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Éric-Emmanuel Schmitt

« Mon modèle d’écrivain est un musicien et c’est Mozart »

Mots : Barbara Wesoly
Photo : Mathieu Zazzo

Dans son nouvel ouvrage, Éric-Emmanuel Schmitt raconte, avec la délicatesse et la subtilité qui lui sont coutumières, Wolfgang Amadeus Mozart par le regard de son père Leopold. « Juste après Dieu, il y a papa » donne corps à la fragilité derrière l’Histoire, à l’humain par-delà le génie et à l’amour dans ce qu’il peut avoir de fondateur mais aussi d’écrasant.

Plus encore qu’un hommage à la musique, « Juste après Dieu, il y a papa » explore la relation complexe entre Wolfgang Amadeus et Leopold Mozart. La filiation et son regard empreint de fierté ou au contraire de déception sont-ils des thèmes qui résonnent particulièrement en vous ? C’est doublement intime. J’ai d’abord été un fils, devenu récemment orphelin, et aujourd’hui je suis également un père. Je mûrissais ce livre depuis des années, mais je pense qu’il m’a fallu attendre pour l’écrire, de pouvoir habiter ces deux rôles et ainsi mesurer leur différence. Être parent est une vocation, un engagement, là où être fils amène plus d’attentes que de don de soi. Ces événements m’ont amené à prendre conscience que nos parents ne meurent jamais. Ils continuent à nous inspirer, à nous bouleverser et à nous offrir des révélations sur eux-mêmes. On change ainsi d’enfance toute sa vie, la revisitant à la lumière du présent en la percevant différemment à vingt, quarante ou soixante ans. Les êtres qui nous ont donné vie ne cessent finalement jamais de le faire. 

Tout en ayant un ancrage historique, ce livre laisse une place essentielle à la fiction, puisqu’il évoque les blessures profondes des Mozart, père et fils. Ce choix vous a-t-il permis d’ouvrir le champ des possibles ? Quand on écrit, on est soit littéral en se racontant parfois sans vraie distance, soit littéraire et l’on décide alors de s’exprimer à travers des personnages, des récits, des métaphores. Je pense pouvoir dire beaucoup plus en me glissant dans les pas de Wolfgang et Leopold qu’en dressant un procès-verbal de ma relation à mon père. Leur lien généreux et oppressant à la fois me permettait d’explorer toute la complexité des êtres. Et notamment celle d’un homme prêt à tout sacrifier pour accompagner son fils sur le chemin de la réussite, quel qu’en soit le coût, quitte à risquer d’être méprisé et désavoué par lui un jour. Un amour absolu et destructeur à la fois. 

Après « Ma vie avec Mozart », il s’agit de votre deuxième ouvrage dédié au compositeur. Avez-vous noué avec lui un lien intime ? Il est pour moi une question de vie et de mort. À quinze ans j’ai vécu une profonde dépression qui m’a conduit au bord du suicide et dont Mozart m’a sauvé. Un professeur nous avait emmenés aux répétitions des « Noces de Figaro », à l’Opéra de Lyon. Une cantatrice est entrée sur scène et s’est mise à chanter et j’ai eu soudain le sentiment que les chaînes qui me maintenaient au fond de l’eau venaient de lâcher. J’arrivais à la surface, à la lumière. Depuis, Mozart est plus que la musique, il est un guide spirituel. Il y avait chez lui la sagesse profonde d’accepter les dimensions douloureuses de l’existence et de les dépasser pour cultiver la joie, l’allégresse et le bonheur. C’est tellement à rebours de notre époque sinistre, qui s’affirme par le pessimisme et donc par la démission. Sa voix solaire continue d’être un phare pour moi. Tout comme son art, employant un minimum de notes pour le maximum d’effet. Vrai, profond, sans surjouer, sans affecter le sérieux. Mon modèle d’écrivain n’est pas un écrivain mais un musicien, et c’est Mozart. » 

« Juste après Dieu, il y a papa » évoque aussi l’empreinte que l’on laisse derrière soi, à ses enfants comme au monde. Est-ce une question qui vous est essentielle ? Transmettre des valeurs, une culture, la vie également, c’est ce qui, à mes yeux, justifie un homme. Dans tout ce que j’accomplis, je cherche à être un passeur. Une chose m’a d’ailleurs bouleversé chez ma fille. Son premier mot a été Papa. Mais le deuxième était Beau. Elle regarde autour d’elle, écoute de la musique et le répète. Cela me rend heureux de lui avoir, presque sans m’en rendre compte, communiqué ce désir d’être au monde pour le savourer. 

Ces trente-deux années d’écriture ont vu naître une multitude d’histoires. Quel territoire reste encore inexploré ? Il y en a tant ! La condition et l’histoire humaine sont un cosmos infini. Mon esprit regorge de récits, de nouvelles, de pièces de théâtre mais pour autant, je me refuse à les dire. Un livre dont on parle, on ne l’écrit pas. Il perd sa nécessité d’exister. 

Vous avez consacré votre vie à ausculter l’âme humaine. Avez-vous le sentiment, aujourd’hui, de posséder certaines réponses à ce mystère ou de l’avoir au contraire approfondi ? J’ai en réalité juste l’impression de m’en être rapproché. Mais il n’y a finalement rien à résoudre. Percer un mystère comme on crèverait un ballon, c’est en supprimer le charme et la douce liberté d’imaginer qui est vitale pour un écrivain. 

Juste après Dieu, il y a papa, Éric-Emmanuel Schmitt, Éditions Albin Michel.  

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