Designs of the Time
Une vision tissée au fil de l’élégance
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Certains projets se bâtissent autour d’un produit, d’autres se construisent par une philosophie. À contre-courant de l’éphémère, l’approche de Designs of the Time est celle de la pérennité. Un hymne aux matières naturelles, à l’authenticité et au savoir-faire remarquable, qu’Yvan Puylaert a transmis à ses deux enfants, Elaine et Owen.
Yvan, vous avez entamé cette histoire il y a 28 ans. D’abord seul, puis en famille. Comment votre façon de créer et vos inspirations ont-elles évolué en près de trois décennies ? À l’époque, je n’imaginais pas que cette aventure deviendrait la nôtre, à tous les trois. Mon ambition était de développer une approche personnelle et artisanale. Il y a dix ans, Owen a intégré l’entreprise, suivi par Elaine l’année suivante. Il œuvre à une vision stratégique, tandis qu’elle se dédie à l’univers créatif, mais nos décisions restent collectives et guidées par une même philosophie. En commençant à travailler ensemble, nous avons pris la décision fondamentale de refuser tout compromis et de rester pleinement fidèles à nos valeurs et à notre vision. Au fil des années, notre gamme textile s’est enrichie. Initialement centrée sur le lin, elle s’est ouverte à la laine, au velours de coton et de mohair, au jute, au chanvre, à la soie ou encore à l’alpaga. Certaines matières apportent de la douceur, d’autres davantage de texture ou de caractère, formant une harmonie. Nous n’adoptons une idée que si nous parvenons à un consensus. C’est la force de notre trio.
Qu’est-ce qui anime une collection ? Une émotion, un paysage, le choix d’un tissu ? Elaine : Nous en puisons les bases dans la mode et l’art. Ausarta, notre édition 2025, évoquait l’audace et le courage. Ses influences lui venaient des formes puissantes et sculpturales des œuvres d’Eduardo Chillida découvertes à Minorque et dont nous avons cherché à transcrire la force. Azimuth, notre nouvelle gamme, a été inspirée par une exposition à la Fondation Cartier et notamment les matériaux utilisés par Bijoy Jain. Les expériences vécues nourrissent également en permanence notre réflexion.
Owen : Chaque collection a son caractère propre mais toutes partagent un esprit authentique, luxueux et sobre. Nous ne sommes jamais dans l’ostentation. La noblesse des matières procure une sensation de raffinement et de bien-être, sans jamais tomber dans l’exubérance.
Chaque étoffe doit-elle avoir une dimension non seulement visuelle et tactile mais aussi narrative ? Elaine : Elle porte en effet un récit, un ressenti. Et une fois qu’elle reçoit un nom, acquiert une identité propre qui s’inscrit dans le processus de création. Nous écrivons chaque année une nouvelle histoire qui s’intègre ensuite dans une continuité. Il est ainsi aisé d’entremêler les différentes gammes, de mélanger les tissus. La profondeur des coloris et la palette naturelle que nous employons reflètent notre ADN autant qu’ils incarnent l’intemporalité.
Yvan : Nos créations ont cette magnifique particularité de pouvoir se décliner en de multiples usages. Un même textile peut devenir un rideau, un revêtement de siège ou encore un élément décoratif. Nous mettons en scène chaque collection dans un lieu qui reflète l’ambiance, les sensations que nous souhaitons transmettre. Pour Azimuth, il s’agissait d’une ferme marocaine, rustique mais contemporaine et épurée. Pour autant, ce n’est qu’une interprétation parmi d’autres. Nous laissons aux architectes d’intérieur la liberté essentielle de s’approprier nos pièces.
Vous mettez à l’honneur les matières et fibres naturelles, dont l’authenticité fait de chaque création une pièce unique, marquée par de subtiles irrégularités. La relation à l’imperfection fait-elle partie de votre identité ? Yvan : Absolument. Elle nous définit et découle de notre amour de la nature comme d’un profond besoin de sincérité. Il n’a jamais été question de construire une marque pour lui trouver une place sur le marché, mais plutôt comme le reflet d’un mode de pensée et de vie. La passion a toujours primé sur le commercial.
Owen : Nous accordons une grande importance aux fils, aux finitions, aux nuances ainsi qu’à la douceur et la rondeur du tissu. Lorsque l’on développe une étoffe avec un tisserand, chaque aspect est travaillé afin d’obtenir ce résultat sensible et brut à la fois. C’est un processus d’imperfection maîtrisée. Nous tenons à valoriser nos ateliers d’excellence, qui demeurent principalement belges. Peu de gens réalisent d’ailleurs à quel point il s’agit d’une œuvre du vivant, qui commence bien avant la matière, dans la terre, la plante, le soleil, la pluie et les cycles des saisons. C’est formidable d’être connecté à l’ensemble de ce processus et cela constitue une grande richesse personnelle. Nous n’avons pas de grande ambition de croissance, seulement la volonté de faire perdurer cette entreprise que nous aimons profondément et de partager cette passion avec d’autres, designers, clients, artisans. Plus qu’une famille, nous formons une véritable communauté.

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