L’HÔTEL JULIEN SE RÉINVENTE SANS PERDRE SON ÂME
L’HÔTEL JULIEN SE RÉINVENTE SANS PERDRE SON ÂME
Mots : NICOLAS DE BRUYN
Photos : YVES DRIEGHE
Vingt ans après son ouverture, l’Hôtel Julien, pionnier des boutique-hôtels à Anvers, a rouvert ses portes après une métamorphose ambitieuse. Sous l’impulsion du duo formé par Bea Mombaers, décoratrice d’intérieur, et Peter Ivens, architecte d’intérieur, l’adresse emblématique conjugue aujourd’hui patrimoine et raffinement contemporain, tout en préservant l’atmosphère intime qui a forgé sa réputation.
Au cœur historique d’Anvers, derrière les façades du XVIe siècle de la Korte Nieuwstraat, l’Hôtel Julien s’est imposé, dès 2004, comme un refuge élégant et discret. Avec ses 21 chambres, son bar, sa terrasse sur le toit et son espace wellness, l’établissement s’est rapidement taillé une place à part dans le paysage hôtelier anversois. Mais après deux décennies, l’heure était venue d’offrir une nouvelle dynamique à cette adresse emblématique.
La propriétaire, Mouche Van Hool, souhaitait offrir un nouveau souffle à l’hôtel sans en trahir l’esprit d’origine. Elle a donc choisi de confier la rénovation à deux complices de longue date : Bea Mombaers, décoratrice d’intérieur au style de luxe discret, et Peter Ivens, architecte d’intérieur reconnu pour sa capacité à révéler l’atmosphère des lieux. Un duo qu’elle connaît et admire, et en qui elle a trouvé la garantie d’une transformation fidèle à la philosophie de l’Hôtel Julien : un boutique-hôtel intime, chaleureux et raffiné, pensé comme une maison d’amis.
Leur intervention a consisté à réinventer sans bouleverser. Pas question de toucher à la circulation originelle, mais de renforcer l’atmosphère avec des matériaux massifs et patinés, du mobilier sur mesure et une mise en lumière pensée avec PS Lab. Dans le salon, le bar ou la salle du petit-déjeuner désormais servis à la carte, tout respire la sophistication sans ostentation.
Cette rénovation marque aussi une première : si Mombaers et Ivens signent depuis quinze ans des projets résidentiels remarqués en Belgique comme à l’étranger, l’Hôtel Julien est leur première incursion dans l’hôtellerie.
Cette métamorphose ne change pas l’essentiel : à l’Hôtel Julien, on oublie vite l’extérieur. On y vient pour dormir, mais on y reste pour l’atmosphère : un verre au bar feutré, un moment suspendu au spa, un petit-déjeuner hyper savoureux. Ici, le temps ralentit, les volumes apaisent, la lumière caresse la pierre. Une adresse qui se vit autant qu’elle se décrit.
ICI ON THE WATER : le bonheur d’une escale hors du temps
ICI ON THE WATER
Le bonheur d’une escale hors du temps
ICI ON THE WATER
Le bonheur d’une escale hors du temps
Mots : Barbara Wesoly
Photos : ELLES VISUELLES
Après des cocons suspendus parmi les arbres et des chalets campés dans de bucoliques pâturages, ICI dévoile ICI On the Water, nouveau cadre de rêves enchanteurs, cette fois au fil de l’eau.
Il y a les logements insolites dont la raison d’être est de nous transporter au cœur de l’atypique, dans un lieu qui respire la surprise. Et puis, il est des lieux qui eux sonnent comme un retour à l’essentiel, à l’instant, à l’émotion. C’est cette seconde intention qui anime Tim Goes et Toon Haverals, les entrepreneurs belges ayant fondé ICI et dont les adresses, qu’elles soient proches des nuages ou des champs, souhaitent raviver notre lien à la nature par un rendez-vous en tête à tête. Une rencontre, loin des obligations et des attentes, qui ne peut que conduire au coup de foudre
L’invitation à ressentir
Un vœu une nouvelle fois exaucé par ICI On the Water. Dans un havre vert du Hainaut, à proximité de Beaumont, six cabanes au design futuriste sont posées en bord de rivière, au milieu de la végétation. Après une arrivée sur un chemin de terre, au chant des oiseaux, la découverte de ces blocs imposants de quinze mètres déroute. Du moins jusqu’à réaliser qu’ils sont recouverts de miroirs, les transformant en fresque envoûtante, reflet des arbres et des rayons de soleil. De l’autre côté de ces vastes rectangles, face aux rives de la Hantes, ce sont de grandes baies vitrées qui ouvrent l’espace sur la beauté du paysage. Dans un décor de bois foncé, salon, cuisine, chambre et salle de bain communiquent, renforçant encore l’impression d’un espace où intérieur et extérieur se confondent. Le mobilier et l’atmosphère, aussi joliment épurés que sobres, sont personnalisés pour chaque logement. Et toujours pensés pour accueillir avec chaleur et délicatesse, mais sans s’imposer, sans retenir. Car c’est bien la sensorialité qui prime. Le murmure des feuilles. Le ronronnement de l’eau. Le silence qui berce. Et on se surprend à ralentir, le temps et les gestes. À oublier où l’on se trouve. Rappel que finalement la destination c’est avant tout soi et ceux qui nous accompagnent. Les deux printemps à venir verront respectivement l’ouverture de sept et huit nouvelles cabanes, avec en 2026 des versions sur pilotis et en 2027 des modèles flottant sur la rivière. Et l’on gage qu’ils laisseront la même empreinte que leurs prédécesseurs. Le désir de s’ancrer indéfiniment. Ici et maintenant.
CHAGA : sous les flammes, la grâce
CHAGA
Sous les flammes, la grâce
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
C’est à quelques pas du Palais Royal, dans le cadre raffiné de Faubourg 21, nouvel hôtel de la capitale, que Kevin Lejeune signe son retour gastronomique avec CHAGA. Une adresse où le mystère et les contrastes dictent le rythme d’une cuisine incandescente et d’une expérience inoubliable.
Avant même la vue ou le goût, c’est un nom qui entame la découverte. Celui du chaga, champignon médicinal rare poussant dans les forêts boréales de l’hémisphère Nord. Et dont l’aspect est celui d’une écorce rigide, dense et carbonisée s’ouvrant sur un cœur tendre aux reflets dorés. Un nom, tel le premier acte d’une pièce dont l’inattendu se fera le maître mot. Lieu d’exploration sensorielle et de voyage culinaire, orchestré par Kevin Lejeune
Guidé par l’inconnu
En septembre 2024, celui-ci tournait la page de huit années d’excellence gastronomique, avec l’arrêt de l’aventure La Canne en Ville, son adresse étoilée. Une fin qui racontait pourtant un renouveau et surtout un retour aux sources. Le chef bruxellois laissait ainsi derrière lui le cadre prestigieux du Steigenberger Wiltcher’s pour l’écrin récemment inauguré de Faubourg 21, abandonnant en même temps le rôle d’entrepreneur et propriétaire d’établissement pour renouer avec l’essentiel. Les saveurs, la créativité, l’assiette. Installé au dernier étage du luxueux hôtel de l’avenue Marnix, CHAGA se destine à en être la pièce maîtresse. « L’expérience du restaurant commence en franchissant les portes de la maison de maître qui abrite l’établissement. » dévoile Kevin Lejeune « Pénétrer dans sa cour intérieure c’est abandonner dehors l’écho de la ville, en même temps celui du quotidien. Et dès l’ascenseur, se laisser guider vers l’inconnu jusqu’au dernier étage et vers une adresse pensée comme un théâtre d’émotions et de sensations ».
Entre mystère et performance
Lever de rideau sur un décor signé Maison Sarah Lavoine, dont la beauté naît de ses contrastes maîtrisés. De matières notamment, avec des banquettes de velours croisant du chêne massif des murs et aux lambris de bois brûlé, employant la technique nippone du Shou Sugi Ban. Et que sur la table, la porcelaine se mêle à de la vaisselle brute, presque organique, créée par des artisans gantois. L’atmosphère s’affirme de son côté en clair-obscur sous des lumières tamisées. Une ambiance puissante mais élégante, à l’aura de mystère. Au centre de la scène, un comptoir en émail de lave d’un vert intense donne sur une cuisine ouverte, à la grande joie de Kevin Lejeune, qui rêvait de retrouver ce concept de performance et de convivialité qu’il avait connu lorsqu’il officiait comme second de David Martin à La Paix. « Cela permet d’échanger et de partager de façon unique. J’invite les clients à me rejoindre à une étape clé du repas pour découvrir des amuse-bouche parachevés face à eux et pour leur présenter la dégustation. Ils deviennent ainsi non seulement les témoins, mais également les acteurs de l’expérience, rendue d’autant plus inoubliable. »
La chaleur des braises
Alors que son nom nous entrainait du côté des étendues glacées de Sibérie et du Canada, la signature culinaire de CHAGA mêle les influences du monde, avec un menu de cinq ou sept services articulé autour du robata, comme unique source de cuisson. La flamme du barbecue traditionnel japonais en attise les arômes tandis que ses braises y ajoutent une touche boisée. Un flan chawanmushi, du shiitaké ou encore du poisson fumé, viennent également rappeler en finesse ces inspirations orientales. On pourrait raconter la beauté des plats, dont chaque bouchée se révèle avec caractère et subtilité. Parler du surprenant accord de la langoustine, saké, ciboulette et chou-fleur, complété par du tamarin. Ou encore de l’alchimie unique du Saint- Pierre aux algues, ail des ours et caviar Osciètre. Mais ce qui envoûte à la table de Kevin Lejeune est affaire de fulgurance et de sensations. D’amertume maîtrisée, de textures insoupçonnées, d’ingrédients magnifiés jusqu’à se suffire à eux-mêmes, sans fioritures. D’une délicieuse perte de repères, sans besoin de connaître la destination culinaire. Une plongée dans l’inconnu où l’on reconnaît bien celui qui avait orchestré l’Experience Dark Table et son concept d’un dîner dans une obscurité presque totale. « Tout est réfléchi, chaque geste maîtrisé pour atteindre un résultat cohérent mais aussi déroutant. Il est inutile d’aller consulter le menu avant de venir, car il ne dit pas tout. Et je ne donne pas de carte. La surprise s’invite alors à table. Loin des descriptions et des attentes, c’est la curiosité qui prime ». Une balade qui tour à tour déroute, impressionne, éblouit et se finit en douceur par une surprenante madeleine de Proust. Un twist espiègle, qui achève de placer CHAGA parmi nos plus beaux émois gastronomiques.
FAUBOURG 21 : quand Bruxelles se fait refuge d’élégance
FAUBOURG 21
Quand Bruxelles se fait refuge d’élégance
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Une demeure historique transformée en incarnation contemporaine et luxueuse de l’hospitalité, bienvenue à Faubourg 21, nouveau cinq étoiles au cœur de la capitale. Un hôtel façonné pour être « le plus grand petit palace de Bruxelles » et qui prouve que le prestige est tout sauf une question de taille.
Dans le quartier européen, à proximité de l’avenue de la Toison d’Or et de la Place Royale, une maison de maître du 19e siècle ouvre ses portes sur une destination au charme confidentiel. Un hôtel particulier, ne comptant que vingt chambres mais qui ambitionne pourtant, et à raison, de rejoindre les plus grands. Faubourg 21 raconte l’héritage d’une époque où l’hospitalité était intime, l’expérience profondément exclusive. Le lieu appartient d’ailleurs non pas à un grand groupe hôtelier, mais à une famille bruxelloise. Amoureuse d’histoire et d’architecture, celle-ci a choisi d’en réinventer le patrimoine sous un jour contemporain, avec un établissement cinq étoiles, proposant des séjours raffinés, un espace bien-être et une double offre gastronomique.
Un patrimoine de beauté
Il aura fallu sept ans pour restaurer les numéros 21 et 22 de l’avenue Marnix et relier les deux bâtiments, au départ distincts. Les sublimes façades et les volumes intérieurs du premier ont ainsi été préservés et le style néoclassique du second, adapté pour obtenir une harmonie globale des espaces. Une métamorphose confiée au bureau d’architectes ORIGIN Architecture & Engineering, mais aussi aux doigts de fées de nombreux artisans, chargés de rendre leur beauté d’antan aux tapisseries, marbres et dorures, aux ferronneries des balcons extérieurs et de l’escalier central, comme aux boiseries sculptées et aux moulures d’époque. Sans oublier d’intégrer aux lieux une modernisation et un confort haut de gamme qui, tout en étant essentiels, devaient demeurer discrets. De ce travail d’orfèvre est née une traversée unique de l’hôtel, avec pour axe central une cour intérieure donnant sur un jardin secret. D’un côté du passage, on rejoint ainsi les salons, le bar et deux restaurants, tandis que de l’autre on accède aux chambres et aux suites.
Celles-ci prolongent l’immersion d’un voyage dans le temps, au chic intemporel et aux finitions délicates. Il faut dire que l’ensemble de l’aménagement et de la décoration de l’établissement a été confié à Maison Sarah Lavoine, dont les jeux de matière, de couleurs et de lignes flirtent avec subtilité entre majesté et douceur, mariant essence noble et empreinte conviviale. Toutes uniques, elles proposent une palette d’ambiances, des chambres deluxe aux suites Héritage, Héloïse ou encore Faubourg 21, avec une superficie allant de 25 à 60 mètres carrés. L’atmosphère précieuse se prolonge aussi au sein de Ré Labo de Beauté, l’espace wellness de l’hôtel. Si le cadre et son élégance classique rappellent ceux des boudoirs feutrés plutôt que des spas standards, c’est pourtant au sein des anciennes cuisines que sont installés trois cabines de soins, un bio-sauna, une cabine infra-rouge, une douche expérience et une salle de fitness. Loin de renier cet héritage, la structure d’origine et les carrelages d’époque ont au contraire été conservés, afin d’allier moment bien-être et écrin historique.
Tandem gourmand
Faubourg 21 c’est aussi une vraie signature culinaire, conçue pour être savourée au-delà d’un séjour sur place. On y retrouve ainsi deux univers gastronomiques aux antipodes de lieux comme d’atmosphères, mais rassemblés par un même goût pour l’excellence et les saveurs irrésistibles. Au dernier étage, c’est CHAGA qui accueille les convives pour un brillant ballet de contrastes, mené par le chef Kevin Lejeune. Tandis qu’au rez-de-chaussée, il laisse les commandes à Martin Chasles au sein de Bistra Noisette, un rendez-vous qui bouscule les codes de la bistronomie, avec une savoureuse audace. De bouchées en petits plats et de la première heure du jour à la fin d’après-midi, le restaurant mêle en finesse le plaisir à la surprise. Les artichauts frits à la romaine avec fromage blanc, menthe et gel de sauge croisent les œufs Bénédicte, crème d’avocat et sabayon léger. La brioche perdue, caramel beurre salé, chocolat fondant, succède aux carottes de sable confites, mousseline légère, chistorra croustillante, yaourt grec et aux ravioles de volaille fermière, yuzu kosho et bouillon parfumé. Chaque assiette est un coup d’éclat, présentée comme une scénographie, dont la mise en scène se fait directement à table, assaisonnée ou finalisée sous nos yeux. Et, même si le concept mise sur une identité féminine, où Bistra vient souffler un vent d’originalité pétillante sur les terres de son petit frère Bistro, le charme, lui, opère bien au-delà des genres. Pour une nuit ou le temps d’un délicieux tête à tête, Faubourg 21 est définitivement une déclaration d’élégance.
METEOR
METEOR
L’astre gastronomique où le minimalisme rencontre l’inattendu
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Eline Verbeke, Tine Claerhout, Gilles Draps
C’est à Malines que Meteor fait rayonner la scène culinaire contemporaine par une approche dont l’élégance puise sa source dans la sobriété. Aux commandes, le chef Maarten Van Essche marie amour du produit et audace maîtrisée, pour un moment qui, bien plus qu’une simple étape gourmande, se transforme en une véritable destination gastronomique.
C’est la simplicité qui d’abord s’affirme. Celle d’un ancien presbytère de campagne, installé dans le village d’Heffen, en province d’Anvers. Une imposante demeure de briques, dont l’intérieur a conservé son plancher massif et son escalier d’origine. Sous les hauts plafonds et les murs blanchis à la chaux sont installées des tables rustiques, recouvertes de lin ivoire ainsi que de petits bouquets de fleurs sauvages et des chandeliers. Des bûches s’empilent autour de l’ancienne cheminée de marbre noir. L’atmosphère est sobre, presque brute. Toute prête à laisser la découverte gastronomique atteindre sa pleine mesure.
Nourrir l’instant et la créativité
C’est en effet une expérience sensorielle que propose le chef Maarten Van Essche, autour d’une cuisine, qui comme son décor, sublime l’essentiel et dont la beauté n’a besoin de s’envelopper d’aucune prétention. Après plusieurs concepts temporaires comme De Zwaan, Wilder at the Villa et Les Petits Ruisseaux, ainsi que Magma, une adresse contemporaine aux accents éclectiques et urbains, celui qui a fait ses premières armes aux côtés d’Alain Ducasse et Peter Goossens a cherché durant un an, de Bruxelles à Anvers, le lieu qui abriterait son nouveau projet.
C’est finalement tout à côté de Malines que sa femme Tine et lui sont tombés amoureux de « cette bâtisse empreinte d’une vieille âme », transformée en 2024 en restaurant et à laquelle il explique « avoir voulu apporter une pureté poétique et une forme de minimalisme serein, dont chaque détail est soigneusement pensé. »
Une trame narrative subtile qui se poursuit avec un menu en cinq ou six services, dont la naturalité révèle une profusion de goûts inédits. « Je souhaitais que Meteor appelle la déconnexion. Que pendant deux ou trois heures, on puisse venir y nourrir un sentiment de paix et d’instant présent, tout en découvrant des plats qui mettent en valeur la qualité des produits et l’agriculture biologique, par des saveurs profondes, intenses » décrit Maarten Van Essche. « Un moment à l’énergie particulière, qui se révèle dès lors idéal pour proposer une cuisine pensée comme une forme d’art contemporain. Et proposer une approche un peu expérimentale, axée sur la curiosité et l’inattendu. J’aime surprendre, permettre que des poireaux ou des épinards, une fois fumés, grillés sur un feu à charbon ouvert ou fermentés, révèlent des arômes que l’on ne connaissait pas ».
Une métamorphose quotidienne
Et quelle balade en effet, où, à chaque assiette déroute avant d’éblouir. D’un consommé de betteraves jaunes, mille-feuille et huile d’orange à des pâtes fraîches au caviar d’agrumes. D’un jaune d’œuf fumé miso, asperges blanches et fromage fermier, à des pommes de terre, carne, aubépine, citron d’Amalfi, ce sont de véritables explosions culinaires, qu’accompagnent des vins biologiques et des crus organiques. Mais surtout, une cuisine en perpétuelle transformation, puisqu’à côté d’un menu pleinement repensé toutes les six semaines, les plats sont réinterprétés au quotidien. « Les légumes présentés hier avec une crème, peuvent être braisés aujourd’hui. La saison des orties s’achève et nous les remplaçons par l’ail des ours. Il y a toujours un élément à ajuster, en fonction de la production mais aussi du temps. Notre offre ne sera pas la même sous un soleil éclatant que lors d’une soirée nuageuse. »
A mesure que le jour décline et laisse place à la nuit, c’est ainsi un nouveau Meteor qui se dévoile dans l’atmosphère feutrée des bougies, tandis que la porte ouverte laisse entrer les derniers échos des conversations en provenance de la terrasse. Les plats se succèdent, toujours plus raffinés et inventifs, tous présentés par le chef, qui circule en salle pour en raconter les accords et les notes. « Je suis passionné et j’aime parler de ma cuisine et de l’approche artisanale et durable qui l’anime. Parfois un peu trop » lance-t-il dans un rire. « Mais cette conscience de notre impact et cette recherche d’une gastronomie raisonnée où le produit est central, sont essentiels à l’expérience Meteor. Au même titre qu’un accueil chaleureux et qu’une convivialité qui permet de goûter d’autant plus au plaisir du moment ». « La cuisine est mon langage » confie encore Maarten Van Essche. Un langage qui s’impose au firmament..
LES TABLES DE JOSÉPHINE : une célébration du goût
LES TABLES DE JOSÉPHINE
Une célébration du goût
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Le dicton qui affirme que « l’on mange d’abord avec les yeux » semble avoir été pensé pour elle. Joséphine Jubineau transforme les événements en théâtres d’émotions, offrant avec l’univers coloré et solaire des Tables de Joséphine un véritable régal pour les sens.
Faut-il aimer soi-même recevoir pour créer les tables qui accueilleront des événements exceptionnels ? Absolument. Et à titre personnel, c’est une vraie transmission. J’ai un père qui a travaillé dans le milieu de la décoration, une mère passionnée d’art de la table et de cuisine. J’ai grandi dans une atmosphère où recevoir était une fête autant qu’un plaisir et ces moments étaient toujours synonymes de générosité, au niveau des plats comme du décor. Aujourd’hui, quand j’invite, je consacre parfois une demi-journée à tout préparer et surtout surprendre mes convives.
Est-ce une forme de création qui navigue finalement entre le stylisme et la scénographie ? Oui. Il s’agissait d’une certaine façon d’une suite naturelle à mon parcours et aux douze ans d’expérience acquise dans l’industrie de la mode et de la décoration, où je concevais des mises en scène et des récits autour de collections, de showrooms, d’événements. J’en ai transposé la dynamique et les codes en un principe de self-design dédié aux arts de la table. Le textile y est, par exemple, toujours un élément fondamental. Je chine de la vaisselle, des vases et des accessoires mais aussi une multitude de linges de maison. Mon style est maximaliste et implique une profonde réflexion autour du mix and match, de la cohérence des imprimés et des associations de couleurs, y compris en matière de tissus, pour concevoir des atmosphères qui se mueront en vraies expériences et en un éveil des sens.
Une table réussie est-elle celle qui ressemble à ses hôtes ou qui plutôt surprend par son audace ? Il s’agit justement de conjuguer ces deux principes. Je ne réalise que du sur mesure, afin de refléter la personnalité de celui qui invite. Il est primordial pour moi de m’imprégner du lieu, comme du caractère de chaque client et de ce qui le touche. C’est cela qui va rendre chaque table véritablement unique. Par ailleurs, il y a le souhait de transformer cette toile blanche en théâtre créatif suscitant l’étonnement et l’émerveillement et attisant la curiosité. J’aime aussi démontrer que l’inventivité n’a pas forcément besoin de se nourrir d’objets neufs. Qu’avec des assiettes vintages, des tissus hérités de nos grands-parents, des verres dépareillés ou des couverts de différentes teintes, on peut obtenir un mélange maîtrisé, au charme très personnel et joyeux.
Peut-on dire qu’il s’agit d’un métier d’émotion ? Surtout de sensibilité et de réinvention. Même si bien sûr, certains projets vibrent particulièrement fort. C’était le cas de ma collaboration avec le Corinthia Grand Hôtel Astoria de Bruxelles, entamée alors que l’établissement était encore en pleine rénovation. Il s’agissait pour moi d’y habiller des dîners destinés à la presse, se déroulant au cœur même du chantier. Il fallait créer la magie au milieu de la poussière et des échafaudages, un magnifique défi. Et je continue d’ailleurs de réaliser des workshops créatifs au sein de l’hôtel, où chacun peut laisser libre cours à sa propre vision de l’art de la table. Et puis, il y a eu mon mariage et ces rôles de mariée et styliste tenus en parallèle. C’était à la fois touchant et passionnant de devoir composer un décor fidèle à notre histoire, tout en la revisitant autour d’un thème mêlant l’univers féerique de Noël, des inspirations asiatiques et un hommage aux origines vietnamiennes de mon mari. Cela m’a permis de ressentir de l’intérieur ce que vivent ceux que j’accompagne et de les comprendre encore d’autant mieux.
A quoi ressemblerait la table où vous inviteriez avec bonheur vos convives ? Colorée, vive et audacieuse. Authentique également. Comprenant de nombreux objets issus de mes voyages, qui vont mêler les styles et les traditions. Un métissage lumineux et chaleureux, qui casse les codes. Je me répète souvent que « Créer, c’est s’autoriser à ressentir ». Avec sincérité et une forme d’instinct et de spontanéité.
Avez-vous de jolis projets sur le feu ? En parallèle aux scénographies d’événements, je réalise de la direction artistique et du consulting. J’aimerais aussi développer toujours davantage les workshops autour de l’art de la table, non seulement en Belgique mais aussi pourquoi pas à l’étranger, dans des lieux qui résonneraient pour moi. Ce sont des moments de lâcher-prise où les participants peuvent renouer avec une part d’enfance et d’inventivité. Ces échanges me nourrissent énormément. Les Tables de Joséphine déménagent également à Lasne dès cet été, et un second showroom sera par ailleurs dévoilé en septembre. L’occasion d’offrir à la carte d’autres parts de mon univers.
The Standard - La nouvelle sensation hôtelière qui élève Bruxelles vers les sommets
The Standard
La nouvelle sensation hôtelière qui élève Bruxelles vers les sommets
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Senne Van der Ven & Eefje De Coninck
Après avoir électrisé Londres, New York ou encore Ibiza, le groupe hôtelier américain The Standard a choisi la capitale belge pour incarner une nouvelle illustration vibrante de son style éclectique. Une escale urbaine dont la vue ensorcelante et le design magnétique parent le paysage bruxellois d’une aura irrésistible.
The Standard, c’est une signature. Celle d’un nom qui s’écrit à l’envers, bien résolu à casser les codes traditionnels de l’hôtellerie pour y insuffler la juste dose d’anticonformisme. Symbole de ce sens de l’hospitalité mais aussi de l’audace, chacune des 13 adresses du groupe possède son identité et sa façon personnelle de renverser toutes les attentes. A Bruxelles, cette toile blanche a pris pour cadre la tour de verre de l’ancien World Trade Center, dans le quartier Nord, dont il ne demeurait que les murs porteurs. Prêts à être transformés en une œuvre d’art et de design rétrofuturiste, par l’architecte belge Bernard Dubois.
Une alchimie des contrastes
En réponse à l’énergie bigarrée de la capitale, l’architecte a imaginé une adresse où se croisent les inspirations et les époques. Fusion de brutalisme et d’art nouveau, références à la pop culture et hommage aux designers belges, forment une fresque d’influences dont naît pourtant une harmonie rare. Et d’autant plus inédite que chaque espace de l’hôtel affirme son propre caractère. Flamboyant comme le cocktail signature Rouge Apéritif que l’on commande au très cosmopolite Lobby Bar aux sculpturales colonnes écarlates, dont les courbes racontent le travail des formes qui domine l’hôtel. Ou ambiance feutrée pour le Double Standard, restaurant du rez-de-chaussée au raffinement rétro où la comfort food à l’américaine côtoie les saveurs belges.
Il est alors temps de prendre de la hauteur, direction les 180 chambres et 20 suites conçues comme de luxueux appartements, dévoilant toutes une vue époustouflante des toits bruxellois. Bois brillant, tapis colorés et jeux d’arrondis y dessinent un espace vivant, architectural, chaleureux et intime à la fois. Enfin, au sommet, nous attend le Lila29, nommé en clin d’œil à l’étage qui l’abrite. Un restaurant aux accents ibériques, doublé d’un bar au rooftop semblant posé à même le ciel et dont la beauté irréelle est encore intensifiée par une palette monochrome ainsi que les voiles délicats et les paliers qui en définissent les contours et cultivent le mystère et l’élégance. A Bruxelles, l’éblouissement est devenu un Standard.
Grande Piazza - L’Italie s’invite à Ixelles
Grande Piazza
L’Italie s’invite à Ixelles
Mots : Olivia Roks
Photos : DR
Un vent chaud venu d’Italie souffle désormais sur le quartier du Cimetière d’Ixelles. Là où trônait jadis la brasserie La Bécasse, mythique mais fatiguée, s’est installée Grande Piazza, une trattoria moderne et enjouée.
Sur le rond-point même du Cimetière d’Ixelles où les étudiants et Ixellois s’encanaillent, une nouvelle adresse signée Art Blanc se dévoile aux gourmands tous âges confondus. Grande Piazza se savoure tel un voyage sensoriel au cœur des saveurs et du folklore transalpin.
Fraîchement rénové après sept mois de travaux, le vaste restaurant (140 couverts répartis entre intérieur, sur deux étages, et belle terrasse) séduit dès l’entrée par son ambiance festive et chaleureuse : mosaïques au sol, couleurs solaires, objets chinés, publicités vintage, végétation luxuriante et touches rétro soignées donnent à l’ensemble un charme théâtral, presque cinématographique, mais aussi décomplexé. Avec une touche old fashioned assumée, le rétro rencontre la modernité. Aucun détail n’est laissé au hasard et chaque recoin raconte une histoire et invite à la dolce vita.
Ici, on se rassemble entre amis ou en famille et on refait le monde. Tout commence avec une carte pour se désaltérer, haute en couleur et en créativité ! Un bel éventail de mocktails, cocktails classiques et signatures ou spritz épatera les amateurs, accompagné de petites choses à partager comme l’assiette de prosciutto San Daniele ou de la pizza fritta, stracciatella et sauce pomodoro. Dans l’assiette, le soleil est aussi au rendez-vous : pizzas napolitaines à la pâte gonflée, des recettes de pasta généreuses à partager (ou pas), carpaccios végétariens ou non, escalopes milanaises XXL, traditionnel vitello tonnato, tiramisu maison ou encore pavlova aux fruits rouges pour finir en gourmandise. Une carte pensée pour se faire plaisir, entre classiques populaires et clins d’œil ludiques, à l’image du spritz proposé également… au litre ! Ajoutez à cela un service souriant, une ambiance bon enfant, et vous obtenez un lieu aussi vivant qu’accueillant.
Grande Piazza, c’est une Italie joyeuse, accessible, un peu fantasque, loin de la trattoria coincée ou de l’élégant ristorante. Ici, on trinque, on partage, on rit. Ouvert sept jours sur sept, de onze heures à une heure du matin, c’est l’adresse idéale pour un déjeuner entre collègues, un apéro entre amis ou un dîner animé. Avec désormais douze établissements à son compteur, le groupe Art Blanc évolue avec brio dans le secteur difficile de l’Horeca. La dolce vita n’a jamais été aussi proche !
Quatre questions à Jonathan Blanchart, co-CEO du groupe Art Blanc
Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur cette mythique adresse ixelloise, anciennement La Bécasse ? Nos établissements Art Blanc se trouvent principalement à Waterloo. En fonction des zones, Bruxelles se révèle une ville délicate pour l’Horeca. On cherchait un quartier qui nous apporterait une certaine sécurité en termes de fréquentation. Le Cimetière d’Ixelles nous semblait une bonne option. On s’est alors intéressé de près à un établissement du quartier et en parallèle on faisait nos réunions à la Bécasse pour en discuter… Finalement, à force de fréquenter cette adresse, de s’y sentir bien et d’apprécier son atmosphère, on s’est rendu compte avec mon frère que la taille de la Bécasse correspondait beaucoup plus à nos attentes. Un superbe volume, une adresse qui fait un quart du rond-point, une terrasse ensoleillée toute la journée… On a alors fait une proposition au propriétaire au détriment de l’autre établissement que nous avions repéré, et Grande Piazza est née !
La décoration de Grande Piazza est particulièrement aboutie ! Effectivement, depuis la création de Poncho à Waterloo, la décoration de nos lieux est beaucoup plus aboutie. Une transition a eu lieu. Avant, on fonctionnait avec le cœur, on optimisait le lieu mais on le laissait dans son jus. Aujourd’hui, on tente de bâtir des marques, des identités, comme Poncho et Grande Piazza. C’est grâce à la création d’une cellule au sein du groupe Art Blanc, AB Consult, qui s’enrichit d’un directeur artistique et d’un chef de projets. Elle permet de créer de A à Z un univers cohérent travaillant aussi bien sur l’ambiance que la lumière, le mobilier, l’art de la table, les couleurs ou même le nom de l’enseigne. Un vrai storytelling est désormais imaginé pour nos nouveaux établissements. AB Consult donne donc vie à nos nouveaux projets et marques mais va aussi, dans un futur proche, donner un coup de neuf, rendre une certaine cohérence à nos anciens lieux.
Avec une dizaine d’adresses variées dans son portefeuille, la famille Art Blanc semble avoir trouvé les clés pour réussir avec succès dans l’Horeca… On remercie effectivement nos clients pour leur soutien et leur fidélité. Pour nous, le succès de nos établissements repose avant tout sur l’hospitalité. Bien au-delà du savoir-faire, c’est le savoir-être qui fait toute la différence. Nous créons de belles adresses, certes, mais ce qui compte vraiment, c’est un cadre accueillant, un service et un accueil irréprochable et une ambiance chaleureuse. C’est là notre véritable signature. Je pense qu’aujourd’hui c’est ce que de nombreuses personnes recherchent : passer un vrai bon moment.
Un rêve ultime, un lieu à acquérir qui vous a toujours fait de l’œil ? Mon frère et moi avons beaucoup de rêves (rires). Le succès de Grande Piazza est incroyable et donnerait envie de décliner l’adresse ailleurs. Enfin, l’un comme l’autre, on a toujours rêvé d’une chose : avoir un établissement à la mer et un autre à la montagne, hors Belgique. Un jour… À suivre !
The Ostendian - Au rendez-vous de l’âme ostendaise
The Ostendian
Au rendez-vous de l’âme ostendaise
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Buro Bonito
Cela faisait 25 ans que celle que l’on surnomme « la reine des plages » n’avait plus accueilli de nouvel hôtel. Autant dire que l’ouverture de The Ostendian au cœur du Sky District, ne pouvait que galvaniser les foules. Sa découverte se révèle joliment à la hauteur de l’attente. Caractère affirmé et design aux références vintage et contemporaines donnent à l’établissement 4 étoiles un charme fou.
Ceux qui l’aiment et l’habitent le clament, plus qu’une ville, Ostende, c’est une atmosphère, authentique, joyeuse, éclectique, qui s’écrit au rythme des vagues et d’un vibrant patrimoine culturel. Un héritage qu’embrasse pleinement The Ostendian, le nouveau « place-to-stay » né de la collaboration de C-Hotels et Vastgoedgroep Degroote et installé depuis fin mars 2025 dans le Sky District, à proximité de la gare et de la zone portuaire. Un emplacement central et surtout symbolique, puisque l’hôtel se voulait le cadre d’une plongée dans l’âme contemporaine ostendaise. Et de fait, impossible de s’y tromper. Mur bleu électrique, plafond miroir et meubles seventies imposent dès la réception un style à la fois typique et lumineux, emblématique de la cité balnéaire.
Une ambiance qui imprègne tout autant ses 137 chambres, où fusionnent standards de luxe actuel et clins d’œil rétro. Des cloisons en briques de verre fumé et rideaux de velours y côtoient des sièges de cuir et métal chromé, des carrelages colorés et des illustrations décalées. Sur les murs s’affichent des photos en noir et blanc « d’Ostendians » ambassadeurs anonymes et célèbres, représentant le cœur battant de la ville et son esprit, nourri d’humour et bien sûr d’art. Il aurait en effet été impensable pour celle qui fut le berceau de James Ensor et d’Arno, de ne pas rendre hommage à la créativité. Ainsi, dans le décor cosy et flamboyant de « The Bar », les tourne-disques près des tables permettent d’écouter des classiques jazz et soul en savourant un verre accompagné d’huîtres. Alors que « The Ballroom », qui accueille les petits-déjeuners gourmands de l’hôtel, adresse un clin d’œil au cinéma dans une atmosphère rappelant les cabarets glamour et de l’âge d’or hollywoodien. La reine des plages n’aurait assurément pu trouver plus bel ambassadeur que The Ostendian pour refléter son union singulière de panache et de convivialité.
Entropy - L’âme de la table
Entropy
L’âme de la table
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Du désordre d’aujourd’hui peut naître l’équilibre de demain. La définition de l’Entropy d’Elliott Van de Velde et Adeline Barras est celle d’un retour à la simplicité et à l’humain. Non seulement par une gastronomie qui sublime le végétal avec un inégalable talent, mais aussi par une approche solidaire, sensible et durable.
Jeune Chef de l’Année de Bruxelles. Ce 4 novembre 2024, Elliott Van de Velde remporta ce titre, décerné par le renommé guide Gault & Millau. Une récompense prestigieuse célébrant son travail gastronomique au sein d’Entropy, fondé deux ans et demi plus tôt. Et d’autant plus exceptionnelle qu’Entropy n’est pas un restaurant. Et qu’Elliott Van de Velde n’est pas un chef. Du moins, pas au sens classique du terme.
Nourrir les émotions en même temps que le corps. Alimenter la réflexion par les sens et les saveurs. Entropy est le projet d’une vie, de deux même, puisqu’il a été imaginé en couple, par Elliott Van de Velde et Adeline Barras, au croisement de la démarche engagée, de l’émerveillement du goût et de l’expérience holistique. Un concept loin des sentiers battus culinaires, impossible à nommer et donc d’autant plus essentiel à découvrir. Rendez-vous est pris, par une journée dont l’atmosphère ensoleillée irradie sur la place Saint-Géry et jusqu’à la porte d’un ancien relais de poste du XVIIIe siècle. Derrière celle-ci, le beau, façonné dans ses moindres détails. Un bar artisanal en bois clair qui s’impose en impressionnante pièce centrale et dont chaque élément se fait le rappel, jusqu’au morceau de branche sur lequel reposent les couverts. Les sculptures captivantes de Mathilde Wittock, qui, de balles de tennis a fait des patchworks colorés. Tandis que sur les murs l’on découvre ses mosaïques de racines, un bel exemple de bio design et biomimétisme qui allie fonctionnalité acoustique et esthétisme. Une multitude de livres sur des étagères parlent de végétaux, de botanique et de cuisine et des fleurs séchées gravitent au plafond et sur les tables. Un décor qui sème les graines essentielles de cette balade singulière qu’est Entropy, comme l’explique Elliott Van de Velde : « Sans invitation, il n’y a pas de moment. Sans accueil et convivialité, la cuisine, même sublime, perd son sens. Ce qui me fascine c’est d’assister à cette découverte des légumes par une forme globale de naturalité par les yeux de ceux que nous recevons. Leur expression qui se transforme par l’effet de surprise, par les associations méconnues des plats, par la sensibilité à notre univers qui grandit. C’est ce partage, cette transmission, qui est mon moteur. »
Cultiver le goût et l’authenticité
Sa passion, Elliott Van de Velde l’a rencontrée par hasard pour ne plus jamais la quitter, alors qu’il travaillait en salle dans un restaurant libanais. De ce coup de foudre est née une approche d’explorateur culinaire, de créatif autodidacte, qui imagine à contre-courant. Partant des combinaisons les plus subtiles pour révéler la pureté des ingrédients et des éléments souvent délaissés comme les fanes, les racines ou les feuilles pour atteindre la quintessence des saveurs. « Avoir appris la cuisine par moi-même, en testant et en pratiquant, a laissé toute la place à l’instinct. A un fonctionnement intuitif, qui pousse à se réinventer. Je réalise beaucoup de juxtapositions, de cuissons lentes, de macérations. Il y a les recettes et puis il y a l’alchimie qui apparaît d’elle-même, parfois par une infime modification de cuisson, de découpe, de quantité et qui permet la réinterprétation d’un aliment d’un millier de façons. C’est ce qui amène un menu, tout en conservant son essence, à n’être jamais figé ». Une carte végétale pensée comme un voyage où l’on choisit de réaliser quatre, cinq ou huit arrêts, et qui n’en finit pas d’émerveiller. D’un préambule de Navets, Radis noir et Daikon en duo cuit et cru, Ecume de Koji au Yuzu, Jus d’herbe et huile de marjolaine, Beignet d’herbes en tempura, Cuillère de saké à l’aspérule. A l’escale sucrée d’une Courge en macération dans du vin de Fleur d’o-
ranger, grillée à la flamme au kozo d’agrumes, Pumpkin cake, Glace aux graines de courge, Crémeux de curcuma et jus d’argousier et de courge.
Une gastronomie d’exception, que l’on ne peut goûter pleinement sans s’imprégner en même temps de sa vision humaniste. « Notre vocation est d’être un lieu nourricier, dans tous les sens du terme. Non seulement par le plaisir et la gourmandise, mais aussi par une éducation au vivant, à la durabilité et à l’écologie au moyen de notre association Hearth Project » explique Elliott Van de Velde. « Un principe d’écosystème équitable et circulaire, à véritable impact social, non seulement grâce à un jardin urbain, des cours et des ateliers, mais aussi par la redistribution de cinquante à cent repas par semaine à des personnes en situation de précarité. Des actions portées par Entropy, grâce à ses bénéfices financiers, mais aussi par sa créativité et sa philosophie. Celle d’une expérience inoubliable, qui continuera d’inspirer bien après avoir quitté la table. »















































