Arthur Van Doren
« J’ai toujours voulu rendre les autres meilleurs »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Jon verhoeft
À l’aube de la Coupe du monde de hockey sur gazon, organisée conjointement par la Belgique et les Pays-Bas, Arthur Van Doren, 31 ans, rêve d’un nouveau trophée avec les Red Lions. Le défenseur anversois de Braxgata, joueur le plus titré de l’histoire de notre équipe nationale, conserve encore une soif dévorante de succès après pourtant avoir tout gagné en sélection.
Quels sont vos premiers souvenirs avec un stick de hockey ? J’ai toujours été accro à tous les sports avec une balle. Que ce soit le tennis, le golf ou le hockey, j’aimais toujours tout faire. Finalement, c’est vraiment l’aspect équipe qui m’a attiré vers ce sport en particulier. J’ai commencé à mes cinq ans au Dragons mais mes premiers souvenirs remontent à une période où je jouais avec mon frère dans le jardin.
Et maintenant vous êtes ensemble en équipe nationale ! On ne se rend pas toujours compte à quel point c’est spécial. On a joué pas mal de temps ensemble, que ce soit en équipe nationale ou en club. C’est quelqu’un de très important pour moi. C’est mon meilleur ami dans la vie.
Vous êtes connu pour être quelqu’un de très calme sur un terrain. Vous l’êtes moins quand vous regardez votre frère jouer ? Je stresse plus généralement pour un match que je ne joue pas car je n’ai pas d’influence sur ce qui se passe. Cela peut concerner mon frère ou quelqu’un d’autre.
Quand avez-vous su que vous vouliez faire du hockey votre métier ? C’est venu petit à petit. Quand j’étais plus jeune, le hockey n’était pas encore là où il est aujourd’hui. Il y a eu un vrai changement grâce à la fédération qui a investi beaucoup dans plusieurs générations, dont la mienne, afin que l’on puisse jouer pour une médaille aux Jeux Olympiques de Rio. Un an avant le Brésil, on a eu l’opportunité de passer à temps plein pour se préparer au mieux. C’est à partir de là que le hockey a pris plus de place.
À 15 ans, seulement, vous découvrez l’élite du hockey en Belgique avec le Dragons. Cette étiquette de symbole de précocité fut-elle une motivation supplémentaire ou une pression ? C’était une vraie motivation. J’ai toujours eu plus de copains plus vieux. Je me suis retrouvé dans le vestiaire avec des gars qui parlaient de gosses, d’acheter une maison ou d’investir dans la bourse. De ton côté, tu essayes déjà d’arriver à l’heure à l’entraînement (rires). Par la force des choses, ça booste un petit peu ton développement. Ça a toujours été le plus beau compliment à recevoir d’être vu comme le petit jeune. Aujourd’hui, ça a évidemment changé mais j’essaye de voir la beauté dans tout et je sais qu’il y a encore de chouettes années qui arrivent. Je ne suis pas trop nostalgique.
À 18 ans et deux mois, vous disputez votre premier match pour les Red Lions. Vous souvenez-vous de vos premières sensations au moment de représenter votre pays ? Je m’en souviens très bien parce que tout s’est fait très vite. J’ai disputé mon premier match en Australie qui était considéré en tant que champion en titre comme la meilleure équipe du monde à ce moment-là avec l’Allemagne. J’avais toujours rêvé d’y être mais c’était un vrai baptême du feu !
À 21 ans, vous êtes élu meilleur espoir au monde avant de recevoir, un an plus tard, le titre de meilleur joueur de la planète. Qu’est-ce qu’on ressent à ce moment-là ? Une fois encore, tout s’est enchaîné rapidement. Je suis peut-être plus fier maintenant qu’à ce moment-là. À cette époque, j’en voulais toujours plus. Avec le recul, ces titres individuels me rendent quand même fier car, bien souvent, ce sont les joueurs qui votent. Après, j’ai toujours su que j’avais besoin des autres et j’ai toujours voulu rendre les autres meilleurs. C’est la raison pour laquelle j’attribue ces titres au collectif.
Vous êtes connu pour vos capacités techniques, votre lecture du jeu unique et votre intelligence tactique. Outre le travail, votre humilité a contribué à votre succès. D’où vous vient-elle ? Cela me vient de mes parents, de ma famille mais aussi des clubs de hockey dans lesquels j’ai joué. Tout le monde a toujours eu des qualités extraordinaires et j’ai rarement eu affaire à des problèmes d’ego excessifs. C’est la raison de mon succès en club comme en sélection.
L’année 2018 fut particulièrement belle puisque vous avez à nouveau été élu meilleur joueur du monde et vous avez remporté le titre mondial avec les Red Lions en Inde. On a alors assisté à un formidable engouement pour ce sport en Belgique, lié aussi à vos victoires ensuite à l’Euro et aux JO de Tokyo. Est-ce que vous vous rendez compte que vous avez marqué l’histoire du hockey belge ? Oui et non. Nous n’étions pas sur le terrain pour avoir notre nom dans les livres d’histoire. Mais, d’un autre côté, nous voulions créer quelque chose qui allait faire en sorte que tous les Belges soient fiers de l’être. Shane McLeod, qui est notre coach pour la plus grosse partie de ce voyage, c’est un Néo-Zélandais. Tous les Néo-Zélandais sont fort liés avec la culture du rugby avec les All Blacks. Nous avons appris beaucoup de lui. Il répétait toujours une phrase : « Leave the shirt in a better place ». Tu reçois la vareuse quand tu arrives et il faut faire en sorte que sa valeur soit plus grande quand tu la donnes au prochain. C’est ce que nous avons voulu faire : respecter l’histoire et ce qui a été fait avant nous.
Vous avez aussi toujours affiché vos ambitions. Effectivement car on y croyait à 2000 %. On a pu nous le reprocher mais je trouve qu’en Belgique nous n’avons pas encore cette culture sportive comme aux Pays-Bas alors que nous avons des grands champions aussi bien en individuel qu’au niveau collectif.
Qu’est-ce qu’il manque encore à ce sport pour concurrencer, si pas le football et le cyclisme, une discipline comme le tennis par exemple ? C’est difficile, et même très dangereux, de comparer les sports. En Belgique, on aime bien ce qu’on connaît. Concurrencer le football et le cyclisme est impossible car ils sont sur une autre planète. Le hockey est un sport difficile à suivre quand tu ne le connais pas. C’est pour ça que ça prend du temps. Plus les Red Panthers et les Red Lions seront dans des grands tournois et plus il y aura de succès.
En août aura lieu la Coupe du monde de hockey organisée en Belgique et aux Pays-Bas. Deux ans plus tard se disputeront les JO de Los Angeles. Est-ce que cela représente vos deux ultimes objectifs ? Ce n’est pas que je pense à arrêter mais, à un moment, c’est vrai que tu commences un peu à regarder vers l’avant. Pour l’instant, je vise effectivement Los Angeles et la Coupe du monde en Belgique qui risque d’être un des plus beaux moments de ma carrière. Pour la suite, je continuerai tant que je m’amuse encore avec la petite balle blanche.
Même si vous avez encore de belles années devant vous à Braxgata, avez-vous déjà des pistes pour votre après-carrière ? J’ai des idées. Et ce qui est chouette avec les idées, c’est que tu peux en avoir beaucoup. Est-ce que je suis déjà fixé ? Pas vraiment. L’avantage d’être un hockeyeur, c’est que tu sais dès le début que tu vas devoir réfléchir à ce qui se passe après. Affaire à suivre…
Instagram : arthurvandoren

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