Alice on the Roof
« J’ai l’envie de ne pas tricher »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Sara Bastai
Dans son troisième album sobrement intitulé « Alice », Alice Dutoit, plus connue sous le nom de scène Alice on the Roof, propose pour la toute première fois un projet introspectif intégralement réalisé en français qui dessine les contours de sa personnalité entre acceptation de soi et désir de se connecter aux autres.
Pour l’année de vos trente ans, et surtout vos dix ans de carrière, vous vous livrez sur vos fragilités comme jamais mais aussi sur vos forces. Finalement, c’est un peu l’histoire d’un conte de fées avec ses moments de douceur et de douleur. À quel chapitre êtes-vous pour l’instant ? Quand on grandit, on apprend à se connaître. J’ai une relation un peu conflictuelle avec moi-même depuis que je suis très jeune. J’ai toujours eu un trou dans l’ego mais, même si ça me paniquait au départ, j’ai adoré le passage à la trentaine. J’apprends finalement à accepter les imperfections qui font qui je suis. Les pensées parasites font partie de mon quotidien mais j’ai l’envie de ne pas tricher. J’ai envie d’être la plus proche de ce que je suis dans la vraie vie en chanson et sur scène.
Vous évoquez des thématiques fortes dans votre album comme vos troubles alimentaires ou l’autosabotage avec une grande sincérité. Malgré les épreuves, vous semblez avoir gardé une grande part d’insouciance. Comment l’expliquez-vous ? Le fait d’être Belge, ça implique déjà un petit peu ça. On ne s’en rend même pas compte parfois. C’est quand on est confronté à d’autres peuples que l’on se rend compte que chez nous on peut rire de tout tout le temps. C’est quand même une force que l’on a. Dans ma famille, on est un peu comme ça. Parfois quand il faut se prendre au sérieux, c’est même problématique (rires). J’ai besoin de rêver tout le temps aussi. La musique me le permet. J’espère ne jamais être grave. On peut être adulte sans être sérieux.
Vous passez des épreuves de l’amour à l’importance de l’amitié dans cet opus. Comment vos rencontres ont façonné qui vous êtes aujourd’hui ? Nous sommes la somme des cinq personnes que l’on côtoie le plus dans sa vie. Autant essayer de faire un choix opportun (rires). Une de mes activités préférées, c’est de rencontrer de nouvelles personnes. Le problème, c’est que je n’arrive pas à donner autant de temps que je voudrais aux personnes que je rencontre. Mais j’adore me glisser dans l’univers de quelqu’un. J’adorerais que l’on organise une journée par an où tu passes une journée au travail de ton ami pour comprendre son quotidien. Sur l’album, sur les dernières notes, on entend d’ailleurs mes vrais amis chanter.
Vous vous êtes d’ailleurs entourée de nombreuses personnes pour composer cet album. Il y avait déjà un besoin technique très simple: j’avais envie de chanter en français. J’apprends encore en le faisant. L’album aurait pu sortir un peu plus tôt mais il n’aurait pas été marqué par ces rencontres. J’avais aussi envie qu’il y ait de l’originalité, parfois des prises de risque dans le choix des instruments. Par exemple, il a fallu créer un mariage entre Albin de la Simone, spécialisé dans les sons acoustiques, et Paco Del Rosso qui a collaboré avec Damso. Ils ont collaboré sur plein de chansons. C’était un pari mais ils ont tous les deux joué le jeu. Ça a donné une forme aux chansons définitives.
D’où vient cette peur de ne pas être trop conventionnelle ? La tournée que j’ai faite précédemment m’a beaucoup impactée car j’ai trouvé un truc qui me plaisait vraiment : être un peu nature peinture. J’ai accepté qu’il y avait des trucs bizarres parfois. J’avais envie qu’il y ait des trucs bizarres dans l’album. C’est pour ça que l’on retrouve des cuivres par exemple. J’avais envie de rêver grand.
Vous rendez également hommage à une certaine Emilie Dequenne sur cet album. Expliquez-nous. Son décès m’a beaucoup perturbée et m’a rendue très triste. J’y pense tous les jours. Ça a un peu changé ma façon d’envisager mes journées. Je l’admirais énormément. Sa famille vient du village à côté du mien dans la campagne montoise. J’ai suivi de près sa carrière, ses interviews quand elle était malade et je l’ai trouvée hyper courageuse. Elle avait un message qui m’a énormément remué dans lequel elle expliquait qu’elle a longtemps été dure avec elle-même. Je m’interdis désormais de penser comme ça car le fil de notre vie est plein de surprises et on ne sait jamais quand elle s’arrête.
Coach dans « The Voice Kids », bientôt au théâtre sous la houlette d’Alex Vizorek, actrice au cinéma et propriétaire d’un musée éphémère pour la sortie de votre album… Où est-ce que vous allez vous arrêter ? Quand j’ai une idée qui me fait frissonner de plaisir, j’essaye de tout faire pour la mettre en place. C’est une philosophie que j’ai apprise en faisant une année d’échange aux États-Unis quand j’ai fini ma rétho. Là-bas, on nous avait dit que pour réussir notre expérience il fallait dire oui à (presque) tout. Ma vie, ce n’est que sortir de ma zone de confort.
Instagram : aliceontheroof

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