Peet
« Je me suis demandé si j’avais encore envie d’être un rappeur à plein temps »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Gabriel Mathieu
Dans un style plus acoustique et organique, le rappeur bruxellois Pierre Mignon, alias Peet, prouve à travers son sixième album « Joyboy » toute sa maturité en affirmant encore un peu plus une sensibilité déjà rencontrée auparavant et en posant un regard tendre sur ceux qui lui ont permis d’atteindre les sommets.
Vous avez déclaré au sortir de votre précédent album « À demain » que vous étiez prêt à débuter un nouveau cycle. En êtes-vous satisfait ? Je sens qu’il y a une page qui a été tournée, que j’ai trouvé un peu ma formule et que je suis allé à fond dans ce côté organique. Même au niveau de ma vie, il y a une page qui se tourne. Je ne veux pas faire l’ancien mais, à 33 ans, je n’ai plus les mêmes envies et je n’ai plus la même vision. Enfin, je ne dirais pas que je n’ai pas la même vision de la vie mais j’essaie d’évoluer en tant qu’adulte et de faire des choses qui sont bien pour moi. « Joyboy », finalement, on est encore dans cette transition parce que je ne suis pas encore en accord avec tout ce que je fais. Malgré tout, « Todo Bien » ou « Demain », il s’agissait d’albums où on pouvait passer d’un son trap, hip-hop à un morceau un peu plus chanté ou en piano-voix. Sur « Joyboy », je trouve que c’est plus cohérent dans l’ensemble.
Dans « Vogue Merry », vous expliquez que vous ne savez plus si vous voulez rapper ou grimper. Votre volonté est avant tout de faire des mélodies. Ça rejoint cet état de pensée. Les morceaux reflètent une époque ou une période de ta vie. C’est un moment de ma vie, ou peut-être une journée dans ma vie, où je me suis demandé si j’avais encore envie de mettre toute cette énergie ou d’être un rappeur à plein temps. En fait, le truc dans la musique, c’est comme si tu n’avais pas le temps de célébrer tes victoires. Tu as fait la Maroquinerie ? C’est super bien ! Maintenant, mets ça de côté, il faut que tu fasses la Cigale. Tu as rempli la Cigale ? C’est génial ! Tu vas faire l’Olympia maintenant puis le Zénith… On vit dans un monde ou une époque où les gens attendent beaucoup. Ou peut-être que personnellement j’attends beaucoup de moi. Nous sommes dans une époque où il faut réussir absolument. Il faut faire des choses, il faut aller vite… Alors que moi, ce n’est pas du tout la vie que je veux réellement. Je dis ça mais après j’écoute le nouveau track de Makala et j’ai de nouveau trop envie de rapper. Ce sont des périodes.
Vous ne cachez pas vos émotions dans cet album. Sur « Entre nous », chanson très personnelle dans laquelle vous évoquez le décès de votre papy et de votre mère, vous évoquez le problème de communication des hommes qui ne parlent pas quand ça touche les émotions. C’est quand même une problématique qui avance dans le rap, non ? Le rap avance en général. C’est une musique qui est écoutée par tout le monde aujourd’hui. Du coup, tu as plein d’ethnies, de groupes, de classes sociales qui en écoutent et qui en font. Et, du coup, c’est un mélange de tout. C’est moins ce truc dur où il ne faut pas montrer ses émotions. Après, on dit ça mais si tu creuses dans le rap ça fait longtemps que des gens parlent de leurs émotions. À titre personnel, je l’ai toujours un peu fait. Sur mon album « Mignon », je parle de choses quand même assez profondes. C’est important d’extérioriser pour ne pas que ça te bouffe.
Votre équipage, autrement dit les musiciens qui vous accompagnent depuis de nombreuses années maintenant, est là pour vous épauler. Vous affirmez d’ailleurs que c’est le meilleur avec qui partager la guerre et la fête. Est-ce votre album le plus collectif ? Clairement ! C’est celui que j’ai travaillé le plus en équipe. En fait, dans toute ma carrière, je crois que « Joyboy » et « Mignon », ce sont les albums qui ont été les plus travaillés en équipe. Et entre les deux, il y a eu un peu cette transition où j’ai fait du son de mon côté dans mon studio. Ici, on a vraiment pris dix jours à Bordeaux en studio où on s’est mis tous ensemble. Parfois on s’entendait bien, parfois on s’embrouillait… J’aime bien être dans ma bulle généralement mais si tu ne fais confiance qu’à toi-même, tu ne sais pas pousser le délire un peu plus loin.
Vous continuez à rêver comme vous l’affirmez dans les titres « De l’autre côté » (à être père, à un septième album qui sera meilleur…) et « Mer Égée ». Au sortir de cet album, est-ce que vous assumez encore plus qui vous êtes ? Je suis un éternel rêveur. Ici, il y a l’Olympia qui arrive (en novembre, NDA). C’est une case que j’ai cochée. J’ai toujours rêvé d’avoir un disque d’or à mon nom aussi. Il y a également des noms dont je suis fan dans la musique. C’est le cas de Manu Chao par exemple. Si je peux faire un son un jour avec lui, ce serait incroyable. Dans l’ensemble, j’ai des idées. Je ne sais pas si ce sont des rêves mais ce sont des objectifs. Je viens de reprendre la guitare et j’ai trop envie de pouvoir la sortir sur scène.
Instagram : drpeet_

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