Thierry Neuville, Le WRC dans la PEAU

Thierry Neuville est dans une autre dimension. Pilote depuis 8 ans en WRC, la crème de la crème de rallye, il en est devenu un cador. Le meilleur Belge dans cette catégorie. Son monde, c’est le rallye. Il vit, mange et dort « WRC » avec un objectif ultime : devenir champion du monde. Etle moins que l’on puisse écrire, c’est qu’il est en bonne voie. A 31 ans et déjà cinq fois vice-champion du monde, l’homme aux lunettes orange qui s’était fait remarquer en 2012 en IRC (la division inférieure)au volant d’une 207 de Peugeot Belgique-Luxembourg, marque à coup sûr l’histoire du sport automobile belge.

MOTS : YVES MERENS
PHOTOS : WRC

Thierry, Hyundai est champion des constructeurs 2019 et vous finissez sur la deuxième marche du podium, quel bilan tirez-vous de votre saison ?

« Nous avons connus deux rallyes difficiles cette saison, en Turquie et au Chili, ce qui nous a empêché de prendre plus de points. On a été un peu déçu mais on ne panique pas. Nous avons marqué plus de points qu’en 2018. On progresse toujours. Le titre pilote reste mon objectif. »

Vous avez commencé le rallye assez tard ?

« On pourrait le croire, mais j’étais déjà pilote d’usine à 22 ans ! Ca a toujours été mon souhait de faire du rallye. Dès l’âge de 4 ans, on allait voir les rallyes comme celui de Spa en famille. »

Votre carrière est bien étoffée, quel est votre meilleur souvenir en course ?

« Il y a eu beaucoup de chouettes moments… Mais la première victoire en WRC au Rallye d’Allemagne, en 2014, a été une étape importante. C’était aussi la première fois que Hyundai remportait un rallye. »

Est-ce vrai que vous avez roulé « à la bière » au rallye du Mexique ?

« Ah, oui, oui. En fait, le rallye était terminé mais il fallait encore parcourir 60 kilomètres de route. Et il y avait une fuite dans le radiateur d’eau. Pour arriver au bout, on a ajouté le contenu d’une grande bouteille de bière qu’on avait reçue d’un sponsor à l’arrivée. Et ça a marché. »

Ce n’était pas de la bière belge que vous appréciez pourtant…

« J’aime bien la bière mais avec modération. J’ai fait énormément de sacrifices pour faire du rallye. Mes copains faisaient des excès mais moi pas. Je voulais absolument faire du rallye. »

Vous êtes donc WRC à 100%, tout le temps ?

« C’est vrai. Je suis « rallye » du matin au soir. Mais aujourd’hui, je suis serein par rapport à mes capacités. Je suis pilote titulaire. Je sais ce dont je suis capable. J’ai aussi appris à faire un break de temps en temps. J’ai une famille. Avec les années et l’expérience, j’ai appris à prendre du recul. J’essaye de revenir en Belgique une fois par mois, pour voire ma famille et mon frère. »

Vous avez une belle série de voitures de course en Belgique d’ailleurs ?

« Je garde toutes les voitures avec lesquelles j’ai roulé. La collection est presque complète, j’en ai huit ou neuf dans un entrepôt de mon père. »

A Saint-Vith ? C’est votre coin préféré de Belgique ?

« Oui, j’ai la chance d’être originaire des Cantons de l’Est. C’est l’endroit qui me manque le plus. Les forêts, la nature, et en même temps une région où il y a beau- coup de petites entreprises dynamiques, très proches de plusieurs autres pays. Il y a aussi un bon niveau de vie là-bas. En plus, les gens adorent le sport auto. Je suis fier d’être Belge et germanophone. »

La monture de Thierry Neuville

La Hyundai i20 Coupé WRC

• 1190 kilos, 1350 avec le pilote et son copilote
• Moteur de 1600 cm3
• 380 chevaux, 120 pour la version routière de Monsieur tout le monde
• 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes • Quatre roues motrices
• Boîte 6 vitesses

Que faites-vous lorsque vous revenez dans votre région ?

« Je suis très « motorisé » en fait. J’adore rouler avec des copains sur circuit, ou en quad, puis aller au restau. »

Vous dites souvent que vous avez peu de temps libres et on l’imagine aisément pour un compétiteur comme vous. Mais vous avez quand même développé votre passion pour l’hélicoptère ?

« J’adore. Je pilote depuis 2016. Etre aux commandes d’un hélicoptère demande de faire plusieurs tâches à la fois, c’est excellent pour la concentration. C’est complémentaire au rallye. »

Comment gérez-vous la notion de danger ?

« En compétition, le danger est là. Il faut le respecter et être tout le temps dans le contrôle. Il ne faut jamais essayer de dépasser la notion de danger. Mais, attention, la sécurité est très importante aussi dans les courses. Je peux vous dire que quand on est dans la voiture, et qu’on met le casque, on se donne à fond. »

On sait qu’en rallye, l’entente entre pilote et copilote est essentielle à la victoire. Votre copilote, Nicolas Gilsoul, est Belge lui-aussi, ça marche bien entre vous ?

« Très bien oui. Nous avons une relation de travail. Copilote, c’est son boulot. Pilote, c’est le mien. Nous sommes tous les deux professionnels et très perfectionnistes. Evidemment, certains problèmes peuvent arriver. Alors, nous en discutons pour les régler et pouvoir continuer à avancer. »

Dans ce numéro de Be Perfect, Jacky Ickx nous a livré son admiration à votre égard. Il vous a même envoyé des messages pendant le dernier rallye. Ça vous a aidé ?

« C’est un énorme champion. Il est connu dans le monde entier. Il a un terrible palmarès et avec Eddy (NDLR : Merckx), ce sont deux grandes stars du sport belge. Jacky, c’est un homme élégant qui a une belle image. Il a toujours énormément respecté les gens et les équipes en course. C’est un modèle. Ça me fait très plaisir qu’il me soutienne ».

Avec tout ca, l’année 2020 devrait être l’année Neuville. On croise les doigts, Thierry.

Le WRC, c’est quoi ?

Le WRC, pour World Rally Championship, le championnat du monde des rallyes, existe depuis 1973. C’est le top du rallye mondial. Les meilleurs pilotes du monde s’affrontent avec les meilleures voitures de rallye aux quatre coins de la planète.

Quelques noms suffisent, même pour les non-initiés, à se faire une idée du niveau :

  • 1981, Ari Vatanen avec sa Ford Escort RS 1800, moteur Cosworth de 270 chevaux1982, Michèle Mouton avec son Audi Sport Quattro de 350 chevaux
  • Peugeot 205 turbo 16 de 365 chevaux à 530 chevaux
  • Lancia Delta Integrale de Carlos Sainz
  • Subaru Impreza de Colin McRae
  • Citroën Xsara, puis C4 de Sébastien LoebN’en jetez plus !