desserts du chef Christophe Adam.
L’histoire au féminin pluriel
Vient ensuite le moment d’un tête-à-tête d’une beauté rare, conçu par l’architecte d’intérieur Daniel Jibert, designer de l’hôtel. Simone de Beauvoir, Audrey Hepburn, Nina Simone, Agatha Christie…, chaque chambre de la Maison Barrière Vendôme porte le nom et reflète l’esprit d’une héroïne ayant défié les conventions de son époque. Ainsi, sous les plafonds aux poutres de bois et un décor aux inspirations haussmanniennes, chacune, unique, rappelle sa muse. Des motifs de palmiers dorés et du velours pour illustrer la carrière hollywoodienne de Marlène Dietrich. Une tête de lit ethnique et des peintures aux motifs de plume dans une ambiance Folies Bergères pour Joséphine Baker. Une vaste bibliothèque agrémentée d’une cheminée chez George Sand. Livres, cadres, signets et même poignées de porte viennent à chaque instant parfaire l’émotion, éveiller la curiosité, raviver le témoignage du temps. Plus qu’un séjour, c’est une expérience qui mêle avec grâce les époques.
La narration s’en poursuivra d’ailleurs en beauté dans les prochaines semaines avec l’inauguration d’une parenthèse bien-être, installée au sous-sol, sous les voûtes préservées du bâtiment. Un espace sensoriel qui mêlera cabines de soin, bassin froid et sauna, et dont l’offre de soins composée comme une collection haute couture a aussi été pensée par une femme, l’experte Elodie Raheria. Un nouveau chapitre pour un récit d’exception.
Mondrian Bordeaux Les Carmes - Un jardin secret enchanteur
Mondrian Bordeaux Les Carmes
Un jardin secret enchanteur
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Gaelle Le Boulicaut
La beauté d’une œuvre d’art, l’atmosphère d’un havre. Le Mondrian Bordeaux Les Carmes redéfinit l’essence d’une escapade urbaine inoubliable et révèle une nouvelle fois le talent du designer Philippe Starck pour transformer l’exception en une véritable destination.
C’est au cœur des Chartrons, quartier emblématique de son patrimoine viticole, que Bordeaux accueille un hôtel qui a tout d’un grand millésime. Installé dans les anciens chais de la prestigieuse Maison Calvet, le Mondrian Bordeaux Les Carmes impressionne d’emblée par le cachet de sa façade de pierres blondes et de ses colonnes, héritées du 19e siècle. Passé le seuil pourtant, l’atmosphère se métamorphose et la grandeur laisse place à un écrin confidentiel, au charme envoûtant.
Une grâce singulière
Sous la bannière du groupe hôtelier Ennismore, c’est le célèbre designer Philippe Starck qui en a signé l’aménagement intérieur, imaginé comme un véritable voyage sensoriel où la lumière tient un rôle de choix. Elle joue ainsi avec une palette de tons terracotta, beige, grenat et chocolat, effleure les textures de bois vernis, cuir, lin et béton sculpté. Tantôt discrète, elle accompagne l’ambiance feutrée d’un lobby aux airs de luxueuse cave à vins, tantôt rayonnante, elle inonde les couloirs ouverts sur une cour intérieure végétale, dont la terrasse accueille des petits-déjeuners ensoleillés et des dîners aux airs d’été.
Les 97 chambres et suites que compte l’établissement mêlent, elles aussi, les influences, les inspirations et les contrastes pour composer une harmonie subtile, comme seul Philippe Starck sait en réaliser. Les moulures rappellent l’élégance parisienne tandis que les volumes et leurs multiples niveaux apportent une dose d’audace. De grands miroirs font écho aux pièces d’eau des quais de Bordeaux, des vases et poteries en terre cuite évoquent eux des accents méditerranéens. Les matières sont nobles, les meubles bigarrés, les objets anciens et modernes ressemblent à des trésors chinés aux quatre coins du monde. Et l’on pourrait passer des heures à observer ce décor raffiné et profondément chaleureux à la fois, continuant sans cesse d’en découvrir de nouveaux détails.
Multiplier les plaisirs
Invitation à laisser le monde et ses obligations derrière soi, le spa de l’hôtel poursuit cette immersion de beauté et de sérénité, enveloppée d’un parfum de voyage. Dans les fauteuils d’osier et les transats aux coussins colorés bordant la piscine intérieure de 45m², il est facile d’oublier qu’au dehors nous attend la ville et la vie quotidienne. Proposant des cabines de massage, un sauna, un hammam, des rituels beauté et des soins pointus, l’espace bien-être du Mondrian Bordeaux Les Carmes est un passage tout aussi doux qu’incontournable.
Mais c’est pourtant la cuisine qui achève d’élever l’hôtel au rang de véritable référence. Dans son restaurant, Masaharu Morimoto nous donne rendez-vous pour une expérience qu’il serait impensable de manquer. L’exceptionnel chef japonais, à la reconnaissance internationale, signe en effet au Mondrian Bordeaux sa première adresse européenne. Et le résultat est tout simplement époustouflant. C’est derrière un comptoir vitré entouré d’un bar que la magie opère, associant les saveurs asiatiques et la gastronomie occidentale, avec une finesse rare. Aburis sushis cuits à la flamme, tempura de crevettes popcorn, sans oublier Buri Bap, recette créée par Morimoto et inspirée du bibimbap coréen, sont de véritables explosions de saveurs. Une touche de gourmandise française vient compléter l’ensemble, avec une sphère de chocolat à fondre de plaisir. Le décor, avec ces multiples lampes Noguchi, ses lanternes et ses calligraphies, rencontre les lustres de fer forgé, les motifs orientaux et la brique bordelaise et superpose une nouvelle fois les univers. Entre aventure et parenthèse, délicatesse et caractère, le Mondrian Bordeaux Les Carmes ne s’affirme pas seulement comme un hôtel mais comme une véritable histoire d’amour.
Villa Pétrusse - La parenthèse secrète de Luxembourg
Villa Pétrusse
La parenthèse secrète de Luxembourg
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Gaelle Le Boulicault
À deux pas du centre de Luxembourg-Ville, la Villa Pétrusse offre une échappée inattendue. Restaurée pendant près de cinq ans, cette grande demeure du XIXe siècle abrite aujourd’hui un hôtel confidentiel membre de Relais & Châteaux où l’on vient chercher le calme, la gastronomie et l’élégance d’une maison chargée d’histoire.
Il faut parfois quitter la rue de quelques mètres seulement pour découvrir une ville autrement. À peine le portail franchi, la Villa Pétrusse réussit à s’extraire du rythme effréné de la capitale du Luxembourg. Pourtant, le célèbre pont Adolphe et le centre ne sont qu’à quelques minutes à pied. Dominant la vallée de la Pétrusse, cette élégante demeure du XIXe siècle a rouvert ses portes en 2025 à la suite de près de cinq années de restauration. L’ancienne Villa Baldauff est devenue un hôtel discret de vingt-deux chambres, membre de Relais & Châteaux, où l’on a davantage le sentiment d’être invité dans une maison de prestige.
Notre chambre se situe dans l’aile qui abritait autrefois les écuries et le garage. L’endroit a été entièrement réhabilité mais l’esprit des lieux a été préservé. Du parquet en chevron aux teintes naturelles en passant par les lignes sobres, l’ensemble compose une atmosphère douce et apaisante. Sur les murs, quelques cadres racontent l’histoire du chantier et des différentes étapes de la transformation. Une manière élégante de rappeler que cette adresse contemporaine repose avant tout sur un patrimoine soigneusement restauré. Au-dessus du lit, une aquarelle attire le regard. Elle représente un paysage du Luxembourg inspiré du travail de l’architecte et peintre Sosthène Weis. L’image, agrandie et intégrée à la décoration, agit comme une fenêtre supplémentaire sur la ville.
Mais le véritable spectacle se trouve derrière les vitres. La chambre s’ouvre sur le parc privé qui entoure la villa, un véritable poumon vert au cœur de la capitale. Tilleuls, houx ou encore cèdre du Liban composent ce jardin ancien qui descend doucement vers la vallée. En hiver, lorsque les branches se dégarnissent, la vue s’étire jusqu’aux toits de la ville et aux arches du pont Adolphe. Aux beaux jours, la végétation transforme le paysage en tableau presque romantique. Dans tous les cas, le silence du décor surprend.
Le soir, les salons historiques de la demeure principale prennent toute leur dimension. L’apéritif est servi dans le salon Bourbon, dominé par une impressionnante cheminée d’époque et un lustre spectaculaire. Les bulles du domaine luxembourgeois Alice Hartmann ouvrent la soirée, accompagnées de quelques bouchées pleines de caractère : une surprenante revisite de la soupe à l’oignon transformée en amuse-bouche, un taco croustillant de chou-fleur au curry vert ou encore un flan royal japonais qui annonce déjà les influences asiatiques de la cuisine.
Le dîner se poursuit au restaurant gastronomique Le Lys, installé dans les anciennes pièces de réception où vivaient autrefois les propriétaires de la villa. Ce soir-là, cependant, l’expérience prend une tournure particulière avec une invitation à la table des chefs. Deux tables seulement, situées à proximité immédiate de la cuisine et accessibles en traversant les coulisses du restaurant et la pâtisserie attenante, garnissent les lieux. Une fois assis, la vue s’ouvre d’un côté sur le parc et de l’autre sur un vitrail datant d’une autre époque.
Aux commandes du restaurant, le chef luxembourgeois Kim de Dood propose une cuisine personnelle qui revisite le terroir local en y glissant des influences asiatiques. Après plusieurs années passées à Singapour, où il a notamment décroché deux étoiles Michelin au restaurant Saint-Pierre, il est revenu au pays avec l’envie de proposer une gastronomie à la fois ancrée et ouverte sur le monde. Le menu Éveil reflète bien cette approche. Parmi les assiettes marquantes, une truite séchée pendant une semaine révèle une profondeur de goût remarquable. Les kniddelen, spécialité emblématique du Luxembourg, apparaissent dans une version étonnamment légère mais toujours gourmande. Au fil du repas, des touches de yuzu, de bouillons délicatement parfumés ou de condiments épicés rappellent le parcours asiatique du chef. L’expérience est finalement presque immersive avec une brigade qui s’active à quelques mètres et un chef qui vient présenter les assiettes.
Le lendemain matin, le petit-déjeuner est servi dans le salon Marie-Thérèse qui s’ouvre largement sur le parc. Entre ses grands miroirs, ses fresques, ses papiers peints historiques et son lustre monumental, le « cœur majestueux de la maison » nous embarque dans un monde qui comblera à coup sûr les fans de la série « Bridgerton ». Au final, on vient souvent au Luxembourg pour ses paysages, la Moselle ou la vallée des châteaux. Mais au cœur même de la capitale, la Villa Pétrusse offre une autre forme d’évasion. Et, comme le bon vin, elle ne fait que s’embellir en vieillissant.
Quand Gand se fait Jam
Quand Gand se fait Jam
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Bracket studio
Après Bruxelles et Lisbonne, c’est à Gand que Jam Hotels a, cet automne, inauguré une nouvelle adresse, fidèle à son inventivité emblématique. Toujours sous l’impulsion de Nelson Group et du designer Lionel Jadot, ce troisième établissement, arty et industriel, réinterprète l’hospitalité sous son jour le plus créatif.
Un esprit libre. Une énergie, chaleureuse, éclectique et communicative. Bien plus qu’une marque hôtelière, Jam, c’est un univers, affirmé et multiple à la fois, comme le confirme ce troisième pied à terre, dévoilé à Gand en octobre 2025. Tout avait démarré il y a six ans, par la transformation d’une ancienne école d’art saint-gilloise, suivie en 2022 par la restauration d’un immeuble de bureaux au cœur de la capitale portugaise. C’est désormais dans la monumentale Leopoldskazerne, que Jam a pris ses nouveaux quartiers. Cette ancienne forteresse militaire du début du 20e siècle, installée tout à proximité du vivier culturel du Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) et du S.M.A.K., s’est reconvertie en emplacement verdoyant et branché accueillant aujourd’hui, en parallèle à l’hôtel, des logements et des bureaux.
Et il faut dire que Lionel Jadot n’aurait pu trouver terreau plus grandiose pour nourrir son esthétique unique. L’empreinte du flamboyant designer belge imprègne le moindre élément de l’établissement, déjouant les codes et détournant les objets et les structures en un mix détonnant. C’est ainsi que les murs de pierre, les cheminées ouvragées et les colonnes d’époque accueillent des graffitis, des meubles de récupération et une moto vintage. Tandis que des bâches plastiques superposées pour former des tapis, des plaques de métal et des croquis techniques deviennent de véritables œuvres décoratives.
Une ode au design brut, authentique et singulier
Dans chaque espace, l’audace graphique règne en maître. À commencer par Kaiju, la cantine asiatique, qui après avoir investi l’entrée du Jam Brussels, occupe aussi celle de Gand. Dans le lobby, le comptoir d’accueil se voit prolongé par celui des cocktails, abolissant les cadres et les genres, comme le font d’ailleurs le mélange de béton et bois des lieux, et l’alliance surprenante de lampes aux abat-jours en mycélium et de blocs de plâtre sculptés. Les accords d’une cuisine street-food gourmande s’y jouent au rythme d’une playlist fusion, alors que le public et l’ambiance se transforment progressivement au fil des heures, en un mélange toujours plus festif et éclectique. Un art de recevoir savamment anticonformiste, qui se prolonge au sein de la salle de petit-déjeuner aux airs d’atelier d’artistes mais aussi du côté Neko, le bar installé en rooftop et de sa piscine avec vue imprenable sur les monuments iconiques de la ville que sont l’abbaye Saint-Pierre et le Boekentoren, sans oublier le parc de la Citadelle
L’audace en conscience
Véritable manifeste ayant façonné le concept des Jam Hotels, la démarche circulaire et écologique tout comme l’upcycling s’imposent à nouveau dans ce troisième établissement. Comme ses prédécesseurs, on retrouve aux commandes de sa conception et de son ergonomie, le Nelson Group, fonds soutenant des projets engagés ainsi que le concours d’un collectif travaillant avec Lionel Jadot et impliquant des ingénieurs, écologistes, artisans et designers belges, afin de concevoir une adresse participative et durable, autant que conviviale. Une hospitalité vivante et empreinte d’âme, qui se reflète particulièrement dans les 107 chambres de l’hôtel. Un seul mot d’ordre : oser, sans concession. Par des mezzanines et des lits superposés à l’armature faite de conduits comme par le béton apparent et les traces de peinture. Mais également en transformant des caissons plastiques en tables de nuit et des pièces de jeans recyclés en plaids originaux.
Le Jam Gand résonne comme un récit inédit, à la vibe décontractée et chaleureuse où tout est matière à devenir expression. Un hotspot contemporain et urbain à l’héritage historique affirmé, imposant joyeusement son atmosphère de laboratoire expérimental. Une étape atypique, dans le plus beau sens du terme, qui en précède quatre autres annoncées pour les deux années à venir. À Anvers d’abord, puis dans le reste de l’Europe. L’aventure Jam ne fait que commencer.





















































