Mara Taquin
« Je ne veux pas devenir une star à tout prix »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Jon Verhoeft
Coiffure & maquillage : Luc Depierreux
Stylisme : Jules Depierreux
Tenues : Christian Wijnants
haussures : Essentiel Antwerp
D’héroïne principale écorchée vive à pépite au sein d’un casting cinq étoiles, l’actrice Mara Taquin s’apprête à vivre une fin d’année mouvementée au cinéma. La Bruxelloise de 28 ans, qui jouera bientôt aussi le rôle de la femme du criminel belge Patrick Haemers dans une nouvelle série, s’inscrit à contre-courant d’une époque où la norme était de lisser la représentation de la femme.
La fin de votre année 2026 est marquée par la sortie de deux longs métrages : « Sanguine » et « Le Faux Soir ». Le premier signe les débuts de la réalisatrice Marion Le Corroller tandis que le second vous offre la possibilité de tourner avec Michaël R. Roskam avec qui vous rêviez de travailler. Cela démontre votre volonté de laisser toutes les portes ouvertes. J’ai la chance depuis le début de ma carrière de manifester des choses et de les voir arriver. J’ai aussi confiance un petit peu en l’avenir. Je n’ai jamais eu de plan de carrière mais, du coup, ça me permet de laisser une grande porte ouverte à plein de projets de genres différents. C’est trop gai de travailler avec des gens comme Marion parce que tu viens avec ta propre expérience. C’est plus collaboratif. Bosser avec Michaël, c’était aussi génial. C’est quelqu’un d’extrêmement gentil et de passionné. C’est tellement agréable de se lever le matin pour défendre un projet qu’ils ont écrit pendant autant d’années.
« Sanguine » sera votre premier film après un an de pause forcée due à un burn out. Le hasard fait bien les choses puisque ce thriller parle d’épuisement et de pression au travail. Depuis que j’ai commencé le cinéma, je fais trois à quatre projets par an. C’est quand même donner de sa personne et de son intimité à des rôles. Même si tu as l’impression de te protéger, tu ne le fais pas totalement et tu y laisses des plumes. J’étais arrivée à un moment où il fallait que je me recentre sur moi et que je prenne du temps. Pour le casting de « Sanguine », je m’étais au départ sabotée. Je ne connaissais pas bien mon texte. Cela ne m’arrive jamais normalement. J’étais fébrile, j’avais fait une chute de tension avant d’arriver au casting. Je ne savais pas si j’avais encore les épaules pour. Ce n’est que quand on m’a rappelé pour le second tour que je me suis dit que j’allais leur montrer que je suis vraiment une bosseuse et une battante.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans la lecture du scénario de ce film de « body horror » où votre corps est mis à rude épreuve ? J’ai directement eu envie de défendre le scénario quand je l’ai eu en main. J’ai l’expérience du genre et je savais qu’il allait y avoir tout un travail de prothèse derrière. Il y a une vraie touche « The Substance » avec l’équipe et j’adore aborder mes rôles de façon corporelle. J’ai fait beaucoup de danse quand j’étais plus jeune. C’est quelque chose qui me donnait très envie de défendre un personnage qui doit se dépasser corporellement. Et puis il y a aussi tout un message politique avec le dépassement de soi. Aujourd’hui, on nous fait croire que les jeunes sont flemmards. Mais, en fait, pas du tout. Il faut arrêter d’avoir une vision comme ça de la jeunesse qui essaye juste de se battre avec les nouvelles règles du monde qui nous en demande toujours plus. J’ai personnellement la chance aujourd’hui de faire un métier passion. Mais quand on voit le corps médical qui est à bout. Ou le corps enseignant qui manifeste dans la rue parce qu’on n’écoute pas leurs revendications…
Dans « Le Faux Soir », nous sommes aussi sur un projet engagé puisque le long métrage est centré sur la résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour vous, l’art est politique et cela se prouve à nouveau ici. Je ne choisis pas mes rôles en me disant que je vais défendre un personnage avec une connotation politique. Je pense qu’à partir du moment où tu engages ton corps pour porter un projet qui a du sens et qui fait sens pour toi, c’est politique. Même une histoire d’amour est politique. L’engagement me paraît logique parce qu’on se bat aussi pour de meilleures conditions de vie. Je viens d’une famille où ma mère est très politisée. Elle travaille dans le milieu carcéral et elle fait en sorte de faire reconnaître les droits des prisonniers. Depuis que je suis jeune, j’entends des adultes repenser le monde. J’ai la chance d’avoir cet héritage-là, d’avoir été dans un cercle qui m’oblige à avoir un esprit critique sur ce qui nous entoure.
C’est tout de même un luxe de pouvoir choisir ses rôles. Cela s’explique par le fait que je ne projette pas une vie qui me demande une vie de luxe. Je préfère être heureuse et bien dans mes baskets que d’aller vers des choses auxquelles je ne crois pas. Ça reste un luxe. Mais je sais que, ne venant pas du cinéma, je ne veux pas devenir une star à tout prix. En tant que comédienne, mon but n’est pas d’être connue mais de défendre des films, des histoires et de travailler avec des gens que j’aime bien. Le fait de vivre en Belgique me permet aussi de ne pas être dans le tumulte perpétuel du cinéma.
Le casting pour « Le Faux Soir » est exceptionnel avec Arieh Worthalter, Mélanie Thierry, Bouli Lanners, François Damiens et, l’une de vos idoles, Yolande Moreau. Comment avez-vous vécu cette aventure ? Les deux ou trois premiers jours, ça a été compliqué pour moi de trouver ma place et d’oser jouer. Karim Leklou, qui a été mon parrain aux César, et la productrice du film Cassandre Warnauts m’ont alors appelée pour me faire comprendre d’arrêter de m’excuser d’être là. Je me suis finalement dit que je n’avais pas envie de regretter, de regarder derrière et d’être frustrée de ne pas m’être amusée. Par contre, je n’ai pas joué avec Yolande Moreau sur « Le Faux Soir » mais j’ai fait un court métrage d’animation qui s’appelle « Le Bain des sirènes » avec elle. C’était une masterclass. Je l’ai regardée jouer. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui s’amusent quand ils jouent. Et Yolande Moreau fait partie de ces gens-là qui ont un imaginaire tellement grand en eux que, quand ils jouent, tu te demandes ce qu’ils ont invoqué. Et je pense juste que ce sont des gens qui aiment jouer profondément.
C’est toutefois dans un autre projet dans lequel vous jouez aussi en 2026 que l’on retrouve votre actrice préférée. Dans le court métrage « La pote d’un pote », vous évoluez, en effet, avec votre meilleure amie Salomé Dewaels. J’ai le même sentiment vis-à-vis de Salomé. J’ai vraiment une admiration profonde pour son plaisir à jouer. Je pourrais la regarder des heures parce qu’elle te sort des trucs où tu te dis que tu ne peux que bien jouer face à quelqu’un qui t’envoie ça comme ça.
Elle nous confiait dans notre dernier numéro vouloir devenir réalisatrice. Qu’en est-il de votre côté ? J’aimerais bien mais je suis encore fort jeune et je n’irai que si j’ai quelque chose à raconter. Ça reste quand même un métier solitaire et ce que j’aime beaucoup dans le métier que je fais, c’est le collectif. Si je devais réaliser un film, ce ne serait peut-être pas toute seule. Je voudrais plus que ce soit collaboratif.
Instagram : mara_taquin

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