Selah Sue
« Je veux faire de la musique fidèle à mon cœur »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Ymke Dirikx
Près d’un an après la dernière date de sa tournée sur ses terres à Louvain, Sanne Putseys, plus connue sous le nom de scène Selah Sue, dévoile un premier album live intitulé « As One » accompagné d’un documentaire intime dans lequel elle nous plonge dans ses tourments et nous invite au sein de sa famille recomposée avant la sortie prochaine d’un nouvel opus.
« As One » démontre que vous n’êtes pas seule dans l’aventure depuis vos débuts. Vous affirmez qu’il n’y a pas de hiérarchie dans votre équipe et que chaque pièce du puzzle est importante dans un monde où vous passez seulement 5 % de votre temps sur scène. Pourquoi était-ce important pour vous de montrer la « famille » qui est présente à vos côtés ? Dans ces temps difficiles dans le monde, c’est tellement important de montrer l’unité, de montrer ce qui compte dans la vie : la connexion, l’amour, l’empathie, le fait d’être ensemble. Pour moi, c’est le plus important. Je pourrais montrer de nombreuses images de moi en train de performer sur les plus grandes scènes, mes récompenses, mes succès, mais à la place je voulais vraiment montrer la famille dans laquelle je suis, le système de soutien qui est tellement crucial pour me permettre de briller.
Cette tournée est venue clore un chapitre de votre vie à l’issue duquel vous avez appris à vivre avec votre part d’obscurité. Comment avez-vous réussi à faire la paix avec vos tourments après avoir longtemps lutté contre la dépression ? C’est assez drôle parce que je crois que je dis à la fin du documentaire que je dois vraiment profiter maintenant mais qu’il est possible que je sois à nouveau déprimée dans deux ans. Et, en réalité, trois mois plus tard j’étais à nouveau en dépression. Donc les hauts et les bas continuent. Je ne dirai plus jamais « là, j’y suis », parce que je n’en sais rien. Il y a cinq ans, j’aurais dit : « j’ai la solution, je n’ai plus besoin d’antidépresseurs ». Maintenant je sais que je ne saurai jamais. Je suis en paix avec ça. Je suis en paix avec le fait qu’il y aura de la douleur parfois, et parfois de la beauté, et que ce sera toujours ainsi.
Vous expliquez également que, comme vous l’avez fait pour votre troisième album « Persona », vous continuerez d’écrire à l’avenir avec le cœur. Effectivement ! J’ai d’ailleurs un nouveau projet en route. Je travaille maintenant avec deux musiciens jazz, Stéphane Galland et son fils Elvin. C’est du jazz, de la soul, c’est super honnête et pur. Ça sortira l’année prochaine. C’est la première musique provenant purement du cœur que je vais sortir. Ce ne sera pas de la musique à hits mais elle sera honnête.
Avec l’âge et l’expérience, vous avez une meilleure vision de ce que vous voulez. Je l’ai entendue de Erykah Badu : l’art est l’absence de peur. Si j’arrive à me débarrasser de ma peur, des choses folles vont sortir. Il faut accepter la peur, mais ne pas la laisser prendre le contrôle. Par ailleurs, je m’ennuie vite. Je ne veux pas refaire un “Raggamuffin” ou un nouveau “This World”. J’ai 36 ans, j’ai deux enfants, je veux faire des choses différentes, de la musique fidèle à mon cœur.
Vous avez connu un succès incroyable mais, comme vous l’expliquez dans votre documentaire, vous avez rarement pu profiter de l’instant présent. La naissance de vos enfants a-t-elle contribué à soigner vos maux ? C’est drôle comme les gens pensent que tu changes totalement quand tu deviens parent, mais je n’ai pas vraiment changé. J’ai les mêmes peurs, les mêmes ambitions. J’ai juste ajouté des enfants à ma vie. Parfois c’est incroyable, parfois c’est épuisant. Ça te ramène à tes sentiments purs et ça peut t’inspirer. Mais ça ne change pas fondamentalement qui je suis.
Depuis la sortie de votre énorme succès « Raggamuffin » en 2008, beaucoup de choses ont changé dans votre vie. Qu’avez-vous gardé de vos débuts dans la musique ? Tout a changé avec les réseaux sociaux, c’est horrible. C’est l’opposé de la créativité. Aujourd’hui les artistes font de la musique pour correspondre à la durée TikTok. Je me souviens de la fille dans sa chambre sans réseaux sociaux, qui faisait de la musique pure, honnête. Cette fille est toujours en moi, même si aujourd’hui je suis constamment distraite par la promo et tout ça. Mais je veux garder cette fille.
Vous repartez en tournée en mars et vous serez en mai 2026 à l’affiche du festival jazz de Liège au Reflektor. Que peut-on en attendre ? Je suis déjà très excitée ! Ça va être un voyage de l’ombre vers la lumière, très spirituel. J’ai fait beaucoup de travail intérieur et je veux le transmettre aux gens, créer la connexion. Je joue avec le meilleur batteur du monde selon moi, Stéphane Galland. Et son fils Elvin est un producteur et claviériste incroyable. J’ai aussi deux choristes à la voix angélique, et Louise van den Heuvel à la basse, avec qui je voulais travailler depuis des années. Ce sera une dream team sur scène.

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