Girls in Hawaii
Un retour à l’essentiel
Mots : Jason Vanherrewegge
Photo : Simon Vanrie
Et si, après vingt ans de carrière, le plus beau des « Eldorado » était finalement de retrouver le plaisir des débuts ? Girls in Hawaii délivre un cinquième album qui renoue avec une forme de spontanéité sans perdre la profondeur, incarnée par une mélancolie lumineuse, une pop aérienne et une nervosité indie, qui accompagne le groupe du Brabant wallon depuis ses premiers pas.

Qui dit « Eldorado » dit voyage. Vous avez compris que ce n’est pas la destination qui compte mais le chemin avec des voix qui ont été gardées dans leur premier élan. Lionel Vancauwenberge : Le fait de faire un disque, c’est parfois de ne pas assouvir toujours le fantasme que tu as d’une chanson. Même après vingt ans, il y a encore cette volonté d’avoir le meilleur morceau devant nous. C’est vraiment une recherche qui nous éclate toujours autant, cette espèce de pépite à trouver. L’Eldorado, c’est un peu ça. C’est parler d’un désir un peu inassouvi que tu n’as pas envie de totalement découvrir.
Vous renouez ici avec ce qui a fait votre succès, autrement dit le rock indépendant des années 90 et cette façon de faire tenir ensemble fragilité, beauté et désordre. Antoine Wielemans : C’est vrai qu’il y a un retour aux sources. Je ne sais pas si c’était totalement conscient chez nous. Après avoir essayé plusieurs façons de produire le disque, on s’est retrouvé devant une évidence qui était de se remettre à deux avec Lio dans une pièce et de réapprendre à chipoter nous-mêmes comme on l’avait fait avec le premier. Un peu du DIY, bricoler à la maison et ne pas passer spécialement par des studios ni par un producteur. Il y a une forme d’immédiateté, de la pop et une forme de légèreté qu’on avait mise un peu de côté, qu’on n’assumait peut-être plus totalement. Dernièrement, on avait un peu sophistiqué notre écriture et on avait ce besoin de complexifier les choses. Je ne dirais pas qu’on s’est perdu, c’était une étape importante pour nous et on a développé des trucs qui nous ont plu, mais ça nous fait plaisir d’assumer de nouveau le côté simple et immédiat de la musique.
Avec cette expérience accumulée, on ne peut pas vraiment parler de retour aux débuts. Lionel Vancauwenberge : Effectivement. C’est un peu le grand écart qu’on a toujours rêvé de faire. Avoir la maturité qu’on a sur « Everest » (leur troisième album, NDA) et la fraîcheur du premier disque.
Antoine Wielemans : Ce qui est sûr, c’est que c’est le premier album qu’on fait de manière moins « drama ». On avait toujours vécu l’écriture comme quelque chose de douloureux. C’est certainement le fait de vieillir et de gagner une certaine forme de maturité. On a appris à s’entourer et le groupe est devenu beaucoup plus zen. On se demande même pourquoi nous ne sommes pas plus excités par la sortie du disque. Nous le sommes, mais on arrive à le vivre avec plus de distance émotionnelle et ça nous fait du bien.
Lionel Vancauwenberge : Nous sommes peut-être moins attendus aussi. Il y a moins de pression extérieure.
Vous explorez les grandes questions de notre époque comme l’urgence climatique, l’épuisement, la séparation ou encore la recherche de sens. Quelle est votre vision ? Antoine Wielemans : Nous avons surtout envie d’offrir aux gens une petite bulle d’oxygène ou un petit moment de détente et d’évasion. Notre musique est un peu cinématographique et un peu absorbante. Sur « Nocturne », on s’est attaqué à des textes et des thèmes parfois plus complexes. On avait besoin de raconter plus de choses dans une chanson. Sur ce disque, on a réassumé l’idée que notre plaisir est dans la mélodie, la musique, et que le texte est presque second. L’album parle du monde dans lequel on vit mais c’est finalement inconscient. Nous n’avions pas une grande prétention à en dire grand-chose.
Vous dites croire encore au pouvoir des chansons. Quel est-il pour vous ? Lionel Vancauwenberge : C’est surtout un rapport intérieur à la base. Mais j’ai assisté à beaucoup de concerts ces derniers temps et la musique permet une forme de cohésion très touchante.
Vous vous êtes lancé des défis sur cet album et vous avez décidé d’explorer
de nouveaux horizons comme sur « Angles » avec un côté plus groovy et chaloupé. Quel fut votre plus gros challenge ? Antoine Wielemans : Il est encore à venir ! Il y a un morceau qui s’appelle « Man in the Crowd » sur l’album avec un arpège au piano qui part un peu dans tous les sens avec une structure assez bizarre. Le gros défi, ce sera de le jouer en live.
Vous avez écrit cet album en dehors des studios pour vous rapprocher de l’intime. Pourquoi ? Antoine Wielemans : C’est un peu l’histoire de Girls in Hawaii. On est habitués à cette démarche-là. Ça nous va mieux de réaliser le travail chez nous de manière empirique sans la pression et le stress du studio. Ça nous permet d’accueillir les accidents heureux. Ce qui nous plaît bien en général sur le disque, c’est quand ça nous surprend nous-mêmes. Quand ça sonne bizarre.
Lionel Vancauwenberge : Nous sommes attachés au côté non académique.

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