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Ghinzu

« La Belgique comprend la poésie d’une certaine médiocrité »

Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Bob Jeusette

Dix-sept ans après leur dernier disque, le quintet bruxellois Ghinzu revient avec un quatrième album intitulé « W.O.W.A » (When Other Worlds Await). La formation d’indie rock, toujours emmenée par John Stargasm, affiche désormais une plus grande maturité et un lâcher-prise assumé.

ghinzu

Après « Electronic Jacuzzi », l’album fondateur « Blow » et « Mirror Mirror », peut-on dire que votre nouvel album est le plus parfaitement imparfait ? C’est un album un peu différent de ce qu’on a déjà fait. Il a quelque chose d’assez beau dans le sens où, effectivement, c’est vraiment une errance artistique et créative. 

Si vous avez pris votre temps, vous n’avez pas chômé en route puisque vous avez écrit pas moins de 90 « idées » pour en retenir finalement 13. La liberté était donc totale. Il y a une grande satisfaction à se dire que notre entourage est très respectueux. Nous n’avions pas envie de sortir des trucs pour sortir des trucs. Ce qui nous a toujours permis d’être libres aussi, c’est notre réputation sur scène. Cela nous donne une forme d’autorité.

De Queen à Nirvana en passant par les peintres Gerhard Richter et Francis Bacon, vos influences ont été nombreuses. À quel point avez-vous voulu explorer de nouveaux horizons tout en conservant vos fondements pour ne pas brusquer votre public ? Nous ne pensons pas à ça. On est avant tout conduit par ce côté émotionnel, cette fameuse chair de poule. Ça doit nous faire quelque chose. En premier lieu, on prend notre temps, on explore un peu et on voyage. Dans un second temps, quand on a les frissons, on sert ça aux fans et à qui le veut. C’est comme ça que l’on est en paix avec notre conscience. 

L’amour occupe une place centrale dans cet album et démontre une envie de générer avant tout des thématiques universelles. Il y a des sujets qui touchent pas mal de personnes. Que ce soit les sujets périphériques de l’amour ou qui font partie de la passion. Les séparations, l’euphorie, la compassion, le pardon… L’amour est un peu la clé de tout ça. C’est un peu ça, cet album. Quand quelque chose te touche, tu as l’impression que tu es le seul au monde à le vivre alors qu’en réalité tout le monde a déjà eu un chagrin ou tout le monde va probablement en avoir un. C’est une espèce de transmission. Nous sommes passés par là et il y a aussi une dimension nostalgique. Après, comme d’habitude avec Ghinzu, il y a plusieurs niveaux de lecture dans les morceaux. 

Un titre comme « Death Race » prouve que vous ne vous êtes pas totalement assagis. C’est un titre qui, musicalement, est une forme d’escalier. Le jeu était de créer des paliers et que la personne qui l’écoute se dise qu’on est le plus haut possible et qu’on ne peut pas rajouter quelque chose. C’est pour ça qu’à un moment donné, il y a quelque chose qui se transforme dans un riff à deux accords. Et puis, tout d’un coup, il y a l’orchestre qui arrive. Et au-dessus de l’orchestre, il y a une guitare… Il y a quelque chose en plus, de violent.

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Vos sons ont été enregistrés entre l’Europe et les États-Unis. Pourquoi était-ce important de multiplier les studios ? Il faut le dire : on se prend un peu pour des producteurs. Quand on rencontre un producteur ou un mixeur, on a une idée très claire de là où on veut aller. Ça ne fait pas de nous des producteurs mais on chipote quand même. On touche, on crée des sons et tu as des setups qui te permettent d’avoir des studios mobiles. Il y a des nouveaux plugins qui existent en digitaux. Cela permet de commencer à t’enregistrer où tu veux, quand tu veux et tu accumules des téras et des téras de disques durs. Après, on va aller en studio pour retrouver une espèce de cadre. Mais il y a à la base cette idée d’exploration. Tout ne doit pas être terminé. Par exemple, sur cet album, il y a des morceaux qui ont été joués il y a dix ans. Et ce ne sont pas du tout les mêmes. Ce ne sont pas du tout les mêmes paroles, ce ne sont pas du tout les mêmes mélodies de couplets… En fait, l’arrangement des guitares est complètement différent. Dans dix ans, si on laisse les choses se faire, il sera peut-être encore différent.

Le mixage s’est fait, lui, à Los Angeles au studio Hillside Manor où des groupes comme Oasis et les Rolling Stones ont enregistré. Qu’est-ce que ça change concrètement ? Il y a un petit truc en plus. La Belgique arrive alors que nous ne sommes pas réputés pour être le marché de la pop rock. Notre pays crée des produits un peu spéciaux. On chante en anglais mais notre langue maternelle est le français. Nous sommes évidemment influencés. On ne cultive pas comme d’autres pays une espèce de culture de l’excellence. On a de l’autodérision. Notre excellence à nous, c’est le 19e siècle. C’est le charbon, l’industrie du métal… On s’assied dans un endroit où il y a les Rolling Stones et on rigole. C’est notre force : comprendre la poésie d’une certaine médiocrité. Mais ça n’enlève pas que nous avons une notion du chic et qu’on a quelque chose d’assez bon vivant.

ghinzu

www.ghinzu.be

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