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Pierre de Maere

« Je suis un exhibitionniste des sentiments »

Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Marcin Kempski

Après avoir nourri ses fantasmes sur son premier opus « Regarde-moi », Pierre de Maere, désormais installé à Paris, se célèbre lui-même sur son deuxième album « Ave de Maere » avec des histoires vraies où l’intime des premières fois (sexe, alcool…) est porté à l’universel.

Pierre-de-Maere

La grande différence par rapport à votre premier album, c’est que vous avez adoré écrire et concevoir ce disque. Un opus né entre Bruxelles et le calme de la Bretagne. C’est plus facile à écrire quand ce n’est pas de la fiction. C’est très différent comme exercice. Quand je racontais des histoires qui n’étaient pas forcément les miennes, ou qui étaient des rêves, la façon d’écrire était plus épique. Il y avait une grande distance avec le sujet. Ici, l’écriture est plus réaliste, plus nuancée et je trouve ça intéressant. Après, ça a été plus agréable parce que je l’avais déjà fait une fois. J’avais conscience des choses qui marchaient, qui marchaient moins… La collaboration avec mon frère aussi (ingénieur du son, Xavier de Maere collabore étroitement avec le chanteur, NDA) était plus fluide parce qu’on se connaît encore mieux. J’ai aussi eu la chance d’enregistrer avec des musiciens, ce qui n’était pas le cas sur le premier où tout était fait sur ordinateur. Le fait d’avoir accès à des studios très, très beaux a un côté jouissif. J’en ai rêvé. J’ai aussi désacralisé mes chansons. Avant, j’écri-vais quinze maquettes pour en garder douze ou treize. Ici, j’en ai fait peut-être une centaine.

Comment expliquez-vous ce lâcher-prise ? Auparavant, je n’avais pas assez confiance en ma musique et j’avais besoin de l’enrober dans des tas d’images avec un Pierre très maquillé, avec un bol ciselé… Ça me plaisait. Je trouve ça encore fort et marquant. Mais aujourd’hui, j’ai tellement plus confiance en ma musique et il y a un peu plus de lâcher-prise peut-être en général. Je laisse les gens me connaître mieux. Je trouve qu’on me connaît d’ailleurs beaucoup mieux après avoir écouté ce deuxième disque. Le premier était très sincère mais ici ça parle plus facilement. J’ai l’impression que le public ne me connaissait pas avant de m’avoir vu en concert. Maintenant, il y a plein de chansons qui me racontent bien. Après, on a eu beaucoup plus de temps pour faire cet album aussi. Pour le premier, j’ai eu six mois car il fallait rebondir sur « Un jour je marierai un ange ». Ici, j’avais le temps de me planter et c’est la raison pour laquelle j’ai désacralisé les chansons.

Pierre-de-Maere

Vous êtes aussi passé d’une envie de prouver à une envie de créer. Vous vous êtes même fait plaisir jusqu’à assumer votre voix sans artifice sur « J’aurais fini par te plaire ». J’ai pris confiance en prenant des cours mais aussi et surtout avec la scène. J’ai peut-être donné cent quarante ou cent cinquante concerts, ça change l’approche du métier. Il n’y a jamais eu de catastrophe. Il y a eu des moments où je chantais moins bien que d’autres. D’autres où c’était super. Mais, globalement, ça s’est toujours bien passé. Je ne suis jamais sorti de scène en pleurant. Sauf peut-être une fois à La Madeleine où j’étais trop mauvais. Mais dans l’ensemble, j’ai compris que ça ira toujours bien.

Vous aviez annoncé que votre deuxième opus serait encore plus fou que le premier. Est-ce verser dans la folie que de se raconter soi-même dans un monde si critique et polarisé ? Les critiques seront peut-être plus difficiles à digérer parce que l’album parle de moi. Mais j’ai appris à me défaire des réseaux sociaux, des statistiques qui te donnent en temps réel le nombre de personnes qui t’écoutent… En ce qui concerne les thématiques, je ne suis pas pudique. Je suis même un exhibitionniste des sentiments. Quand il m’arrive quelque chose d’horrible, j’ai besoin de le raconter à quinze personnes pour me sentir bien. Si je peux au final tuer la honte avec ce disque, ce serait une grande réussite.

De nouvelles influences sont venues bouleverser votre musicalité comme Christine and the Queens. La musique française est-elle véritablement devenue votre terrain de jeu ? La culture de mes parents s’est arrêtée aux années 80. J’ai donc bien connu les Goldman, Supertramp… mais j’étais plus éloigné des années 90 et 2000. Mes musiciens ont entre trente et trente-cinq ans et ils m’ont fait découvrir ces dernières années plein de choses géniales comme Air, Phoenix ou Daft Punk. L’album est quand même inspiré de ces gens-là. 

Vous changez d’étiquette en tant qu’artiste confirmé. Comment vivez-vous le fait que, même si vous n’avez que vingt-cinq ans, on ne vous mette plus dans la case des jeunes promesses ou des révélations ? La clé est la curiosité. Tant que je suis curieux et que je me dépasse en permanence en me renouvelant, je ne m’inquiète pas. J’ai encore tout à découvrir. Le meilleur exemple pour moi, c’est Philippe Katerine. C’est un homme qui s’intéresse à tout. Je l’adore. J’aime bien chez lui le fait d’être curieux et c’est ce que j’aimerais que mes parents soient pour toujours. C’est comme ça qu’on ne vieillit pas.

Pierre-de-Maere

Instagram : pierredemaere

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