Nola Mann - un parfum de Nashville
Nola Mann
Un parfum de Nashville
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : Diego Crutzen
La Bruxelloise Nola Mann nous embarque un peu plus dans son histoire avec un deuxième EP, dont la sortie est étendue sur 2025 et 2026, sur lequel elle assume pleinement son côté girly et ses influences country.
Après un premier EP centré sur la santé mentale et la nature, vous abordez dans votre deuxième EP les grands passages de la vie d’une jeune femme en parlant notamment d’amour. Une thématique que vous n’aviez pas abordée auparavant. Pourquoi maintenant ? Il y a plusieurs raisons. Auparavant, je n’assumais pas ma fragilité. Il m’a fallu du temps pour accepter ma vulnérabilité apparente. Je ne savais pas trop comment naviguer non plus. Le fait d’avoir une relation saine maintenant, ça me permet d’analyser tout ça, d’en discuter plus facilement. Par ailleurs, ce n’est pas facile d’écrire des chansons d’amour. Ça peut vite être jugé fleur bleue mais…je le suis totalement !
Vos inspirations sont Christina Aguilera, Dido et, surtout, Kacey Musgraves. Est-ce la raison pour laquelle vous chantez en anglais ? Effectivement. Dans la culture en général, je regarde beaucoup de talk-shows, d’influenceurs ou de youtubeurs américains. C’est naturellement ce vers quoi je suis attirée. Pour moi, il n’y a pas d’autre issue que de chanter en anglais. J’ai l’impression que j’aurais une autre personnalité si je chantais en français.
Ce n’est donc pas un hasard si la country a attiré vos oreilles. Qu’est-ce que vous aimez dans cette musique aux inspirations américaines finalement ? Au départ, on m’a collé l’étiquette de chanteuse folk, certainement parce que j’étais la fille aux cheveux longs avec sa guitare et sa petite voix, mais je m’identifie plus à de la pop country. Si les deux genres abordent un peu les mêmes sujets, j’ai une attirance pour les sons produits, pour les sonorités un peu lourdes dans le mix très américain et pour le style d’écriture de la country. C’est ce qui me fait vibrer et me permet de dire ce que j’ai sur le cœur. Par ailleurs, j’ai écouté aussi beaucoup de R’n’B en grandissant donc il y a certainement des petites touches d’autres genres malgré moi.
Vous êtes diplômée en réalisation à l’INSAS. Les clips ont donc naturellement une aussi grande importance pour vous que la musique avec une esthétique cinématographique affirmée. Je le vois comme un jeu. On joue à faire du cinéma, on joue à faire de la musique…même si on le fait sérieusement. Je me dis qu’il y a encore plein de choses à exploiter dans le processus narratif et ça me semble sans fin.
Instagram : nola.mann
Michiel Pieters - « Ce n’est pas le lieu qui fait la photo, c’est l’instant »
Michiel Pieters
« Ce n’est pas le lieu qui fait la photo, c’est l’instant »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Michiel Pieters
De la majesté urbaine à celle des déserts, de la toundra aux îles préservées, Michiel Pieters balade son appareil, transformant les territoires en récits et capturant l’émotion d’un temps suspendu.
Des ailleurs lointains ou de la photographie, laquelle de ces deux passions vous est venue la première ? Le goût des voyages je pense, même s’il s’agissait comme pour beaucoup d’enfants de partir en famille durant les vacances, sur les plages d’Espagne ou skier dans les montagnes autrichiennes. Bien plus tard, durant mes études d’ingénieur, j’ai commencé à immortaliser des moments simples du quotidien, un plaisir qui est resté mais sans plus. Et puis en 2015, quelques années après avoir entamé ma vie professionnelle, j’ai ressenti une vraie lassitude face à la routine et je suis parti en road trip de six semaines en Nouvelle-Zélande avec un ami. J’y ai découvert des paysages sublimes, qu’il m’était impossible de ne pas photographier. C’était un premier essai et le résultat n’était pas franchement incroyable, mais c’est là que tout a réellement commencé. Face à ces décors magnifiques et surtout au bonheur de capturer l’heure dorée, ou de patienter jusqu’à la nuit pour saisir une vue unique. Au retour, j’ai publié les clichés sur Instagram et persévéré dans ma démarche, suivi par des centaines puis des milliers de personnes. Dans la foulée les propositions professionnelles ont afflué, m’amenant à réaliser que cette passion pouvait devenir une carrière.
Qu’est-ce qui transforme un spot, en image à figer et partager ? Est-ce une question de décor, d’atmosphère, de sentiment ? Polynésie, Namibie ou Belgique, je suis persuadé que chaque pays possède sa beauté propre. Plus que la destination en elle-même, il faut qu’un paysage soit visuellement intéressant. Cette année, je me suis retrouvé à marcher seul dans les rues de Tokyo, sous la pluie. C’était une sensation à part. Je photographiais les rares passants, les lumières autour de moi. Où que je sois, je sors souvent à l’aube pour éviter l’affluence. C’est là que je ressens une vraie connexion avec le lieu. C’est également un mélange d’instinct et de préparation, un processus qui reste le même, à Manhattan ou à Moorea, une île du Pacifique dont je viens juste de revenir. Avant de partir, je repère les endroits singuliers mais ils se révèlent parfois différents de ce que j’imaginais et une fois sur place, une part de spontanéité opère. J’essaye, j’expérimente et j’accueille ce qui émerge.
Qu’est-ce qui vous amène à être satisfait d’une photo ? J’estime qu’elle est aboutie lorsqu’elle possède un élément, un panorama ou des conditions atmosphériques rares, voire uniques. Une photo prise au lever du soleil demande l’effort d’être présent à l’instant T, mais certaines images sont encore plus complexes à obtenir, comme celles d’aurores boréales ou de scénographies particulières. Je pense que l’image dont je suis le plus fier est celle de l’homme, sur une plateforme, face à cette lune pleine et immense. Elle a demandé énormément de préparation et de planification, pour saisir l’instant où elle apparaîtrait à cet endroit, sous cet angle, face à cette plateforme, ainsi qu’un travail de composition essentiel.
À côté des destinations lointaines, vous capturez aussi le monde de la nuit, ses concerts et DJ sets. Cela fait-il pleinement partie de votre univers ou s’agit-il plutôt d’un à côté ? Cela me définit tout autant. J’ai toujours énormément aimé la musique et c’est une immense source d’inspiration. Ce sont finalement deux mondes qui sont indissociables pour moi. Et c’est ce qui amène la vidéo à me passionner tout autant et même parfois davantage que la photo. Je filme énormément durant mes voyages et cela me permet d’y ajouter une bande-son capable de transmettre l’émotion que je souhaite partager. Immortaliser des événements ou des festivals reste encore relativement peu fréquent pour l’instant, même si j’ai eu la chance de le réaliser au Pukkelpop et au Voodoo Village l’année dernière, mais j’espère pouvoir continuer et développer toujours plus cet aspect créatif.
Pensez-vous que le futur vous amènera vers d’autres sujets ? Des formes de création différentes ? Sans doute. Il y a quelques semaines je nageais avec des baleines et je réalisais des photos sous-marines. Chacune de ces expériences est inoubliable et je ne prends rien pour acquis. Certainement du fait de ne pas pouvoir encore m’y consacrer et de continuer en parallèle mon métier de géomètre. Je mesure pleinement ma chance, à chaque périple. Il y a encore de nombreux lieux que je rêve de découvrir, notamment la Patagonie, le Mexique, le Guatemala. J’aimerais aussi exposer plus et publier un jour un livre. Mais s’il y a dix ans on m’avait dit que je ferais toujours de la photo et que je voyagerais autant, je ne l’aurais probablement pas cru. J’ignore ce que sera l’avenir, mais je profite de chaque instant.
Selah Sue « Je veux faire de la musique fidèle à mon cœur »
Selah Sue
« Je veux faire de la musique fidèle à mon cœur »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Ymke Dirikx
Près d’un an après la dernière date de sa tournée sur ses terres à Louvain, Sanne Putseys, plus connue sous le nom de scène Selah Sue, dévoile un premier album live intitulé « As One » accompagné d’un documentaire intime dans lequel elle nous plonge dans ses tourments et nous invite au sein de sa famille recomposée avant la sortie prochaine d’un nouvel opus.
« As One » démontre que vous n’êtes pas seule dans l’aventure depuis vos débuts. Vous affirmez qu’il n’y a pas de hiérarchie dans votre équipe et que chaque pièce du puzzle est importante dans un monde où vous passez seulement 5 % de votre temps sur scène. Pourquoi était-ce important pour vous de montrer la « famille » qui est présente à vos côtés ? Dans ces temps difficiles dans le monde, c’est tellement important de montrer l’unité, de montrer ce qui compte dans la vie : la connexion, l’amour, l’empathie, le fait d’être ensemble. Pour moi, c’est le plus important. Je pourrais montrer de nombreuses images de moi en train de performer sur les plus grandes scènes, mes récompenses, mes succès, mais à la place je voulais vraiment montrer la famille dans laquelle je suis, le système de soutien qui est tellement crucial pour me permettre de briller.
Cette tournée est venue clore un chapitre de votre vie à l’issue duquel vous avez appris à vivre avec votre part d’obscurité. Comment avez-vous réussi à faire la paix avec vos tourments après avoir longtemps lutté contre la dépression ? C’est assez drôle parce que je crois que je dis à la fin du documentaire que je dois vraiment profiter maintenant mais qu’il est possible que je sois à nouveau déprimée dans deux ans. Et, en réalité, trois mois plus tard j’étais à nouveau en dépression. Donc les hauts et les bas continuent. Je ne dirai plus jamais « là, j’y suis », parce que je n’en sais rien. Il y a cinq ans, j’aurais dit : « j’ai la solution, je n’ai plus besoin d’antidépresseurs ». Maintenant je sais que je ne saurai jamais. Je suis en paix avec ça. Je suis en paix avec le fait qu’il y aura de la douleur parfois, et parfois de la beauté, et que ce sera toujours ainsi.
Vous expliquez également que, comme vous l’avez fait pour votre troisième album « Persona », vous continuerez d’écrire à l’avenir avec le cœur. Effectivement ! J’ai d’ailleurs un nouveau projet en route. Je travaille maintenant avec deux musiciens jazz, Stéphane Galland et son fils Elvin. C’est du jazz, de la soul, c’est super honnête et pur. Ça sortira l’année prochaine. C’est la première musique provenant purement du cœur que je vais sortir. Ce ne sera pas de la musique à hits mais elle sera honnête.
Avec l’âge et l’expérience, vous avez une meilleure vision de ce que vous voulez. Je l’ai entendue de Erykah Badu : l’art est l’absence de peur. Si j’arrive à me débarrasser de ma peur, des choses folles vont sortir. Il faut accepter la peur, mais ne pas la laisser prendre le contrôle. Par ailleurs, je m’ennuie vite. Je ne veux pas refaire un “Raggamuffin” ou un nouveau “This World”. J’ai 36 ans, j’ai deux enfants, je veux faire des choses différentes, de la musique fidèle à mon cœur.
Vous avez connu un succès incroyable mais, comme vous l’expliquez dans votre documentaire, vous avez rarement pu profiter de l’instant présent. La naissance de vos enfants a-t-elle contribué à soigner vos maux ? C’est drôle comme les gens pensent que tu changes totalement quand tu deviens parent, mais je n’ai pas vraiment changé. J’ai les mêmes peurs, les mêmes ambitions. J’ai juste ajouté des enfants à ma vie. Parfois c’est incroyable, parfois c’est épuisant. Ça te ramène à tes sentiments purs et ça peut t’inspirer. Mais ça ne change pas fondamentalement qui je suis.
Depuis la sortie de votre énorme succès « Raggamuffin » en 2008, beaucoup de choses ont changé dans votre vie. Qu’avez-vous gardé de vos débuts dans la musique ? Tout a changé avec les réseaux sociaux, c’est horrible. C’est l’opposé de la créativité. Aujourd’hui les artistes font de la musique pour correspondre à la durée TikTok. Je me souviens de la fille dans sa chambre sans réseaux sociaux, qui faisait de la musique pure, honnête. Cette fille est toujours en moi, même si aujourd’hui je suis constamment distraite par la promo et tout ça. Mais je veux garder cette fille.
Vous repartez en tournée en mars et vous serez en mai 2026 à l’affiche du festival jazz de Liège au Reflektor. Que peut-on en attendre ? Je suis déjà très excitée ! Ça va être un voyage de l’ombre vers la lumière, très spirituel. J’ai fait beaucoup de travail intérieur et je veux le transmettre aux gens, créer la connexion. Je joue avec le meilleur batteur du monde selon moi, Stéphane Galland. Et son fils Elvin est un producteur et claviériste incroyable. J’ai aussi deux choristes à la voix angélique, et Louise van den Heuvel à la basse, avec qui je voulais travailler depuis des années. Ce sera une dream team sur scène.
Tsar B
Tsar B
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Jan Philipzen
Justine Bourgeus, plus connue sous le nom de scène Tsar B, sort fin janvier son troisième album intitulé « The Writer ». La Gantoise de 31 ans propose un opus honnête, né de son amour intense pour un écrivain, dans lequel l’imagination et le son se défient.
Pour vos dix ans de carrière en solo, vous nous offrez une ode à l’amour et à la vulnérabilité. Atteindre la barre des dix ans a été comme un retour à la raison même pour laquelle je fais de la musique : être radicalement émotionnelle et radicalement honnête. « The Writer » est dédié à l’amour de ma vie, et cette dédicace m’a ouverte d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas. La vulnérabilité n’est pas un thème de l’album ; c’est sa méthode. J’ai donné de l’oxygène à mon amour, du feu, cela a rendu tout plus intense… C’était à la fois beau et difficile. Mais après une décennie, je voulais honorer cette vérité : ma musique est le seul endroit où je suis toujours complètement honnête, même lorsque je ne peux pas l’être avec des mots.
Vous étiez moins honnête auparavant ? Par le passé, j’étais plutôt quelqu’un qui cherchait à plaire. J’avais tendance à dire ce que les gens voulaient entendre, par peur de blesser, au point de devenir quelqu’un que je ne reconnaissais plus. Je pouvais être plus honnête dans ma musique mais pas forcément lorsque j’étais interviewée. Avec « The Writer », j’ai laissé le surréa-lisme devenir une manière de révéler plutôt que de dissimuler. Cet album est plus radical parce qu’il est encore plus sincère et vulnérable. Je l’ai écrit comme un rituel médiéval plein de références espiègles, une manière de documenter l’absurdité et la beauté de ce que je vivais. Mes influences, Jodorowsky, Lynch ou encore Carrington, m’ont appris que le symbolisme peut montrer ce que les mots ne parviennent parfois pas à dire, et je me suis laissée porter par cela. Il n’y a aucun compromis sur l’album. Les chansons d’amour, la colère, le désespoir, la nostalgie… Tout est pur et non retouché. C’est nouveau pour moi.
Vous êtes connue pour mélanger les genres. Ici encore, vous faites cohabiter la musique électronique, des influences néoclassiques et une pop avant-gardiste. L’expérimentation est-elle la partie qui vous fascine le plus dans votre travail ? L’expérimentation a toujours été l’endroit où je me sens la plus vivante. Je viens du violon classique mais j’ai grandi obsédée par les textures électroniques sombres. Et ces deux mondes se rencontrent naturellement dans ma musique. Pour « The Writer », cette collision est allée encore plus loin car j’ai commencé à travailler avec de l’an-
cienne polyphonie que mon frère a retrouvée dans de vieilles archives italiennes. Prendre ces voix chorales masculines oubliées du XVIe siècle et les façonner en chansons d’amour modernes donnait l’impression que le temps se repliait sur lui-même. J’adore quand la musique s’étend à travers les siècles, quand elle devient à la fois familière et étrangère. L’expérimentation n’est pas pour moi un concept, c’est un instinct. C’est ainsi que je trouve la vérité à l’intérieur d’un son. Je crois que c’est Aphex Twin qui a dit qu’à chaque fois que tu entends quelque chose que tu n’as jamais entendu auparavant, ton cerveau change pour toujours.
Dans des titres comme « I Wanna Love You » et « Fanatical/Radical », il y a même une aura mystique. Si vous êtes plus terre à terre, il y a quand même encore un côté vertigineux dans votre musique. Une grande partie de l’atmosphère mystique provient des anciennes voix que j’ai utilisées, mais aussi de l’état émotionnel dans lequel je me trouvais. J’étais submergée par l’amour, par la nostalgie, par la peur de perdre ce que j’aimais. Ce genre d’intensité peut sembler mythologique, presque religieuse. Ces voix polyphoniques ressemblent à des fantômes venus d’un autre monde, guidant ou hantant les chansons. Et les surréalistes qui m’ins-pirent m’ont appris que les symboles peuvent porter plus de poids émotionnel que la réalité brute. Alors j’ai laissé cette énergie prendre le dessus.
Votre univers artistique inclut aussi le cinéma, la danse et la mode. Retrouve-t-on tout cela dans vos concerts ? Oui, complètement. Mes concerts sont l’endroit où tous mes mondes se rencontrent. Je pense la mise en scène comme un cinéaste pense le cadrage, avec du mouvement, des ombres et du symbo-lisme. Le cinéma est l’un de mes médiums préférés, et en tant que compositrice pour films, je trouve la connexion entre l’image et le son indispensable. La mode représente aussi une partie du récit. J’adore rencontrer les créateurs, rêver avec eux, passer du temps dans leurs ateliers, écouter leurs histoires et je les emmène sur scène. Par contre, je ne vais pas danser. Je laisse cela aux danseurs qui utilisent ma musique pour danser sur internet. Mais s’il y a des gens qui veulent me rejoindre sur scène pendant la tournée, c’est très ouvert : voyons cela comme un concert de jazz improvisé.
Alice on the Roof - « J’ai l’envie de ne pas tricher »
Alice on the Roof
« J’ai l’envie de ne pas tricher »
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Sara Bastai
Dans son troisième album sobrement intitulé « Alice », Alice Dutoit, plus connue sous le nom de scène Alice on the Roof, propose pour la toute première fois un projet introspectif intégralement réalisé en français qui dessine les contours de sa personnalité entre acceptation de soi et désir de se connecter aux autres.
Pour l’année de vos trente ans, et surtout vos dix ans de carrière, vous vous livrez sur vos fragilités comme jamais mais aussi sur vos forces. Finalement, c’est un peu l’histoire d’un conte de fées avec ses moments de douceur et de douleur. À quel chapitre êtes-vous pour l’instant ? Quand on grandit, on apprend à se connaître. J’ai une relation un peu conflictuelle avec moi-même depuis que je suis très jeune. J’ai toujours eu un trou dans l’ego mais, même si ça me paniquait au départ, j’ai adoré le passage à la trentaine. J’apprends finalement à accepter les imperfections qui font qui je suis. Les pensées parasites font partie de mon quotidien mais j’ai l’envie de ne pas tricher. J’ai envie d’être la plus proche de ce que je suis dans la vraie vie en chanson et sur scène.
Vous évoquez des thématiques fortes dans votre album comme vos troubles alimentaires ou l’autosabotage avec une grande sincérité. Malgré les épreuves, vous semblez avoir gardé une grande part d’insouciance. Comment l’expliquez-vous ? Le fait d’être Belge, ça implique déjà un petit peu ça. On ne s’en rend même pas compte parfois. C’est quand on est confronté à d’autres peuples que l’on se rend compte que chez nous on peut rire de tout tout le temps. C’est quand même une force que l’on a. Dans ma famille, on est un peu comme ça. Parfois quand il faut se prendre au sérieux, c’est même problématique (rires). J’ai besoin de rêver tout le temps aussi. La musique me le permet. J’espère ne jamais être grave. On peut être adulte sans être sérieux.
Vous passez des épreuves de l’amour à l’importance de l’amitié dans cet opus. Comment vos rencontres ont façonné qui vous êtes aujourd’hui ? Nous sommes la somme des cinq personnes que l’on côtoie le plus dans sa vie. Autant essayer de faire un choix opportun (rires). Une de mes activités préférées, c’est de rencontrer de nouvelles personnes. Le problème, c’est que je n’arrive pas à donner autant de temps que je voudrais aux personnes que je rencontre. Mais j’adore me glisser dans l’univers de quelqu’un. J’adorerais que l’on organise une journée par an où tu passes une journée au travail de ton ami pour comprendre son quotidien. Sur l’album, sur les dernières notes, on entend d’ailleurs mes vrais amis chanter.
Vous vous êtes d’ailleurs entourée de nombreuses personnes pour composer cet album. Il y avait déjà un besoin technique très simple: j’avais envie de chanter en français. J’apprends encore en le faisant. L’album aurait pu sortir un peu plus tôt mais il n’aurait pas été marqué par ces rencontres. J’avais aussi envie qu’il y ait de l’originalité, parfois des prises de risque dans le choix des instruments. Par exemple, il a fallu créer un mariage entre Albin de la Simone, spécialisé dans les sons acoustiques, et Paco Del Rosso qui a collaboré avec Damso. Ils ont collaboré sur plein de chansons. C’était un pari mais ils ont tous les deux joué le jeu. Ça a donné une forme aux chansons définitives.
D’où vient cette peur de ne pas être trop conventionnelle ? La tournée que j’ai faite précédemment m’a beaucoup impactée car j’ai trouvé un truc qui me plaisait vraiment : être un peu nature peinture. J’ai accepté qu’il y avait des trucs bizarres parfois. J’avais envie qu’il y ait des trucs bizarres dans l’album. C’est pour ça que l’on retrouve des cuivres par exemple. J’avais envie de rêver grand.
Vous rendez également hommage à une certaine Emilie Dequenne sur cet album. Expliquez-nous. Son décès m’a beaucoup perturbée et m’a rendue très triste. J’y pense tous les jours. Ça a un peu changé ma façon d’envisager mes journées. Je l’admirais énormément. Sa famille vient du village à côté du mien dans la campagne montoise. J’ai suivi de près sa carrière, ses interviews quand elle était malade et je l’ai trouvée hyper courageuse. Elle avait un message qui m’a énormément remué dans lequel elle expliquait qu’elle a longtemps été dure avec elle-même. Je m’interdis désormais de penser comme ça car le fil de notre vie est plein de surprises et on ne sait jamais quand elle s’arrête.
Coach dans « The Voice Kids », bientôt au théâtre sous la houlette d’Alex Vizorek, actrice au cinéma et propriétaire d’un musée éphémère pour la sortie de votre album… Où est-ce que vous allez vous arrêter ? Quand j’ai une idée qui me fait frissonner de plaisir, j’essaye de tout faire pour la mettre en place. C’est une philosophie que j’ai apprise en faisant une année d’échange aux États-Unis quand j’ai fini ma rétho. Là-bas, on nous avait dit que pour réussir notre expérience il fallait dire oui à (presque) tout. Ma vie, ce n’est que sortir de ma zone de confort.
Instagram : aliceontheroof
Kevin Douillez - L’âme pour matière première, la peinture pour raison d’être
Kevin Douillez
L’âme pour matière première, la peinture pour raison d’être
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Sur ses toiles, le geste libère le chaos comme la poésie et les cicatrices deviennent renaissance. L’œuvre de Kevin Douillez vit, respire, ébranle et révèle plus que jamais sa sensibilité incandescente, avec la sortie d’un recueil entremêlant les réalisations et les mots.
Cette fin d’année 2025 a marqué la publication de votre premier ouvrage. Une rétrospective que vous définissez comme une extension de votre œuvre picturale. Comment la complète-t-elle ? Je voulais marquer l’achèvement de ces cinq années. Représenter le passage de cette étape en expliquant une part de mon processus créatif, ainsi qu’en racontant les différentes périodes qui ont marqué mon travail depuis mes débuts. Cet ouvrage ne se limite pas à une évocation photographique, mais comprend aussi des textes et des extraits de journaux intimes. J’écris énormément. J’ajoute d’ailleurs fréquemment des pensées, des citations derrière mes tableaux. Plus qu’une continuité, il s’agissait de livrer ici une part de moi encore plus intime et d’aller toujours plus loin sur ce chemin d’expression intérieure.
Vous êtes venu à l’art en autodidacte. Ressentiez-vous le besoin de développer un langage qui vous soit propre ? En effet, quoique les raisons aient évolué au fil du temps. Enfant, j’avais envie et besoin de fabriquer de mes mains et vers 10 ans j’ai commencé la céramique dans un club de dames retraitées, au sein de mon village. C’est l’une d’entre elles qui m’a amené, pour la première fois, à toucher à un pinceau et à peindre jusqu’à la fin de l’adolescence, qui a ensuite marqué une longue période d’arrêt. J’ai eu mille vies, devenant antiquaire, manager, reprenant l’école hôtelière, ouvrant mon propre restaurant. Et puis, vers 29 ans, j’ai traversé une période d’errance et de souffrance, bousculé dans mes certitudes par une rupture amoureuse et par la revente de mon établissement. Instinctivement, je suis revenu à la peinture, sans but précis. J’avais alors énormément de mal à mettre des mots sur le désespoir qui m’habitait et l’art était l’exutoire dont j’avais besoin pour me libérer de mes traumatismes. Par hasard, un ami m’a proposé dans la foulée d’intégrer son atelier. Quelques mois plus tard, en 2020, au moment de la crise sanitaire, tout a explosé, les ventes et les propositions se sont enchaînées, et je n’ai plus cessé de créer.
Vous associez vos tableaux à une forme de tension, de douleur, qui, par la peinture devient un voyage méditatif. Est-elle une catharsis, un moyen aussi d’éloigner les fêlures ? L’émotion est la source de ma créativité. Je ne peux travailler sans ressentir. J’ai la conviction que nous avons tous une raison d’être. La mienne est de sublimer mes blessures et ce qui me hante. J’ai appris à aimer ma part d’ombre et cette dualité entre obscurité et lumière, même quand elle se révèle de façon extrême. Ma pratique se nourrit de ce contraste, entre des moments de douceur et d’autres où une force, une rage, s’exprime.
Sur vos toiles, la matière est en effet projetée, lacérée, éclatée. La beauté naît-elle pour vous dans le combat ? Dans la lutte, dans le doute, dans une forme de chaos, mais aussi dans une ambivalence entre un besoin d’intensité et une recherche de paix. Les thèmes de mes œuvres sont directement liés à ces moments de lutte ou au contraire de calme intérieur. Ce n’est pas un chemin linéaire. Je ne peux pas tricher. Je vais parfois passer deux mois sans créer, bloqué par un syndrome de la page blanche. J’apprends petit à petit à accepter une certaine forme de lâcher prise.
Les raisons qui vous poussent aujourd’hui à peindre sont-elles les mêmes qu’il y a cinq ans ? Fondamentalement oui. Mes blessures sont et seront, je pense, toujours là. J’ai besoin d’une forme d’écorchure pour me lancer. Mais il y a eu du chemin aussi. Je suis plus apaisé. Mes premières toiles étaient ainsi dédiées à mes frères. Mon jumeau, tout comme celui que j’ai perdu avant la naissance, puisque nous aurions dû être des triplés. Cette blessure d’abandon ne me quittera pas, mais résonne désormais autrement.
Quels sont les projets qui vous animent ? Le 25 janvier 2026 s’achèvera ma première exposition muséale, au sein du CAP (Musée des Beaux-Arts de Mons). Pour la suite, je suis actuellement en discussion avec mon agent, Nathan Wisniec Brachot, afin de préparer une prochaine exposition à Paris, courant 2026. Et puis il y a New York où je rêve de pouvoir également présenter mon travail. La publication du livre représente en tout cas un tournant : l’émergence de ma nouvelle ère artistique.
Vous disiez, par la création, chercher l’harmonie dans le désordre. L’avez-vous trouvée ? Certains jours. J’ai surtout compris qu’il faut accepter de ne pas être aux commandes. Lorsque je peins, je rentre dans une forme de transe, laissant mes gestes me guider. Je ne sais pas à l’avance où je veux aller, ni où je vais parvenir. Parfois le résultat ne me plaît pas et dans ce cas, je détruis la toile. Cela fait partie du processus et de sa beauté. Le cheminement est plus important que la réponse.
GENEVIÈVE DAMAS : ENTRE TRAFIC ET ATHLÉTISME, UNE VIE VACILLE
GENEVIÈVE DAMAS
ENTRE TRAFIC ET ATHLÉTISME, UNE VIE VACILLE
GENEVIÈVE DAMAS
ENTRE TRAFIC ET ATHLÉTISME, UNE VIE VACILLEMots : ARIANE DUFOURNY
Photos : JF PAGA
Avec « Trace », Geneviève Damas explore le heurt entre un talent athlétique qui surgit et l’engrenage du deal où se trouve prise une adolescente. Deux lignes qui se croisent puis s’opposent, dans un récit traversé par une intensité à la fois brutale et profondément humaine.
Autrice, metteuse en scène et comédienne formée au théâtre, Geneviève Damas signe depuis plusieurs années une œuvre recon- nue, au croisement de l’écriture et de la scène.
Dans « Trace », elle donne voix à Farkass, une adolescente qui avance au jour le jour dans une cité bruxelloise tenue par le trafic. Elle vend après les cours, non par goût du risque, mais pour assurer le quotidien d’un foyer où chaque euro compte. Dans cet environnement où les règles s’apprennent vite et les menaces encore plus vite, Geneviève Damas capte avec une justesse remarquable le mélange de dureté, de lucidité et de vulnérabilité qui traverse son héroïne.
La rupture survient sur un terrain de sport, lorsque son professeur repère son endurance exceptionnelle. À travers cette rencontre, l’autrice ouvre une autre perspective : celle d’un corps qui découvre sa puissance, d’une adolescente qui, pour la première fois, se projette ailleurs que dans la seule survie. L’athlétisme devient un espace d’air, un rythme, une tension neuve, presque une révélation. Mais cette passion nouvelle se heurte rapidement aux exigences du réseau, aux attentes du supérieur, aux menaces latentes qui pèsent sur ceux qui dévient de leur rôle.
Geneviève Damas excelle à montrer comment deux trajectoires peuvent se heurter dans le même corps : celle façonnée par le réseau, et celle qui surgit lorsqu’un talent trouve, enfin, un espace pour exister. Elle ne dramatise pas, ne moralise pas ; elle avance au plus près, portée par une langue directe et tenue, qui capte la pulsation de chaque instant.
Un récit au bord du précipice, porté par une langue vive et un personnage qui se débat pour tracer sa propre ligne d’horizon entre deux formes d’addiction.
Parution en librairie le 21 janvier 2026
Trace, Geneviève Damas, Grasset
Roméo Elvis & Oscar and the Wolf - L’électrochoc belge
Roméo Elvis & Oscar and the Wolf
L’électrochoc belge
Mots : Jason Vanherrewegge
Photos : DR
Max Colombie, plus connu sous le nom de scène Oscar and the Wolf, et Roméo Elvis proposent l’une des collaborations les plus inattendues de l’année 2025 sur leur EP électro-pop « Jardin ». Une ode à la sincérité, à l’ouverture aux autres et à la beauté du contraste.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la combinaison de vos deux univers ? Oscar : Rien ! Nous avons directement connecté. Il y avait une vraie énergie dans le studio. Certaines personnes n’aiment pas ça mais je pense qu’il faut être capable d’être fan de ce que tu crées pour que ça marche. Je me souviens d’une fois où j’ai entendu l’une de mes chansons et j’ai commencé à danser dessus. Certaines personnes ont alors commenté en affirmant que c’était égocentrique. Mais je ne pense pas la même chose. C’est primordial d’être fier de ton travail.
Dans « Je m’en Ballec », référence explicite à la fameuse phrase prononcée par Kevin De Bruyne, vous dites que vous formez le meilleur crossover belge et que de surcroît vous le faites sans chichi. Vous n’avez plus rien à prouver tous les deux. Est-ce la raison pour laquelle ça ne pouvait que fonctionner ? Roméo : Il y a plein de facteurs intéressants dans notre collaboration comme le fait de croiser les communautés, les genres artistiques et même nos différentes sexualités. Nous sommes d’un univers différent et, en même temps, je ne me suis jamais fait cette réflexion en faisant de la musique avec Max. La vraie première idée, c’était de savoir si, comme je l’entendais souvent, Max était un chouette gars. On s’est rendu compte seulement après que l’on faisait quelque chose d’important pour la cause belge et que l’on envoyait un super message. Cela n’existe que quand il y a de la sincérité derrière.
Oscar : Les Belges font tout « sans chichi ». Nous sommes en train de retourner l’industrie de la mode en faisant des choses meilleures que partout ailleurs dans le monde. Il y a quelques années, nous avons tué la concurrence dans le tennis et nous n’avons pourtant jamais fanfaronné. Nous gardons une certaine humilité. Nous avons toujours été l’outsider en tant que petit pays alors que nous brillons sur le plan culturel. Nous pourrions faire plus de bruit mais cela pourrait jouer en notre défaveur si on le fait.
Vous explorez de nouveaux mondes sonores dans cet opus. Qu’est-ce qui vous a le plus animé ? Oscar : J’ai aimé le challenge. Quand Roméo me disait qu’il voulait un son très agressif, j’avais envie de relever le défi. Mais j’aimais tout autant faire la fête et sauter sur « Bon Sens ». Chaque chanson, au final, nous procurait une joie bien particulière.
Roméo : Chaque son nous apportait une opportunité différente. « Crocodila », par exemple, je l’ai suggéré mais je suis plus allé dans le challenge sur « Lose My Baby ». C’est ce qui est fun : changer tes habitudes quand tu travailles. Nous avions vraiment l’envie de nous laisser aller et de créer notre style à deux.
Avec un titre comme « Jardin », la philosophie de l’EP consiste à dire qu’il n’y a pas vraiment un seul message principal mais que plusieurs y fleurissent. Roméo : Exactement ! Et on a vraiment fait ça dans un jardin à proprement parler aussi. Nous étions dans un studio avec la porte ouverte sur le jardin. Pendant que lui enregistrait, j’étais dehors en train d’écrire ou l’inverse. Nous étions dans une atmosphère telle qu’on la rêve dans un jardin. Le jardin, c’est l’endroit où différentes sortes d’humains se retrouvent et mettent leurs fleurs ensemble.
Vous vous montrez aussi vulnérables en abordant, notamment, la thématique de l’amour. Est-ce important pour vous de montrer cette facette dans un métier qui empêche parfois les hommes de le faire ? Roméo : C’est l’un des messages qui s’applique naturellement. Comme je viens d’une musique plus regardante et plus codifiée, il y a ce truc-là.
Oscar : Dans le monde du rap, tu peux plus facilement être appelé « folle » juste parce que tu chantes à propos de tes émotions. Ce que les gens n’aiment pas, c’est que tu perdes de la crédibilité parce que tu deviens émotionnel. C’est ce contre quoi on se bat. On veut sortir des cases et ne pas penser dans une seule direction.
C’est un signal fort que vous envoyez à la Belgique avec une association nord-sud. En tenant compte de votre passif avec le football (« Warrior » de Oscar fut l’hymne de notre pays au Mondial 2022 tandis que Roméo s’est associé avec Pablo Andres sur un titre parodique intitulé « Allez les Diables » pour l’Euro 2024), l’une de vos chansons pourrait-elle convenir pour la prochaine Coupe du monde en juin prochain ? Oscar : « Je m’en Ballec » avec Kevin De Bruyne (rires).
Roméo : À la base, on voulait la voix de Kevin De Bruyne dans la chanson mais ce n’était pas libre de droits. Blague à part, on a pensé à nous deux pour l’Eurovision aussi et ça fait toujours plaisir d’être sollicités. Pourquoi pas !
JULIE RAINS : UNE PLUIE DE SURPRISES
JULIE RAINS
UNE PLUIE DE SURPRISES
Mots : JASON VANHERREWEGGE
Photos : LINA WIELANT
Forte de l’expérience acquise aux côtés de sa comparse Sasha au sein du groupe JUICY, Julie Rens, dite Julie Rains pour orienter la prononciation de son nom, se lance dans un nouveau projet où elle explore sa propre musicalité, délaissant les sonorités jazz-pop au profit d’une touche plus déstructurée et imagée, avec l’appui du producteur électronique Rowan Van Hoef.
Le travail d’écriture et de composition de votre premier EP « Lentement » est centré sur la répétition et le temps long. Expliquez-nous. J’ai voulu aller chercher dans toutes mes inspirations musicales. Je viens à la base du classique. J’ai ensuite étudié le jazz au conservatoire avant de faire du rock… J’avais envie de tout mélanger et de le faire hyper lentement. Cela m’a ouvert plein de portes. Avec Rowan Van Hoef, on a d’abord joué les morceaux en live puis on les a enregistrés. On a fait les choses dans le sens inverse. Ça m’a permis d’éprouver la musique beaucoup plus profondément. J’avais envie de kiffer toutes les étapes. L’écriture était déjà une étape valorisante en soi.
Les paroles sont secondaires dans votre nouveau projet. J’avais envie que la musique puisse dire quelque chose au-delà des paroles et du chant. Cet EP représente une recherche. Les instruments ont autant de place que le chant. Nous sommes sur quelque chose où j’essaye de proposer des images. Que ce soit la voix ou l’instrumentalisation, ce sont des métaphores qui peuvent voyager et que tout le monde peut s’approprier.
« Doucement », premier titre que vous avez dévoilé, est assez différent du reste. C’est le plus pop de tous. C’est le seul qui a une structure que l’on identifie comme quelque chose que l’on connaît. Même au niveau des rythmes, des harmonies, c’est plus abor- dable. Ce morceau ouvre la porte à des choses plus perchées. Et en même temps, il y a des nuances et des contrastes très forts. C’est l’une des caractéristiques de cet EP. Il y a de la surprise car je pense que les audi- teurs ont besoin de ça.
Avec JUICY, vous avez performé un peu partout en Europe. Aspirez-vous à en faire de même avec Julie Rains ? C’est ce qui se passe en ce moment. J’ai joué à Lisbonne, en Suisse, au Luxembourg, en Allemagne… C’est limite plus facile que JUICY de sortir de la Belgique. JUICY, c’est de la musique complexe dans des structures très pop. Il y avait un truc qui fonctionnait en Belgique et en France. Ici, je sais que je ne vais pas faire une tournée en Wallonie. Et c’est mon rêve de pouvoir jouer dans des petits clubs de 100 personnes un peu partout.
Instagram : julie_rains_
BARBARA ABEL FRAPPE FORT : SOUS L’APOCALYPSE, L’INTIME SE RÉVÈLE
BARBARA ABEL FRAPPE FORT SOUS L’APOCALYPSE, L’INTIME SE RÉVÈLE
Mots : ARIANE DUFOURNY
Photos : MELANIA AVANZATO
Dans « Ici s’arrête le monde », le nouveau thriller coup de poing de Barbara Abel fait basculer un quotidien banal dans l’inconnu. Explosions, black-out, panique collective. Sous la terreur, les blessures intimes se réveillent et un courage ordinaire émerge quand survivre ne suffit plus.
Le roman s’ouvre sur une journée déjà contrariée par des tensions, marquée par des irritations discrètes et des équilibres fragiles. Puis tout dérape : un grondement, l’obscurité totale, les vitres qui vibrent, une explosion. Ce choc brutal suffit à faire voler en éclats le cadre rassurant dans lequel tous vivaient encore quelques minutes plus tôt.
Une famille recomposée et ses voisins se retrouvent soudain entassés dans une cave, devenue en un instant leur unique abri. Dans ce huis clos improvisé naît une mini-société frémissante, avec ses frictions, ses élans, ses murmures. On partage la peur, l’attente, les bribes d’informations. On tente d’imposer un semblant d’ordre alors que le monde extérieur semble se dissoudre. Dans cette proximité forcée, la survie ne se limite plus à tenir : elle devient un engagement envers l’autre.
C’est là que la « reine du thriller » frappe le plus fort : l’apocalypse dehors réveille les fissures dedans. Les vieux conflits remontent, les certitudes craquent, l’entraide hésite. Rien n’est stable : faut-il protéger tout le monde, ou ceux qu’on aime d’abord ? Comment rester lucide alors que chaque minute chancelle ? La terreur recompose les priorités à toute vitesse.
Sans jamais forcer le trait, Barbara Abel scrute les comportements, leurs nuances et leurs contradictions. Pas de héros, pas de monstres : seulement des êtres humains contraints de s’ajuster dans l’urgence. La tension naît autant des explosions que de ce qui se joue entre ces personnes soudain dépendantes les unes des autres.
« Ici s’arrête le monde » dépasse ainsi le simple récit apocalyptique. C’est un roman tendu, nerveux, d’une grande acuité, où l’effondrement extérieur n’est que le déclencheur d’un séisme intérieur : que reste-t-il d’humanité quand tout vacille ?
Ici s’arrête le monde, Barbara Abel, éditions Récamier























