La Villa Baboucha
L’art de ralentir
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Plus qu’un lieu, la Villa Baboucha est une déclaration d’amour au Maroc et à Essaouira, signée par Emilie Galoux. La décoratrice d’intérieur, qui a fait de la perle de l’Atlantique sa terre d’accueil, a pensé cette propriété comme un havre, où parfum, lumière et matière respirent une authenticité solaire.
En 2017, alors que vous étiez en vacances en famille, le hasard vous mena à découvrir une petite demeure, aux abords d’Essaouira. Dans son sillage, un coup de foudre, point de départ de l’histoire de La Villa Baboucha. Que gardez-vous en mémoire de cette première rencontre avec les lieux ? Une profonde évidence. À l’époque, Essaouira demeurait encore une ville portuaire relativement confidentielle. De notre côté, Jérôme, mon époux, et moi entretenions un attachement très profond pour cette région, où nous nous sommes d’ailleurs mariés. Voilà déjà dix ans que nous étions sous son charme et y revenions très régulièrement, au point d’envisager d’y trouver une maison de vacances. Après plusieurs visites, nous sommes parvenus à cette propriété nichée au cœur des arganiers, dans la campagne berbère. Dès que nous avons franchi son portail, nous nous sommes regardés en sachant que nous allions acheter cet endroit magnifique et le rénover.
De cette première visite à sa métamorphose en une lumineuse résidence, quels auront été les travaux nécessaires ? La maison d’origine a été conçue par Jean Secondi et Aurelio Bonachera, également à l’origine du superbe Jardin des Douars. Voulant préserver leur univers, nous avons choisi de faire appel à l’entrepreneur qui les avait accompagnés dans sa construction. La transformation des lieux s’est ensuite déroulée en deux temps. Nous avons d’abord ajouté un étage à cette villa de plain-pied, créant une double circulation grâce à deux escaliers et portant sa surface habitable à 500 m2. Dans un second temps, elle est passée de trois à six chambres, chacune dotée de sa propre salle de bain et terrasse. Une seconde cuisine a également été ajoutée. En parallèle, nous avons repensé les plans afin d’ajouter de la hauteur et des ouvertures. En rénovant auparavant notre appartement bruxellois, nous avions découvert combien nous étions complémentaires dans ce processus. Jérôme apporte une vision globale de l’espace, des volumes et de la lumière, tandis que je me consacre à l’aménagement, au design et aux finitions.
Comment avez-vous dès lors imaginé la décoration intérieure de la Villa Baboucha ? Je tenais à en préserver l’authenticité, cette beauté chaleureuse façonnée par l’artisanat et les matériaux bruts. Le Maroc est pour moi une terre de créativité, ayant énormément influencé ma pratique de décoratrice. J’ai toujours été sensible à son esthétique sensorielle. J’ai donc privilégié des couleurs, des matières et des objets locaux et préservé cet esprit traditionnel, avec du crépi, de la paille, du bois sculpté, de la laine, des lattis de bois, du tadelakt. Et imaginé une palette ocre, beige et terre, vibrante et apaisée à la fois. Des zelliges verts profonds viennent ponctuer l’ensemble, en écho à la piscine extérieure, installée au cœur de cinq ares de nature.
Aviez-vous, dès le départ, imaginé un un endroit destiné à accueillir des voyageurs ? Cela n’a, en réalité, jamais été notre intention. Nous voulions un lieu où profiter en famille ou entre amis, simplement loué quelques semaines par an à des connaissances. Mais comme nous, ceux qui y séjournaient en sont tombés amoureux et en ont parlé autour d’eux. Avec une portée telle que, dix ans plus tard, la Villa Baboucha est devenue exclusivement dédiée à la location.
Ce projet s’est-il progressivement mué en une expérience de vie ? Totalement. Il nous a conduit à nous installer au Maroc, d’abord à Marrakech puis aujourd’hui à Essaouira. Ce pays est devenu notre foyer et celui de nos enfants, reléguant la Belgique à être un lieu de vacances où retrouver nos proches. Baboucha est aussi devenu le cœur d’un projet plus vaste, puisque nous avons acquis les terrains et la maison attenante, afin de créer un ensemble de deux villas, pensé de manière holistique, comme un espace de bien-être et de quiétude, où se ressourcer, faire du sport, réaliser des retraites de yoga. Nous avons aussi recueilli des animaux maltraités des environs et souhaitons pouvoir offrir un abri à d’autres. Je rêve également d’une boutique de décoration, dont les visiteurs pourraient repartir avec un fragment de l’esprit et de la beauté des lieux.
Qu’est-ce qui justement incarne l’âme de la Villa ? Cet amour que nous avons mis à la concevoir et à l’aménager, en la pensant d’abord pour nous, en chérissant chaque objet et chaque étape de sa création. Cela lui donne un caractère, une atmosphère singulière. Et puis, sans aucun doute, le dépaysement qu’elle procure. Nous voulions un véritable cocon, dans tous les sens du terme. Une gouvernante et un hôte d’accueil veillent au quotidien aux repas et à l’entretien, afin que nos visiteurs profitent pleinement du bonheur du lâcher-prise.

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