Un regard, une émotion : l’Afrique de Benoît Feron
Mots : Olivia Roks
Photos : Benoit Feron
Photographe voyageur au regard singulier, Benoît Feron révèle depuis des années la beauté brute de l’Afrique, de ses visages à ses paysages. Avec son nouvel ouvrage, « Odyssée Africaine », il signe un hommage vibrant à un continent qu’il capture avec une intensité rare.
Vous êtes avocat et la photo est devenue bien plus qu’un hobby… D’où vous vient cette passion ? Quel a été le déclencheur pour en faire finalement votre métier ? Effectivement, je combine les deux métiers avec des journées bien chargées, j’ai en quelque sorte une double vie ! La photo est arrivée très vite dans ma vie. À mes six ans, mon grand-père m’a offert un appareil photo. Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais le petit reporter en herbe dans les voyages de classe. Ensuite, je me suis concentré sur mon métier d’avocat. En 2003, j’ai vécu mon tout premier safari en Afrique. Cette expérience m’a profondément bouleversé : la lumière, l’atmosphère, la faune… À mon retour, je ne cessais de rêver de guépards. Quelques mois plus tard, me voilà reparti en Afrique. De fil en aiguille, je me suis de plus en plus intéressé aux peuples et à leurs traditions fascinantes. Chaque année, j’ai commencé à découvrir deux ou trois tribus. Aujourd’hui, j’ai mon métier d’avocat très terre à terre, et la photographie qui est ma bouffée d’oxygène.
Comment décririez-vous votre travail ? Pourquoi l’Afrique ? J’ai un travail assez éclectique car je m’intéresse à beaucoup de choses : paysage, street art, animaux sauvages… Mais ce que j’aime particulièrement, c’est la rencontre humaine via le portrait, aller à la rencontre de l’autre, à la découverte de la diversité humaine. J’ai rencontré en Afrique un art de vivre éloigné de nos standards, en harmonie avec la nature, un sens rare de l’esthétique et des couleurs (bijoux, parures colorées si élégantes, créativité exceptionnelle…) mais aussi des rites d’un autre temps. Chaque tribu a sa propre identité. C’est fascinant ! Aujourd’hui, l’être humain reste mon thème principal mais aussi les événements qui entourent ces peuples.
Photographier l’autre, une question de respect ? Vous dites qu’un portrait peut parfois prendre deux jours… ou dix minutes. Il n’y a pas de règle, la base c’est le respect. Il faut gagner leur confiance et ça peut prendre deux minutes comme deux jours. Il faut qu’ils ressentent que l’on s’intéresse vraiment à eux et que l’on n’est pas là par voyeurisme. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite mais je suis assez grand et j’ai toujours pris mes portraits à genoux. Je pense qu’en quelque sorte c’est une manière de me mettre plus bas qu’eux, d’être plus accessible, cela crée naturellement un climat de confiance.
«Odyssée africaine» est votre nouvel ouvrage. Qu’y découvre-t-on ? Le livre est conçu selon une structure particulière, articulée en deux parties. La première partie offre une vision de l’Afrique moderne, l’Afrique d’aujourd’hui. Au centre, on retrouve toutes les légendes des photos écrites à la main accompagnées de nombreuses anecdotes, et enfin la deuxième partie met en lumière une Afrique traditionnelle, les rites dans les tribus, les cérémonies de passage… C’est un face à face entre l’Afrique contemporaine et l’Afrique traditionnelle. C’est important car l’Afrique est plurielle, ce continent évolue énormément, mais en parallèle est encore tellement influencée par ses traditions.
On reconnaît bien votre travail aux couleurs éclatantes… Mais Odyssée africaine marque un tournant vers le noir et blanc. Comment choisissez-vous aujourd’hui entre ces deux écritures ? Le livre est effectivement en noir et blanc. J’ai sélectionné les images qui gagnaient en intensité une fois privées de couleur. Par exemple, quand il s’agit de faire un portrait d’une personne avec des bijoux, la couleur a toute son importance. Par contre, les scènes de vie, de rue, sont très puissantes en noir et blanc. On va directement au sujet, on n’est pas pollué par la couleur, elle ne vous distrait pas. Et puisque ce livre est surtout axé sur des environnements africains, opter pour le noir et blanc prend tout son sens.
71 pays, 20 ans de voyages, plusieurs livres… Qu’est-ce qui vous donne encore l’élan de repartir ? Dès que je reste trop longtemps en Belgique, ça me démange. Mais ce qui me donne par-dessus tout l’envie de repartir, c’est la curiosité et la découverte de la différence. Je suis fasciné de constater que notre société tend vers une uniformisation croissante, tandis qu’à l’autre bout du monde, d’innombrables communautés perpétuent des modes de vie et des façons de penser totalement différentes. Cette diversité est si enrichissante. Je déteste la banalité. Je me rends compte aussi que depuis peu, je suis de plus en plus intéressé par des photos plus politiques pour témoigner de l’évolution du monde…
Où vous mènera votre prochaine odyssée ? Pour le moment, quatre voyages sont déjà prévus en 2026. Le premier a lieu en janvier dans le Serengeti, en Tanzanie. En avril, je pars dans le sud de la Chine à la rencontre de tribus traditionnelles. En août, je retourne au Kenya pour un reportage axé sur la vie sauvage. Enfin, en octobre, j’accompagne un groupe au Zimbabwe.
Le livre “Odyssée Africaine” peut être commandé directement auprès de l’auteur
Facebook : Benoit Feron
Instagram : benoitferonphotography

Abonnez-vous dès aujourd’hui pour recevoir quatre numéros par an à votre porte
Vous aimerez peut-être
Nola Mann – un parfum de Nashville
La Bruxelloise Nola Mann poursuit son histoire avec un deuxième EP, dévoilé progressivement en 2025…
Michiel Pieters – « Ce n’est pas le lieu qui fait la photo, c’est l’instant »
De la majesté urbaine à celle des déserts, de la toundra aux îles préservées, Michiel Pieters…
Selah Sue « Je veux faire de la musique fidèle à mon cœur »
Un an après son dernier concert à Louvain, Selah Sue dévoile As One, son premier album live,…




