Villa Pétrusse
La parenthèse secrète de Luxembourg
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Gaelle Le Boulicault
À deux pas du centre de Luxembourg-Ville, la Villa Pétrusse offre une échappée inattendue. Restaurée pendant près de cinq ans, cette grande demeure du XIXe siècle abrite aujourd’hui un hôtel confidentiel membre de Relais & Châteaux où l’on vient chercher le calme, la gastronomie et l’élégance d’une maison chargée d’histoire.
Il faut parfois quitter la rue de quelques mètres seulement pour découvrir une ville autrement. À peine le portail franchi, la Villa Pétrusse réussit à s’extraire du rythme effréné de la capitale du Luxembourg. Pourtant, le célèbre pont Adolphe et le centre ne sont qu’à quelques minutes à pied. Dominant la vallée de la Pétrusse, cette élégante demeure du XIXe siècle a rouvert ses portes en 2025 à la suite de près de cinq années de restauration. L’ancienne Villa Baldauff est devenue un hôtel discret de vingt-deux chambres, membre de Relais & Châteaux, où l’on a davantage le sentiment d’être invité dans une maison de prestige.
Notre chambre se situe dans l’aile qui abritait autrefois les écuries et le garage. L’endroit a été entièrement réhabilité mais l’esprit des lieux a été préservé. Du parquet en chevron aux teintes naturelles en passant par les lignes sobres, l’ensemble compose une atmosphère douce et apaisante. Sur les murs, quelques cadres racontent l’histoire du chantier et des différentes étapes de la transformation. Une manière élégante de rappeler que cette adresse contemporaine repose avant tout sur un patrimoine soigneusement restauré. Au-dessus du lit, une aquarelle attire le regard. Elle représente un paysage du Luxembourg inspiré du travail de l’architecte et peintre Sosthène Weis. L’image, agrandie et intégrée à la décoration, agit comme une fenêtre supplémentaire sur la ville.
Mais le véritable spectacle se trouve derrière les vitres. La chambre s’ouvre sur le parc privé qui entoure la villa, un véritable poumon vert au cœur de la capitale. Tilleuls, houx ou encore cèdre du Liban composent ce jardin ancien qui descend doucement vers la vallée. En hiver, lorsque les branches se dégarnissent, la vue s’étire jusqu’aux toits de la ville et aux arches du pont Adolphe. Aux beaux jours, la végétation transforme le paysage en tableau presque romantique. Dans tous les cas, le silence du décor surprend.
Le soir, les salons historiques de la demeure principale prennent toute leur dimension. L’apéritif est servi dans le salon Bourbon, dominé par une impressionnante cheminée d’époque et un lustre spectaculaire. Les bulles du domaine luxembourgeois Alice Hartmann ouvrent la soirée, accompagnées de quelques bouchées pleines de caractère : une surprenante revisite de la soupe à l’oignon transformée en amuse-bouche, un taco croustillant de chou-fleur au curry vert ou encore un flan royal japonais qui annonce déjà les influences asiatiques de la cuisine.
Le dîner se poursuit au restaurant gastronomique Le Lys, installé dans les anciennes pièces de réception où vivaient autrefois les propriétaires de la villa. Ce soir-là, cependant, l’expérience prend une tournure particulière avec une invitation à la table des chefs. Deux tables seulement, situées à proximité immédiate de la cuisine et accessibles en traversant les coulisses du restaurant et la pâtisserie attenante, garnissent les lieux. Une fois assis, la vue s’ouvre d’un côté sur le parc et de l’autre sur un vitrail datant d’une autre époque.
Aux commandes du restaurant, le chef luxembourgeois Kim de Dood propose une cuisine personnelle qui revisite le terroir local en y glissant des influences asiatiques. Après plusieurs années passées à Singapour, où il a notamment décroché deux étoiles Michelin au restaurant Saint-Pierre, il est revenu au pays avec l’envie de proposer une gastronomie à la fois ancrée et ouverte sur le monde. Le menu Éveil reflète bien cette approche. Parmi les assiettes marquantes, une truite séchée pendant une semaine révèle une profondeur de goût remarquable. Les kniddelen, spécialité emblématique du Luxembourg, apparaissent dans une version étonnamment légère mais toujours gourmande. Au fil du repas, des touches de yuzu, de bouillons délicatement parfumés ou de condiments épicés rappellent le parcours asiatique du chef. L’expérience est finalement presque immersive avec une brigade qui s’active à quelques mètres et un chef qui vient présenter les assiettes.
Le lendemain matin, le petit-déjeuner est servi dans le salon Marie-Thérèse qui s’ouvre largement sur le parc. Entre ses grands miroirs, ses fresques, ses papiers peints historiques et son lustre monumental, le « cœur majestueux de la maison » nous embarque dans un monde qui comblera à coup sûr les fans de la série « Bridgerton ». Au final, on vient souvent au Luxembourg pour ses paysages, la Moselle ou la vallée des châteaux. Mais au cœur même de la capitale, la Villa Pétrusse offre une autre forme d’évasion. Et, comme le bon vin, elle ne fait que s’embellir en vieillissant.

Abonnez-vous dès aujourd’hui pour recevoir quatre numéros par an à votre porte
Vous aimerez peut-être
Coquo – Le retour aux sources
Épinglé par le Michelin et primé par Gault&Millau 2026, Coquo, le restaurant de Corentin Lonnoy à…
David-Alexandre Bruno – L’architecte du goût
David-Alexandre Bruno, Jeune Chef 2026 (Gault&Millau), s’impose chez Quartz avec une cuisine…
Karen Torosyan – Le chef orfèvre
Le Palais des Beaux-Arts semble prédestiné à accueillir Karen Torosyan : au Bozar Restaurant, la…


