Triggerfinger
L’après Monsieur Paul
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Charlie De Keersmaecker
Après une période compliquée marquée par la disparition tragique de Monsieur Paul, le temps semble à nouveau s’éclaircir pour Triggerfinger. Sans renier la puissance brute qui a forgé leur réputation, les Anversois retrouvent la scène avec un sixième album qui sonne comme un nouveau départ.

Le titre de votre nouvel album, « Tarmac », fait référence à la fois à la piste de décollage et à la piste d’atterrissage d’un avion. Mais le message général est ici bien plus introspectif. Ruben Block : C’est une métaphore par rapport à la famille. Votre situation en son sein change selon votre âge et au fur et à mesure que vous vieillissez. Quand vous êtes jeune, vous vous appuyez sur vos parents et vos grands-parents. En vieillissant, cette situation change sans que vous l’ayez demandé. Vous vous retrouvez propulsé tout d’un coup à la tête de la famille. Vous voyez également vos enfants prendre leur envol et affronter les défis de la vie. Cet album parle du fait de se retrouver entre ces deux énergies.
Cet opus est forcément particulier puisqu’il s’agit du premier depuis le décès de votre ancien bassiste Paul Van Bruystegem, alias Monsieur Paul, l’année dernière. Mario Goossens : Paul avait quitté le groupe avant que nous commencions à travailler sur cet album. Après le covid, il a décidé que sa santé ne lui permettait plus de continuer. Nous avons fait une tournée d’adieu avant de nous dire que nous voulions continuer. Pendant que nous écrivions, nous savions qu’il était malade. Cela fait écho à ce que Ruben disait avec les parents. Cela se reflète dans ce que vous faites d’une certaine manière, même si nous n’avons pas écrit sur ce qui lui arrivait.
Ruben Block : Il est décédé après que l’album soit terminé. Son état de santé s’est vraiment dégradé après. Il n’était plus en état de partir en tournée, mais nous sommes restés en contact. Nous prenions simplement un café et bavardions ensemble toutes les deux semaines. Une part de lui se trouve dans votre dernier projet puisqu’on y retrouve encore des saturations massives et des titres brutaux. Vous avez cependant aussi voulu ici, comme c’était le cas déjà sur votre cinquième album « Colossus », explorer de nouveaux horizons.
Mario Goossens : Il y a une nouvelle énergie qui s’est dégagée à la base de cet album. Nous sommes partis à Los Angeles pour travailler dessus et voir ce qui allait se passer. Il n’y avait aucune limite ni aucun ego. Nous voulions juste faire le meilleur disque possible.
Pour vous aider, vous avez à nouveau fait appel au musicien et producteur américain Mitchell Froom (Bob Dylan, Richard Thompson, Los Lobos…) pour sortir de votre zone de confort. Ruben Block : Nous avons beaucoup de chance de pouvoir désormais le définir comme un ami. Et, en plus de ça, c’est vraiment un génie de la musique. Il est vraiment précieux parce qu’il est différent de nous. Il aborde la musique de son propre point de vue. Il n’a jamais fait partie d’un groupe de rock’n’roll. Outre ses connaissances immenses en harmonie, il peut trouver des parties supplémentaires incroyablement intéressantes pour soutenir les refrains et ce genre de choses avec des claviers, des cordes, etc. À côté de ça, il peut aussi redevenir un enfant. Il peut avoir 10 ans et comprendre que, parfois, quelque chose a simplement besoin d’être très simple. Il sera le premier à dire que ça devient trop compliqué ou trop sophistiqué. Ce n’est jamais une obligation. Il propose une idée et il est le premier conscient quand ça ne marche pas.
La faim est toujours présente au sein de votre groupe. Comment l’expliquez-vous après plus de vingt-cinq ans de carrière ? Mario Goossens : C’est tellement amusant. Du moment où l’on commence à écrire les premières démos à la réalisation de cet album en passant par la tournée, nous aimons tout. Il y a une grande variété de choses que l’on peut faire.
Ruben Block : Les thèmes dont vous parlez dans vos chansons changent aussi automatiquement, comme votre regard sur la vie parce que vous vieillissez. Parfois, avant de commencer à écrire un album, vous ne savez pas exactement de quoi vous allez parler. Mais le plus important dans ce processus, c’est de commencer à travailler. C’est quelque chose que je ne comprenais pas au début. Finalement, vous tâtez le terrain avec des mots ou une idée instrumentale et quelque chose peut se produire.
Votre réputation sur scène n’est plus à faire. Vous serez d’ailleurs en tournée un peu partout en Europe d’octobre à décembre avec pas moins de douze pays traversés en deux mois seulement. Mario Goossens : Si c’est possible, on fera encore plus de pays !
Ruben Block : Partir en tournée est fatigant avec les transports, le déplacement de matériel… mais la tournée en elle-même est la chose la plus facile que vous puissiez faire. Le rythme est le même chaque jour.
Mario Goossens : C’est très structuré. On essaye de se reposer autant que possible entre les concerts. Et avant la tournée, on se maintient en forme en faisant de la course à pied, de la boxe… On vieillit donc c’est le prix à payer pour continuer à faire ça.

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