Au sommet du noir
Cavillore de Jérémie Claes
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Philippe Matsas
Jérémie Claes poursuit son ascension avec « Cavillore », troisième roman en trois ans. Direction Gourdon, dans les Alpes-Maritimes, village intimement lié à son histoire familiale, où une découverte macabre vient fissurer la tranquillité des hauteurs.
En un temps record, Jérémie Claes s’est imposé comme une voix singulière du roman noir. Après « L’Horloger » et « Commandant Solane », il confirme son goût pour les lieux chargés de mémoire. Avec « Cavillore », il revient à un territoire intime : Gourdon, village où sa grand-mère est née et où il a passé ses vacances d’enfance et d’adolescence.
Son écriture, sensorielle et tendue, fait du paysage un acteur à part entière. Ici, la montagne n’est pas un décor. Elle domine. Elle encadre. Elle observe. Présence souveraine, presque archaïque, elle semble contenir une violence antérieure aux hommes. Un vautour plane au-dessus des gorges. Une chienne surgit, figure presque mythologique. Puis apparaît le corps d’une jeune femme, déposé sur la route comme une offrande. Le choc est brutal, mais le tumulte reste feutré. À Gourdon, on commente. On suppose. On protège les siens. L’inquiétude s’installe, diffuse.
Accident ? Meurtre ? Les hypothèses circulent sans éclat. Les regards se détournent. Le village, soudé en apparence, se referme et scrute les étrangers. Les silences deviennent éloquents.
Autour du drame gravitent des personnages pris entre enracinement et désir de fuite. Figures rurales, jeunes en rupture, familles soudées mais fragiles. Chacun détient peut-être un fragment de vérité. Claes en montre la lente contamination et ausculte moins un crime qu’un écosystème humain.
Avec « Cavillore », il signe un récit dense et atmosphérique, où la beauté du paysage n’apaise rien. Elle aiguise la tension. Elle rend la noirceur plus sourde encore. La montagne, elle, demeure. Elle regarde les hommes s’agiter, mentir, aimer, se trahir. Et ne dit rien.

Cavillore, Jérémie Claes, Editions Héloïse d’Ormesson

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