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Jérôme De Warzée

« Je suis fier de faire de l’humour populaire »

Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Benjamin-Struelens

Aux commandes de l’émission « Le Grand Cactus » et régulièrement actif en radio avec ses chroniques humoristiques, Jérôme De Warzée surfe sur le succès depuis plus de dix ans déjà. Le Ucclois de 55 ans reste également un homme de scène et il revient d’ailleurs avec un nouveau spectacle, « Va au Diable ! », qui promet un mélange d’humour noir, de jeux de mots acérés et un regard décalé sur l’humanité.

Le mot Diable vient du terme diábolos, issu du verbe diabállô qui signifie « celui qui divise » ou « qui désunit ». Ce n’est pas vraiment un terme qui vous ressemble dans le métier. J’essaie de fédérer le plus grand nombre et je suis fier de dire que je fais de l’humour populaire à tout point de vue. Maintenant, tout le monde n’est pas toujours d’accord avec ce que je dis alors que je pense être toujours dans le second degré. Je tords l’actualité pour la rendre un peu plus drôle et, souvent, j’entends des gens qui me disent que la réalité est triste mais que j’arrive à la rendre drôle. Ça me suffit. Et c’est vrai qu’il y a de la matière tous les jours en Belgique ou à l’étranger pour nous permettre de jouer avec.

Vous êtes connu pour écrire pour de nombreux humoristes. Qu’est-ce que vous diabolisez le plus finalement : les critiques sur vos propres prestations ou sur le travail que vous fournissez aux autres ? J’aime beaucoup écrire pour les autres. Dans « Le Grand Cactus », je connais tellement Kody, Damien Gillard, Isabelle Hauben, Fabian Le Castel… que je ne vais pas écrire pareil pour l’un ou pour l’autre. C’est impossible. Je suis ravi de les porter un peu aussi par cet univers-là. Certains me demandent aussi un petit coup de main pour leur spectacle. Quand je suis en salle et que je vois Virginie Hocq qui sublime un de mes textes, ça me fait quelque chose. Et quand ça ne rit pas, ça me fait encore plus de choses. C’est très gratifiant mais, en même temps, je suis aussi stressé que si c’était moi sur scène.

Vous semblez au paradis depuis plusieurs années déjà avec Le Grand Cactus. S’il est difficile d’expliquer un tel succès, c’est surtout la reconnaissance de plus en plus grande en France qui doit vous interpeller avec des passages récents dans « Quotidien » ou « Quelle époque ». C’est assez fort parce qu’on ne s’y attendait pas. Moi, je n’ai jamais écrit pour la France. J’ai toujours écrit des sketchs pour Tipik et un public télévisuel belge. Évidemment avec des personnages français parce que c’est ma culture et j’ai grandi avec ça. Je pense quand même qu’on est culturellement bien plus proche de la France que de la Flandre. C’est un peu le malheur de ce pays en fait quelque part. On s’est vite rendu compte via la plateforme YouTube qu’un large public français adhérait parce qu’on est arrivé aussi à un bon moment. La France ne proposait plus ce genre de produits. Même les Guignols ne sont plus là. Donc, il n’y a plus que nous qui mettons des perruques et qui brocardons des personnalités culturelles, politiques, sportives avec ce petit décalage belge où on pourrait croire que l’on fait n’importe quoi mais en fait pas du tout. C’est vrai que c’est très gratifiant de se dire qu’on est analysé, scruté, même à Paris. Quand je lis qu’Antoine de Caunes ou Gad Elmaleh parlent de nous. C’est extraordinaire ! Ce sont tous des gens qu’on attend avec impatience comme invités dans l’émission.

En tant que triple champion de Belgique de Scrabble, vous avez une facilité déconcertante à user des mots les plus savants. D’où vous vient ce talent ? Le Scrabble, ce n’est pas du talent. J’ai accroché au jeu quand j’avais 16 ou 17 ans. Et puis, comme j’aimais beaucoup ça, j’ai commencé à étudier. C’est de l’étude, ni plus ni moins. Mais je pense que ça devrait être un cours à apprendre à l’école. On apprend plein de mots, il faut calculer vite, il faut se concentrer, il y a un attrait pour la compétition… Ça brasse beaucoup de choses.

Vous avez pourtant longtemps hésité à devenir humoriste. Si beaucoup se sont lancés la fleur au fusil avec des parents qui trouvaient que ce n’était pas un vrai métier, le fait d’avoir un père metteur en scène et directeur de théâtre a-t-il été pour vous une pression supplémentaire ? Je m’y suis mis très tard. J’ai commencé à écrire à 33, 34 ans. Mais quand j’ai décidé de le faire, je n’ai pas hésité. Je ne sais pas très bien ce qui s’est passé. J’ai été titillé par ma belle-mère un jour. J’avais beaucoup fait rire tout le monde lors d’un dîner et elle m’avait dit que je devrais monter sur scène comme mon père. Après, on ne fait pas du tout le même métier. Je ne suis pas du tout acteur. Il est directeur de théâtre. Il a été professeur au conservatoire pendant 30 ans de déclamation et d’art dramatique. Mais je n’ai jamais vécu avec lui. Je n’ai jamais traîné dans les théâtres comme beaucoup ou été imprégné de la scène, des comédiens… Je n’ai jamais eu ça, moi. Et ma maman, qui détestait ce métier, m’a toujours fort tenu à l’écart de tout ça pour que je ne devienne pas comme mon père, si je puis dire. Ça a mis du temps mais ça m’a rattrapé.

www.jeromedewarzee.com

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