Eric Ceccarini
« J’ai la conviction qu’on peut dissocier la nudité de l’érotisme pour la transformer en œuvre d’art et âme. »
Mots : Barbara Wesoly
Photos : DR
Tels des poèmes visuels, les clichés d’Eric Ceccarini racontent l’amour des corps et surtout de celles qu’ils incarnent. Depuis quatre décennies, le photographe explore la féminité, n’ayant de cesse d’en immortaliser de nouvelles escales sensibles et lyriques.
Votre passion de la photographie s’est révélée à l’âge de 12 ans, en découvrant l’appareil argentique de votre père. Quel héritage conservez-vous de ce premier lien avec la pellicule ? Le bonheur d’observer le monde à travers l’objectif. Dès mes premières images, j’ai su que je voulais être photographe. Et après toutes ces années, l’émerveillement demeure non seulement intact mais continue à grandir. J’estime aussi avoir eu une chance incroyable en rencontrant ce métier à une époque où chaque prise de vue représentait un acte conscient à poser. C’est l’envie de percer ce mystère technique qui m’a amené à intégrer la chambre noire d’un laboratoire à la fin de mes études de photographie. Et à y croiser Michel Berton, renommé pour ses clichés de mode et publicité, au contact de qui j’en ai appris les bases.
Après vingt ans de collaboration avec de grandes Maisons et des marques iconiques, cette première carrière a cédé la place à une autre voie, purement artistique, abordant la féminité à travers la nudité. Comment se réinvente à chaque série ce travail des corps ? Capturer la beauté des femmes est pour moi véritablement instinctif. J’ai une admiration sans limites pour elles et la conviction qu’on peut dissocier la nudité de l’érotisme pour la transformer en œuvre d’art et âme. D’« Amnios » et ses silhouettes éthérées à « Mother Nature » évoquant le lien à la terre, je suis guidé par la volonté de dépasser la simple représentation physique d’un corps, pour toucher une part de grâce. Et ma plus grande fierté est de voir mes œuvres achetées majoritairement par des femmes. J’ai ainsi l’impression d’avoir réussi à véhiculer cette vision empreinte de sensibilité qui m’anime.
Parmi vos séries les plus marquantes, il y a « Painters Project », créée en collaboration avec des centaines de peintres et immortalisant leurs œuvres, réalisées à même la peau de modèles féminins. Comment est née cette fusion des genres ? Je souhaitais amener de la couleur à mes photos, mêlant déjà des corps sombres et des fonds noirs, mais sans passer par un travail de maquillage. J’ai donc proposé à quelques amis peintres ce concept de peau devenu toile. Une expérience unique née de la synergie, du pinceau, du corps et de l’appareil. Les collaborations avec les artistes se sont depuis multipliées. Et je sais que Painters Project est et restera mon projet ultime, que je mènerai jusqu’au bout. C’est un terrain d’expression infini.
Vous venez également de dévoiler « Venus Safari II », second recueil poétique conçu en duo avec l’auteur Christophe de Fierlant, dont les textes habillent avec grâce des modèles. S’agit-il d’une suite ou d’un nouveau chapitre ? C’est un mélange des deux. Ces quarante nouveaux textes de Christophe, nous les avons pensés comme un voyage, avec des clichés plus internationaux, plus réfléchis aussi. Nous avions shooté cette première série sur un coup de cœur, à Ibiza où j’habitais alors, à l’instinct. Cette fois, l’aspect intuitif a côtoyé une intention de lier pleinement les peintures et les corps, au sens des poèmes. Et nous sommes déjà occupés à préparer un troisième opus, qui viendra compléter la série avec d’autres influences.
La lumière est au centre de votre travail depuis les premiers clichés. Est-ce elle qui vous a poussé à quitter la Belgique, d’abord pour Ibiza, puis pour le Sud de la France ? Totalement. Je n’emploie pas d’artifices et me limite à la lumière naturelle. Elle m’attire, m’inspire et définit mes photos depuis toujours. J’ai longtemps eu besoin de la clarté, de l’énergie d’Ibiza. J’y ai séjourné régulièrement pendant trente ans, habité huit ans et mon studio s’y trouve toujours. Aujourd’hui, je travaille beaucoup et suis très fréquemment dans le Luberon, terre d’art et de culture où je réalise de nombreuses collaborations.
Où imaginez-vous qu’elle vous mènera ensuite ? Je ne le sais pas encore. D’une certaine façon, je ne quitte jamais vraiment les lieux, pas plus que les projets. Toutes les séries que j’ai réalisées restent de l’ordre de l’inachevé. Je mène une quête de perfection que je sais impossible mais qui m’amène avec joie à renouer avec d’anciennes séries, comme « Amnios » pour laquelle je prépare de nouvelles images. D’ici là, j’exposerai mon travail en juillet aux Rencontres Photographiques d’Arles, ainsi que les clichés emblématiques de Painters Project dans ma galerie berlinoise Art Box Berlin en septembre. Je vis d’une certaine manière au jour le jour. Chaque shooting est un moment extraordinaire. Il le faut pour capter de la magie et du beau. Et je ne cesserai jamais d’avoir envie de recréer cette dynamique sublime et éphémère.

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